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  • il y a 7 semaines
Après la Russie, les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner se sont rendus en Ukraine, dimanche. Ils ont présenté de nouvelles propositions "plus efficaces" pour mettre fin à la guerre, selon la présidence ukrainienne. Analyse avec Gérard Araud et Ariane Chemin. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-07-septembre-2026-5117752

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00:00France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.
00:05De Moscou à Kiev, à quoi les deux visites des émissaires de Donald Trump ont-elles servi ce week-end
00:12après 4 ans et demi de guerre en Ukraine, alors que les ingérences russes se multiplient en Europe,
00:17que les partis pro-russes ont le vent en poupe, il nous faut nous interroger
00:21sur la stratégie de Vladimir Poutine et son influence dans nos démocraties, plus spécifiquement en France.
00:28À huit mois de l'élection présidentielle, nous avons deux invités pour nous aider à y voir clair ce matin,
00:34Benjamin.
00:35Bonjour Ariane Chemin.
00:35Bonjour.
00:36Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:38Vous êtes écrivaine, grand reporter au Monde.
00:40Vous avez passé une partie de votre été en Ukraine et je rappelle votre livre
00:44« La guerre, ce sont les noms propres » aux éditions du Sous-Sol.
00:47À côté de vous, Gérard Arrault, bonjour.
00:49Bonjour.
00:49Merci d'être avec nous, diplomate français, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis
00:53et ancien représentant permanent de la France auprès des Nations Unies.
00:55Et appelez-nous, venez participer à la conversation, chers auditeurs, au 01 45 24 7000
01:00et sur l'appli Radio France.
01:03Alors pour commencer par prendre l'actualité la plus fraîche, envoyée par Donald Trump,
01:08Steve Witkoff et Jared Kushner étaient hier à Kiev pour la première fois depuis le début de la guerre.
01:14Avant ça, ils ont rencontré Vladimir Poutine à Moscou, là c'était la huitième fois.
01:17Quel est le sens de ces deux visites ?
01:20Est-ce que Trump imagine encore pouvoir régler le conflit ?
01:25Gérard Arrault.
01:26Je vais être sans doute l'avocat du diable parce qu'il y a de multiples raisons d'être sceptique,
01:31de penser que Donald Trump en réalité a fait son choix et que son choix est plutôt la Russie,
01:38de dire que Witkoff et Kushner, les deux envoyés, ont manifesté leur incompétence et leur partialité.
01:44Mais je crois quand même qu'il faut revenir à cette réalité, il est indispensable d'arriver à la paix
01:50le plus rapidement possible.
01:51L'Ukraine est dévastée, l'Ukraine est saignée à blanc, l'Ukraine résiste avec beaucoup de courage.
02:01Et donc Witkoff et Kushner, oui, ils ont peut-être une chance sur cent d'y parvenir, de parvenir à
02:06quelque chose,
02:07mais pourquoi pas ? Puisque, au fond, la vraie réponse, elle est donnée à Moscou.
02:13C'est, comme vous l'avez dit dans votre introduction, c'est Poutine.
02:17Que veut Poutine ? Il a aujourd'hui deux choix, une alternative, soit la négociation, soit l'escalade.
02:24Pour le moment, on peut plutôt parier sur l'escalade, mais après tout, est-ce que,
02:30même si on a une chance sur cent, il faut tenter de voir si on peut relancer ou lancer plutôt
02:35une négociation.
02:37Ariane Chemin, vous avez passé le mois de juillet en Ukraine.
02:40La Russie, on le sait, depuis l'été, intensifie ses attaques.
02:43Elles font des victimes, y compris en plein jour, y compris à Kiev, quotidiennement.
02:48Face à cette montée en puissance, comment est-ce que vous les avez sentis, les Ukrainiens ?
02:53Ils sont dans quel état d'esprit ?
02:54Je pense qu'on est rentré dans une nouvelle phase depuis le 26 août.
02:57Depuis le 26 août, effectivement, il y a des frappes tous les jours, souvent à une heure ou deux heures
03:02de distance.
03:03Les alertes sonnent tout le temps.
03:04Ça se passe en plein jour et aussi dans le centre historique de Kiev.
