00:07Les Français voudraient s'exprimer par référendum sur des questions budgétaires et sociétales.
00:1279% des Français interrogés lors d'une enquête au Doxa Backbone Consulting pour le Figaro
00:19répondent favorablement à cette idée de référendum.
00:23Êtes-vous favorable à un référendum pour faciliter l'organisation des référendums ?
00:2884% répondent oui.
00:31Organiser un référendum sur la règle d'or budgétaire ?
00:3477% oui.
00:36Sur les retraites ?
00:3775% oui.
00:39Sur l'immigration ?
00:4169%.
00:41Interdiction d'utiliser les réseaux sociaux ?
00:4469%.
00:44Et interdiction du port du voile islamique dans l'espace public ?
00:4862%.
00:49D'ailleurs, sur cette question du voile qui a été au cœur de l'actualité cette semaine,
00:53c'est très intéressant de voir qu'il y a aujourd'hui une majorité de Français
00:56qui aspire à cette interdiction.
00:59Et de proposer cette interdiction par voie référendaire, c'est de donner la responsabilité aux Français.
01:07Et vous avez peut-être des femmes d'ailleurs qui aujourd'hui iraient voter,
01:14qui sont sous la contrainte de le porter,
01:17et qui voient dans cette idée de voter pour ou contre,
01:21une possibilité de voter sans pression.
01:24C'est impossible de chiffrer toutes ces femmes qui pourraient être aujourd'hui sous la pression communautaire.
01:32D'accord ?
01:32Mais peut-être qu'il y en a certaines qui auraient cette possibilité.
01:35Ou au contraire, vous avez des femmes qui le portent,
01:38sans la moindre pression et par conviction religieuse,
01:40qui épousent parfaitement les lois républicaines,
01:43et qui veulent aller voter, justement, pour répondre contre cette interdiction.
01:47Vous voyez ce que je veux dire, John Christopher Roland ?
01:50Oui.
01:51Il y a une question de démocratie, mais il y a aussi une question de liberté.
01:55La liberté d'avoir le choix, John Christopher Roland.
01:58Je rappelle que vous êtes constitutionnaliste et maître des conférences à l'université Paris-Nanterre.
02:02Mais justement, j'entends ce que vous dites, mais je vais vous donner un contre-argument.
02:05Mais tant mieux, c'est même pas un contre-argument.
02:07C'est vraiment, j'ai besoin d'avoir votre avis, c'est vous l'expert.
02:09Mais ça touche une question très importante, c'est que, sur ces questions,
02:13qui touchent aux libertés individuelles,
02:16vous allez nécessairement, finalement, poser une question à des gens non concernés,
02:21pour, si vous voulez, légiférer sur des personnes concernées.
02:24On aurait pu aller au-delà, l'avortement, et tous ces choses-là.
02:28Et ça, pour moi, c'est un premier problème.
02:30Et pour moi, le second problème, et qui est un problème de contradiction dans le sondage,
02:34vous voyez, vous avez évoqué, par exemple, la règle d'or.
02:37Change de...
02:37Budgétaire.
02:38La règle d'or budgétaire.
02:39La règle d'or budgétaire, c'est quoi ?
02:41C'est inscrire dans le marbre une constante économique et politique
02:44pour des gens qui voudraient qu'on prenne en compte leur avis à échéance prévisionnelle.
02:49Mais si vous gravez dans le marbre quelque chose,
02:52vous ne pourrez jamais vous en défaire, vous en dévier,
02:55quelque part, c'est contradictoire,
02:56puisque le but, c'est justement qu'on puisse avoir une revoyure sur ces sujets-là.
03:00Il y a quelque chose qui me perturbe,
03:02c'est que dans notre vie politique aujourd'hui,
03:05vous avez des responsables qui n'entendent plus leur base et leur électeur.
03:10C'est-à-dire que sur les questions de sécurité et d'immigration, je le disais,
03:13ce sont des sujets qui sont consensuels aux yeux du peuple français.
03:16Vous avez, quels que soient les sondages que nous faisons,
03:19entre 60 à 70, parfois même 80% des Français qui partagent la même opinion.
03:23Et même à gauche.
