Passer au playerPasser au contenu principal
L'actrice Léa Drucker joue une chirurgienne dans « La Vie d'une femme » de Charlène Bourgeois-Tacquet, en salles le 9 septembre. Elle évoque ici ce rôle et aborde son parcours familial lié au milieu médical et au cinéma.

France Inter, la radio généraliste du service public, vous propose chaque jour l'actualité, des débats de société, de l'humour et de grands entretiens. Retrouvez ici les meilleurs moments de nos émissions : interviews, chroniques et coups de gueule qui font l'identité de France Inter depuis plus de 60 ans.

📻 Écoutez France Inter en direct et en podcast sur l'application Radio France : https://radiofrance.onelink.me/kg7D/7awrzmhf

👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer de nos vidéos : https://www.youtube.com/@FranceInter

#FranceInter #RadioFrance #Podcast #Actualité

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Musique
00:08Comme un lundi matin, dernier jour du mois d'août, comme un adieu à l'été,
00:12le mag de la grande matinale s'est emparé de mille et un visages et de mille et un sujets.
00:17Charline Vanhoenacker poursuit son tour de France.
00:20Elle voyage de ville en ville et là, elle revient de 7 dans l'Héros.
00:24Elle vous racontera musique avec Daphné Burki.
00:27Elle nous présente une nouvelle tête, un rappeur nommé Follies.
00:30A 9h30, le débat du jour.
00:32On va causer parcs d'attractions, mangas, e-sports, tous ces loisirs qu'investit l'Arabie Saoudite.
00:37Et on se pose la question, faut-il se méfier du soft power saoudien ?
00:42Mais tout de suite, le grand portrait.
00:44France Inter
00:47La grande matinale
00:51Sonia de Villers
00:54Portrait numéro 92.
00:55C'était au mois de février dernier.
00:58Mon invitée, la professeure Chloé Bertolus,
01:01chef du service de chirurgie maxillofaciale de la Pitié-Salpêtrière.
01:05Elle n'aimait pas beaucoup se raconter.
01:07Son métier, oui, mais pas son intimité.
01:10C'était elle, la chirurgienne décrite dans ce livre à succès, Le Lambeau.
01:14Or, voici un film qui s'inspire à nouveau de cette femme,
01:18mais qui lui invente cette fois une vie privée, de quinquagénaire pressé, de quinqua épuisé,
01:23mais de quinqua qui a fait des choix et qui va les assumer.
01:27Pour jouer la chirurgienne, Léa Drucker.
01:29Enfin, enfin, cette fille de médecin, petite fille de médecin, petite nièce de médecin,
01:35est à l'écran médecin à son tour.
01:37Alors, la blouse blanche est, elle, à ses yeux, un costume d'acteur comme un autre.
01:43Portrait numéro 170.
01:46Qu'est-ce que c'est qu'un chinois, docteur ?
01:49Ce qu'on appelle familièrement un chinois, c'est un lambeau chinois.
01:53En fait, ça s'appelle un lambeau libre anti-brachial.
01:55Ça consiste à prendre la peau de l'avant-bras avec l'artère radiale qui passe en dessous,
02:00l'artère sur laquelle on prend le poux au poignet et les veines de cet avant-bras
02:04pour venir reconstruire une surface ou parfois un volume au visage
02:09en branchant cette artère et cette veine sur des vaisseaux du cou,
02:13donc une branche de la carotide et une branche de la veine jugulaire.
02:16Ça, c'était la vraie Chloé Bertolus.
02:19À mon micro, vous avez vu, pas le genre à nous raconter ses émois intimes.
02:23Bonjour Léa Drucker.
02:24Bonjour.
02:24Ça, c'est la fausse.
02:25Oui, la fausse.
02:27Je ne suis pas chirurgienne.
02:29Non, soyez la bienvenue.
02:31Ce qui est intéressant, c'est que le film dont on va parler ce matin de Charline Bourgeois-Taquet
02:38se situe exactement au même moment de la carrière de cette chirurgienne,
02:42le moment qu'elle avait choisi pour venir nous parler ici à France Inter,
02:45c'est-à-dire le moment où elle allait former,
02:48où elle venait de former toute une brigade de chirurgiens volontaires
02:52pour aller opérer en Ukraine.
02:55La vie d'une femme, le 9 septembre à l'écran, bande annonce.
02:59Allo ? Oui, bonjour.
03:01Professeur Ponty en chirurgie maxillofaciale.