03:08On l'a bien vu, par exemple, le SBU, le renseignement intérieur ukrainien,
03:13il a été frappé à peu près à 50 mètres, 100 mètres de la cathédrale Sainte-Sophie,
03:19que d'ailleurs Volodymyr Zolensky a tenu à montrer aux deux émissaires américains
03:24qui n'avaient jamais mis les pieds en Ukraine pour leur montrer ce que c'était aussi le patrimoine ukrainien.
03:29Et c'est ça la nouveauté, ce sont des missiles beaucoup plus rapides.
03:32La rentrée scolaire, on l'a vu, s'est faite dans des conditions catastrophiques,
03:35c'est-à-dire soit dans les abris, soit en ligne en général, quand les écoles n'avaient pas d
03:38'abri.
03:39Et ce qui m'a frappée depuis ce 26 août, c'est que pour la première fois, on ne parle
03:45plus de résilience.
03:46Pour la première fois depuis 2022, il y a des événements qui sont reportés.
03:50Par exemple là, bientôt un salon du livre et bientôt un salon de la publicité.
03:54Ça c'est nouveau, depuis 2022, on ne l'avait pas connu.
03:57Et pour la première fois, il y a des produits de première nécessité qui manquent dans les supermarchés
04:01parce que les Russes ont décidé de frapper les entrepôts, et notamment les entrepôts alimentaires.
04:06Donc il y a à la fois une guerre qui est menée sur le front culturel,
04:10puisque les livres aussi, ça a été le grand événement de cet été.
04:12Le nombre de livres scolaires qui ont disparu en flamme à cause de frappes ciblées,
04:17mais aussi désormais les entrepôts, on rentre dans une phase évidemment nouvelle
04:21avec forcément un découragement de la population civile.
04:24Oui, découragement rien de chemin, parce que je rappelle que dans votre livre,
04:26vous expliquez précisément le courage, le fait que les Ukrainiens souhaitaient tenir,
04:30continuer à organiser des salons du livre, continuer à faire vivre la vie culturelle.
04:35Là, ce point de bascule, il fait quoi ?
04:37Il fait que la population ukrainienne, du moins ce que vous en avez vu,
04:41pourrait commencer à dire aussi aux pouvoirs politiques,
04:44là ça suffit, là on n'a plus le courage de résister face à l'agresseur.
04:48Alors je ne pense pas qu'ils le disent au pouvoir,
04:52mais c'est vrai que les Ukrainiens, ils en ont ras-le-bol du discours européen,
04:57et du discours de dire qu'est-ce qu'ils sont courageux, quelle résilience, qu'ils sont formidables.
05:01Ils en ont marre de ce discours, parce qu'au fond, dire qu'ils sont courageux,
05:03c'est une façon de basquer la réalité.
05:05Et de toute façon, ils sont courageux parce qu'ils n'ont pas le choix.
05:06Et c'est ça, je crois que c'est ce discours-là qui fatigue les Ukrainiens.
05:10Je n'ai pas vu ni entendu une rébellion pour dire,
05:15voilà, maintenant ça suffit parce que les Ukrainiens, ils veulent garder.
05:17Le don bas, c'est la Crimée, c'est très simple.
05:20Et par ailleurs, ce qui était aussi très intéressant cet été,
05:22c'est que pour ceux qui disent, voilà, c'est pas un pays démocratique,
05:26les manifestations en plein été, alors qu'il y a un couvre-feu,
05:30voir les gens brandir des pancartes et courir, prendre le métro à 23h pour respecter le couvre-feu,
05:35ça c'est vrai que c'est la preuve aussi d'une sorte de vivacité de la population.
05:40Ce qu'il faut dire sur l'intensification des attaques,
05:44c'est que la Russie désormais se sert d'une nouvelle génération de drones
05:48équipés de moteurs à réaction qui font beaucoup plus difficile à intercepter.
05:53Est-ce que la guerre, telle qu'on la connaît depuis 4 ans et demi,
05:58aujourd'hui, elle a changé de nature ?
06:00Gérard Haro, est-ce que le visage de cette guerre a changé ?
06:03D'abord, elle avait changé, je dirais, du côté ukrainien.
06:05Ce sont les Ukrainiens qui ont été capables de lancer des frappes profondément
06:11sur le territoire russe, de détruire à la fois les raffineries,
06:16de détruire les entrepôts de l'Amazone locale,
06:20avec des conséquences sur l'approvisionnement en essence de la population russe.
06:24Je dirais que d'une certaine manière, c'est les Russes qui sont en train de rattraper
06:27leur retard technologique par rapport aux Ukrainiens.
