- il y a 2 jours
Le Premier ministre, François Bayrou a évoqué "un sentiment de submersion migratoire" que partageraient les Français. C'est faux, ils sont 70 % à ne pas le ressentir. De plus, ce choix sémantique n'est pas sans rappeler la théorie complotiste d'extrême droite du "grand remplacement". @CemilSanli est parti interroger les responsables politiques sur le choix, révélateur, de leur vocabulaire sur l'immigration. Il nous emmène également sur le terrain, avec les acteurs de la solidarité envers les réfugiés, bien loin des fantasmes réactionnaires.
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NewsTranscription
00:00– Alors raconte-nous de quoi tu vas nous parler ce soir.
00:04– Alors je vais revenir pour l'IMAP sur les propos polémiques,
00:07on peut l'appeler comme ça, du Premier ministre il y a quelques semaines.
00:10Le fameux sentiment de submersion migratoire, vous vous souvenez,
00:13dont François Bayrou faisait référence sur LCI le 27 janvier dernier
00:16et dont il confirma à l'Assemblée nationale
00:19l'usage sous les applaudissements des élus d'extrême droite.
00:22– Quiconque s'est confronté à la situation à Mayotte
00:26– et ça n'est pas le seul endroit de France –
00:30mesure que le mot de submersion est celui qui est le plus adapté
00:38parce que tout un pays…
00:49– Il parle alors de Mayotte, mais aussi, vous l'avez entendu, de la France hexagonale.
00:54Il dit dans un autre extrait, je le cite, « y compris dans des arrondissements parisiens
00:58où, selon lui, ce sentiment est partagé ».
01:00En parallèle, le Premier ministre admet volontiers que la cause de l'exil
01:03de beaucoup de migrantes et migrants est la misère, la guerre et le changement climatique, ok,
01:07et en même temps parle en vrac d'OQTF et mélange fait et sentiment,
01:12c'est-à-dire objectivité et subjectivité quand il parle de sentiment.
01:15Le socialiste Boris Vallaud, qui le questionne à ce moment-là,
01:19lui reproche alors de vouloir gouverner par les préjugés et ainsi prendre le risque
01:23de faire le lit de l'extrême droite.
01:24Écoutez un extrait de sa réponse.
01:26« Les préjugés sont nourris par le réel.
01:30Et ceux qui, ici, considèrent qu'on doit faire de ces sujets des sujets d'affrontement,
01:37à mon avis, trahissent notre mission.
01:40Je n'ai aucune connivence avec personne, ni avec ceux qui exagèrent les réalités,
01:47ni avec ceux qui nient les réalités.
01:48Il y a un grand nombre de Français qui se désespèrent de voir que les communautés
01:53sont séparées au lieu de faire un.
01:55C'est parce que cette situation est ingérée que les Français la croient ingérable. »
02:03Alors ce qui est évident ici, c'est que le sujet mérite mieux
02:05qu'une position superficielle pro contre anti-immigration.
02:08Ce n'est pas la question.
02:10Ceci dit, le choix des mots du Premier ministre pose problème.
02:12On est tous d'accord en insistant sur le mot « submersion »
02:14pour parler de la situation à Mayotte, mais aussi du reste du pays.
02:18Ce qui n'est basé sur aucune réalité factuelle.
02:21Il reprend le lexique et donc l'imaginaire xénophobe de l'extrême droite,
02:24tout en adoptant la posture d'un homme au discours qui se veut pragmatique,
02:28au centre et responsable, fustigeant, vous l'avez entendu,
02:31ceux, je le cite, qui exagèrent les réalités, le RN de fait, il le montre dans l'Assemblée,
02:36et ceux qui niraient cette réalité, la gauche.
02:38Un positionnement caricatural qui participe à la cacophonie ambiante.