03:05On a eu une réunion avec la direction, ils veulent vous sucrer deux infirmières.
03:08Je trouve ça normal que je fasse mon temps à me retrancher dans cette chambre
03:10pour échapper à la vie sociale de Simon et Roxanne.
03:13Je n'ai jamais supporté mes enfants.
03:14Mais quelle mauvaise foi.
03:15Une seconde.
03:16Oui ?
03:16Ok, ok, allez, on avance, quoi d'autre ?
03:19Vous avez décidé de devenir la tutrice de votre mère.
03:22Vous savez que ça représente une lourde charge.
03:24Je sais, oui.
03:26Aller opérer des blessés de guerre en Ukraine comme si ça ne suffisait pas
03:30avec un mari, de beaux enfants, un service sur les bras, une mère en train de sombrer.
03:36Vous diriez que c'est une femme au bord de la crise de nerfs ?
03:40Je ne dirais pas qu'elle est au bord de la crise de nerfs parce que c'est une femme
03:43accomplie,
03:43une femme heureuse de faire le métier qu'elle fait,
03:45une femme qui a fait ses choix et qui est sûre des choix qu'elle a fait de sa vie.
03:50Je n'ai pas l'impression qu'elle soit au bord de la crise de nerfs.
03:54Par contre, elle travaille dans un environnement qui, parfois, l'est complètement.
03:58C'est des conditions de travail au sein de l'hôpital public.
04:03Et qui fait qu'elle doit gérer, en effet, toutes ces contraintes-là,
04:08en plus de la difficulté de ce qu'elle fait,
04:09mais aussi des contraintes de vie qui sont des contraintes familiales
04:12et des contraintes qu'elle a choisies et qu'elle aime prendre en charge.
04:15Et ça, ce sont vos choix, Léa Drucker, ou ce sont les rôles qu'on vous propose ?
04:20Ces femmes fortes, ces femmes du service public, infirmières, médecins, flics,
04:25ces femmes absolument centrales dans le scénario d'un film aussi ?
04:29Alors, il se trouve qu'on me les propose.
04:31D'aujourd'hui, Charline Bourgeois-Taquet m'a imaginée dans ce personnage.
04:34Donc, ça commence là, en fait.
04:37Le désir vient d'abord de Charline.
04:40Il se trouve que son scénario, après, c'est moi qui l'ai désiré,
04:43parce que son scénario était magnifiquement écrit et que c'était un portrait de femme
04:46que je trouvais très original, très singulier
04:49et dans lequel j'avais envie de me plonger et de travailler avec elle.
04:53Donc, ça vient d'abord de l'imaginaire, de ceux qui écrivent.
04:57Et ensuite, il se trouve que ça résonne et ça correspond à ce par lequel je me sens concernée aussi.
05:04Charles Berling, excellent. Joue votre contraignement.
05:08Ça suffit.
05:09Oui, ça suffit.
05:12Simon, tu baisses la musique.
05:16Je ne vais jamais supporter mes enfants.
05:18Mon menteur, mais quelle mauvaise foi.
05:20J'ai fait tout ce que j'ai pu.
05:21Ce n'est pas vrai, je ne vais pas recommencer à me justifier.
05:26Je n'ai jamais voulu d'enfant, Henri.
05:28J'ai choisi de ne pas en avoir.
05:30J'ai à moitié élevé Simon et Roxas.
05:31Élevé, mais en rêve, tu ne l'auras jamais fait cuire un steak.
05:33Et là, voilà la punchline du film.
05:36Élevé, mais non, mais au rêve.
05:37L'éducation vue par un homme, tu ne l'auras jamais fait cuire un steak.
05:41Voilà.
05:42Extraordinaire réplique, non ?
05:43Oui.
05:43Extraordinaire réplique.
05:45Oui ?
05:45Non, c'est très drôle.
05:46De toute façon, c'est tout à fait...
05:48C'est aussi l'esprit du film.
05:49C'est-à-dire qu'on est en même temps au cœur de problématiques de vie, de mort.
05:53Et en même temps, cette femme est confrontée à des crises aussi familiales qui sont assez universelles.
06:01C'est l'histoire d'une femme qui a passé 50 ans et qui est systématiquement renvoyée, y compris par
06:06son meilleur ami, à son choix de ne pas avoir fait d'enfant.
06:10Comme si une femme qui n'a pas eu d'enfant est toujours jugée au prisme de l'égoïsme, d
06:16'avoir tout sacrifié à la carrière.
