00:005h, 7h, Europe 1 bonjour. Il est 5h43, vous écoutez Europe 1, Alexandre Lemaire, votre invitée, c'est Elisabeth Gutmann,
00:09cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
00:11Bonjour Elisabeth Gutmann.
00:13Bonjour.
00:14Elle a des regrets immenses, Anne Hidalgo, l'ancienne maire socialiste de Paris qui était auditionnée hier matin devant la
00:20commission d'enquête du Sénat sur les violences sexuelles dans le périscolaire.
00:24Des regrets donc après 10 ans d'alerte, 10 ans d'agression sexuelle sur des enfants par des animateurs du
00:31périscolaire parisien.
00:32Vous attendiez bien sûr ces réponses apportées par Anne Hidalgo. Est-ce qu'elle vous a convaincue ?
00:39Effectivement, on attendait depuis très longtemps quand même des réponses mais surtout qu'elle s'exprime sur le sujet puisqu
00:43'elle avait pendant de longues années refusé de s'exprimer.
00:47De la même manière qu'elle avait refusé d'exprimer des regrets et des excuses surtout. Encore il y a
00:53quelques jours, sur une radio, on l'entendait dire qu'elle ne souhaitait pas faire des excuses aux familles.
01:01Il n'y en a toujours pas après son audition d'hier.
01:05Oui, voilà. En tout cas, elle s'est quand même beaucoup victimisée.
01:09C'était quand même, ça faisait partie de son audition, cette volonté de se victimiser et de dire qu'elle
01:15ne savait rien et qu'elle n'a rien su pendant l'entièreté de son mandat.
01:19Alors qu'elle ne savait rien, elle dit avoir compris dès le début Anne Hidalgo, dès 2014, qu'il y
01:25avait un sujet, c'est ce qu'elle dit sur les agressions dans le périscolaire,
01:29qu'il fallait qu'il soit traité professionnellement et que c'est pour cela qu'elle demande alors une inspection.
01:35Est-ce que ça veut dire qu'elle ne savait rien ? C'est un peu contradictoire.
01:38Oui, oui, complètement, mais son audition était quand même assez contradictoire.
01:41Donc elle dit qu'elle apprend qu'il se passe des choses en 2014, donc elle demande un rapport d
01:46'enquête en 2015.
01:48Mais néanmoins, par contre, tout le temps du rapport d'enquête, c'est-à-dire sur huit mois, elle ne
01:53met en place aucune mesure.
01:54Donc elle sait qu'il y a un sujet, elle sait qu'il y a des enfants qui se font
01:57agresser au périscolaire,
01:58mais par contre, elle ne met rien en place. Elle attend huit mois, le compte-rendu de ce rapport et
02:03les préconisations pour d'ailleurs ne même pas les mettre en place.
02:06Alors un sujet, quand on lui demande à Anne Hidalgo de dire si cette dérive des agressions sexuelles sur des
02:13petits-enfants est systémique,
02:15Anne Hidalgo refuse le terme de système. Elle préfère parler de problème national.
02:23Oui, parce que je pense que ça faisait également partie de sa technique, on va dire, d'audition, de décentrer
02:29le problème.
02:30C'est-à-dire qu'elle dit effectivement que les agressions sexuelles sur les enfants au périscolaire est une problématique
02:37systémique nationale,
02:39mais par contre, elle ne sait pas ce que veut dire le mot systémique quand on parle de Paris.
02:43Donc c'est assez paradoxal. Mais à la fois, on a bien compris qu'elle voulait décentrer, et surtout, elle
02:47parle de responsabilité collective.
02:49D'échec collectif, en effet.
02:50D'échec collectif, non, Mme Hidalgo. Au départ, il y a bien l'échec de la municipalité, l'échec d
02:56'une maire qui, visiblement, ne fait absolument pas de gestion de sa propre ville.
03:00Donc c'est-à-dire, vous voyez quoi, là ? Une façon d'essayer de diluer les responsabilités ?
03:07Oui, tout à fait. Là, c'est vraiment ce que les familles ont ressenti, tous les coups de fil qu
03:12'on a reçus après des familles de victimes.
03:15On sent effectivement le refus d'endosser la responsabilité d'un service dont elle avait pourtant la charge.
03:22Et d'ailleurs, au cours de cette audition, elle dit elle-même que les directives qu'elle a données à
03:27ces services n'ont pas été respectées.
03:29On se demande ce que faisait Mme Hidalgo.
03:31C'est fâcheux, a-t-elle commenté ?
03:33Oui, c'est fâcheux, oui, c'est un peu plus que fâcheux quand même quand on a des centaines de
03:36victimes qui se sont fait agresser sexuellement et violer.
03:39C'est quand même plus que fâcheux. Le mot est vraiment très très faible.
03:43Et puis surtout, elle dit que plein de chappés, nous, ce qu'on demandait, je veux dire, elle est quand
03:49même maire de Paris.
03:50C'était des actes.
03:52À partir du moment où, en 2014, elle se rend compte qu'il y a un sujet, elle devait prendre
03:56ses responsabilités.
03:57Elle devait mettre des choses en place, mais qu'a-t-elle fait ?
04:01Avec votre collectif SOS Périscolaire, Elisabeth Gutmann, vous demandez plus de transparence pour les familles,
04:08en particulier, bien sûr, celles qui ont été frappées directement par les violences sexuelles.
04:12Or là, Anne Hidalgo, elle s'est retranchée hier derrière le secret de l'enquête.