03:25Mais lorsque vous écoutez une émission de télévision ou une émission de radio,
03:29vous voyez des responsables politiques se déchirer sur ces questions-là.
03:34Et vous avez des élus qui ne vont même pas essayer de tendre l'oreille
03:39et voir ce que pense leur électorat.
03:41Donc c'est pour ça que je vous dis que c'est aussi une question démocratique,
03:44mais il y a la notion de liberté, la liberté de choisir.
03:48Vous avez parlé de l'avortement.
03:50Des gens ne sont pas concernés par l'avortement, pardonnez-moi.
03:53Les hommes, par exemple, nous on n'est pas concernés.
03:55Vous n'êtes pas concernés directement.
03:58Mais lorsque vous êtes un couple,
03:59évidemment que l'avortement concerne la femme,
04:04mais que vous êtes marié, en couple,
04:06et que vient cette question-là,
04:09elle implique indirectement aussi l'homme.
04:12Vous voyez, donc vous êtes concerné directement.
04:14Et puis quand vous êtes attaché à la personne qui vous accompagne,
04:19à l'amour de votre vie,
04:21cette question-là, elle touche les deux personnes.
04:23Vous voyez ce que je veux dire ?
04:24Donc vous êtes de fait concerné.
04:26Oui, mais en fait, c'est toute la question.
04:28Est-ce qu'elle concerne la sphère privée ?
04:31Une décision qui peut être prise d'un commun accord ou pas,
04:36où il peut y avoir des dissensions, ça regarde le privé.
04:37Est-ce que ce débat-là doit être porté de manière globale sur la sphère privée ?
04:42Pour revenir sur la question du voile et de l'interduction ou non,
04:48je trouve ça plus sain de donner la parole aux Français,
04:51que ce débat ne s'installe que sur les plateaux de télé à l'Assemblée nationale
04:56et ne soit voté que par les élus,
04:59plutôt que de dire c'est un sujet ô combien sociétal,
05:03un sujet qui concerne la vie au quotidien des Français,
05:06et c'est aux Français de décider si oui ou non ils aspirent à ce qu'il y ait une
05:11interdiction ou non sur ce sujet.
05:13Et je pense que ça mettrait fin à la cristallisation de ce débat
05:18qu'on peut voir sur les plateaux où chacun se jette des anathèmes
05:22entre les fachos, les gens d'extrême droite, les islamophobes, etc.
05:26Parce qu'au contraire, vous donnez la possibilité aux Français de répondre à cette question.
05:31– Sur les questions sociétales, je trouve que le référendum est l'arme parfaite justement pour trancher ces questions-là.
05:37On a beaucoup parlé des débats sur l'euthanasie ces derniers mois,
05:41moi j'ai trouvé que ces débats étaient finalement de très piètre qualité
05:45et que ce débat-là aurait dû être tranché par voie référendaire
05:49et qu'on aurait tranché cette question-là.
05:52– Et ce qui s'est passé à l'Assemblée, pardonnez-moi Sébastien,
05:55mais c'est scandaleux, sur les débats à l'Assemblée nationale sur l'euthanasie et suicide assisté,
06:00vous aviez des hémicycles aux trois quarts vides.
06:02– Bien sûr.
06:03– D'accord, vous aviez des députés qui ont travaillé sur le dossier,
06:06qui ont été formidables, mais ils sont minoritaires.
06:08– Ou ça a essayé de voter la nuit, en cachette, etc.
06:09– Donc il ne faut pas nous prendre pour les imbéciles, c'est des sujets qui sont essentiels.
06:14J'aimerais être consulté, je n'ai pas confiance dans cette Assemblée nationale
06:18qui sur ces questions-là, pendant les heures et les heures de débat,
06:21vous aviez quelques dizaines parfois seulement de députés qui étaient présents à l'Assemblée nationale.
06:27– Et j'en termine, mais sur toutes ces questions sociétales,
06:29il y a aussi la question de la légitimité de l'Assemblée en place.
06:32Par exemple, que ce soit sur l'euthanasie ou sur le port du voile,
06:35on peut aussi se dire que ces questions-là n'ont absolument pas été au centre
06:40des dernières élections législatives, et que d'une certaine manière,
06:42l'Assemblée nationale n'est absolument pas représentative, forcément,
06:46de l'avis du peuple français sur ces questions-là.
