00:005h, 7h, Europe 1 bonjour.
00:03Bon réveil, soyez les bienvenus si vous nous rejoignez.
00:05Il est 5h42, Alexandre Lemaire, votre invitée ce matin,
00:09est Elisabeth Gutmann, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
00:13Bonjour Elisabeth Gutmann.
00:15Bonjour.
00:16Nouveau développement dans le scandale des agressions sexuelles sur mineurs
00:20dans le périscolaire à Paris.
00:21Nous sommes à la veille de la rentrée des classes
00:23et l'inquiétude des parents est toujours grande.
00:26Nous avons appris que 3 plaintes de parents
00:29concernées par des agressions sexuelles sur leurs enfants
00:32ont été déposées contre Anne Hidalgo, l'ancienne maire de Paris
00:35et son ancien premier adjoint Patrick Bloch
00:37pour non-assistance à personne en danger.
00:40Les voici donc désormais directement visés.
00:42Votre réaction d'abord à ces plaintes, est-ce que vous vous y associez ?
00:48On s'y attendait en tout cas parce que c'est vrai que c'était une discussion
00:53qu'on avait et que les familles nous remontaient très souvent
00:57en nous disant qu'ils avaient besoin de comprendre la responsabilité
01:01de la chaîne hiérarchique dans ce qui est arrivé à leurs enfants
01:04et on a vraiment un certain nombre de familles.
01:08Alors on pensait peut-être que ça arriverait même plus tôt
01:11puisqu'il y a eu beaucoup d'affaires cette année,
01:15il y en a eu beaucoup l'année dernière
01:16et là on a l'impression que c'est peut-être les premières plaintes
01:21qui arrivent avant un certain nombre d'autres plaintes
01:23qui suivraient potentiellement dans les mois qui viennent.
01:28La question qui est maintenant directement posée
01:31c'est est-ce que les élus savaient ?
01:33Alors en novembre 2025, Patrick Bloch
01:35qui était donc le premier adjoint d'Anne Hidalgo à Paris
01:38avait annoncé la suspension de plus d'une cinquantaine d'animateurs
01:41du périscolaire après des signalements justement
01:43de violences sexuelles sur mineurs.
01:44Mais selon la conseillère de Paris Inès de Ragnel
01:48la mairie avait mis en place un comité de suivi
01:51dès 2015.
01:52Donc il y a plus de 10 ans
01:53il y a eu un rapport de l'inspection générale de la mairie de Paris
01:56adressant un état des risques de ces infractions sexuelles sur mineurs
01:59par des agents de la ville.
02:00Est-ce que les élus savaient, Elisabeth Gutmann ?
02:02Je veux dire, est-ce qu'ils savaient depuis plus de 10 ans ?
02:05Alors en fait la plainte concerne vraiment
02:09des enfants agressés à l'école syndicale unique dans le 7ème.
02:12Dans le 7ème, oui.
02:16Concernant précisément ces plaintes-là
02:18est-ce que les élus savaient qu'il y avait des dysfonctionnements dans le périscolaire ?
02:21Oui, on peut le dire, ça c'est sûr.
02:23Est-ce qu'ils savaient pour Saint-Dominique ?
02:24Je ne saurais pas vous répondre.
02:25Néanmoins, il y avait effectivement le rapport
02:27que vous pointez, le rapport de l'inspection générale de 2015
02:30qui est édifiant et qui parle vraiment
02:32qui pointe les dysfonctionnements en termes de protection des enfants
02:35sur les violences sexuelles au périscolaire
02:37qui fait un certain nombre de préconisations
02:39qui n'ont jamais été suivies.
02:41C'est absolument scandaleux
02:43et nous, notre collectif, le collectif SOS Périscolaire,
02:46a rencontré depuis 2021
02:49la mairie de Paris
02:50en la personne de Patrick Bloch, son directeur de cabinet
02:53à plusieurs reprises
02:54pour lui faire part des problématiques
02:57et des violences que subissaient les enfants
03:00dans de nombreuses écoles parisiennes.
03:01Oui, s'il y avait un comité de suivi, encore une fois,
03:04dès 2015, si chaque élu de chaque arrondissement
03:07était représenté au sein de ce comité,
03:11les élus de Paris avaient donc une idée très précise
03:14de l'ampleur du phénomène des agressions sexuelles
03:17dans le périscolaire, Elisabeth Gutmann ?
03:21Alors, très honnêtement, nous n'avons jamais
03:23entendu parler d'un comité de suivi
03:25qui aurait été mis en place
03:26mais jamais, aucun élu
03:28ne nous a jamais parlé de ce comité de suivi.
03:30Ni Patrick Bloch, ni son directeur
03:33de cabinet, ni personne.
03:35Donc, je ne sais pas, on ne peut pas dire
03:37en quoi consistait ce comité de suivi,
03:38mais enfin, il reste quand même assez mystérieux.
03:41Est-ce que vous espérez des sanctions judiciaires
03:43à l'encontre d'Anne Hidalgo
03:44et de Patrick Bloch ?
03:46En tout cas, on espère effectivement
03:49que ces plaintes-là vont pouvoir mettre en lumière
03:53à quel endroit de la chaîne ça a dysfonctionné.
03:56On a l'impression que ça a dysfonctionné
03:59à plein d'endroits
04:00concernant l'école Saint-Dominique
04:02mais concernant les autres écoles également
04:04et on a besoin, les familles ont besoin
04:06de comprendre pourquoi c'est arrivé à leur enfant
04:09et pourquoi finalement, aujourd'hui même,
04:12ça continue d'arriver aux enfants.
04:15Malheureusement, les signalements
04:16ne se sont pas arrêtés avec l'été.
