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  • il y a 3 heures
Arthur Delaporte, député PS du Calvados, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce mercredi 19 août. Ils se sont penchés sur la protection des mineurs en ligne, notamment sur les ajustements essentiels à apporter pour que la loi puisse entrer en vigueur l'année prochaine, ainsi que sur les responsabilités des plateformes face à cet impératif de sécurité numérique, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.

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Transcription
00:00Les moins de 15 ans pourront continuer à scroller à la rentrée l'article de loi sur l'interdiction des
00:05réseaux sociaux
00:05ayant été retoqué par le Conseil constitutionnel il y a quelques jours.
00:09Pour en parler avec nous et plus globalement de la protection des mineurs en ligne,
00:13nous sommes avec Arthur Delaporte. Bonjour, merci de répondre à l'appel de BFM Business.
00:18Je rappelle que vous êtes député du PS du Calvados, porte-parole du groupe à l'Assemblée.
00:23Alors, Arthur Delaporte, vous faites partie des figures politiques en France
00:27à s'être mobilisés en faveur d'un encadrement à l'usage des réseaux sociaux pour les mineurs.
00:31Il va falloir adapter ce texte.
00:34Quelles sont justement les adaptations essentielles qu'il va falloir apporter
00:39pour qu'il puisse entrer en vigueur peut-être l'année prochaine ?
00:42Écoutez, déjà dire que moi je regrette ce que le gouvernement a produit
00:47parce qu'il a produit de la déception et ce n'est pas faute de l'avoir prévenu.
00:51Moi, je fais partie des auteurs de la saisine du Conseil constitutionnel
00:54parce que je pense qu'on peut à la fois défendre un meilleur encadrement
00:57de la protection des mineurs en ligne.
00:59En tant que président de la commission TikTok, moi j'ai vu tous ses parents
01:02et je pense à eux aujourd'hui, toutes celles et ceux qui souffrent en fait
01:05de voir leurs enfants prisonniers de mécaniques addictives.
01:09Et en même temps, pas comme ça, pas avec une interdiction sèche et généralisée.
01:13Et c'est ce qu'a dit le Conseil constitutionnel quand il a dit
01:16qu'on ne peut pas avoir une interdiction absolue stricte de l'ensemble des réseaux sociaux.
01:21On avait un texte qui était finalement flou, mal écrit.
01:24Et donc aujourd'hui, vous avez raison, il faut trouver une autre solution,
01:28soit dans le droit national, soit à l'échelle européenne
01:31parce que le droit européen est aussi extrêmement contraignant
01:34sur la capacité d'agir du législateur national.
01:38Invalidé donc, mais pas enterré.
01:40Et pour autant, Emmanuel Macron qui a chargé son gouvernement
01:42d'aboutir à un nouveau texte avant la fin de son mandat,
01:45est-ce que c'est une échéance réaliste ?
01:48Pour moi, non. Très clairement, aujourd'hui, si on se dit
01:52que le parcours d'une loi, c'est à peu près 3-4 mois
01:54si on veut faire les choses à peu près correctement
01:56avec un avis du Conseil d'État, etc.
01:59Et puis après, un avis de la Commission européenne
02:02qui prend lui aussi 2 à 3 mois,
02:05ça nous amène dans des délais qui sont très très proches
02:08du mois de février.
02:09Or, à partir du mois de février, c'est la fin de la législature.
02:12Donc, soit on fait quelque chose de façon précipitée
02:15pour absolument avoir une loi avant la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron,
02:19soit on se dit qu'on s'appuie sur ce que propose Ursula von der Leyen,
02:24c'est-à-dire une loi à l'échelle européenne
02:26qui sera pour le coup plus précise, plus adaptée
02:30qu'une loi française qui, finalement, devra s'insérer
02:33dans les interstices de la décision du Conseil constitutionnel
02:36qui est un espace qui est extrêmement réduit.
02:38Donc, moi, j'ai plutôt tendance à préférer
02:40une action efficace à l'échelle européenne
02:42qu'une action déclaratoire à l'échelle nationale.
02:45Mais alors, on regarde, Arthur Delaporte, aussi,
02:47ce que fait l'Australie, qui a mis en place un texte similaire
02:51avec des effets quand même mitigés, en tout cas à date,
02:55des enfants qui continuent d'utiliser les réseaux sociaux
02:57malgré leur interdiction.
02:59Est-ce que ça ne doit pas aussi interroger et questionner
03:02davantage sur l'efficacité d'une loi française ou européenne
03:05si elle voit un jour le jour ?
03:08– Bien sûr, ça doit nous interroger sur l'efficacité
03:11et c'est pour ça que je vous dis, moi, je préfère une loi
03:13qui fonctionne plutôt qu'une loi déclaratoire.
03:16Parce que qu'est-ce qui allait se passer si on avait
03:17l'interdiction généralisée ?
03:18– Mais qu'est-ce qu'il faudrait de différent alors
03:19par rapport à ce que font les Australiens pour que ça fonctionne ?
03:22– On y vient. Là, ce que proposait le gouvernement,
03:26c'était une interdiction généralisée.
03:27Ce qu'ont fait les Australiens, c'est presque la même chose,
03:29c'est juste qu'eux, ils ont dit, on fait une liste noire
03:31où on met tous les réseaux qu'on estime dangereux sur cette liste.
03:35Moi, je pense qu'il faut aller au-delà de cela avec une approche
03:38par fonctionnalité. C'est-à-dire, et c'est exactement ce que dit
03:41la Commission européenne, qu'il y a des réseaux sociaux
03:44qui présentent, et c'est une autorité publique,
03:46des fonctionnalités dangereuses. Lors de la commission d'enquête
03:48sur TikTok, on a bien vu qu'il y avait par exemple
03:51le défilement ininterrompu, le scrolling continu,
03:55l'autoplay, c'est-à-dire la lecture automatique des vidéos.
