00:00Le 30 août à Makoku, dans la province de Logoé-Ivindo, le Gabon célèbre la troisième édition de la fête
00:07de la libération.
00:08Un anniversaire né du coup d'état militaire de 2023 qui a conduit à la chute du régime d'Ali
00:14Bongo.
00:14Après de précédentes éditions organisées à Libreville et à Chibanga, celle de cette année revêt un caractère particulier.
00:21Elle intervient dans un contexte de suspension des réseaux sociaux en vigueur depuis le 17 février 2026,
00:27installant un étrange contraste entre la célébration d'une libération politique
00:31et le maintien d'une restriction numérique qui affecte une partie de la population.
00:35Si le coup de la libération a été présenté comme l'acte par lequel le peuple gabonais s'est affranchi
00:40de la dictature du régime d'Ali Bongo, la persistance des mesures restrictives des libertés interroge.
00:46Le maintien du black-out numérique malgré l'adoption par le Parlement d'un nouveau cadre législatif apparaît d'autant
00:52plus paradoxal.
00:53Libertés d'information fragilisées, mais aussi des activités économiques qui paient un lourd tribut.
00:59Commerçants, entrepreneurs, créateurs de contenu et acteurs du numérique voient leurs échanges ralentis,
01:04leurs marchés se rétrécir et leurs revenus affectés.
01:07À mesure que la mesure se prolonge, elle fragilise ainsi les acquis du 30 août en matière de liberté publique.
01:14La suspension des réseaux sociaux avait été présentée par la Haute Autorité de la Communication,
01:18HAC, comme une réponse nécessaire à la prolifération des discours de haine, à la diffamation et aux atteintes à l
01:24'honneur des personnalités publiques.
01:25Plus de six mois après, la violence numérique n'a pourtant pas disparu, révélant les limites d'une mesure dont
01:30l'efficacité reste à démontrer.
01:33Plus grave encore, plusieurs institutions publiques, administrations et personnalités continuent de publier des contenus
01:38sur des plateformes officiellement suspendues, donnant le sentiment d'une règle à géométrie variable.
01:44Le comble est atteint avec les événements liés à la célébration du 30 août à Makoku,
01:49largement relayés sur les mêmes réseaux sociaux, sans que cette contradiction ne semble susciter de réaction des pouvoirs publics,
01:54pourtant garant de l'application de la mesure.
01:57C'est notamment le cas de la mairesse de Makoku, Jean-Rita Milagolo,
02:01qui publie impunément les activités consécutives au 30 août sur sa page Facebook,
02:07ou encore une page certifiée renommée Gabon Horizon 2032,
02:11qui relève régulièrement l'activité officielle du chef de l'État,
02:14sans que l'on ne sache réellement qui se cache derrière ce profil.
02:17Autant d'actions qui contribuent à fragiliser l'autorité de l'État
02:20et qui interrogent surtout sur la capacité des pouvoirs publics à appliquer eux-mêmes
02:24les restrictions imposées au plus grand nombre.
02:26Face à cette situation, le recours massif au VPN s'est imposé dans les habitudes des Gabonais,
02:30mais ce palliatif, loin de rétablir pleinement les libertés, ouvre une autre brèche.
02:35L'utilisation de réseaux privés virtuels expose davantage les utilisateurs
02:39à des risques liés à la circulation et à l'hébergement de leurs données personnelles.
02:44Une question de souveraineté numérique et de sécurité nationale
02:47qui ne semble pas encore pleinement prise en compte
02:49entre ceux qui célèbrent le 30 août comme le symbole d'une nation libérée
02:53et ceux qui, au même moment, comptent les pertes économiques provoquées par la fermeture des réseaux.
02:58Le paradoxe est saisissant.
03:00À croire que trois ans après, le 30 août 2023,
03:03risque de voir ses acquis se refermer sous cloche.