- il y a 4 jours
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00:00Place à nos dualistes du samedi face à Raphaël Enthoven, c'est tout de suite.
00:06Raphaël Enthoven, bonsoir face à vous aujourd'hui, Alexandre Jardin.
00:12Bonsoir et bienvenue. Votre nouvel essai, les gueules retours, sortiront en librairie le 10 septembre prochain.
00:19Bonsoir à tous les deux.
00:21Les images d'abord du meeting de Jean-Luc Mélenchon à la braderie de Lille tout à l'heure.
00:24Jean-Luc Mélenchon, il fait un peu comme vous, finalement. Il place la fracture entre le peuple et les élites
00:31au cœur de sa stratégie.
00:32Il est de quel côté, lui, selon vous, Jean-Luc Mélenchon ? Il est député des gueux, comme vous les
00:36appelez, ou du côté des élites ?
00:38Alors, j'ai prouvé un certain malaise.
00:42Ah, pourquoi ?
00:43C'est une excellente question.
00:45Oui, mais j'ai beaucoup de mal avec le fait qu'il y a un énorme mouvement populaire en France
00:50passionnément antisémite.
00:52Ah oui.
00:52Oui, ce n'est pas un détail.
00:55Je veux dire, la France s'est débarrassée de son antisémitisme à la fin du 19ème.
00:59On s'en est débarrassé environ Vichy.
01:02On réussit toujours à s'en débarrasser.
01:05Mais l'idée de construire un projet national avec ce genre de choses au fond du ventre,
01:12avec l'idée aussi de fracturer le pays, puisque quand on désigne une nouvelle France, ça veut dire qu'il
01:17y a une ancienne.
01:19Or, tout projet politique digne, à mes yeux, est un projet unificateur.
01:25Je suis profondément gaulliste, mais pas gaulliste au sens de ce que c'est devenu après-guerre.
01:30Le premier gaullisme qui était unificateur, qui travaillait avec le Parti communiste,
01:36mais la fracturation de la France, on est dans un état social, dans une crise sociale tellement démentielle,
01:44que maintenant il va falloir qu'on soit à peu près sérieux et qu'on réapprenne tous à se parler
01:49et à refaire de l'unité.
01:50– Donc lui, il n'est pas sérieux et ce n'est pas le candidat.
01:54– Antisémitisme, je ne marche pas.
01:55– Rassembleur à vos yeux, pour autant, et on connaît vos différends avec la France insoumise, Raphaël Antoven.
02:01– Quelques-uns.
02:02– Quelques-uns, et non des moindres.
02:03Mais quand même, pour autant, vous voyez ses scores.
02:06Il se qualifie au second tour, en l'état, il séduit les jeunes.
02:09Comment on explique le phénomène Mélenchon, le succès Mélenchon ?
02:13– Le succès de Mélenchon correspond à peu près au succès que peut avoir une gauche radicale dans ce pays,
02:20c'est-à-dire qu'il fait le plein des voix, des gens qui pensent comme ça,
02:23et il fait aussi, il récolte des voix chez ceux qui font le calcul que les choses, que c'est
02:30lui et personne d'autre.
02:33Le problème de Jean-Luc Mélenchon, me semble-t-il, c'est que,
02:36alors d'abord je suis tout à fait surpris et embarrassé d'être d'accord avec mon adversaire.
02:41– Ça commence bien ce débat.
02:42– Mais oui, c'est malheureusement, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
02:43– Il arrive que les débats, ce soit parfois des gens qui mettent en partage ce qu'ils savent
02:47pour essayer d'avancer vers un peu plus de vérité.
02:49Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous dites de l'antisémitisme de la France insoumise,
02:55mais j'ajouterais que Jean-Luc Mélenchon a beaucoup joué la carte des Gilets jaunes.
03:02Il y a eu un moment populiste dans les discours de Jean-Luc Mélenchon,
03:05ce que j'appelle moment populiste, c'est-à-dire le moment des Gilets jaunes,
03:08où il tenait à peu près sur tous les thèmes le discours de Marine Le Pen.
03:12Les retraites, la Russie, Macron, les médias, l'oligarchie, etc.
03:17Il y avait cette porosité du mouvement de la France insoumise avec les Gilets jaunes.
