00:00Oui, c'est très évident. L'exemple espagnol que vous citiez a été le dernier cas en date qui nous
00:04a démontré qu'existe bien un phénomène dont on nous explique pourtant souvent qu'il n'existe pas,
00:08qui est précisément le phénomène de l'appel d'air et qui prend deux formes.
00:11Il y a d'abord un appel d'air lié au signal qui est envoyé par les régularisations, c'est
00:16ce qu'on a vu à Ceuta ces dernières semaines,
00:17mais il y a aussi un appel d'air très mécanique et qui est notamment lié au fait qu'à
00:21partir du moment où un clandestin est régularisé,
00:24qu'il obtient un titre de séjour au bout de 18 mois, c'est le regroupement familial qui est protégé
00:28à tous les niveaux de nos juridictions,
00:30et bien ce clandestin peut faire venir son épouse, ses enfants mineurs. Il y a un effet d'immigration en
00:35chaîne si vous voulez.
00:36Peut-être que le clandestin en question travaille, si c'est le critère de régularisation de Raphaël Glucksmann.
00:41Il travaille en situation illégale, ce qui pose des questions de principe pour lui comme pour son employeur,
00:44ça devrait en poser en tout cas à l'État que Raphaël Glucksmann souhaite incarner, mais son épouse ne travaillera
00:49peut-être pas, sans doute pas.
00:50On sait que la moitié des femmes algériennes, marocaines ou tunisiennes en France ne sont ni en emploi, ni en
00:56études, ni à la retraite.
00:57Les enfants ne travailleront pas non plus, et à partir du moment où vous êtes régularisé, vous avez accès par
01:02ailleurs à l'ensemble de la gamme des prestations sociales,
01:05les prestations familiales, les aides au logement, donc il y a un effet multiple si vous voulez, multiplicateur.
01:10Il ne veut pas donner de chiffres, Raphaël Glucksmann, il comprend bien qu'il y a un danger politique, il
01:13donne plusieurs centaines de milliers de personnes à régulariser.
01:16Mais pour vous, une telle mesure, ça pourrait engendrer combien de régularisations ?
01:20Et quand vous parlez de famille, effectivement, ça pourrait concerner combien de personnes si demain, un nouveau président socialiste promet
01:26de régulariser les travailleurs sans papier ?
01:28Écoutez, c'est très difficile à modéliser. Ce qu'on sait de la population des clandestins aujourd'hui en France,
01:32c'est qu'elle est sans doute située entre 700 000 et 900 000 personnes.
01:36Parmi ces clandestins, il est probable qu'une minorité travaille, une minorité non négligeable, mais une minorité quand même.
01:41France Terre d'Asile, qui est présidée par Najat Vallaud-Belkacem, avait envisagé, il y a un an, avait proposé
01:46la régularisation de 250 000 clandestins qui travailleraient aujourd'hui.
01:50Donc c'est leur estimation et je ne suis absolument pas certain de ce qu'elles recouvrent, mais en tout
01:54cas, c'est un ordre de grandeur.
01:55La question qui se pose néanmoins, c'est que ce que Raphaël...
01:58Et même si on prend ce chiffre, donc 200 000, si on prend ce chiffre...
02:00250 000.
02:00250 000. On dit que les 250 000 sont tous en couple. On passe à 500 000.
02:06Des enfants.
02:07Ils ont un enfant. Donc 750 000. Allez, ils en ont deux.
02:13Et il faut garder en tête que quand on régularise une personne, en vérité, on assure l'entrée sur le
02:17territoire d'une ou deux personnes supplémentaires.
02:19C'est ce qui se passe.
02:20Mais ce que Raphaël Glucksmann propose de faire, en vérité, là où il a raison quand il évoque l'hypocrisie,
02:24c'est qu'il le propose politiquement, explicitement, alors pas aussi explicitement qu'il le devrait, parce qu'il ne
02:29donne pas de nombre.
02:31Et on a vu dans le cas espagnol que quand on donne un nombre, on est parfois dépassé par la
02:34dynamique.
02:35Le gouvernement Sanchez misait sur 500 000 régularisations. Il y a eu plus d'un million de demandes qui ont
02:39été déposées.
02:40Là où il a raison de pointer l'hypocrisie, c'est que nos gouvernements régularisent déjà.
02:45Ils le font au long cours. Ils ne font pas de grande vague de régularisation.
02:48On régularise 30 000 à 35 000 personnes par an.
02:50Vous voyez, sur 15 ans, ça fait les 500 000 régularisations que le gouvernement espagnol souhaitait faire.
02:55Donc c'est moins spectaculaire, mais ça n'en est pas moins problématique.
02:58Et ça pose aussi la question, au-delà de ce que souhaite Raphaël Glucksmann,
03:01de la responsabilité de ceux qui sont déjà aujourd'hui au pouvoir.
03:05Sous-titrage Société Radio-Canada