06:33Mais vous savez, cette guerre, elle ne cesse de changer un petit peu,
06:36de changer de nature.
06:37C'est ce qu'on appelle, c'est l'escalade quasiment naturelle dans un conflit.
06:43Mais pour revenir sur ce que disait Madame Chemin,
06:47à Kiev, ce qui m'a toujours frappé dans la population,
06:52c'est en effet cette impression, nous n'avons pas le choix,
06:55parce que tomber aux mains des Russes, ce serait affreux.
06:58Mais j'ai toujours senti que les territoires de l'Est,
07:01j'ai toujours senti qu'un certain nombre de mes interlocuteurs,
07:06sans le dire, avaient été en train de faire leur deuil sur les territoires de l'Est.
07:10Ils savaient déjà que l'Ukraine ne reprendrait pas une partie de ces territoires
07:18et se disaient qu'il fallait arrêter tout ça.
07:21– Arène Chemin, sur ce point-là ?
07:23– Sur ce point, c'est vrai que les progrès militaires font que,
07:27par exemple aujourd'hui, la notion entre l'arrière et le front est devenue complètement floue.
07:31A tel point qu'aujourd'hui, on pourrait dire que Kiev est une ville du front.
07:35Elle est frappée comme une ville du front et c'est ça la nouveauté.
07:37Les Russes ont bien compris que pour toucher le maximum de population,
07:40le mieux c'était de taper la capitale, 3 millions d'habitants, ça fait quelque chose.
07:44Et de la même manière, effectivement, je rejoins ce que dit Gérard Haro,
07:49la dernière grosse ville libre du Donbass, Kramatorsk,
07:52qui est celle que revendique d'ailleurs Vladimir Poutine alors qu'elle n'est pas occupée par les Russes.
07:57Eh bien, on a bien vu que cet été, les images sont désastreuses.
08:01Moi, je sais que j'y suis allée en décembre, je me disais,
08:03je pense que c'est la dernière fois que je vois cette ville.
08:05Je me souviens de m'être dit ça.
08:06Et effectivement, Kramatorsk, c'est la fin.
08:09Tous les jours, tous les jours, il y a des évacuations, la ville se vide.
08:13C'est un carnage.
08:14Si on parle de la Russie, Gérard Haro,
08:17il se dit que Vladimir Poutine pourrait lancer une nouvelle mobilisation pour le front ukrainien
08:21après des élections législatives qui auront lieu dans deux semaines.
08:24Est-ce que ça, c'est un scénario crédible ?
08:26Et au fond, on est toujours à essayer de comprendre la logique,
08:29si tant est qu'il y en est une, de Vladimir Poutine.
08:31Est-ce qu'on peut croire à une intention de vouloir mettre fin au conflit
08:34ou est-ce qu'au contraire, on va vers une nouvelle mobilisation
08:37de nouveaux mobilisés russes à envoyer sur le front ?
08:40Vous savez, là, on est évidemment devant une boule de cristal.
08:44On est en termes de probabilité.
08:47Mais tous les signes, tout le body language, si j'ose dire,
08:50de la Russie et de Vladimir Poutine en particulier,
08:53c'est quand même l'idée, je ne cèderai pas, je continuerai cette guerre,
08:59je me lance dans une escalade.
09:01L'hypothèse de la mobilisation, vous savez, on peut mobiliser de manière ostensible
09:06ou mobiliser de manière plus discrète.
09:11Il y a quand même une réalité.
09:13Vous avez un pays de 140 millions d'habitants,
09:15vous avez la deuxième industrie de défense du monde
09:17et en face, vous avez la résistance courageuse d'un pays qui est maintenant à 28-30 millions.
09:23On peut aussi, mais là, ce sont des spéculations,
09:26se dire que Poutine peut avoir l'impression de, au fond, que son propre destin,
09:31est en jeu, qu'une défaite, ce serait sa propre survie politique
09:37et peut-être physique, qui serait en jeu.
09:41De nouveau, aujourd'hui, je dirais à 95%, oui, la Russie veut poursuivre.
09:48La Russie est convaincue, par ailleurs, qu'en Europe, ça commence à flancher.
09:53On le voit en Allemagne, on pourrait éventuellement le voir en France.
