00:007h10 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko vous recevait ce matin, la chef d'entreprise et présidente de Croissance Plus, Virginie
00:06Calmels.
00:06Bonjour Virginie Calmels.
00:07Bonjour Dimitri Pavlenko.
00:09Bienvenue sur Europe 1, présidente fondatrice de Futurae, donc école supérieure dédiée au digital.
00:14Vous présidez également le mouvement patronal Croissance Plus.
00:17Alors la dernière semaine d'août, traditionnellement, c'est la rentrée patronale avec la rencontre des entrepreneurs de France qui
00:23est organisée par le MEDEF,
00:25ça s'est ouvert hier, sous le thème cette année du courage.
00:28Alors courage pour qui ? Pour les chefs d'entreprise ? Pour les responsables politiques ?
00:31On sent que c'est un message un petit peu à plusieurs niveaux.
00:35En tout cas, dans quel état d'esprit êtes-vous, Virginie Calmels, vous et les adhérents de Croissance Plus, en
00:40cette rentrée, inquiets, résignés, en colère ou encore confiants ?
00:44Alors vous savez, on est en plein paradoxe, parce que quand on est entrepreneur, par essence on est optimiste.
00:50Sinon on ne fait pas ce métier-là, donc on aime prendre des risques, on va de l'avant.
00:54Et en général, si vous regardez de quoi sont composés les entrepreneurs, c'est d'abord et avant tout de
01:00gens courageux mais optimistes.
01:02Et aujourd'hui, ce qui ressort, j'étais hier à l'AREF et j'y serai aussi toute la journée,
01:07c'est vraiment beaucoup d'inquiétudes.
01:09Inquiétudes parce que bien sûr, le monde, vous voyez vous-même quelles sont les news au niveau international, au niveau
01:16de l'énergie, au niveau de plein de sujets.
01:18Mais évidemment, l'état des finances publiques est un sujet qui revient sans cesse et qui inquiète grandement les chefs
01:25d'entreprise.
01:25L'état aussi, de ce que vont être les prochains mois, notamment le budget, qui reste, vous savez nous, on
01:32est aussi des court-termistes,
01:34on a besoin d'avoir des éléments tout de suite, avant même de parler de la présidentielle, on a l
01:39'étape du budget.
01:40Et puis derrière, les sondages qui nous expliquent que peut-être on aurait une confrontation simplement des extrêmes, tout ça
01:47ne rassure pas.
01:49On va parler des politiques mais peut-être d'abord sur la question du budget, ça va être vraiment l
01:53'actualité écrasante de ce mois de septembre,
01:55budget qui va être très difficile à bâtir. Qu'est-ce qui vous inquiète en réalité ? C'est la
02:00dette ou c'est la pression fiscale qui risque de s'accroître pour les entreprises ?
02:03Les deux, mon général, c'est-à-dire que, d'ailleurs, je dirais dans l'état d'esprit des entrepreneurs,
02:09ce que l'on ressent, c'est d'abord un esprit combatif,
02:13c'est-à-dire qu'on a été trop la variable d'ajustement des précédents budgets, tous les ajustements se
02:20sont faits sur les entreprises, les sur-taxes, etc.
02:23Les promesses de baisse d'impôts non tenues, les impôts exceptionnels qui se périlisent.
02:27Voilà, la CVAE qui n'a pas diminué comme c'était prévu, etc. Donc on a ce sujet devant nous.
02:33Et là, il y a une volonté d'être combatif. Les entrepreneurs ont été un certain nombre réunis fin juillet
02:38à Aix-en-Provence avec ce slogan de
02:40« touche pas à nos boîtes ».
02:42Tous les ans, on entend ça, je suis dit.
02:45C'est vrai, vous avez raison. Simplement, là, on sent qu'il y a vraiment une cristallisation de l'inquiétude,
02:50parce qu'il y a eu trop de mesures. Et souvent, on oublie que la nouvelle taxe, le nouvel impôt
02:57s'ajoute à tout le reste.
