00:00Alors que l'IA menace de plus en plus d'emplois, tiens, on en parlera dans le pitch tout à
00:04l'heure d'ailleurs, Anthony Morel,
00:05est-ce qu'il faut réserver certains métiers aux humains, Anthony ?
00:09C'est la proposition choc de Bill Gates, le fondateur de Microsoft,
00:13c'est quand même un grand monsieur dans ce domaine-là, très écouté dans le monde de la tech,
00:18qui demande que les pays s'entendent pour protéger certaines activités
00:22et les interdire purement et simplement aux machines.
00:25Oui, c'est « touche pas à mon job » d'une certaine manière,
00:27c'est comme ça qu'on pourrait résumer cette proposition, alors qu'il figure dans un essai d'une douzaine
00:31de pages.
00:32C'est assez intéressant d'ailleurs parce que dans cet essai, il a un discours qui est un peu plus
00:35sombre que d'habitude.
00:36D'habitude, il est très techno-optimiste, Bill Gates, et là, il explique, je le cite,
00:40« qu'on s'apprête à connaître l'une des transitions les plus turbulentes de l'histoire de l'humanité,
00:44avec notamment des destructions massives d'emplois. »
00:47Et donc, face à cette situation, pour lui, la solution, ce serait de créer une catégorie de métiers réservés.
00:55C'est l'expression qu'il utilise, donc des métiers dont on déciderait collectivement
00:58qu'ils sont interdits purement et simplement aux machines, pas pour des raisons technologiques,
01:02parce que d'ici quelques années, malheureusement, l'IA, la robotique pourra tout faire,
01:07presque tout faire mieux que nous, mais pour des raisons éthiques et des raisons sociales.
01:12Il compare d'ailleurs cette notion d'emploi réservé avec la notion de réserve naturelle.
01:15Il y a des endroits dans le monde, on pourrait tout bétonner,
01:18mais on se dit, quand même, laisser un peu de nature, c'est sympa.
01:20Là, c'est exactement la même chose.
01:21Il prend des exemples concrets, par exemple, un médecin.
01:25Demain, vous pourriez avoir un robot qui va vous poser un diagnostic
01:28et qui va vous annoncer que vous avez une maladie grave.
01:31Est-ce que c'est possible technologiquement ? Oui.
01:33Est-ce que c'est souhaitable ? Pas forcément.
01:35Il y a des choses qui sont irremplaçablement humaines,
01:38et donc on peut élargir le spectre à plein d'autres types de métiers.
01:41Est-ce que, je ne sais pas, les gardes d'enfants,
01:42est-ce qu'il faut des crèches gérées par des robots ? Ce n'est pas sûr.
01:44Est-ce qu'il faut des professeurs robotiques ? Ce n'est pas sûr non plus.
01:47Et on peut en rigoler, mais c'est en train d'arriver,
01:49je vous en parlerai dans quelques jours d'ailleurs, des juges, des psys,
01:52il y a plein de métiers comme ça qui pourraient être réservés aux êtres humains.
01:56Et puis, il explique aussi qu'il faudrait une protection temporaire pour certains emplois.
02:00Il dit, par exemple, un salarié du BTP qui a 55 ans,
02:04on lui dit, demain, ton boulot va être remplacé par un robot,
02:07va bosser dans une maison de retraite. Ce n'est pas possible.
02:09Donc, il faut aussi avoir l'acceptation de peut-être une baisse de performance,
02:15moins d'efficacité, si c'est pour préserver notre tissu social.
02:18Oui, ce n'est pas parce que c'est technologiquement possible
02:21qu'il faut absolument le mettre en place.
02:23Sur le papier, ça peut être séduisant, mais est-ce que c'est vraiment réaliste ?
02:26Parce que la question, c'est de savoir qui décide,
02:29quels métiers sont concernés et comment on met ça en place concrètement.
02:32Oui, c'est très compliqué.
02:33Et si on fait un parallèle historique, c'est un peu comme si,
02:35à l'arrivée de l'électricité, on avait dit,
02:37non, non, mais on va laisser la moitié des villes allumées au gaz
02:41pour préserver les emplois des allumés dans les verbes.
02:42Je suis sûre qu'il y avait ce même genre de débat, bien sûr.
02:44Peut-être. C'est-à-dire que socialement, on peut se dire sur le coup,
02:46oui, c'est pas mal, mais à long terme, on voit bien que ça n'a aucun sens.