02:42Alors pour s'éloigner un peu du discours politique
02:44et tenter de se rapprocher d'une lecture plus équilibrée
02:48de la situation, je suis allé à la rencontre de l'ex-directeur de l'OFPRA,
02:51l'Office français de protection des réfugiés et apatrites,
02:54Pascal Brice, actuellement président de la Fédération des acteurs de la solidarité.
02:59Avec Mathilde Trichet à la caméra, il nous a reçus dans son bureau de Malakoff.
03:03Je pense qu'il y a effectivement à la fois de belles rencontres,
03:08de belles capacités d'accueil qui sont à l'œuvre notamment dans le monde associatif
03:12ou de la part de la puissance publique.
03:13Mais je crois aussi que le déni de ceux qui travaillent une société,
03:18qui encore une fois est bousculée à bien des égards économiquement,
03:21socialement, culturellement, religieusement,
03:24je pense que ça c'est une réalité qu'il faut pouvoir regarder en face
03:28et qui suppose, non pas d'utiliser des termes qui ne correspondent pas à la réalité,
03:33mais d'être dans une capacité d'organisation et de maîtrise de la migration
03:37qui aujourd'hui effectivement au niveau européen comme national me semble-t-il fait défaut.
03:41Tout cela se construit à travers des politiques du logement,
03:44à travers des politiques de l'accès au travail,
03:46à travers la politique de l'accès à la langue.
03:49Donc ce sont des constructions collectives qui sont tout à fait de notre ressort.
03:54Pour Pascal Brice, lutter contre le sentiment de submersion migratoire
03:58passe notamment par une meilleure mixité sociale et donc par l'application de politiques publiques,
04:03de politiques qu'on peut nommer de peuplement.
04:06Par exemple, la loi d'orientation pour la ville en 1991 visait à lutter contre la ségrégation urbaine,
04:11particulièrement forte et toujours en augmentation en région parisienne,
04:15en imposant aux communes un seuil minimum de 20% de logements sociaux.
04:19Mais les communes favorisées ont préféré et préfèrent toujours payer les amendes,
04:23peu élevées donc peu contraignantes.
04:25Beaucoup vont même jusqu'à user de ces politiques de peuplement
04:27pour au contraire favoriser, encourager la gentrification des quartiers,
04:31attirant là des classes plus aisées, chassant les plus pauvres,
04:34souvent issues de l'immigration mais pas que,
04:36donc en boostant la ghettoisation de nos villes et la fracture sociale.
04:40C'est le cercle vicieux et jusqu'ici les politiques sont plutôt démissionnaires.
04:43A ce sujet, en 2018, un auditeur de France Inter interpelle Olivier Faure,
04:48tout récemment nommé premier secrétaire du PS.
04:52C'est une question qui est l'une des questions les plus difficiles aujourd'hui.
04:55Mais déni de réalité, vous acceptez le reproche ?
04:57Je pense que c'est une question que nous n'avons pas réussi à aborder de manière frontale
05:01et que nous avons souvent évité la question pour ne pas avoir à y répondre.
05:05Mais il n'y a pas de déni de réalité.
05:07Tous les élus qui vivent aujourd'hui connaissent les difficultés.
05:10Il y a des endroits où il y a des regroupements qui se sont faits génération après génération
05:15et qui donnent le sentiment qu'on est dans une forme de colonisation à l'envers.
05:19Ce que m'a dit un jour une de mes concitoyennes qui me disait,
05:22après avoir voté longtemps pour la gauche, qu'elle ne voulait plus voter pour nous
05:25parce qu'elle avait le sentiment d'être colonisée.
05:28La difficulté, elle ne tient pas aux étrangers.
05:30Elle tient à la politique du logement.
05:33Elle tient à la façon dont ont été conçues l'ensemble des politiques.
05:37Et on a créé des ghettos où la mixité ethnique n'existe plus.
05:43C'est très intéressant, mais je crois que ce n'est pas cette dernière partie qui a été retenue.