04:17Mais oui, je parlais de l'angoisse réelle
04:20vécue, éprouvée par de nombreux parents
04:22en cette veille de rentrée scolaire,
04:24Isabelle Gutmann.
04:24Est-ce que justement, des parents
04:26vous contactent avec votre collectif
04:28SOS Périscolaire pour connaître,
04:30je ne sais pas moi,
04:31les voies de recours en justice, par exemple ?
04:34Alors oui, bien sûr, on en accompagne
04:35aujourd'hui, même sur l'ensemble
04:36du territoire national,
04:38près de 90 familles
04:41sur le point de vue judiciaire.
04:43Donc, au niveau des plaintes,
04:44on va avoir les premiers procès
04:47fin octobre, début novembre
04:49pour certaines communes
04:52en dehors de Paris.
04:53Et puis, on espère les prochains procès
04:54très rapidement.
04:55On a, les familles,
04:57on se heurte souvent à des problématiques
04:59aussi pour pouvoir déposer leur plainte
05:01puisqu'il y a aujourd'hui
05:02un énorme embouteillage
05:04de dépôts de plainte.
05:05et l'audition des enfants
05:07prend malheureusement
05:08beaucoup trop de temps.
05:10C'est-à-dire qu'un certain nombre
05:11de familles sont en attente
05:12depuis fin juin déjà
05:13pour que leur enfant soit auditionné
05:15dans le protocole NICHT,
05:17dans le dispositif adapté
05:18à l'âge des enfants.
05:19Ils sont dans quel état d'esprit ?
05:20Les parents avec qui vous échangez
05:21à l'heure de cette rentrée,
05:23il y a toujours cette crainte
05:24de confier ces enfants
05:25au périscolaire
05:26qui est bien présente ?
05:27Oui, on sent que cette année
05:29vraiment c'est une année
05:31très différente des autres
05:32et que les parents ont peur,
05:35sont dans une grande crainte,
05:37se demandent si vraiment
05:38ce qui a été mis en place
05:39à Paris est efficace,
05:41mais surtout se demandent
05:42pourquoi en dehors de Paris
05:43beaucoup de communes
05:45n'ont absolument rien mis en place
05:48et attendent presque
05:49que ça leur tombe dessus
05:50pour mettre en place des choses
05:52et ça c'est absolument catastrophique.
05:53On le voit, notamment on accompagne
05:55à un certain nombre de familles.
05:57On a aujourd'hui 13 plaintes
05:59sur une ville proche de Biarritz,
06:02c'est la ville de Tarnos,
06:03sur une très grosse affaire
06:06et là, encore une fois,
06:08malheureusement,
06:09la ville a attendu
06:09que ça leur tombe dessus
06:10pour mettre en place des choses
06:11et du coup,
06:11les choses arrivent trop tard
06:14et on voit bien
06:14que ça ne fonctionne pas
06:17comme ça devrait fonctionner.
06:18Les familles sont dévastées,
06:20que ça soit sur Tarnos
06:21mais partout ailleurs.
06:22C'est vraiment un tsunami
06:23qui leur tombe dessus.
06:24Les enfants ont des séquelles
06:25très lourdes post-traumatiques
06:27lorsqu'ils subissent
06:28ce type d'agression
06:29et même au niveau
06:30de l'éducation nationale,
06:32c'est vrai que la DIA
06:34aujourd'hui,
06:34ça n'est pas fluide
06:35dans l'accompagnement des enfants.
06:36Il y a cette grande peur
06:37des familles
06:37de l'accueil de leurs enfants
06:40mardi,
06:41de comment ils vont être accueillés,
06:42est-ce que les équipes
06:43même éducatives,
06:44est-ce que les directeurs,
06:45les directrices d'école,
06:45est-ce que les enseignants
06:46ont été préparés
06:47à l'accueil de ces enfants
06:49qui portent des séquelles
06:50très lourdes ?
06:52Voilà, c'est une vraie question
06:53pour les familles,
06:53une grande inquiétude.
06:54Bon, coup de projecteur
06:56à nouveau également
06:56sur ce scandale
06:57du périscolaire parisien
06:59à l'occasion de deux procès
07:00d'animateurs
07:01qui sont prévus cette semaine
07:02dont un aujourd'hui.
07:04On parle d'un ancien animateur
07:06d'une autre école parisienne,
07:08l'école primaire Vigée-Lebrun,
07:10après une plainte déposée
07:11par la mère d'une élève
07:12de 6 ans,
07:13une enquête de la brigade des mineurs
07:14qui a permis d'identifier
07:15dans ce cas
07:15d'autres petites victimes potentielles.
07:18Vous craignez,
07:19Elisabeth Gutmann,
07:19ici une nouvelle relaxe ?
07:20Je dis ça parce qu'il y en a
07:21déjà eu deux
07:21dans des procès similaires
07:23au bénéfice du doute.
07:25Oui, malheureusement,
07:26la justice parisienne
07:28n'a pas démontré
07:30justement une justice très juste.
07:32C'est vrai que c'est une crainte
07:34pour les familles du 15e.
07:37On remarque qu'il y a
07:39une grande disparité
07:40des jugements
07:41et des condamnations
07:42suivant là où se passent
07:43les procès.
07:44À Paris, jusqu'à présent,
07:45c'est vraiment très léger.
07:47La parole des enfants
07:48est assez peu prise
07:49en considération.
07:50Alors qu'on se rend compte
07:51que dans certains autres territoires,
07:53il y a des vraies condamnations
07:54pour exactement les mêmes faits.
07:56Donc il y a un problème
07:57d'uniformité de la justice
07:58sur le territoire national.
08:00Elisabeth Gutmann,
08:01cofondatrice
08:02du collectif SOS Périscolaire.
08:04Merci d'avoir été avec nous
08:05ce matin sur Europe 1.
08:06Merci à vous.