06:18Comme si elle était passée à côté du bonheur.
06:19Comme si elle était victime de son propre choix.
06:22Ce qui la met très en colère.
06:24C'était une évidence pour vous de faire des enfants, de devenir mère.
06:28Vous qui aviez une...
06:29Oui, pour vous.
06:30Pour moi, Léa ?
06:30Oui, pour vous, Léa.
06:31Alors, pas du tout.
06:32Alors moi, non, non, je peux tout à fait me relire.
06:35Maintenant, oui, bien, je suis mère et je suis très très heureuse de l'être.
06:40Mais c'est vrai que très longtemps, jusqu'à très très tard, je pensais que ça ne serait pas quelque
06:47chose
06:47qui serait au centre de ma vie.
06:49Je peux complètement rejoindre Gabrielle.
06:51Parce que la carrière d'abord ? Parce qu'être actrice à tout prix ?
06:54Ce n'est pas tant la carrière d'abord.
06:55C'est que...
06:57Est-ce qu'on se sent en tant que femme ?
07:00Est-ce qu'on répond à une injonction sociale ?
07:02Ou est-ce que c'est vraiment un désir qui vous est évident ?
07:05Un besoin qui vous est quelque chose ?
07:08Et puis la vie fait qu'on ne se retrouve pas tout le temps dans des configurations.
07:11On se dit, tiens, là, c'est le bon moment pour avoir...
07:13C'est-à-dire, je pense que je n'avais pas envie de répondre à quelque chose qui était une
07:17injonction.
07:18Mais ce n'était pas non plus un acte de rébellion de ma part.
07:20C'est que je pensais que je n'étais peut-être pas assez responsable.
07:22Je ne sais pas, il y a des choses...
07:23C'est des paramètres personnels très complexes.
07:26C'est difficile.
07:26Il peut y avoir...
07:27On peut mettre une vie à résoudre ça.
07:29Il se trouve que l'amour, que la rencontre avec Julien a fait que...
07:33Ça m'est apparu évident à ce moment-là.
07:35Mais ça vient d'un moment de vie.
07:36Ça vient d'un moment de vie.
07:37Dans le film, Gabrielle, en effet, a fait ce choix.
07:41Elle est tellement passionnée par ce qu'elle fait, tellement prise par ça, qu'elle a fait le choix de
07:46ne pas avoir d'enfant.
07:47Et Charlie ne cherche pas à le justifier.
07:49C'est ça qui est beau dans le film.
07:50C'est ça qui est intéressant.
07:51Et dans le film, Gabrielle, ce personnage de chirurgienne que vous interprétez, vit avec de beaux enfants, les grands enfants
07:59de son compagnon.
08:01Et qu'elle aime.
08:02Sans leur faire de steak.
08:03Mais elle n'aura pas fait de steak.
08:04Sauf qu'elle est à l'âge, et ça je trouve ça intéressant aussi, parce que vous avez l'âge
08:09de ce personnage, et j'ai l'âge de ce personnage.
08:11Elle est à l'âge où elle se demande s'il fait bon vivre avec des ados qui ont vraiment
08:16grandi.
08:17Qui sont devenus presque des adultes dans une maison.
08:20Oui.
08:21C'est une question qu'on peut comprendre.
08:24Elle les aime.
08:27Tout ça est dit sans malice.
08:29Mais c'est vrai.
08:30Et même pour eux.
08:31Elle dit que c'est peut-être temps pour eux de prendre leur envol aussi.
08:34C'est une femme, Gabrielle, qui s'est construite, qui a fait des études très difficiles, qui est devenue chef
08:42de service.
08:43Et c'est vrai qu'elle voit ces jeunes en se disant que ce serait bon pour eux de commencer
08:49aussi à construire leur vie.
08:51Alors vous avez l'âge de ce personnage, et vous avez cet âge réputé si cruel pour les actrices, alors
08:58qu'en réalité il suffit de regarder votre carrière, Léa Drucker,
09:01et de se rendre compte que plus vous avancez, et plus vos rôles sont centraux dans les films, plus ils
09:07sont puissants, plus ils sont complexes, plus ils sont applaudis, plus ils sont admirés, plus ils sont nombreux.
09:13Vous avez même joué avec Catherine Breillat en acceptant de jouer complètement à nu, sans maquillage, vraiment comme quelqu'un
09:20qui assume totalement son âge et qui se questionne sur son âge.
09:24Donc vous faites mentir les lois du cinéma ?