09:59Et vous savez, même aux Etats-Unis, il y a eu cette loi qui a été votée par le Sénat
10:04de sanctions dévastatrices contre la Russie,
10:07mais ça vient d'être bloqué par le président de la Chambre des représentants,
10:11qui est un magas pur et dur.
10:14Et donc, personnellement, si on me demande de parier,
10:18je parierai sur un Poutine qui veut poursuivre la guerre.
10:22Alors, justement, il faut qu'on parle de ce qui ressemble à une extension du conflit en Europe.
10:26Il y a eu la tentative d'attentat au drone contre l'aéroport de Leipzig,
10:30que l'Allemagne attribue à la Russie.
10:32Il y a le Danemark, qui accuse Moscou de préparer des actions de sabotage
10:35contre son industrie de défense.
10:38Où s'arrête l'intimidation ?
10:40Et à quel moment on parle d'actes de guerre ?
10:44Ça, c'est une question de vocabulaire.
10:46Moi, en bon diplomate, je me méfie des mots.
10:48Et donc, je sais que guerre, c'est un mot qui fait peur à l'opinion publique.
10:52Donc, on ne va pas se lancer.
10:53Arrêtons de chercher à qualifier.
10:56En gros, il y a en diplomatie une réalité fondamentale
11:01qui est œil pour œil, dent pour dent.
11:03Et donc, si les Russes sont en train, à l'évidence,
11:07de lancer une série d'attaques indirectes, hybrides,
11:11vous pouvez utiliser les adjectifs que vous voulez,
11:13eh bien, il y a une chose certaine.
11:15Nous ne sommes pas à l'évangile.
11:17Donc, on vous donne une claque sur la joue droite.
11:20Vous devez leur donner une claque sur la joue gauche.
11:22Mais c'est quoi la claque sur la joue gauche, en l'occurrence ?
11:24Vous pouvez encore monter sur les sanctions.
11:27Vous avez le problème, par exemple, des visas.
11:30Vous avez des centaines de billets de Russes
11:32qui viennent en vacances sur nos territoires.
11:36Bon, on va en parler, Gérard.
11:37Qu'est-ce qu'il y a encore d'hybride
11:39quand un pays décide de tenter un attentat au drone
11:43sur l'aéroport d'une grande ville allemande ?
11:44C'est plus grand hybride que ça.
11:46Je n'ai pas utilisé le mot hybride moi-même.
11:50Je trouve que, de nouveau, je me méfie des vocabulaires.
11:53Parce que vous y dites,
11:54vous avez une opinion publique européenne
11:56qui est ce qu'elle est,
11:58qui vit depuis 80,
11:59en particulier à l'Ouest,
12:01dans une sorte de paradis historique.
12:03Et donc, d'un seul coup,
12:04il faut les réveiller en leur disant,
12:06les enfants, peut-être que c'est le retour
12:09du tragique de l'histoire.
12:10Donc, ne nous lançons pas dans cette entreprise,
12:13surtout étant donné les états des opinions publiques.
12:16Soyons plus simples, plus primaires,
12:19œil pour œil, dent pour dent.
12:21Et donc, demandons à nos services de renseignement
12:23qui, eux aussi, savent faire ce genre de choses.
12:26Et puis, envoyons des armes à l'Ukraine
12:28chaque fois que les Russes nous attaquent.
12:31Faisons des sanctions.
12:32Par exemple, en effet, la question des visas.
12:35Et à la fin, il y aura la question
12:37de la protection du ciel ukrainien.
12:39En l'occurrence, pour parler de l'Allemagne,
12:41l'Allemagne, pour l'instant, s'est contentée
12:43de fermer le consulat russe de Bonn
12:45et le centre culturel russe à Berlin
12:47en matière de rétorsion.
12:49Ce à quoi, Sergei Lavrov,
12:51le ministre des Affaires étrangères russe,
12:52a répondu hier, je le cite,
12:54que les Allemands veulent la guerre.
12:57On dirait, dit-il, que toutes ces métastases
12:59du nazisme commencent à se propager.
13:02Alors, c'est évidemment la rhétorique russe.
13:04Est-ce qu'il faut s'en inquiéter
13:06au-delà des outrances habituelles
13:09de ce narratif de Moscou ?
13:11Non, les Russes veulent nous faire peur.
13:13Ils utilisent aussi tout ce qui concerne le nucléaire.
13:16Ils agitent la bombe en permanence.
13:19Il faut garder son calme.