03:23Et quand les insoumis opposent un « nous » vertueux, courageux, généreux, solidaire, engagé, etc.,
03:33à un « eux » élitiste, délétère, méprisant, condescendant, arrogant, etc.,
03:40on retrouve, mon cher Alexandre, une rhétorique qui est celle des gueux,
03:45c'est-à-dire les gueux contre les élites.
03:48Donc j'entends la rupture avec la France insoumise sur la question de l'antisémitisme,
03:53moi ça me paraît terrifiant ce qu'ils disent, donc bien sûr, et passionnément antisémite.
03:58Mais sur la partition du pays entre gueux et élite,
04:05comment parler d'unification quand on pense les choses de cette manière ?
04:10– Je crois que ce qui a fabriqué la puissance de ces mouvements aujourd'hui,
04:14c'est profondément la culture du mépris, justement, du centre.
04:19Et pourquoi je sors ce livre-là, « Les gueules retours » ?
04:22Parce qu'il y a une culture du mépris qui est en train de tordre le pays.
04:27On est dans une crise de…
04:29– Mais moi, franchement, je ne vois pas ça.
04:31– Sérieusement, honnêtement.
04:33– Les gens, ils sont sous les regards des caméras en permanence,
04:35ils vont dans les chaînes info, ils sont sur Twitter, ils ont machin, ils ont truc.
04:38– Je vais vous parler de quoi quand vous parlez de culture du mépris ?
04:41– Ce que je veux dire, juste ça, comment être méprisant quand on brigue des suffrages ?
04:46On fait le malin, au contraire.
04:48– Je vais être plus précis. Ce mouvement s'appelle « Les gueux ».
04:51Pourquoi est-ce que ce mot a pris ? Pourquoi est-ce qu'il est devenu ?
04:56Au départ, c'était une boutade.
04:58Je fais un poste et je dis, on s'en fout, c'est des gueux.
05:01Mais c'était une boutade.
05:03Or, le pays, pourquoi est-ce qu'il a gardé ce mot ?
05:05Pourquoi est-ce qu'il en a fait un hashtag surpuissant ?
05:07Parce que ça exprimait le sentiment de mépris.
05:11Ça a dit quelque chose de plus puissant.
05:13– Oui, mais il y a quoi ?
05:14– Alors, ce mouvement, il est né de quoi ?
05:16– Initialement, c'est les ZFE.
05:17– Voilà, il est né de la crise des ZFE.
05:18– Bien sûr, bien sûr.
05:19– Or, qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ?
05:21– C'est important de le rappeler pour les gens qui l'ignorent,
05:24parce que c'est vrai que c'est né de ça.
05:25Et là, pour le coup, c'était incontestable.
05:27Les ZFE, c'était soi-disant pour le bien de tous,
05:30sauf que ça exprimait.
05:31– Les zones à faible émission.
05:32– Les zones à faible émission.
05:33– Tout à coup, et le Conseil constitutionnel
05:35a rétabli ce système de ségrégation sociale
05:38qui permet de virer les pauvres
05:40qui n'ont pas les moyens de changer de voiture.
05:42– Je veux dire, c'est de l'ignominie.
05:44– Donc, à partir du moment où ces gens ne sont pas entendus,
05:48ces gens, c'est un tiers de la nation.
05:51– Sur la France insoumise, quelle différence
05:53entre l'opposition gueux élite
05:56et l'opposition eux-nous façon France insoumise ?
06:00– Alors, moi, je ne raisonne absolument pas
06:02par rapport à l'offre politique.
06:03Je suis profondément démocrate.
06:05C'est-à-dire que je ne demande pas aux gens
06:07d'où ils viennent lorsqu'ils votent pour nous,
06:10lorsqu'ils votent sur nos référendums.
06:11– Non, d'accord.
06:12– Je n'ai pas du tout cette grille d'analyse.
06:15Comment est-ce qu'on a obtenu la victoire au Parlement
06:19pour faire tomber les ZFE
06:20avant que le Conseil constitutionnel le rétablisse ?
06:24Tout simplement parce qu'on avait plus de 80% d'une nation
06:27qui était d'accord avec le mouvement des gueux.
06:29À partir de ce moment-là, les députés ont fini par rentrer dans le rang,
06:33c'est-à-dire que ceux qui étaient pour nous ont voté pour nous,
06:35et ceux qui étaient contre se sont fait porter pâle.
06:37Ils ont été à la buvette.