02:58Et qu'en fait, il y a un effet de ras-le-bol, il y a un effet de goutte
03:01d'eau qui fait déborder le vase.
03:03Donc, il y a cette volonté combative. Nous voulons et nous sommes, quelles que soient les organisations, c'est ça
03:09qui est intéressant.
03:09Vous voyez, on est tous unis. Les gros, les petits, des entrepreneurs qui prennent la parole, ce qui n'était
03:15pas le cas avant,
03:16de façon isolée, et ainsi de suite. Donc, il y a cette volonté de peser, de montrer au gouvernement que
03:22le sujet,
03:22ce n'est pas encore, et on a vu cette rentrée, la énième taxe, mais plutôt de comment on restaure
03:28de la prospérité, de la croissance.
03:30Vous l'avez dit, je suis à la tête d'un mouvement qui s'appelle « Croissance Plus », parce
03:33que nous, ce qu'on croit vraiment profondément,
03:36c'est qu'il faut que les entreprises se portent bien, qu'elles soient en croissance,
03:40parce que nous finançons collectivement, les entreprises et tous les salariés, le modèle social français.
03:45J'ai une question un peu touchy à vous poser, Virginie Calmel, si vous êtes présidente d'un mouvement patronal,
03:50ça implique d'être un peu diplomate.
03:51Mais au fond, il va y avoir ces sept candidats déclarés à l'élection présidentielle, rassemblés au MEDEF,
03:56ils vont être questionnés par des chefs d'entreprise.
04:00Comment vous les trouvez, aujourd'hui, ces politiques ?
04:02Vous parlez souvent de démonétisation de la parole publique.
04:06Alors, cette démonétisation...
04:06Là, quand vous entendez les promesses qui se font, les propositions qui sont faites, de surtaxation, etc. par exemple.
04:11La démonétisation, elle est surtout venue, je pense, et tous les observateurs l'ont observé,
04:16de cette résignation sur la réforme des retraites, par exemple.
04:20Et c'est Mme Borne qui avait porté la réforme, qui elle-même a détricoté et a lancé l'idée
04:26qu'on pouvait revenir en arrière.
04:27Oui, mais pour faire passer le budget l'an dernier.
04:28C'est tout le problème.
04:29C'est-à-dire qu'à un moment donné, il n'y a pas de cap, on fait des allers
04:32-retours, il y a beaucoup de stop and go.
04:34Et puis, on a l'impression d'une classe politique qui ne mesure peut-être pas qu'il faut arrêter
04:41de se dire,
04:41on prend l'argent là où il est, parce que les entreprises, d'abord, vous avez vu, le nombre de
04:45faillites augmente,
04:46les entreprises ne sont pas bien, le climat économique a besoin de confiance, aujourd'hui, ce n'est pas le
04:50cas.
04:51Donc, beaucoup d'investissements.
04:53Il y a des sondages qui sont sortis.
04:54Vous avez vu que les chefs d'entreprise déclarent qu'ils vont retarder leurs investissements.
04:59Ou vous en avez très peu, 7% des entreprises qui disent qu'ils vont embaucher un cadre dans le
05:05troisième trimestre 2026.
05:07Donc, on voit bien que tout ce climat-là doit être pris en compte par les politiques.
05:11Et nous, ce qu'on attend, c'est qu'on remette au cœur du débat la prospérité.
05:16Pas comment taxer plus, mais au contraire, comment produire davantage, comment réindustrialiser,
05:22comment refaire de la France un pays prospère, et notamment par ses acteurs économiques.
05:28Donc, bien sûr, moins de charges au lieu de plus de charges.
05:31Puis nous, ce qu'on veut, c'est que le travail paye.
05:33On veut que les salariés, vous voyez, la préoccupation numéro un des Français, c'est le pouvoir d'achat.
05:37Mais la première façon d'augmenter le pouvoir d'achat, c'est de réduire les charges qui pèsent sur les
05:42entreprises
05:43pour augmenter le net salarial.