09:26Alors, c'est délicat parce que je pense que c'est... D'abord, moi je ressens beaucoup de gratitude de
09:34pouvoir faire ces personnages complexes comme ça et qu'on me les propose à l'âge que j'ai.
09:38Mais je pense que c'est une exception. C'est-à-dire que malheureusement, je crois que les actrices à
09:45partir de 50 ans, on leur propose de moins en moins de choses.
09:48Donc ça n'est pas gagné sur ce terrain-là. Je ne veux pas faire de ce qui m'arrive
09:53à moi une généralité en disant « ça y est, ça va être... »
09:58Et comment vous expliquez ce qui vous arrive à vous, indépendamment du marché du cinéma ?
10:02C'est-à-dire que quand vous regardez l'actrice que vous étiez à 22 ans, à 26 ans, à
10:0731 ans, qu'est-ce qui lui manquait à cette jeune femme-là ?
10:11Je ne sais pas s'il me manquait quelque chose. Je pense qu'il y a un truc qui est
10:14particulier quand on est comédienne, c'est qu'est-ce qu'on envoie entre 20 et 30 ans.
10:18Moi, je ne savais pas tout à fait qui j'étais. Il y avait sûrement quelque chose de très volontaire
10:24à vouloir être comédienne absolument et à vouloir montrer, trop montrer de choses.
10:30Démontrer.
10:30Trop vouloir séduire aussi. Je parle de la séduction dans le sens de vouloir plaire et être choisie pour tel
10:35ou tel rôle.
10:36Donc de temps en temps, peut-être, je ne sais pas, je pense que j'étais moins centrée. J'acceptais
10:43peut-être moins mes défauts. J'en avais évidemment.
10:46En fait, le comédien ou la comédienne, il faut accepter de s'abandonner à être un être humain avec ce
10:53qu'il a de beau et ce qu'il a de pas beau et ce qu'il a de tous
10:55les contrastes.
10:56Il y a des gens qui ont cet instinct génial très tôt, à 20 ans, qui sont capables de se
11:01montrer tels qu'ils sont.
11:03Et il y en a pour qui c'est beaucoup plus difficile.
11:05Ça prend du temps.
11:06Et donc moi, j'ai peut-être, à un moment donné aussi par le théâtre, grâce au théâtre, réussi à
11:11me solidifier de ce côté-là.
11:40Léa Drucker, est-ce que c'est un souvenir
11:42d'enfance pour vous, l'hôpital ?
11:46Oui.
11:46L'hôpital public ?
11:48Complètement, oui.
11:49Parce que j'allais, mon père était pédiatre à l'hôpital à Tours.
11:54Et donc j'allais voir mon père sur son lieu de travail pour aller déjeuner avec lui parfois, dans le
12:00temps qui lui restait.
12:01C'est ça.
12:02Donc ça vous est complètement familier, les bruits, les odeurs, le jargon, le décor, les titres, les tenues ?
12:09Ça m'est familier, mais ça ne m'est pas banal.
12:11C'est-à-dire que j'ai quand même, malgré tout, des souvenirs d'enfance où ça m'impressionnait.
12:16De voir d'abord les gens en blouse blanche.
12:18En plus, mon père travaillait en pédiatrie.
12:20Donc je me souviens, il y avait des vices où on voyait les bébés prématurés.
12:24Quand on est enfant, qu'on voit ça, c'est impressionnant.
12:26C'est un autre monde un peu qui vous apparaît.
12:28Donc ça n'a jamais été banal pour moi.
12:31Mais il y avait cette idée de sentir qu'on était dans un lieu de réparation, un lieu de soins.
12:38Même s'il y avait de la tragédie, parce que je me souviens que mon père était assez taiseux sur
12:43ce qui se passait.
12:44Il rentrait à la maison, on n'entendait pas.
12:46On n'avait pas de détails sur ce qui se passait.
12:47Et pour voir son père, il faut aller finir ses devoirs à l'hôpital.
12:51Il faut passer ses dimanches en salle de garde.
12:53Il y a beaucoup d'enfants de médecins qui ont ces souvenirs.
12:55J'ai des vagues souvenirs.
12:56Des petits morceaux de leur père qui fait carrière à l'hôpital.
13:00Il faut y traîner beaucoup, il faut s'ennuyer dans les congrès.
13:05Oui, j'ai des vagues souvenirs de coloriage, peut-être dans le bureau des infirmières,
13:09avec des gens qui étaient très gentils avec moi à chaque fois.