05:48Effectivement, c'est l'usage du terme « colonisation à l'envers »
05:51qui, à raison, a fait hurler à gauche et sourire à droite,
05:54à l'instar du sentiment de submersion migratoire de Bayrou en janvier,
05:57dont les mots, on l'imagine, méticuleusement choisis forment l'arbre qui cache la forêt.
06:03Une polémique à but politique qui empêche un débat sain et apaisé
06:07sur un thème qui cristallise les passions et conditionne le vote de plus en plus d'électeurs et d'électrices
06:11en France.
06:11À l'Élysée, mercredi dernier, j'ai tenté de comprendre les propos de M. Bayrou en questionnant Sophie Primas,
06:17la porte-parole de son gouvernement.
06:19Circuler, il n'y a rien à voir.
06:20Il s'agit d'un sentiment de submersion, et non pas la submersion en tant que telle,
06:24qui, selon elle, balaie les chiffres de l'INSEE qui indique que submersion il n'y a pas.
06:28Malin, parler de ce sentiment de submersion vous rend presque intouchable,
06:33tant le sentiment, celui-ci, est invérifiable.
06:36Mais j'avais une carte en poche dans mon jeu, celle de l'ESS, l'enquête sociale européenne,
06:40qui vient tout juste de sortir le résultat de sa 11e campagne réalisée sur 31 pays, dont la France.
06:45Elle indique que près de 70% des Français affirment ne pas partager ce sentiment de submersion.
06:50Mieux, le pourcentage de Françaises et Français catégoriquement opposés à l'accueil d'étrangers
06:55oscille entre 8 et 3,5%. C'est peu.
06:58Tandis que ceux, à l'inverse, très favorables à l'immigration, oscillent entre 17 et plus de 23%.
07:04Je rappelle donc ces faits à la porte-parole et lui demande si ceux-ci vont modifier la position du
07:09Premier ministre.
07:10Écoutez.
07:11Moi, je pense que plus vous-même, les journalistes, pardon de vous renvoyer l'ascenseur.
07:16On réagit uniquement à ce que vous nous donnez.
07:17Mais plus vous faites une affaire d'État de l'utilisation d'un mot dans une réponse,
07:24plus vous appuyez sur ces questions-là.
07:27Mais je pense que la préoccupation des Français, elle tourne autour de ces questions de sentiments, de difficultés avec l
07:37'immigration.
07:38On voit que non.
07:38On voit que non.
07:38À l'instant, je vous ai un fait.
07:40Est-ce qu'en choisissant ce terme qui, effectivement, s'éloigne des faits, pourquoi ce choix politique et pas qu
07:45'une seule fois ?
07:45Je vais m'arrêter là dans ma réponse.
07:47Je m'arrête là.
07:48Je souhaite savoir pourquoi ce choix sémantique est utilisé par des membres du gouvernement.
07:52Pourquoi ? Alors que ce ne sont pas des faits.
07:54Je vous ai dit que je ne rentrerai pas dans une bataille sémantique.
07:56Je n'y rentre donc pas.
07:57— Très bien. Du coup, ma dernière question, c'est celle-ci.
07:59Suite à ce propos-là, il y a eu M. Darmanin qui a réagi avec quelque chose de précis.
08:04Je le cite. Il dit qu'il y a une proportion d'étrangers qui ne doit pas être dépassée sur
08:07le sol français.
08:08L'INSEE nous dit qu'en 2023, les étrangers constituaient 8,2% de la population française.
08:13Quel est donc le taux et la proportion précise à ne pas dépasser selon le gouvernement ?
08:17— Je ne vais pas rentrer dans cette polémique.
08:19— C'est pas une polémique. C'est un propos tenu par le ministre de l'Intérieur.
08:23— C'est pas dans cette polémique et dans ce type de questions qui génère de la polémique.
08:26— Donc M. Darmanin crée des polémiques. Voilà. Merci.
08:29— Merci beaucoup.
08:30— Elle botte donc en touche, vous l'avez vu. Le malaise est même palpable.
08:34Souvenez-vous, il y a Yael Brown-Pivet qui s'était dit même gênée par les propos du Premier ministre.