06:40Et c'est comme ça que nous y sommes parvenus.
06:42Moi, je pense qu'il y a une telle crise d'impuissance du citoyen.
06:47Mais d'impuissance.
06:49Je vais prendre l'exemple d'un chapitre dans ce livre
06:52qui a été une crise épouvantable dans mon village.
06:54Je m'aperçois un jour que la préfecture…
06:57– Il faut que je réponde là-dessus, c'est important.
06:59– Exactement, c'est ce que je voulais vous demander.
07:00– La préfecture interdit le maire de faire venir 500 chèvres
07:04pour nettoyer la garrigue.
07:06Pourquoi ?
07:07Parce qu'il y a un règlement écolo de l'ONF
07:09qui interdit le transport de chèvres.
07:11Or, dans ma région, dans l'autre, tout le monde a peur du feu.
07:14Mais peur du feu !
07:15Or, qu'est-ce qui s'est passé ?
07:17Les gens étaient dans une révolte terrible
07:18parce que ça fait 3000 ans qu'on nettoie la garrigue.
07:22Et ils étaient devant un ordre bureaucratique
07:24qui les méprisait, qui les condamnait au feu.
07:28Et il a fallu que je fasse un travail de lobbying,
07:31d'une intensité que je raconte dans ce livre
07:33pour faire gagner les chèvres.
07:35Eh bien, la danse a résumé toute la crise du mépris.
07:38Ces gens essayaient de se faire comprendre
07:42et on a fini par gagner parce que je me suis battu.
07:44– La réponse de Raphaël Enthoven.
07:45– Alexandre, pardon, il y a toujours eu des bureaucrates ignares
07:51qui avaient en main des dossiers dont ils ignoraient tout
07:54parce qu'ils ignoraient le terrain.
07:56– Oui, mais c'est devenu énorme.
07:57– Non, mais pardon, il y a toujours eu ça.
07:59La première révolte contre ça, c'était Poujade.
08:03C'était Poujade en 1956 qui faisait valoir que…
08:07Alors, à l'époque, c'était les contrôleurs du fisc.
08:09Les contrôleurs du fisc, avec leur abstraction,
08:11leurs méthodes, leurs chiffres manquaient la tendre réalité,
08:15la générosité, la chaleur des Français.
08:18Et c'est né d'une révolte fiscale.
08:20Mais il y a toujours eu une administration désincarnée
08:26qui pouvait susciter par ces absurdités,
08:29par ces aberrations, des révoltes.
08:31Ça n'a rien de nouveau, ça n'a rien de neuf.
08:34En revanche, qu'une assemblée gouverne sous la loi de la rue,
08:41c'est-à-dire parce que 80% du pays, etc.,
08:46ceci me paraît non pas une victoire démocratique,
08:49mais une régression démocratique.
08:51Et c'est là-dessus qu'on ne sera pas d'accord.
08:53– Justement, sur la question, j'y viens de la question du référendum,
08:56puisqu'elle est au cœur de votre projet.
08:58Vous défendez redamment le RIC, le référendum d'initiative citoyenne.
09:00Vous avez même créé une application, un référendum citoyen,
09:04pour organiser des consultations populaires avec votre fils,
09:08mais vous le soutenez, et donc organiser des référendums
09:11sans dépendre de l'autorisation préalable de l'État, en gros.
09:15La question du référendum, on l'a vu, elle est au cœur de la campagne.
09:17Le Rassemblement National, notamment, propose un référendum
09:20sur la question du voile, sur la question de l'immigration.
09:23Est-ce qu'il faut tout voter par référendum, où il n'y a pas des limites ?
09:27– Alors, je vais vous dire, c'est typiquement le genre de questions
09:30qu'on se pose quand on est en haut.
09:33C'est-à-dire que si on n'est pas une culture démocrate…
09:35– Vous avez été situé.
09:36– Non mais pardon, mais pardon d'être un peu au État.
09:38– Vous avez été situé.
09:39– Mais c'est une vraie question.
09:40– Mais le souverain, en France, c'est le peuple.
09:43Donc, c'est fondamentalement, et c'est reconnu par la Constitution.
09:47Donc, à un moment, quand on commence à se dire,
09:50tiens, le peuple, il a le droit là, il n'a pas le droit là.
09:52Mais qui est-on ? Qui est-on ?
09:56Donc, est-ce qu'on redevient des gens une grande nation de culture démocratique ?
