00:00Europe 1, Christine Kelly et vous.
00:02Christine Kelly et vous sur Europe 1, dernière partie avec ce témoignage exclusif.
00:08Donc Christine Kelly et vous, chère Christine.
00:10Et nous avons accueilli en studio Amaury Bucco, journaliste police-justice.
00:14Regardez l'application Europe 1, je vais vous montrer une image.
00:18Si vous le pouvez, c'était le 29 août.
00:21Il était 2h15 du matin.
00:23Si vous pouvez voir cette image, elle me fait froid dans le dos.
00:27C'est une mamie, elle a 80 ans, elle est humifiée, elle a été frappée, elle a été agressée, elle
00:37a été maltraitée, chez elle.
00:40Amaury Bucco, racontez-nous.
00:43Écoutez Christine, c'était dans la nuit du samedi 29 août au dimanche 30 août à Ornois-la-Rivière.
00:48C'est une petite commune de moins de 1000 habitants en banlieue des Tempes.
00:53On est vraiment dans une zone pavillonnaire, résidentielle.
00:56Parlez bien dans le micro, parce que ce que vous dites est capital, et on ne veut rien rater de
01:01votre souffle.
01:02Bien sûr, pardon.
01:03Donc on est à Ornois-la-Rivière, une petite zone pavillonnaire à côté des Tempes, dans l'Essonne.
01:07Il est effectivement 2h15 du matin.
01:11Danielle a 80 ans, elle marche difficilement à cause de son âge.
01:14Et elle décide d'aller chercher en fait une bouteille de Coca-Cola dans sa voiture, qui est garée juste
01:20devant sa maison, parce qu'elle a oublié cette bouteille et qu'elle voudrait la mettre au frais pour la
01:23nuit.
01:23Elle sort donc, elle avance dans la nuit, il faut un peu imaginer la Seine, dans cette zone très tranquille.
01:29Et en fait, au moment où elle ouvre sa voiture, dans l'obscurité, un groupe de jeunes hommes, cagoulés et
01:36gantés, surgit dans la nuit de nulle part et lui attrape la bouche pour la baïonner.
01:42Immédiatement, elle est menacée, on la menace de la tuer, etc.
01:44pour qu'elle donne tout ce qu'elle a sur elle, et puis surtout qu'elle rentre avec ses jeunes
01:49chez elle, pour qu'elle donne aussi tout ce qu'elle a dans sa maison.
01:53Danielle, la dame âgée, la victime, parvient malgré tout à formuler une espèce de plainte avec sa bouche.
01:59Et grâce à cela, sa fille, qui se trouve dans la maison, va entendre ce bruit, va comprendre qu'il
02:04y a quelque chose d'anormal qui se passe dehors,
02:06et va donc décider de sortir de la maison pour aller voir sa mère.
02:11Et c'est à ce moment-là qu'elle voit cette pauvre Danielle qui est entourée, baïonnée par des jeunes,
02:19et dans un premier temps, elle se dit, je vais essayer de l'aider, et puis en fait, elle est
02:22immédiatement, elle aussi, braquée avec une arme de poing.
02:25Les agresseurs menacent donc de tuer la fille de Danielle, et donc la fille de Danielle rentre précipitamment dans la
02:31maison,
02:32elle prévient immédiatement la police, mais surtout, elle va avertir son fils, Dylan, qui a 36 ans,
02:37et Dylan, qui a 36 ans, qui est dans la maison, va essayer d'aller sauver sa grand-mère,
02:43qui se trouve donc toujours dans les mains de ce groupe d'agresseurs, devant la maison, écouter son témoignage.
02:52Je me suis retrouvé devant chez moi, avec ma grand-mère, avec une personne qui lui tenait la bouche pour
02:59l'empêcher de parler.
03:01Et tout autour de nous, ils étaient très nombreux. Moi, j'en ai vu six.
03:07Je me suis retrouvé entouré de tous les côtés, et j'ai ordonné qu'il lâche ma grand-mère.
03:12J'ai ordonné de la lâcher, et ils n'ont pas voulu la lâcher.
03:17Ensuite, un des assaillants a commencé à fouiller dans ses poches.
03:21Je ne savais pas ce qu'il allait sortir, donc je me suis précipité sur lui.