04:18Les mères, dit-elle, ne communiquent pas, ne doivent pas communiquer sur l'existence de plaintes.
04:25Oui, alors ce qui est totalement faux, c'est-à-dire qu'elle mélange un peu tout, Mme Hidalgo.
04:29C'est-à-dire qu'il y a le fait de donner le nom et le prénom d'une personne
04:32qui est mise en cause dans une affaire.
04:35Effectivement, nous aussi, nous sommes très attachés à la présomption d'innocence.
04:39Et jamais, nous demandons au maire de communiquer le nom et le prénom de la personne.
04:44C'est une évidence.
04:45En revanche, avec nos cinq, bientôt six années d'expertise, on se rend complètement compte,
04:52et on le sait d'ailleurs, les dialogues avec les professionnels de santé nous disent,
04:56les enfants, si on ne leur pose pas la question, ils ne parlent pas.
04:59Donc, d'où l'intérêt et l'obligation, qu'on considère comme une obligation d'information de la part du
05:05maire,
05:05de faire une réunion à destination des familles,
05:08et de prévenir lorsqu'il y a eu des signalements et des plaintes pour des agressions au périscolaire.
05:15Ça permet aux familles de poser la question à leur enfant,
05:17et donc à l'enfant de pouvoir libérer sa parole.
05:20En l'absence de cette réunion d'information, les familles ne peuvent pas interroger leur enfant.
05:24Et donc, l'enfant ne peut pas parler, ne sera peut-être jamais reconnu comme victime,
05:27et va pourtant développer un certain nombre de symptômes et de séquelles très graves.
05:30Je crois qu'il est important de rappeler quelques chiffres,
05:32Elisabeth Gutmann, pendant ce scandale du périscolaire parisien.
05:36235 enquêtes pénales en cours,
05:39une école maternelle sur trois concernées,
05:41une école primaire sur dix,
05:43132 animateurs suspendus depuis le début de l'année.
05:46Inès de Ragnel était hier matin au micro d'Europe 1.
05:49Elle est élue de Paris, je rappelle,
05:50et présidente de la mission d'information concernant le périscolaire au Conseil de Paris.
05:55Selon elle, malgré les annonces, les mesures mises en place pour lutter contre ce scandale,
06:01rien n'a changé, de nouveaux cas continuent d'influer,
06:04et de nouveaux signalements d'agression affluent depuis la rentrée.
06:07Est-ce que c'est aussi ce que vous, vous constatez ?
06:09Oui, alors malheureusement, on a beaucoup de nouveaux cas.
06:13En fait, je vais vous dire, on est sous une deuxième vague.
06:16Une deuxième vague ?
06:17Une deuxième vague.
06:18Depuis le début du mois de septembre,
06:21alors on a eu beaucoup de cas déjà pendant l'été,
06:24et là on est vraiment au milieu d'une deuxième vague.
06:27Il y a quasiment tous les jours des réunions d'information dans les écoles.
06:32Hier soir, j'étais moi-même à une réunion dans le 19e,
06:35en parallèle, il y avait une deuxième réunion dans le 18e.
06:38Nous, on est vraiment là, effectivement, dans une deuxième vague de signalement
06:42sur des animateurs périscolaires à l'échelle de Paris,
06:45mais également à l'échelle nationale.
06:47Et pour compléter vos chiffres, en fait,
06:48on a refait un peu les calculs avec les dernières annonces du parquet.
06:52Il y a 270 écoles maternelles à Paris,
06:56et 122 maternelles ont été concernées en 2026.
07:002026 n'est pas terminé.
07:01Donc en fait, on est même quasiment à une école sur deux.
07:04Bon, ça prend encore de l'ampleur.
07:06Une peine de prison ferme a été prononcée hier
07:08contre un animateur d'une école du 15e arrondissement de Paris.
07:11Il était jugé pour des agressions sexuelles
07:13sur neuf petites filles âgées de 5 à 10 ans.
07:16Cinq ans de prison avec sursis, dont un an ferme.
07:18C'est une première ?
07:20La justice prend la mesure de la gravité des actes
07:23en prononçant une peine ferme ?
07:25Alors, pas complètement quand même,
07:27puisque cet animateur, je rappelle que pour agressions sexuelles sur mineurs,
07:32la personne a en cours de 10 ans de prison
07:34et 150 000 euros d'amende.
07:36Il va porter un bracelet électronique ?
07:37Il va porter un bracelet électronique.
07:39Le parquet avait requis la moitié,
07:41puisqu'il avait demandé 5 ans de prison.
07:43Et au final, il n'écope que d'un an ferme,
07:46un an sous bracelet électronique.
07:48Donc, en fait, ça fait 5 semaines par petite fille.
07:52Vous voyez, puisqu'il y a 9 petites filles qui sont concernées.
07:54Donc, non, oui, il y a une condamnation.
07:56Mais enfin, non, elle n'est pas à la hauteur des actes commis.
07:59D'autant plus que l'animateur reconnaît les faits.
08:01Donc, c'est quand même absolument incompréhensible.
08:04Bien.
08:04Et nous allons entendre tout à l'heure un témoignage rare
08:06en exclusivité sur Europe 1.
08:08Dimitri Pavlenko, à 7h10,
08:10recevra la maman d'une de ses petites filles,
08:13victime de cet agresseur dans cette école Vigée Lebrun
08:16du 15e arrondissement de Paris.
08:17Elisabeth Gutmann, merci à vous,
08:20cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
08:22Merci d'avoir été avec nous sur Europe 1 ce matin.
08:24Merci.
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