13:12Mais c'est un souvenir quand même lointain.
13:14C'est l'hôpital des années 70-80.
13:17Et j'ai l'impression que c'est encore très différent aujourd'hui.
13:19Pourquoi ?
13:20J'ai l'impression que c'est encore plus dur.
13:23Moi, j'ai eu un moment donné, quand je me cherchais, j'ai dit peut-être que je vais faire
13:27médecine.
13:28J'aurais été incapable de le faire à cause de...
13:30Peut-être que vous alliez faire médecine ?
13:31Vous vous êtes posé la question ?
13:32Non, mais...
13:33Et au lieu de ça, vous avez fait du patinage artistique ?
13:36Oui, alors j'ai arrêté...
13:36Oui, sauf que le patinage, je l'ai arrêté à 13 ans.
13:39Mais après, je voulais...
13:40Oui, j'étais admirative de ce métier.
13:42Je me disais, moi, j'aimais bien le lien, l'idée de parler avec les gens.
13:47Enfin, voilà.
13:48Mais j'aurais été incapable de faire ces études-là.
13:51Mais mon père m'a très vite dit que ça va être difficile.
13:54C'est devenu très difficile.
13:56C'est des conditions de travail.
13:57Déjà.
13:57Déjà, il disait ça.
13:58Dans les années 80, oui.
13:59Déjà, il disait ça.
14:00Est-ce que vous avez connu votre...
14:01Il ne faut pas décourager les gens qui veulent faire ça.
14:03On en a besoin.
14:04Mais c'est juste qu'il faut soutenir l'hôpital public.
14:06Vous avez connu Abraham Drucker, votre grand-père.
14:09Oui.
14:09Donc, aussi médecin.
14:11Oui.
14:11Déjà médecin.
14:12Médecin de campagne, oui.
14:13Médecin de campagne, en Normandie.
14:15À Vire.
14:15Il était médecin à Vire.
14:16Il avait son cabinet à Vire.
14:17Et puis, il allait voir ses patients à la campagne,
14:20qui étaient surtout des agriculteurs.
14:24Il partait, il prenait sa voiture.
14:25Des fois, il faisait des centaines de kilomètres
14:28pour aller vérifier qu'ils étaient bien pris en charge à l'hôpital.
14:31Enfin, il y avait un...
14:33Je me souviens de salles d'attente avec des patients qui étaient un peu...
14:37Parce qu'il avait un fort caractère.
14:38Donc, des fois, on l'entendait se fâcher
14:41parce qu'il y avait des gens qui avaient mal pris leur ordonnance.
14:45Est-ce que les patients de ce médecin de campagne
14:48se doutaient de l'histoire absolument hors du commun d'Abraham Drucker ?
14:53Honnêtement, ça, je ne sais pas.
14:55Je ne sais pas.
14:56Je ne sais pas ce que lui a échangé avec ses patients.
14:59Vous l'avez raconté ou vous étiez trop petite ?
15:01Vous aviez une dizaine d'années quand il est mort, c'est ça ?
15:03Oui.
15:03Moi, il ne m'a pas raconté.
15:05Il m'a parlé, par contre...
15:07Il m'a parlé très tôt, je me souviens, du nazisme.
15:11De ce que c'était que le nazisme et l'antisémitisme.
15:13Il était médecin pendant la guerre, il avait été dénoncé.
15:17Oui.
15:17Il a été interné à Drancy.
15:19À Drancy et il est devenu le médecin des internés de Drancy.
15:23Et ensuite, il a été obligé de suivre Aloys Brunner dans le sud.
15:26Oui.
15:27Où là, il a vécu des choses absolument...
15:28Absolument épouvantables.
15:29En tant que médecin.
15:31Dont il ne m'a pas parlé.
15:32Je ne suis même pas sûre qu'il en ait parlé directement à ses enfants, d'ailleurs.
15:35C'est vrai ?
15:36Non, non.
15:37Mais c'est des choses, des témoignages qui sont écrits.
15:43Au mémorial de la Shoah.
15:44Oui, au mémorial de la Shoah.
15:45Oui, mon grand-père a eu un parcours assez épouvantable, comme beaucoup de gens à cette époque.
15:51Et le retour a été très difficile aussi.
15:53Pourquoi ?
15:53Parce que je crois qu'il y avait la culpabilité du survivant, de tout ça, qui était aussi très difficile.
15:58Pendant que votre grand-mère, elle, a survécu, Lola, elle était médecin, elle aussi ?
