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[#Reportage] Gabon : la périlleuse gestion de l’économie sans données publiques fiables

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Transcription
00:00Piloter une économie sans données suffisamment détaillées, régulières et accessibles revient à prendre des décisions avec une visibilité réduite.
00:08Au Gabon, la publication d'indicateurs économiques par les administrations spécialisées permet certes de suivre certaines évolutions sectorielles,
00:15mais elle ne répond pas toujours aux besoins d'analyse des entreprises, investisseurs, chercheurs et citoyens.
00:21Entre informations conjoncturelles parfois insuffisamment documentées, faibles profondeurs prospectives et difficultés d'accès réguliers aux données d'exécution budgétaire,
00:30la question dépasse désormais la statistique. Elle touche directement à la qualité de la décision publique et à la transparence
00:37financière.
00:38La note de conjoncture sectorielle du quatrième trimestre 2025, publiée en mars 2026 par la Direction générale de l'économie
00:46et de la politique fiscale des JPF, illustre cette difficulté.
00:50Le document permet d'identifier des tendances, notamment dans les BTP ou l'exploitation forestière,
00:56mais l'utilisation fréquente de variations en pourcentage, sans présentation systématique des volumes physiques,
01:01valeurs financières ou séries historiques correspondantes, limitent la possibilité d'en apprécier précisément l'ampleur.
01:07Des explications telles que les problèmes logistiques ou les pannes renseignent sur les événements immédiats,
01:12mais gagnerait à être accompagnée d'une analyse plus approfondie de leurs causes et de leurs conséquences.
01:17Une note de conjoncture n'a certes pas vocation à constituer à elle seule une étude prospective exhaustive.
01:22Elle doit néanmoins permettre de comprendre non seulement dans quelle direction évolue un secteur,
01:27mais aussi pourquoi il évolue et dans quelles proportions.
01:30Une croissance exprimée en pourcentage n'a ainsi pas la même signification selon la base de comparaison,
01:34les volumes concernés, le chiffre d'affaires généré ou le poids du secteur dans l'économie nationale.
01:40Cette profondeur est essentielle pour les opérateurs économiques.
01:43Investir, recruter, emprunter ou anticiper une demande suppose de disposer de séries suffisamment longues et comparables.
01:50Lorsque ces informations sont dispersées, publiées tardivement ou insuffisamment détaillées,
01:54les entreprises sont contraintes de compléter la donnée publique par leur propre estimation.
01:59Le risque est alors de voir administrations, banques, investisseurs et opérateurs travailler
02:03à partir de représentations différentes d'une même économie.
02:06Le problème devient encore plus sensible lorsqu'il concerne les finances publiques.
02:09La transparence budgétaire ne consiste pas uniquement à publier une loi de finances en début d'exercice,
02:14puis à constater les résultats plusieurs mois après sa clôture.
02:18Elle suppose de pouvoir suivre en cours d'année le niveau réel des recettes, des dépenses,
02:22des engagements et de l'exécution des politiques publiques.
02:26C'est précisément tout l'intérêt des rapports trimestriels d'exécution budgétaire prévus par la législation gabonaise.
02:31Leur publication régulière permettrait notamment de comparer les autorisations votées
02:35avec les dépenses effectivement exécutées et de détecter rapidement d'éventuels écarts.
02:41Les contrôles ultérieurs de la Cour des comptes restent indispensables,
02:44mais ils répondent à une logique différente.
02:46Le contrôle a posteriori ne peut se substituer entièrement à l'information financière disponible pendant l'exercice.
02:54Cette question revêt une importance particulière dans une période où l'État engage des investissements importants,
02:59réforme plusieurs administrations et affiche des ambitions de diversification économique.
03:02Sans données consolidées sur l'activité, l'emploi, l'investissement, la dette, l'exécution budgétaire
03:08ou encore les performances sectorielles, il devient plus difficile de déterminer rapidement
03:12si une politique produit les résultats attendus.
03:16La statistique publique doit ainsi être considérée comme une infrastructure de gouvernance.
03:20Une route permet aux marchandises de circuler.
03:22Une donnée fiable permet à la décision de circuler entre l'administration,
03:25l'entreprise, le Parlement, les partenaires financiers et les citoyens.
03:30La qualité de cette infrastructure dépend autant de la méthodologie employée
03:33que de la fréquence de publication, de l'harmonisation des séries et de leur accessibilité.
03:39Moderniser le système statistique gabonais ne peut donc se limiter à numériser la collecte
03:43ou à acquérir de nouveaux équipements.
03:45L'enjeu consiste également à instituer une véritable discipline de publication,
03:49calendrier connu à l'avance, séries historiques accessibles,
03:52méthodologie explicité, données brutes lorsque cela est possible
03:55et rapports d'exécution budgétaire régulièrement mis à disposition du public.
04:00Une telle évolution profiterait d'abord à l'État lui-même.
04:02Des données plus robustes permettraient de mieux évaluer les politiques publiques,
04:06d'identifier les écarts entre objectifs et réalisations
04:08et de renforcer la crédibilité économique du pays
04:11auprès des investisseurs et partenaires financiers.
04:14Car la question n'est finalement pas seulement de savoir combien de statistiques le Gabon produit,
04:17mais si celles-ci permettent réellement de savoir, trimestre après trimestre,
04:22où se trouve son économie et dans quelle direction elle avance.
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