10:01– Mais pardon, notre nation, elle n'est pas démocratique ?
10:03Il y a le peuple, mais il y a le Parlement aussi, il y a la Constitution, vous l'avez
10:06cité.
10:06– Oui, mais simplement, il se trouve que pour l'instant, ce système ne fonctionne plus.
10:11Pourquoi est-ce que, pendant tout l'été, j'ai vu déferler des parlementaires ?
10:14Parce qu'ils nous disent que l'espace qu'il aurait laissé en face du Conseil constitutionnel,
10:19en face de la Cour européenne de justice,
10:21en face de la Cour européenne des droits de l'homme, du Conseil d'État,
10:25il s'est rétréci.
10:26Et aujourd'hui, un Parlement n'est pas le Parlement d'il y a 20 ans.
10:29Aujourd'hui, un président n'est absolument pas.
10:32Le pouvoir n'a plus beaucoup de pouvoir.
10:35Donc, à un moment donné, on est, de ce côté-là, dans une crise démocratique.
10:39Mais je vais faire une énorme différence entre le référendum du Prince,
10:44parce qu'en fait, tous les politiques proposent un référendum du Prince.
10:47Nous, ce que nous voulons, c'est un référendum d'initiative citoyenne,
10:50c'est-à-dire une circulation, on trouve ça très bien,
10:53qu'il y ait des référendums qui partent du haut.
10:56Mais il faut que le pays puisse s'exprimer directement.
10:58Si nous avions eu le référendum d'initiative citoyenne,
11:01nous n'aurions jamais eu la crise des gilets jaunes.
11:03– Est-ce que l'eau aurait pu s'exprimer directement ?
11:05– Raphaël Thauven, allez-y !
11:06– Mais oui, mais quand même.
11:08– Vous êtes libre !
11:08– Non, mais bien sûr.
11:10Sur le référendum, d'abord le référendum qui vient du haut,
11:12moi je trouve que c'est un outil vicier dès le départ.
11:15Puisque d'ailleurs, dès le départ,
11:17la question que posait le général de Gaulle
11:18n'était pas la question à laquelle les gens répondaient.
11:20Puisqu'il parlait de centralisation ou de décentralisation,
11:24alors que la vraie question, c'était « dois-je rester au pouvoir ? »
11:27Et il a interprété le nom comme une invitation à partir, à bon droit.
11:32Dès le départ, un référendum vicie la question.
11:37– Surtout s'il parle en...
11:38– Non, mais peut-être.
11:39Alors, il y a les deux cas de figure.
11:41Mais dans le cas du haut,
11:45François Mitterrand était suffisamment populaire
11:47pour que le référendum de Maastricht passe,
11:50pas ça, Chirac ne l'était pas.
11:53En 2005, c'est la raison pour laquelle le TCE a perdu.
11:56C'est-à-dire qu'on jugeait non pas la question posée,
11:59mais celui qui la posait.
12:00Ça, c'est pour le référendum venu du haut,
12:01qui m'a toujours paru problématique à cet égard.
12:04Maintenant, pour le RIC, le RIC a...
12:07– Le référendum d'initiative citoyenne.
12:09– Le référendum d'initiative citoyenne.
12:11– Qui n'est pas celui du tout dont les politiques parlent.
12:13– Oui, oui, d'accord.
12:14Mais il y a une toute première objection à ça.
12:18C'est qu'on ne peut pas obtenir du peuple,
12:22des uns et des autres, de tout le monde,
12:24qu'il se voue continuellement à la chose publique.
12:27On ne peut pas obtenir ça.
12:29Or, le système que vous proposez ne fonctionne
12:32que par la dévotion des citoyens
12:36qui, à tous égards, manifestent leur vigilance,
12:39leur éclairage, font valoir leur connaissance.
12:42C'est là que la chose est utopique.
12:45Tout l'enjeu, c'est de penser à un espace démocratique
12:49qui s'accommode de l'égoïsme ordinaire.
12:51Et je ne vois pas que le RIC réponde à cette question.
12:55– Je vais répondre point par point.
12:57Tout d'abord, cette question va commencer à être tranchée
12:59le 15 septembre.
13:00Parce que le 15 septembre,
13:02sortira la nouvelle application référendum citoyen
13:05où les Français pourront voter,
13:06non plus seulement avec leur passeport,
13:08mais aussi avec leur carte d'identité.