16:03Pas du tout.
16:04Non, je crois qu'elle a dû faire des soins infirmiers au sanatorium où travaillait mon grand-père avant son
16:10arrestation.
16:12Et Lola, qui était la maman de Jean, qui avait deux ans à l'époque, et qui était enceinte de
16:19Michel, a été prise en charge par un monsieur, je crois, un agriculteur,
16:27qui l'a emmenée en Bretagne et qui l'a cachée au sein d'une famille.
16:31Ce que je me suis dit, c'est que c'est vraiment les deux facettes de la France pendant l
16:34'occupation.
16:34C'est-à-dire qu'un père dénoncé et arrêté, et dénoncé par des Français, et une mère et deux
16:43petits garçons, sauvés, protégés par des Français.
16:47C'est vraiment les deux facettes de l'occupation.
16:50Ben oui, et c'est ce qui fait qu'on tient, c'est ce qui peut nous faire tenir dans
16:55notre optimisme aussi.
16:56Il faut raconter ces histoires, parce qu'il y a des histoires absolument abominables,
17:00et puis il y a aussi des histoires comme celle-là, où il y a eu des familles très braves,
17:05très courageuses,
17:06qui ont pris en charge des gens comme ça, comme ma grand-mère.
17:10En fait, si je vous parle aujourd'hui, c'est aussi grâce à eux.
17:13Donc c'était la famille Fagé, à qui il faut rendre hommage.
17:16Et il y en a eu des gens comme ça.
17:19Disons que ça donne... Moi, je ne suis pas religieuse, mais j'ai la foi dans ça.
17:24Je me dis que c'est des histoires qui nous permettent de nous...
17:27Dans cette humanité.
17:29Oui.
17:29Dans cette humanité.
17:30Juste avant de se quitter, qu'est-ce que vous aimiez dans le patinage artistique ?
17:34Ah, c'était le début.
17:35La glace ?
17:36La glace, le froid, la scène, les costumes, les paillettes.
17:41Alors, pas tant les paillettes, c'était la musique très fort,
17:43et le fait de voler comme ça sur la glace,
17:46et le fait de faire une sorte de performance scénique.
17:51C'est ça qui m'intéressait le plus.
17:52Et le père médecin, qu'est-ce qu'il disait en voyant sa fille
17:55se lever à pas d'heure pour être à la patinoire,
17:57et se dire qu'elle voulait être patineuse ?
17:58Il y avait ma mère aussi.
17:59Ma maman, elle a eu un rôle à jouer aussi.
18:03Eux, ça les amusait beaucoup.
18:04Ça les amusait beaucoup jusqu'à un certain point où ils n'avaient pas tellement envie
18:08que je fasse une carrière dans le sport.
18:09Mais ça les amusait beaucoup, mais plus comme un spectacle que comme un enjeu de vie.
18:14Et vous voir choisir le cinéma ?
18:17Alors ma mère, elle était ravie, et mon père, plus inquiet.
18:21Plus inquiet ?
18:21Oui.
18:22Mais comment on passe du patinage artistique au cinéma,
18:25toujours avec cette envie de musique, de spectacle, de glamour, de beauté ?
18:30Parce qu'il y a un rôle à jouer quand on est...
18:32Je n'ai pas été assez loin pour le dire, mais je pense qu'il y a un rôle à
18:36jouer
18:36quand on fait une compétition, quand on présente un programme, on choisit ça.
18:41Il y a quelque chose d'artistique.
18:42Donc je crois que ça fait partie de mon envie de faire de la scène,
18:45et la scène et le plateau, c'est quand même des choses qui se lient.
18:48« La patinoire, la scène et le plateau ».
18:51Voilà, à défaut de la salle d'opération.
18:53Merci Léa Drucker.
18:55Merci.
18:55Léa Drucker qui est donc Gabrielle, la vie d'une femme.
18:58Le film de Charline Bourgeois-Také.
19:00Charline Bourgeois-Také.
19:01Bourgeois-Také, voilà.
19:03J'ai savonné déjà deux fois.
19:05Qui sort le 9 septembre au cinéma, je l'ai dit.
19:08Charles Berling qui joue votre compagnon.
19:09Mélanie Thiry, romancière, trouble et attirante.
19:13Et Marie-Christine Barraud.
19:14Voilà, et Marie-Christine Barraud dans le rôle de la mère
19:16qui plonge, qui sombre et qui se délite.
19:18Merci beaucoup.
19:19Merci.

Recommandations