08:37Elle aurait pu très bien me parler de politique sociale à mettre en place pour favoriser la mixité.
08:42Mais elle a préféré évacuer la question à l'entra.
08:44On imagine bien qu'entre réalité complexe et récupération raciste, c'est dire à quel point ce terrain politique est
08:49miné.
08:50Nous nous sommes rendus ensuite à l'Assemblaine nationale, où les élus de gauche partagent une lecture plutôt commune de
08:55la situation.
08:56Écoutez plutôt la communiste Elsa Fossion, l'écologiste Sandrine Rousseau et l'insoumise Alma Dufour au micro de l'UMA.
09:02— En fait, surtout, M. Bayrou, à dessein, a choisi une expression, celle de submersion migratoire, préférée par le Front
09:10national puis par le Rassemblement national.
09:12— Ressentir sur le terrain de quoi ? Ressentir sur le terrain de quoi ?
09:15— C'est ça tout le problème du mot.
09:16— Mais non, mais vraiment, je m'inquiète beaucoup d'instrumentalisation d'un ressenti qui n'est qu'en fait
09:23qu'un délit de sale gueule. Il faut se le dire.
09:25— Il faut arrêter de fantasmer une identité française judéo-chrétienne qui n'a jamais existé dans les faits, qui
09:32ne sert qu'à stigmatiser et qu'à servir de prétexte au racisme.
09:35— Il s'ajoute aussi à des faits. Le bloc central votait sur une proposition de loi qui entendait sabrer
09:41le droit du sol à Mayotte
09:43avec un garde des Sceaux qui, le lendemain, a dit que ça pourrait s'étendre à tout le territoire français.
09:48— On est, de mon point de vue, dans une défaite culturelle du camp de la gauche énorme. C'est
09:54-à-dire que c'est comme si nous n'arrivions plus à en parler de manière sereine,
09:58comme s'il était acté dans le débat politique et médiatique que l'étranger était notre problème.
10:02— Qui nous ont aidés à construire nos routes, nos bâtiments publics, à construire de l'ingénierie, à faire tourner
10:06nos usines et qui nous aident encore aujourd'hui ?
10:08C'est des gens qui viennent de partout.
10:09— Quelles sont aujourd'hui les discriminations qui pèsent sur tout un tas de la société française et comment on
10:15apporte de l'égalité ?
10:17— En fait, c'est de ça que nous devrions être épris à l'Assemblée nationale.
10:21— Sur tous ces sujets, est-ce que tu as pu t'entretenir avec des députés de droite ou macronistes
10:26?
10:26— Alors oui, mais plus difficilement. Par exemple, Olivier Marlet, le président du groupe LR à l'Assemblée, d'abord
10:32disponible,
10:32n'a finalement pas voulu répondre à mes questions quand je lui ai exposé le sujet.
10:35Contrairement à Sylvain Maillard, élu macroniste de Paris, ex-président du groupe Renaissance à l'Assemblée,
10:40qui vient tempérer les positions du Premier ministre ainsi que celles explosives des ministres de l'Intérieur et de la
10:46Justice.
10:46— L'immigration est une chance, on l'a toujours dit, parce que c'est celle qui permet dans nos
10:52entreprises
10:53de faire fonctionner notre économie. C'est celle qui permet dans nos hôpitaux d'avoir des médecins.
10:56Donc nous, ce que nous voulons, c'est qu'il y ait une immigration de travail renforcée, que ce soit
11:00plus simple.
11:01Par contre, probablement de revisiter l'immigration estudiantine, l'immigration de regroupement familial.
11:09Pour nous, il y a un équilibre à trouver. Et pour nous, c'est le travail.
