00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro. Bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:09Alors il n'y a plus de meeting, moins de déplacements pour les ministres,
00:11la crise des lycées et la violence qui l'accompagne ont percuté.
00:15La campagne présidentielle, la droite, elle en joue l'ordre.
00:18La gauche, elle s'exalte pour le mouvement social et elle pense que son heure est venue.
00:22Est-ce que c'est l'heure de la gauche, Vincent ?
00:24C'est une génération qui se lève à lancer Olivier Faure, le pauvre homme.
00:28C'est surtout le tableau désolant d'un pays qui s'effondre.
00:32On peut débattre des heures, de la vétusté des locaux, des emplois du temps troué comme du gruyère,
00:36de la cruauté de Parcoursup, du prof de philo en arrêt maladie.
00:40On n'arrivera pas à faire oublier que la crise que notre pays traverse est d'un ordre beaucoup plus
00:44profond.
00:45Le gouvernement qui en hérite fait ce qu'il peut, mais franchement une plateforme, un numéro vert,
00:49un temps de démocratie interne comme l'a proposé Sébastien Lecornu,
00:53tout ça apparaît comme complètement dérisoire.
00:56Qui imagine Jules Ferry, Joseph Pagnol, le père de l'écrivain,
01:00ou M. Germain, l'instituteur à qui Albert Camus a dédié son prix Nobel ?
01:03Qui les imagine dire à leurs élèves, les enfants,
01:06nous allons suspendre les cours pour un temps de démocratie interne ?
01:10Encore une fois, dans une situation aussi critique,
01:12le Premier ministre devait bien faire quelque chose,
01:14mais la vérité cruelle, c'est que les pouvoirs publics sont complètement dépassés
01:18et qu'ils comptent d'abord pour ralentir le mouvement sur le froid, sur la pluie et sur les vacances.
01:23Mais si je vous comprends bien Vincent, vous n'avez pas l'air de prendre au sérieux
01:26les motifs d'inquiétude qui ont provoqué ce mouvement chez les lycéens.
01:29L'inquiétude qui m'importe est d'un autre ordre que de savoir si la clim sera posée avant l
01:33'été prochain.
01:33C'est une inquiétude existentielle.
01:35Comment ne pas être compréhensif pour cette jeunesse frappée de plein fouet
01:38par la faillite de l'école, par la déshérence identitaire,
01:41par le spectre de la crise financière et par l'angoisse climatique ?
01:44Les gamins de la société liquide payent au prix fort l'effacement de l'autorité,
01:48celle des parents, du proviseur, de l'enseignant, du policier, du ministre, du président.
01:52En corollaire, ils subissent la disparition de la sécurité ordinaire.
01:56Et de tout ça, il faudrait parler, plutôt que de chercher des violences symboliques
01:59dans le fait de devoir se lever le matin,
02:02ou des micro-agressions parce qu'il n'y a pas cours de 14 à 16 heures
02:05et que le portable est interdit.
02:07La vraie violence, c'est d'avoir privé cette génération d'une instruction solide,
02:10profonde, exigeante, qui peut transformer un homme,
02:13et le résultat donne le vertige.
02:16Le plus plat des slogans de mai 68 est « beau comme l'antique »,
02:19à côté de ce qu'on peut lire sur les pancartes de ce mouvement de 2026.
02:23Le sabir ouesh est à l'éloquence ce que Master Poulet est à la gastronomie,
02:27et beaucoup plus grave et inquiétant,
02:29le champ de référence de certains groupes qui glorifient publiquement
02:32les terroristes islamistes, tout comme la violence antisémite,
02:36naufrage de décennies de politiques d'immigration,
02:38carnage d'un abandon volontaire de toute assimilation.
02:42Et politiquement, selon vous, Vincent, qui va profiter de ce mouvement ?
02:45On le voit bien, la France Insoumise tente de recruter des cadres
02:47et des électeurs dans les cortèges.
02:49Comme le dit très bien Pierre Valentin dans le Figaro ce matin,
02:51le mouvement de Mélenchon est devenu celui de la pulsion.
02:54Il joue à plein sur la disparition des notions d'effort et d'inhibition.
02:58Du côté du gouvernement, on ferme les écoles,
03:00on fait la seule politique publique à la portée d'un pouvoir affaibli
03:03pour maintenir l'ordre, le confinement temporaire.
03:05Pour les matchs du PSG comme pour les grèves des lycéens,
03:08on est condamné aux braves gens, restez chez vous.
03:12Edouard Philippe et Gabriel Attal, affiliés quoi qu'ils en disent à Emmanuel Macron,
03:16peuvent être associés à cette impuissance d'État.
03:19La droite Retailleau et le RN apparaissent dans cette histoire
03:22comme un possible parti de l'ordre,
03:24mais ces calculs politiciens ne sont rien.
03:26Au regard de ce que nous révèle cette crise,
03:28elle nous permet de vérifier l'absence de scrupules des forces de l'autodestruction
03:32qui ont intégré la violence comme instrument politique.
03:35Surtout, elle nous fait mesurer le travail herculéen
03:39qui attend ceux qui auront la charge de redresser le pays.
03:42Elle l'édite aux politiques sur Europe.
03:43Merci Vincent Trémolet de Villers à la une du Figaro.
03:46Ce jour, lycée, la crise s'installe.
03:48Sébastien Lecornu cherche la sortie.
03:50Merci Vincent, bonne journée.
03:51Merci Vincent.