06:48– Mais il faut une campagne dans un référendum.
06:50Est-ce qu'on est prêt à avoir une campagne avec parfois des arguments qui vont partir ?
06:53– Mais je pense que c'est la seule manière de trancher.
06:55C'est pour ça que je parlais du fait de l'importance de faire des référendums
06:57sur des questions qui clivent, parce que ça permet de trancher ces questions-là.
07:01Justement, c'est parce que c'est une question qui est à 50-50 dans l'opinion
07:04qu'il faut trancher par la voie référendaire,
07:06et pas laisser ça à une Assemblée qui, parfois, n'est absolument pas liée avec le peuple.
07:10– Et ce qui est passionnant, c'est de voir qu'en cas de censure d'une loi
07:13par le Conseil constitutionnel, seriez-vous favorable à ce que le Président de la République
07:18puisse organiser un référendum pour dépasser cette censure
07:20en donnant le dernier mot aux citoyens ?
07:22Quels que soient les partis politiques, majoritairement,
07:26les Français sont favorables, à gauche comme à droite.
07:29Et les seuls, enfin, en tout cas, la tendance la plus basse,
07:32comme par hasard, c'est Renaissance, 65%,
07:35la France Insoumise, 72%, le Parti Socialiste, 76%,
07:39et puis à droite, des Républicains jusqu'au Rassemblement National,
07:42c'est 86% et 88%.
07:46Antonin André, est-ce que vous avez finalement quelque chose à apporter ?
07:49Puis ensuite, on donnera la parole aux auditeurs.
07:51Moi, je suis favorable, notamment, comme le dit Sébastien,
07:55je pense qu'il y a des questions de société qui relèvent de l'intime aussi,
07:58et de la conviction intime, et effectivement, qui transcendent les clivages politiques.
08:01C'est-à-dire qu'aujourd'hui, sur la fin de vie, par exemple,
08:05qu'on soit de gauche ou de droite, on ne répond pas à la question de façon partisane.
08:09En revanche, ce qu'il faudrait éclaircir aussi, pour rebondir sur ce que disait Sébastien,
08:13c'est qu'on accepte qu'on pose une question de société sur l'interdiction du voile,
08:17sur l'euthanasie, sur la fin de vie, et que ça n'engage pas nécessairement,
08:21en fonction de la réponse, la démission du gouvernement ou de l'émetteur.
08:24Ce sont des sujets qui sont intimes, qui sont de société.
08:27On a le droit d'être président de la République et de dire,
08:29moi, intimement, voilà plutôt ma conviction,
08:32mais je vous soumets le choix, et la majorité décidera,
08:35sans que ça bouleverse à chaque fois les institutions.
08:37Parce qu'il y a aussi un sujet de dépassionné, j'allais dire, ces questions-là,
08:41de façon à ce qu'on puisse y répondre, la tête froide,
08:43sans dire que je ne réponds pas à la question.
08:46Ça, c'est intéressant, Antonin, c'est que parfois, certains pourraient dire,
08:51ce référendum, ce n'est pas tant sur la question qui m'intéresse,
08:56mais c'est le désaveu que je pourrais apporter au chef du gouvernement, au chef de l'État.
09:00Si on généralise cette pratique, ou si on l'inscrit un peu de façon un peu plus régulière chaque année,
09:04par exemple, on pourrait dire, il y a un ou deux référendums par an,
09:07on dépassionnerait cet aspect-là des choses.
09:0911h42, on va donner la parole aux éditeurs dans quelques instants.
09:12Je vais saluer, parce que vous devez nous quitter à 11h40,
09:16et vous avez déjà deux minutes de retard,
09:18John Christopher Roland, constitutionnaliste et maître de conférence à l'Université Paris-Nanterre.
09:23Et on ira voir Alexandre et Robert, qui nous attendent au Standard.
09:25Au 01-80-20-39-21, le numéro du Standard Europe 1,
09:29pour appeler Elliot de Valais, non surtaxé, et envoyez-nous aussi vos réactions.
09:33Sur WhatsApp, 01-80-20-39-21, à tout de suite sur Europe 1.