11:12— Le parti présidentiel, pas très à l'aide dans cette séquence politique, prône alors pour une intégration par le
11:17travail,
11:18donc utilitariste. Mais présente, vous l'avez vu aussi, et peut-être même surtout une porosité certaine
11:22avec les propositions antisociales du RN, sur le regroupement familial, sur l'AME,
11:26on a entendu M. Bayrou en parler il y a pas très longtemps, les aides sociales,
11:30et sur une forme de manipulation de la question des OQTF plus complexe qu'elle n'y paraît.
11:34Les calculs électoraux reprennent alors le dessus pour attirer les voix du RN.
11:37Mais loin des discours politiques, l'immigration, c'est d'abord des parcours humains, des rencontres
11:42et des actes concrets. Pour nous y plonger, nous nous sommes rendus à Mêles, dans les Deux-Sèvres,
11:47une petite commune de moins de 6 000 habitants qui mène une politique active de l'accueil des étrangers.
11:51Elle a notamment créé un centre d'hébergement d'urgence pour accueillir les demandeurs d'asile,
11:56constamment occupé depuis 2016. Martine David, qui a été aux commandes de cette création, nous explique.
12:02Alors ici, on est dans les locaux d'hébergement de l'UDA, d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile.
12:10Quand les choses se présentent, on réfléchit pas tant que ça, finalement.
12:13De toute façon, moi personnellement, à titre personnel, j'avais aucun préjugé.
12:17Donc on a fait tout de suite deux grandes réunions publiques pour expliquer, d'abord, pourquoi la mairie se positionnait
12:23là-dessus.
12:24On a eu 80 à 100 personnes qui étaient intéressées.
12:27Il y avait vraiment un engouement de la population pour aider, quoi.
12:30Il y avait une maman âgée qui habitait juste à côté, là, un petit peu inquiète d'avoir juste à
12:36côté d'elle
12:36des gens qui venaient d'Afghanistan, de Syrie, etc.
12:40Et puis, en fait, au bout de quelques mois, tous les enfants d'ici allaient passer tous les goûters chez
12:46la dame.
12:46Et si les gens redoutent ou ont peur, c'est par méconnaissance.
12:51Parce que je connais personne qu'on ait pu mettre en contact direct qui n'ait changé d'avis
12:57en se rendant compte que c'est des gens comme les autres.
12:59Et finalement, quand on est dans l'interpersonnel et dans la relation, toutes les peurs tombent.
13:06Ensuite, d'elle-même, Martine nous parle de ce sentiment de submersion qui fait débat ici,
13:11qu'elle dit comprendre par empathie avec certaines situations.
13:15Écoutez-la.
13:16Journées, matin et soir, dans les transports en commun.
13:19Évidemment que c'est difficile à vivre et qu'on commence à s'interroger sur
13:24est-ce qu'on n'y perd pas notre culture et notre...
13:27Je le comprends.
13:28Et donc, j'en déduis qu'effectivement, il faut arriver à disperser les gens dans le rural.
13:35On connaît énormément de villages tout autour de nous
13:38où il y a des associations comme les nôtres qui font la même chose
13:41et qui ont exactement le même accueil.
13:43Et quand on a 15 personnes, même le double, dans une ville de 3000 habitants,
13:50c'est complètement indolore.
13:51Et il y a toujours suffisamment de bénévoles pour s'occuper d'eux autour.
13:56Nous avons aussi rencontré Christian et Anne, un couple tout ce qu'il y a de plus classique,
14:00qui ont deux filles déjà installées, etc. et grandes,
14:03mais qui ont surtout accueilli, choisi d'accueillir chez eux plusieurs personnes
14:06qui migraient et qui exilaient, justement.
14:08On est français.
14:10En fait, on n'y est pour rien.
14:12Et donc, pourquoi ne pas accueillir ceux qui ont besoin ?
14:16On avait la place chez nous.
14:19Donc, la question ne s'est pas posée très longtemps.
14:22On a pensé que c'était quelque chose de naturel.
14:25Cette personne, cette femme célibataire qui était enceinte jusqu'au cou...
14:29C'est ce que j'ai accompagné pour l'accouchement.
14:31Oui, qui est resté un petit moment chez nous.