02:49Comme je le dis souvent, on n'arrête pas la marée avec une serpillère
02:51et c'est encore plus le cas pour l'intelligence artificielle et pour la robotique.
02:55Et Bill Gates le comprend très bien, évidemment.
02:57Il n'est pas idiot et d'ailleurs, il le dit dans son essai.
02:59Comment est-ce qu'on met ça en place ?
03:01Comment est-ce qu'on choisit ?
03:02Quels métiers sont concernés ?
03:03Lesquels on sauve, entre guillemets, et puis lesquels on sacrifie ?
03:06Et puis surtout, ce système, il peut fonctionner que si tout le monde
03:09accepte de jouer le jeu, c'est-à-dire dans une économie mondialisée.
03:12Si, imaginons, en Europe, on dit, bah oui, on va donner un quota d'emplois humains
03:16dans les usines automobiles, par exemple.
03:17Il faut qu'il y ait au moins 10% d'humains qui travaillent dans les usines
03:20et le reste, ok, c'est les robots.
03:22Et que la Chine, de son côté, dit, bah non, nous, on automatise à 100%.
03:25Ça crée une distorsion de concurrence.
03:26Tout le monde le comprendra aisément.
03:28Donc, ça crée vraiment plein de problèmes.
03:31Bill Gates dit, il faudrait une coordination internationale,
03:33comme il y en a pour le nucléaire, comme il y en a pour l'aviation civile.
03:37Le temps que tout ça se mette en place, on a le temps d'être remplacé dix fois, à mon
03:40avis.
03:40Oui, oui, exactement.
03:41Et puis, on voit bien déjà que les États-Unis, comme vous l'avez dit,
03:44n'agissent pas du tout de la même façon que l'Europe par rapport à ces questions-là.
03:48Il dit, il faut d'ailleurs qu'il y ait une discussion très sérieuse sur le sujet
03:51entre les États-Unis et la Chine.
03:52Bon, ok, là aussi, il peut l'appeler de ses voeux.
03:54De là à ce que ça se fasse, c'est quand même assez complexe.
03:56L'autre mécanisme pour préserver l'emploi, c'est taxer l'IA et les robots, Anthony.
04:01Oui, alors là aussi, c'est une proposition de Bill Gates.
04:02Ce n'est pas le premier à en parler, évidemment,
04:04mais il explique que ça limiterait mécaniquement le risque de remplacement par les machines
04:08parce que ça rendrait l'automatisation moins incitative pour les entreprises.
04:11En fait, ce qu'il explique, c'est intéressant d'ailleurs.
04:13Il dit, notre fiscalité, elle encourage le remplacement des humains.
04:16Pourquoi ? Parce que quand une entreprise embauche un salarié,
04:19elle va payer des prélèvements sociaux, très lourdement taxés,
04:23surtout en Europe, encore plus.
04:25Alors que quand on achète un robot, d'un point de vue comptable,
04:28on peut en fait le déduire des charges.
04:30C'est considéré comme une charge.
04:31Donc en fait, on contribue nous-mêmes à notre propre remplacement par les machines.
04:35Ça, il faut que ça change.
04:36Alors en attendant ces lois, parce que là encore, ça va prendre du temps,
04:39peut-être qu'on pourrait aussi faire apparaître un nouveau label.
04:42Après le Made in France, après le FEMIN,
04:44on pourrait avoir du Made by Human.
04:46Et ça, on peut très sérieusement imaginer qu'on pourrait avoir sur des produits,
04:51des services, la garantie qu'ils ont été faits, confectionnés par des humains à 100%.
04:56Peut-être qu'à l'heure où la machine saura presque tout faire mieux que nous,
04:59le travail humain, ce sera le luxe ultime.
05:02Une grande période d'incertitude, en tout cas, sur ces questions-là.
05:05Merci beaucoup Anthony Morel, Culturia et Le Monde qui Bouge.
05:08D'ailleurs, et la revue de presse à retrouver sur notre appli, sur notre site, tous les jours.
05:14Dans un instant-ci, on parlera de Meta.
05:16Anthony qui a signé un chèque de 17 milliards de dollars
05:18pour clore un procès historique sur le danger des réseaux sociaux.
05:22Là, on a mis de l'argent sur la table.
05:23Oui, à force de les comparer avec les grands cigarettiers,
05:26le danger qu'ils font peser sur la santé des adolescents,
05:29il y a un moment où ils se sont dit, c'est peut-être mieux de payer très très cher
05:32plutôt que d'avoir des procès à répétition dans le temps.