13:22Et se dire, d'ailleurs, en passant,
13:23que Lavrov ne représente rien
13:25dans le système russe.
13:28Ce n'est qu'un porte-parole.
13:30Ariane Chemin, vous qui, là encore,
13:31avez l'expérience de ce que vous avez vu
13:33en Ukraine de deux grands reporters,
13:35sur ce que disait Gérard Haro
13:37sur cette population européenne
13:39qui est encore dans cette idée
13:40que le tragique est loin.
13:42Vous avez le sentiment
13:44qu'on ne mesure pas suffisamment
13:46que ce qui se passe en Ukraine,
13:48que ce que vivent les Ukrainiens,
13:49pourrait arriver à courte, moyenne échéance
13:51à des populations que l'on pensait épargner ?
13:54Je pense qu'il y a deux dangers.
13:55D'abord, il y a l'oubli.
13:56C'est-à-dire que 2022, c'est déjà très loin.
13:58Et je pense qu'on a oublié
14:00les massacres de Mariupol,
14:01les massacres de Boucha.
14:02Tout ça, ça paraît très, très loin.
14:04Les crimes de guerre ne sont pas jugés.
14:05Et pour cause, la guerre n'est pas terminée.
14:07Donc ça, c'est le premier danger.
14:08Et effectivement, une sorte d'habitude
14:10qui naît, je trouve,
14:12que depuis quelques semaines,
14:13on retrouve cette petite musique
14:15pro-russe dans la société française
14:17qui avait quand même largement disparu
14:19par une sorte de gêne depuis 2022.
14:21Et on l'entend à nouveau,
14:24évidemment dans des bouches de politiques
14:26complètement libérées.
14:27On l'a vu avec le Rassemblement National
14:29et Louis Alliot qui a dit
14:30qu'il fallait fermer le robinet
14:31d'aide à l'Ukraine.
14:32Je trouve que cette musique-là,
14:34on l'entend à nouveau
14:35un petit peu dans les médias,
14:36dans la société.
14:37Et effectivement, ça, c'est tragique.
14:39Alors justement,
14:40l'autre dimension du pouvoir
14:41de nuisance de Moscou,
14:43ce sont les ingérences
14:44qu'on voit à l'œuvre.
14:45En Europe, l'Allemagne
14:46a été particulièrement visée.
14:48Cet été, justement,
14:49précisément avant les élections régionales
14:51d'hier en Saxe-Analte,
14:53largement remportées par l'AFD,
14:54partie d'extrême droite,
14:56pro-russe.
14:58Vladimir Poutine,
14:58il a de quoi se frotter les mains ce matin ?
15:01Oui, je pense.
15:03Effectivement, vous parliez
15:04du centre russe qui a été fermé.
15:07C'est vrai qu'on se dit
15:07mais qu'est-ce que c'est
15:09que cette mesure de rétorsion ?
15:10D'autant que dans la foulée,
15:11effectivement, Moscou a fermé
15:12tous les instituts Goethe de Russie.
15:15Et l'AFB, je m'en souviens,
15:16cet été, manifestait en disant
15:17qu'il ne faut pas fermer la maison russe
15:19et c'est elle qui gagne aujourd'hui.
15:20Donc évidemment qu'il se force
15:21toutes les forces populistes
15:23et les forces d'extrême droite
15:24en sont aujourd'hui
15:25beaucoup de vigueur en Europe.
15:27Et évidemment, ça participe.
15:29Je pense qu'à Moscou,
15:31on s'est dit
15:31qu'on va continuer
15:31nos opérations de déstabilisation.
15:33Ça marche très très bien.
15:35Gérard Harrault,
15:36comment est-ce que le diplomate
15:37que vous êtes comprend
15:38cet attrait d'une partie
15:39des opinions publiques européennes
15:40pour des partis pro-russes ?
15:42Est-ce que c'est ce que certains
15:43qualifient d'esprit de défaite ?
15:45Est-ce que c'est cette idée
15:46que face à des sociétés déclassées,
15:48on considère qu'on dépense
15:49trop d'argent pour aider l'Ukraine ?
15:51Comment est-ce que vous comprenez
15:52cette émergence de ces partis
15:53et notamment de l'AFD ?
15:55Moi, je pense que la crise
15:56est une crise globale
15:58de toutes les démocraties libérales.
16:00Tous ne mouraient pas,
16:01mais tous étaient frappés.