14:33Cette personne venait du Congo.
14:35Elle avait un diplôme, oui.
14:37Et puis, maintenant, elle est sur New York.
14:39Elle fait une formation pour reprendre ses études.
14:42Et elle se débrouille sur New York.
14:45On a vraiment l'impression que cette petite ville est un exemple parfait
14:47de ce qui peut bien se passer en termes d'intégration.
14:51Oui, c'est vrai.
14:52J'ai moi-même ressenti ça en rencontrant pas mal de gens sur place,
14:55en y baladant, en discutant avec les gens.
14:56La commune et son maire, Sylvain Griffo, élue sur une liste d'hiver gauche,
15:00gèrent la situation sans accro, mais non sans difficulté.
15:03Nathalie Alain, présidente de l'association Ça passe pour toi,
15:05qu'on a rencontré aussi, nous expliquait les barrières préfectorales
15:08toujours plus rudes contre les étrangers
15:10qui compliquent l'action associative et humanitaire.
15:13Et justement, est-ce que tu as pu rencontrer des personnes migrantes ?
15:16Oui, alors, plus difficilement parce qu'on imagine que...
15:19Vous imaginez bien qu'avec leur situation personne
15:21et parfois le contexte est délicat pour tourner une séquence vidéo.
15:23Mais non moins, j'ai pu avoir la chance de rencontrer Mamadou,
15:2631 ans, qui nous a accueillis dans son petit studio au centre de Mel.
15:29À notre micro, il nous explique pourquoi il a fui le Niger,
15:32passant par l'Algérie puis l'Espagne pour gagner la France il y a environ deux ans.
15:36Autant de temps sans nouvelles de sa famille restée au pays.
15:44Est-ce que vous avez espoir un jour de pouvoir y retourner ?
15:52Non, non, non, jamais de la vie, je ne retournais pas.
15:55Parce que chez nous, ça va pas.
15:57Ils voulaient me tuer, hein.
15:58Même Mombis, quand je travaille, ils sont bourlés, Mombis.
16:01C'est que je travaille.
16:02Des groupes diadistes ?
16:03Oui, les groupes diadistes.
16:04Ils voulaient me tuer même.
16:07Je fitte, hein.
16:08Je fitte, c'est pour cela.
16:09Vraiment, l'Alger, même, c'est difficile.
16:11Puis ces arabes, là, il y en a, c'est très, très racistes là-bas, quoi.
16:14Ils sont très, très racistes.
16:15Les arabes, waouh !
16:17Ils sont très, très racistes là-bas, vraiment.
16:18Même quand on travaille, il faut qu'on cache pour aller au travail.
16:21Ils sont attrapés, nous, de notre direct.
16:23Ils vont nous refouler au Sahel, frontière d'Alger avec Niger.
16:27Ils laissent les gens comme ça.
16:29Les gens, ils marchent pour entrer au pays.
16:32Amadou fait référence ici, vous le savez,
16:33aux méthodes brutales de l'Algérie dénoncées par les associations humanitaires
16:36qui consistent à capturer des personnes migrantes
16:38et à les abandonner dans le désert.
16:41En France, Amadou a désormais des papiers et travaille régulièrement.
16:43Il a un projet professionnel motivant qu'il va bâtir avec France Travail.
16:47Et à côté de tout ça, la France, nous, on voit à la télévision,
16:51on voit les gens exprimer beaucoup de racisme,
16:54beaucoup de peur envers les personnes migrantes.
16:57Et ça, du coup, vous vous vivez comme en vous ?
16:58Non, mais en France, vraiment, je n'ai pas trouvé racisme d'abord ici.
17:02Vraiment, ici, ça va, parce qu'ici, il y a un pays loin.
17:04Vraiment, ici, comme Melké, il n'y a pas beaucoup de racisme.
17:07Quand j'étais au pays, j'étais chauffeur des bis.