05:45Donc, c'est ça qu'on attend des politiques.
05:47Vous avez entendu à gauche, je suppose, Raphaël Glucksmann, LFI, la CFDT,
05:50tous veulent des hausses de taxes sur les droits de succession, en particulier les hauts patrimoines.
05:55Alors, LFI prend tout au-delà de 12 millions d'euros.
05:59Mais la CFDT, par exemple, elle propose 1% de taxes dès le premier euro.
06:03Alors qu'on sait qu'il y a beaucoup de Français qui sont exonérés de droits de succession
06:05parce qu'ils n'ont pas le patrimoine nécessaire.
06:08Qu'est-ce que vous pensez de cette tendance générale à gauche ?
06:11Des taxes, encore des taxes.
06:13Est-ce qu'on ne prend pas le problème à l'envers ?
06:16Vous voyez, moi, je crois qu'on a, on le sait, on a beaucoup d'épargne.
06:21Il va y avoir un transfert massif d'argent vers les générations qui suivent.
06:26La fameuse grande succession.
06:27Exactement, on parle de 9000 milliards qui vont arriver.
06:31Et au contraire, au lieu de parler de taxes, on ferait mieux de parler de comment injecter cet argent dans
06:36l'économie.
06:37Moi, je suis plutôt pour un régime qui favoriserait la transmission bien au-delà de la génération qui suit.
06:44Parce qu'avec l'allongement de la durée de vie, à quoi ça sert ?
06:47Par exemple, ou même au-delà, les neveux, les nièces, les entrepreneurs.
06:53Vous voyez, pouvoir financer, pouvoir mettre le pied à l'étrier d'un jeune qui a envie d'être entrepreneur.
06:58Et félicitons-nous que les jeunes veuillent plus être entrepreneurs que fonctionnaires à une époque.
07:04Eh bien, aidons-les, peut-être justement, en franchise d'impôts.
07:07Au contraire, à une capacité à donner, bien au-delà de ces enfants directs,
07:11l'allongement de la durée de vie fait quel intérêt d'hériter à 70 ans de parents de 95 ans.
07:16Donc, faisons sauter des générations, favorisons.
07:20Et puis surtout, pour moi, c'est un état d'esprit.
07:22Vous vous rendez compte que là, on a des personnes qui sont en train d'expliquer
07:26qu'au fond, on va annihiler le mérite.
07:29On va aller contre, finalement, ce qui est normalement un enjeu majeur de la transmission.
07:36Je veux dire, c'est quoi le sens de la vie ?
07:37C'est la transmission.
07:39C'est une belle valeur, la transmission.
07:41Donc, commencer, comme l'a fait M. Glucksmann ou d'autres,
07:44par « il faut taxer » et puis c'est faire croire.
07:46Et ça, c'est insupportable qu'en prenant dans la poche de certains,
07:49ça va améliorer le quotidien des autres.
07:51Les Français ne sont pas dupes, ça n'a rien à voir.
07:53Et puis, le nivellement par le bas, ça, c'est quelque chose sur lequel on doit tous lutter.
08:00Rémunérons ceux qui bossent, ceux qui se donnent du mal.
08:02Et au contraire, permettons à ce que l'argent circule et circule davantage.
08:07Donc, c'est sûr que commencer la campagne présidentielle par des nouvelles taxes
08:11et ce fantasme de dire « parce qu'on va aller prélever quelques riches,
08:17la France se portera mieux », c'est assez honteux.
08:20Et j'avoue que, vous voyez, là, je crois qu'on a un coup de gueule à pousser pour dire
08:24« allez, maintenant, remettons les choses dans l'ordre, soyons plus prospères. »
08:28Comment, ensemble, on fait un nouveau modèle économique pour la France
08:32qui part de ceux qui travaillent et de mieux rémunérer le travail ?
08:36Merci Virginie Calmel, ce parole de chef d'entreprise ce matin sur l'antenne d'Europe 1.
08:40Merci, bonne journée à vous.
08:41Merci à vous aussi.