03:26Il a sorti une bombe lacrymogène, et il m'a aspergé le visage avec.
03:31Et donc, là, il faut imaginer que Dylan est totalement aveuglé, puisqu'il a reçu un gel lacrymogène sur le
03:36visage.
03:37Et là, il va faire quelque chose d'assez extraordinaire et de courageux.
03:40C'est qu'il remonte chez lui, il va dans sa chambre, même s'il ne voit plus grand-chose
03:45avec ses yeux.
03:45Il cherche un objet qui pourrait servir à menacer les agresseurs, et à les faire lâcher prise sa grand-mère,
03:52qui est toujours en train d'être malmené dans la rue, devant, chez lui.
03:5680 ans.
03:57Voilà, de 80 ans.
03:58Et là, il va regarder autour de lui, et il va voir deux machettes, deux machettes de collection,
04:04style Indiana Jones, avec une lame de 40 à 50 centimètres.
04:07Il va se saisir de chacune de ces deux machettes dans les mains.
04:10Et la suite, je vous propose de l'écouter, il nous la raconte.
04:13Je suis retourné dans la maison en courant et en disant à ma grand-mère, j'arrive, j'arrive, j
04:19'arrive,
04:19t'inquiète pas, j'arrive, j'arrive, tout le long du trajet de la maison, je lui ai dit que
04:23j'arrivais.
04:24Je suis ressorti ensuite avec les deux machettes.
04:29Et dès que j'ai passé le pas de ma porte d'entrée, les assaillants ne voulaient plus se battre.
04:35Ils sont tous partis d'un côté, les quatre, quatre sont partis d'un côté.
04:39Quand je me suis retourné, j'ai avancé un peu avec eux, je les ai coursés.
04:43Quand je me suis retourné à peu près une vingtaine de mètres plus loin,
04:46j'ai vu qu'il en restait deux près de la voiture,
04:48qui s'était sûrement caché quand je suis sorti du portillon avec mes machettes.
04:52Et il y en a un qui s'est traîné ma grand-mère, qui était derrière la voiture,
04:55qui empêchait la voiture de reculer.
04:57Et alors là, on voit que c'est assez extraordinaire ce qui se passe,
05:00c'est-à-dire qu'en quelques secondes, la situation, le rapport de force inverse,
05:03puisque Dylan a ses deux machettes.
05:05Et donc là, il revient précipitamment vers sa grand-mère,
05:07qui est toujours dans les mains de deux des agresseurs.
05:10Malheureusement, ces derniers ont une arme de poing avec eux,
05:13donc ils continuent à le braquer, à le menacer.
05:16L'un fait au même père sur place et gare le chargeur de son arme,
05:20qui va d'ailleurs être récupéré par la police technique et scientifique,
05:23et qui est en cours d'analyse.
05:25Et finalement, ils prennent la fuite, ces deux jeunes.
05:27Ce qui est très intéressant aussi, c'est que les quatre jeunes,
05:30puis les deux jeunes, les deux derniers,
05:32partent en direction d'un foyer pour mineurs,
05:34qui apparemment se trouvent à proximité, effectivement, de la maison,
05:38dans cette petite commune.
05:39Alors évidemment, l'enquête dira si ces jeunes venaient de ce foyer ou pas.
05:43Toujours est-il que Dylan parvient donc à faire fuir tous les agresseurs,
05:48mais évidemment, sa grand-mère est très mal en point encore aujourd'hui.
05:53On le voit sur l'image que vous tenez, Christine,
05:55elle a de sérieux hématomes.
05:58Elle doit d'ailleurs aller à l'hôpital pour avoir des examens plus approfondis.
06:02Et c'est ce que nous raconte encore Dylan dans la suite de son témoignage.
06:06Et ma grand-mère me disait, non, non, non, reste ici.
06:09Ils ont voulu me tuer, ils ont voulu me tuer, ils ont voulu me tuer.
06:11Elle était très traumatisée, elle tremblait de partout.
06:15Voilà.
06:16Donc on est rentrés, on s'est assis.
06:19J'aurais dit que je voulais encore les poursuivre après,
06:21mais c'était trop tard.
06:23Ma grand-mère, ma mère ne voulait pas.