17:09Mais maintenant, quand je suis venu en France,
17:11maintenant, grâce à Dieu, j'ai eu mon papier maintenant.
17:13J'ai changé d'avis, je vais faire pour chauffeur des camions.
17:17Permis super lourd. C'est ça que je voulais me faire maintenant.
17:20Vous faites des démarches pour ça aujourd'hui ?
17:22Oui, maintenant, je suis inscrit en France, je travaille maintenant.
17:24Demain, je vais aller là-bas demain, incha'Allah.
17:28Y aurait-il alors un fossé entre deux mondes ?
17:30Celui des fantasmes et des préjugés,
17:32et celui du terrain plus proche de l'humain ?
17:34Il semblerait.
17:35La petite ville de Melké a même récupéré le projet Horizon.
17:38Souvenez-vous, celui qui avait fait couler énormément d'encre
17:41quand la commune de Calac l'avait abandonnée en 2023,
17:43après de grosses pressions de l'extrême-droite extérieure à la commune,
17:47commandité par le parti reconquête d'Éric Zemmour
17:49dans des actions largement médiatisées à l'époque.
17:52Amel, qui a accueilli 230 migrants et migrantes depuis 2016
17:55et dans tant d'autres endroits en France,
17:57une centaine, 200, 300, il y a beaucoup...
17:59C'est difficile parce que les actions sont différentes.
18:02Eh bien, rien de tout ça.
18:03Quand la volonté politique est là,
18:05mais surtout quand l'humain est placé au centre des préoccupations,
18:08quand il y a une écoute réelle de tous
18:09et l'invitation à prendre part à ce que nous disait plus tôt Pascal Brice,
18:12c'est-à-dire les constructions collectives dont il s'agit,
18:15alors les choses se passent de manière apaisée,
18:18loin des préjugés des calculs politiciens
18:20et de l'excitation entretenue par tant de médias.
18:24Eh bien, merci beaucoup.
18:25J'étais en train de lire les réactions dans le chat
18:28et qu'il y a beaucoup de gens pour dire
18:29ça fait du bien de voir aussi quand ça se passe bien.
18:32Donc, merci pour ces images-là parce que c'est vrai
18:34qu'on n'en parle peut-être pas assez de la solidarité
18:38et de cette très belle ville des Deux-Sèvres
18:40où on fait un très bon fromage, notamment Amel,
18:43mais pas uniquement.
18:45Mais non, mais vraiment, ça fait du bien.
18:46Peut-être une petite réaction ?
18:49Oui, très rapidement.
18:50Ce qui est intéressant dans ce que tu viens de montrer aussi,
18:52c'est que du coup, on a toutes sortes de points de vue.
18:54Effectivement, on part du préjugé,
18:56on part de cette petite phrase.
18:57Effectivement, ce n'est pas juste une petite phrase
18:58où les journalistes veulent emmerder les politiques,
19:00c'est qu'il y a derrière des vérités, des faits,
19:02il y a des choses à expliquer.
19:02Tout à fait.
19:03Moi, je me suis beaucoup étonnée du coup,
19:04enfin, je ne parle qu'avec mon souvenir,
19:06donc je ne veux pas dire de bêtises,
19:07mais il me semble que sur LCI,
19:09quand François Bayrou a parlé de ça,
19:11d'Arius Rochebin ou d'autres personnes en plateau
19:13n'ont pas rappelé des faits justement
19:14sur tout ce que tu viens de dire.
19:15Alors oui, c'est peut-être difficile de le faire très rapidement,
19:18mais en tout cas, les médias aussi participent
19:20à ce sentiment de submersion dont parlent les politiques.
19:24Et on a malheureusement beaucoup trop d'exemples.
19:26Je ne vais pas tous les citer, je te rassure.
19:28C'est vrai que c'est, malheureusement,
19:31c'est un sujet à part encore celui-ci,
19:33mais c'est vrai que les médias ont un rôle à jouer,
19:34les journalistes aussi.
19:36Abonnez-vous à l'UMA.