16:03Et ça fait partie, je dirais,
16:05de ce populisme
16:08qui est marqué aux deux extrêmes.
16:10C'est assez frappant
16:11de voir que les deux extrêmes
16:12se retrouvent sur quel fondement ?
16:15Au fond, l'anti-américanisme,
16:18la haine de la démocratie libérale,
16:21l'hostilité à l'entreprise européenne.
16:25Et on voit bien,
16:27dans les programmes des deux extrêmes,
16:28on a ces éléments,
16:29sortir de l'OTAN
16:30ou de la structure militaire,
16:32crise avec l'Union européenne.
16:34Et être pro-russe,
16:37c'est, je dirais,
16:38c'est une sorte d'enfant
16:41de cette conjugaison.
16:44Vous savez, c'est la première fois
16:45que dans une élection présidentielle française,
16:47on va remettre en cause
16:49deux des piliers
16:50de ce qu'a été
16:51la politique étrangère française
16:53depuis maintenant 50 ou 60 ans.
16:55D'un côté, l'entreprise européenne
16:57et de l'autre,
16:57la fidélité aux alliances.
16:59C'est la première fois.
17:00Il y avait des nuances
17:02d'un candidat sur un autre,
17:03d'un vainqueur sur un autre.
17:04On était plus ou moins européens,
17:06plus ou moins atlantistes.
17:08Nicolas Sarkozy, atlantiste.
17:09Emmanuel Macron, européen.
17:11Mais là, c'est une remise en cause
17:12de ces deux piliers.
17:14Quand vous entendez Louis Alliot
17:16expliquer qu'une fois élue,
17:17Marine Le Pen devra couper le robinet
17:19d'aide à Kiev,
17:20Jordan Bardella
17:21qui trouve qu'on ne peut pas prêter
17:22de l'argent indéfiniment
17:23sans aucune garantie.
17:25Est-ce que ça,
17:25c'est le signe profond
17:27que la diplomatie française
17:30changerait de fond en comble
17:32en cas d'élection de Marine Le Pen ?
17:34Je crois qu'il y a un véritable,
17:36comme je le disais,
17:37la politique étrangère,
17:38d'habitude,
17:39dans une campagne électorale,
17:40c'est 5%.
17:41On en parle à peine
17:43et les diplomates
17:44vont à la pêche.
17:45Tandis que là,
17:47étant donné la situation internationale,
17:49étant donné que deux
17:50des principaux candidats,
17:51comme je le disais,
17:52remettent en cause
17:53les piliers de cette politique...
17:54Vous dites que c'est Marine Le Pen
17:55et Jean-Luc Mélenchon ?
17:56Oui.
17:57Qui remettent en cause
17:58les fondements
17:58de la politique étrangère française
17:59depuis 50 ans.
18:01Je pense que la politique étrangère
18:02sera sans doute
18:04beaucoup plus présente
18:05dans la campagne présidentielle.
18:07Avec en plus un point
18:08de fait qu'il faut rétablir,
18:10c'est que dans l'argumentaire
18:11du Rassemblement national,
18:12il y a notamment cette idée
18:13que l'aide à l'Ukraine
18:13coûterait trop cher,
18:15que dans un moment
18:15où il faut faire des efforts
18:16pour les finances publiques,
18:17on ne pourrait plus se le permettre.
18:18Si on regarde les classements
18:19qui font autorité,
18:20notamment les classements
18:21de l'Institut Kiel,
18:22qui comparent les aides apportées
18:24en fonction des pays européens,
18:25la France ne fait pas partie
18:27des pays qui dépensent
18:29le plus d'argent.
18:29Elle est tout en bas.
18:30Elle est tout en bas.
18:31Non, je pense effectivement,
18:32je suis d'accord avec Gérard Haro,
18:33le sujet international
18:34va s'immiscer dans la campagne
18:36bien plus largement
18:37que l'habitude.
18:38Et je crois que c'est à votre antenne
18:39qu'Edouard Philippe avait dit,
18:40notamment à droite,
18:41ça va être un marqueur,
18:43l'aide à l'Ukraine ou pas,
18:44le conflit.
18:45Et on voit bien d'ailleurs
18:46que le RN est un petit peu divisé.
18:49La position de Jordan Bardellin
18:50n'est pas tout à fait celle
18:51de Louis Alliot et de Marine Le Pen.