13:09Donc, ça sera véritablement un vote universel
13:12à partir du 15 septembre.
13:15Vous en entendrez partout,
13:17parce qu'on va poser principalement la question,
13:19justement, du référendum d'initiative citoyenne.
13:21Donc, les gens répondront.
13:23Parce que c'est un débat qui est digne.
13:25– C'est un excellent débat.
13:27– C'est un excellent débat.
13:28Et je voudrais répondre à cette objection.
13:31Est-ce que le citoyen doit se mêler de tout, tout le temps ?
13:33– Doit se vouer continuellement à la chose publique.
13:35– Alors, nous avons un pays voisin,
13:37qui s'appelle la Confédération helvétique,
13:39où vous avez 96% des lois fédérales
13:42qui sont votées normalement.
13:45Il n'y a que 4% qui sont d'origine référendaire.
13:49Mais sauf que ce qui change tout de manière systémique,
13:52c'est que le parlementaire fédéral suisse, il écoute.
13:57Il est obligé d'écouter.
13:58Parce qu'il travaille en sachant que le peuple,
14:02s'il fait n'importe quoi, va pouvoir réagir.
14:05Au fond, on va essayer d'offrir à la France pour Noël
14:091, 2 ou 3 millions de votes positifs
14:12pour offrir la démocratie directe à la France à Noël.
14:15– Concrètement, Alexandre Jardin,
14:19sur la question du voile,
14:20est-ce que vous seriez pour un RIC,
14:23donc un autre type de référendum,
14:24sur la question du voile ?
14:27C'est aux citoyens de trancher ?
14:28C'est à la majorité de trancher sur la question
14:30des libertés des femmes ?
14:31– Oui, véritablement.
14:32– Donc si la majorité dit
14:33que les femmes n'ont pas le droit de porter le voile…
14:35– Alors voilà, on est au cœur du problème.
14:37On est au cœur du problème et j'en reviens à l'exemple suisse.
14:39– Non, j'ai juste dit oui, camarade.
14:41Un mot, on est au cœur du problème
14:44et j'en reviens à la question suisse.
14:47En Suisse, techniquement,
14:49la majorité peut porter atteinte au droit d'une minorité,
14:52ou en tout cas poser des questions,
14:53faut-il interdire les minarets ?
14:54Je me souviens de l'époque,
14:55où à Genève, on votait sur la question
14:57de savoir s'il fallait interdire ou non les minarets.
15:00C'est une mesure tout à fait, objectivement, liberticide.
15:03Mais si la majorité de la population
15:05se prononce en faveur de cette mesure,
15:07existe la liberté.
15:09C'est une objection très sérieuse au RIC, ça.
15:12Le pouvoir vient du peuple,
15:14mais le pouvoir, lorsqu'il vient du peuple,
15:17doit rencontrer des limites.
15:19Quand le peuple, dans sa majorité,
15:22souhaite quelque chose de liberticide,
15:25il est essentiel que les institutions filtrent,
15:28que les intermédiaires fassent de la pédagogie,
15:32que les filtres fonctionnent pour que précisément
15:35un tel danger soit écarté.
15:37La volonté du peuple n'est pas absolument souveraine.
15:41Elle n'est pas absolument souveraine,
15:43sinon elle devient tyrannique.
15:45Quelles seraient les limites ?
15:47Tout d'abord, le peuple va trancher
15:51à partir du 15 septembre.
15:53C'est-à-dire qu'on n'est pas dans un débat théorique,
15:56puisque les gens vont pouvoir voter sur leur téléphone
15:59à partir du 15 septembre.
16:01Là, en ce moment, des milliers et des milliers de gens
16:03sont en train d'adhérer au mouvement des gueux
16:05et ils vont sur le site et ils contribuent.
16:07Nous le payons avec l'argent populaire.
16:09Une fois que la majorité a tranché à donner son opinion,
16:13quels sont les gardes fous dans votre scénario ?
16:15Ce qui me rend dingue dans ce débat,
16:17c'est qu'en réalité, on n'est pas dans un débat théorique.
16:21On est dans une impuissance du pouvoir.
16:24Les ZFE ont été annulées
16:26pour de sombres histoires juridiques de cavaliers
16:29qui correspondent à une culture technocratique
16:31et un usage très particulier du droit
16:33qui n'a plus rien à voir avec la démocratie.