06:26Et ensuite, on a attendu la police.
06:29Voilà.
06:30Donc là, sur place, la police a fait ce qu'on appelle les prélevements classiques
06:35pour essayer de voir s'il n'y avait pas de l'ADN.
06:38Ce qu'on sait, c'est que les policiers ont présenté des planches à Dylan et sa famille
06:44pour voir s'ils reconnaissaient des agresseurs,
06:45ce qui n'est pour l'instant pas le cas,
06:46puisque un des jeunes qui faisait partie du commando, si je puis dire,
06:52a enlevé sa cagoule et a donc a montré son visage.
06:56Donc une enquête est en cours,
06:58mais en tous les cas, j'allais dire la leçon qu'on peut avoir dans cette histoire,
07:03c'est de se dire que finalement, avec un peu de courage,
07:06Dylan a quand même réussi à sauver sa grand-mère
07:09et à inverser un rapport de force qui, a priori, n'était pas du tout en sa faveur.
07:14Et maintenant, ce qu'on peut espérer, évidemment, c'est que les investigations se poursuivent
07:19et qu'on puisse interpeller les mises en cause et pouvoir les juger.
07:24Amoré Bucco, en direct sur Europe 1, un peu de courage, non.
07:28Beaucoup de courage.
07:30Beaucoup de courage.
07:30Un peu de courage, non.
07:32Deux sabres.
07:33Un peu de courage, non.
07:35Sa maman est traumatisée, sa grand-mère est traumatisée à vie, Amoré Bucco.
07:39Et c'est touchant parce qu'on touche du doigt, Gabriel Cluzel,
07:44la réalité du quotidien des Français.
07:48Pendant, pardon, je vais peut-être choquer,
07:51les candidats à la présidentielle se pavanent sur les plateaux télé.
07:55La vraie vie, c'est celle-là.
07:57C'est vrai que c'est à la fois effrayant et réconfortant.
08:01Effrayant parce qu'évidemment, ça pourrait nous arriver à tous.
08:03Ça pourrait être notre grand-mère.
08:04Et encore, dans son malheur, elle a eu la chance, cette dame,
08:07d'avoir sa fille et son fils chez elle.
08:10Parce que sinon, comment ça se serait terminé ?
08:12Nous n'en savons rien.
08:14Pourquoi je dirais réconfortant ?
08:15Parce que, vous savez, j'aime bien ces braves gens qui deviennent des gens braves.
08:18Voilà, la situation les révèle.
08:21Donc, il est monté chez lui, il a pris des machettes.
08:24Ça me rappelle ce monsieur à Montargis qui avait pris des sables médiévaux,
08:27vous vous souvenez, au moment des émeutes ?
08:28Exactement, tout à fait.
08:29Pour Naël, il avait été agressé chez lui.
08:32Il s'était dit, mais qu'est-ce que je peux prendre chez moi ?
08:33Moi, d'ailleurs, je suis en train de réfléchir.
08:35Je ne sais pas ce que je pourrais prendre chez moi, par un manche à balai.
08:37Donc, c'est vrai que, tout d'un coup, ils se saisissent.
08:40Il avait pris une épée médiévale, parce qu'il faisait des escrits médiéval.
08:41Exactement, il faisait des escrits médiéval.
08:42C'était une histoire assez incroyable.
08:45C'est un peu les héros du quotidien.
08:47Mais simplement, rajoutons que si ce monsieur, avec sa machette,
08:49avait blessé un des jeunes,
08:50aujourd'hui, il serait en très fâcheuse posture,
08:53parce que la France, c'est ça aussi, hélas.
08:55Il a d'ailleurs eu l'occasion de le faire.
08:57C'est ce qu'il m'a dit.
08:57C'est qu'à un moment, il avait sa machette contre un des jeunes
09:00qui tentait de se réfugier dans la voiture de sa grand-mère.
09:02Et il s'est dit, je vais le laisser partir, je ne veux pas avoir d'histoire.
09:05La France, c'est ça aussi.
09:07Les agresseurs courent toujours.
09:10Amourie Abouko, merci infiniment pour ce témoignage exclusif
09:14en direct sur Europe 1.
09:16Merci, revenez quand vous voulez.