18:53Et puis à droite,
18:54celle de Bruno Retailleau
18:54et n'est évidemment pas celle
18:55d'Edouard Philippe.
18:56Vous avez raison
18:57parce que Jordan Bardellin
18:57a dit dans une même phrase
18:58qu'il faut respecter
18:59les engagements internationaux
19:00mais que rien n'est impossible.
19:02Vous citiez Edouard Philippe
19:03à Ariane Chemin
19:04qui effectivement dans ce studio
19:05avait réagi à notamment
19:08les révélations sur
19:09Xenia Fedorova.
19:10Xenia Fedorova,
19:11c'est cette chroniqueuse
19:12de CNews pro-russe,
19:14relais de la propagande
19:14de Vladimir Poutine
19:15qui a été expulsée cet été
19:17puisque les autorités
19:18l'accusent d'être,
19:18je cite,
19:19un relais de campagne
19:21à la Russie pour déstabiliser
19:22l'ordre public.
19:23Jean-Noël Barraud,
19:24en apprenant qu'elle allait
19:25revenir à distance
19:26sur l'antenne de CNews,
19:27s'est dit affligée,
19:29je cite,
19:29ce n'est pas une journaliste
19:30mais une agente d'ingérence
19:32au service de la Russie.
19:33Voilà ce que dit
19:34le ministre des Affaires étrangères.
19:35Là encore,
19:36l'influence de Xenia Fedorova
19:38sur un groupe de médias
19:39aussi puissant,
19:40le fait qu'elle revienne
19:41à l'antenne à distance
19:42malgré son interdiction
19:43de séjour,
19:43qu'est-ce que cela dit
19:44du débat public ?
19:46Alors d'abord,
19:47ça pose la question
19:48de est-ce que
19:49les sanctions
19:51interdictions de résider
19:53sur le territoire français,
19:54c'était la bonne solution ?
19:55Il y a eu un dialogue
19:56au sommet
19:57entre la position
19:58du ministère de l'Intérieur
19:59et puis on peut se poser
20:01la question de savoir
20:01si des sanctions européennes
20:02n'auraient pas été efficaces
20:03puisque là,
20:04on voit bien
20:04que non seulement
20:05Xenia Fedorova
20:06qui est devenue une sorte
20:08de...
20:08Elle a un costume
20:09presque trop grand pour elle,
20:10c'est devenu la figure
20:11de l'ingérence russe
20:13et CNews s'amuse
20:14et elle s'amuse aussi.
20:16D'ailleurs,
20:17sur le plateau,
20:17tout le monde n'était pas d'accord.
20:18Je me souviens
20:19que quand CNews
20:20a annoncé ça
20:20la semaine dernière,
20:21ils en avaient l'idée.
20:22Par exemple,
20:23quelqu'un comme Pierre Lelouch
20:23dit,
20:24et on lui coupe la parole,
20:25je ne suis pas sûre
20:26que ce soit une très bonne idée
20:26qu'elle revienne sur le plateau.
20:28Mais c'est quand même
20:28une sacrée réussite
20:29pour les autorités russes,
20:31l'œuvre de Xenia Fedorova.
20:32Parce qu'elle a réussi
20:33un coup de maître,
20:34elle a infiltré
20:35tout le réseau
20:37politico-médiatique
20:38et financier
20:39de la onzième fortune française
20:40ou douzième.
20:41Donc c'est quand même
20:42très réussi.
20:44Vincent Bolloré
20:44en l'occurrence,
20:45elle est désormais
20:46une figure du groupe Bolloré
20:48et elle a fréquenté
20:50toutes les connaissances
20:51de Vincent Bolloré
20:51puisqu'elle était
20:52précisément invitée
20:53à la première réunion
20:54de son fine-tank
20:55l'Institut de l'Espérance.
20:56Donc effectivement,
20:57c'est une sorte de caricature.
20:59On dirait presque
20:59un film d'espionnage
21:00tellement c'est gros.
21:01Mais au-delà
21:02de cette figure-là...
21:02On n'y croirait pas
21:03d'un film d'espionnage.
21:04Sans doute.
21:05Oui, on ne le croirait pas.
21:06Vous avez raison.
21:08Merci Ariane Chemin,
21:09merci Girard Harraud
21:10d'avoir été au micro
21:10de France Inter.
21:12Ce matin,
21:12la revue de presse
21:13est à suivre.

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