16:36Non, ça n'a plus rien à voir.
16:37C'est un point de vue juridique.
16:38Ce n'est pas un point de vue...
16:41Il y a une nation entière qui est virée.
16:43Il y a un tiers du peuple
16:45qui ne pourra plus rentrer dans les villes
16:46parce que neuf personnes nommées,
16:49tout à coup, ont pensé que les pauvres...
16:51Non, mais je vous suis, ce n'est pas la question.
16:54On est globalement en face d'un pouvoir impuissant.
16:58Les gens qui se présentent à la présidentielle
17:00ont tous des programmes
17:01qui sont quasiment impossibles
17:03à mettre en œuvre juridiquement.
17:05Avec l'actuel Conseil constitutionnel,
17:08avec le pouvoir européen,
17:10avec le Conseil d'État,
17:11ce n'est pas possible.
17:13Donc, pour réparer l'appareil juridique,
17:14on va devoir en passer par
17:17le seul qui puisse trancher.
17:21Les gens qui nous écoutent.
17:21Donc, on supprime tout,
17:23ce n'est pas dangereux, ça ?
17:23Non, mais nous n'avons pas dit ça.
17:26J'espère qu'il ne dit pas ça.
17:27Mais on n'a jamais dit ça.
17:28Vous dites que la Constitution,
17:29finalement, ça bloque.
17:30Donc, il faut redonner le pouvoir au peuple.
17:31Le rôle du Conseil constitutionnel
17:33peut être décidé et modifié
17:36par référendum.
17:37Alexandre, la Constitution n'est pas faite
17:38pour empêcher le peuple de gouverner.
17:41Elle est faite pour empêcher
17:43qu'en gouvernant,
17:45le peuple fasse n'importe quoi.
17:47Il se devienne tout puissant.
17:49Oui, mais c'est plus vrai.
17:51Mais c'est tout à fait vrai.
17:53C'est tout à fait vrai.
17:54C'est l'instrument du pouvoir aujourd'hui.
17:56Ce n'est pas l'instrument du pouvoir.
17:58Mais non, depuis le 19e siècle...
18:00Et tout le monde le sait, en gros.
18:00Non, mais depuis le 19e siècle...
18:02Alors, pardon, là encore,
18:03c'est une tradition ancienne.
18:05Depuis le 19e siècle,
18:07on fait à l'État le procès
18:10d'être le bras armé des puissants.
18:12D'être le protecteur des puissants.
18:13Tout simplement parce qu'il y a de la police.
18:14C'est que la police protège la propriété privée.
18:16On a toujours fait ça.
18:17Ensuite, on a accusé l'État
18:18d'être systémiquement islamophobe.
18:21On a accusé l'État d'être que sais-je.
18:23On a toujours regardé l'État
18:26comme l'allié objectif
18:29de ceux qu'on désapprouvait.
18:30Mais c'est une tradition antique, ça.
18:3315 secondes, vous avez dit.
18:34Vous n'avez que 15 secondes, littéralement.
18:36Si c'était vrai...
18:37Je n'ai pas parlé suffisamment aujourd'hui.
18:39Je veux le dire ici, quand même.
18:40Pardon, mais...
18:41Si c'était vrai,
18:43le RN et les filles
18:45ne seraient pas à ce niveau-là.
18:46C'est qu'il y a une crise de régime.
18:48C'est qu'il y a une crise démocratique.
18:50Et donc, ce qui est en train de se passer...
18:52Moi, d'abord, je remercie
18:53les milliers de gens
18:54qui permettent à la France
18:56de faire fonctionner
18:57un outil référendaire
19:00universel, vérifiable,
19:01par tout le monde.
19:04Puisque je...
19:05On vous réexpliquera
19:06les choix technologiques,
19:07mais on est à des niveaux de fiabilité
19:08qui n'existaient pas avant,
19:10à partir du 15 septembre.
19:13Merci beaucoup, Alexandre Jardin.
19:14Je rappelle le titre
19:15de votre nouvelle essai.
19:18Les deux, le retour.
19:19Ce sera le 10 septembre prochain.
19:21J'espère que vous n'êtes pas trop frustré.
19:22Je suis tout à fait frustré,
19:24mais je me consolerai la semaine prochaine.
19:26Tout va bien.
19:27Merci à tous les deux.
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