03:58On a le ciblage algorithmique qui va notamment faire en sorte
04:02que les mineurs soient exposés à des contenus qui maintiennent
04:05leur attention, mais du coup, ça peut être des contenus
04:06qui sont extrêmement choquants, qui incitent à la dépression,
04:09à l'automutiliation, au suicide, aux troubles du comportement alimentaire.
04:12Donc tout ceci, par exemple, doit être extrêmement régulé,
04:16interdit, et c'est l'enjeu, je pense, d'une bonne loi,
04:20d'une bonne régulation à l'échelle européenne.
04:23Maintenant, dire qu'on est en capacité de le faire
04:25dans le droit national, moi je trouve que c'est illusoire,
04:26parce que si on fait en France une loi,
04:30on aura du mal à imposer, on n'a pas le droit,
04:32d'imposer des choses aux plateformes.
04:33Donc on ne pourra pas aller dans ce degré de granularité
04:36et de proportionnalité qui, si on lit la décision
04:38du Conseil constitutionnel, est la véritable nécessité.
04:42Et d'ailleurs, je tiens à le dire, même si on a présenté
04:45l'idée qu'il y avait un consensus social absolu sur les 15 ans,
04:49une partie de celles et ceux qui s'intéressent
04:51aux questions de protection de l'enfant à l'ère numérique
04:53disent qu'il faut plutôt avoir une approche par fonctionnalité ciblée
04:56parce que sinon, l'intelligence généralisée
04:58ne produit qu'une chose, on l'a vu en Australie,
05:01c'est du contournement.
05:02Arthur Delaporte, vous regardez certainement
05:03le procès Meta aussi qui a démarré hier aux Etats-Unis.
05:07Quatre Etats américains, je le rappelle,
05:09qui poursuivent le propriétaire de Facebook et d'Instagram
05:11pour addiction sur les jeunes.
05:13Meta qui, à l'ouverture du procès,
05:15est accusé d'avoir trompé le public et appâté les enfants.
05:18Ça vous conforte dans l'idée qu'il faut agir
05:19et de voir qu'il y a aussi des législatures à l'étranger
05:23qui agissent aussi dans le même sens.
05:26Bien sûr, et quoi de plus singulier
05:28que de voir ce procès se dérouler en Californie,
05:32dans le temple même de la tech,
05:34là où se sont construites ces fonctionnalités addictives
05:38et cette mise sous emprise de la jeunesse
05:40et plus largement des populations mondiales.
05:42Ce que l'on retrouve dans ce procès,
05:44c'est exactement ce que nous dénoncions
05:45dans la commission TikTok,
05:46c'est-à-dire des fonctionnalités
05:48qui visent à dessein,
05:51à générer de l'addiction
05:52et qui produisent à la suite
05:54du mal-être chez les jeunes.
05:55Donc moi, je regarde ce procès
05:57avec une grande attention
05:58parce que ce n'est pas le premier des procès.
06:00Il y en a déjà eu en Angleterre,
06:01il y en a déjà eu aux États-Unis
06:02et quasiment à chaque fois,
06:04Meta ou les réseaux sociaux
06:05qui ont été accusés
06:06ont été condamnés.
06:08Mais ce qui est nouveau,
06:10c'est l'ampleur de ce procès,
06:11l'ampleur de la condamnation potentielle
06:13et finalement l'objectif aussi
06:15qui est affiché par les procureurs américains,
06:17qui n'est pas simplement
06:18d'obtenir une indemnisation,
06:20mais d'obtenir justement
06:22ce que j'ai décrivait tout à l'heure,
06:24c'est-à-dire un changement
06:25des fonctionnalités.
06:26Donc en gros,
06:27arrêt du défilement interrompu,
06:29mise en place du couvre-feu
06:30par défaut pour les mineurs,
06:33c'est-à-dire qu'en gros,
06:34soit les notifications s'arrêtent,
06:35soit l'application carrément s'arrête,
06:37mais ça, c'est des choses
06:38qui doivent être mises en place
06:39par les plateformes elles-mêmes
06:41parce que c'est comme ça
06:42qu'on arrivera à lutter efficacement
06:43contre les mineurs.
06:44Ce n'est pas en disant
06:45à partir de 15 ans,
06:46vous avez le droit à tout le sordide.
06:48Non, il faut que les plateformes
06:49s'autorégulent.
06:50Je vous coupe parce qu'on arrive au bout,
06:51mais juste pour commenter
06:53ce que vous êtes en train de dire
06:54en 15 secondes,
06:55mais on parlait ce matin
06:57de OpenAI,
06:58la maison mère de Shadjipiti
06:59qui vient de lancer sa solution
07:01Shadjipiti for teens
07:02pour les adolescents,
07:03une version destinée aux 13-17 ans
07:05axée sur l'éducation
07:06et l'apprentissage
07:07avec un mode étude.
07:09En gros, lorsque l'adolescent
07:10cherche directement la réponse
07:11à un exercice,
07:11l'intelligence artificielle
07:13l'accompagne étape par étape
07:14dans sa résolution
07:16sans générer immédiatement
07:17la réponse,
07:19c'est vers ce type d'initiative
07:20aussi des applications
07:23qu'il faut aller les encourager
07:24à déployer ce type de système ?
07:27Bien sûr, il faut aller vers ça,
07:29mais vous voyez,
07:31là, on a aussi
07:31des effets de communication
07:32de certains réseaux sociaux
07:34ou certaines plateformes
07:34qui vont chercher
07:35à se distinguer.
07:37Moi, je suis très inquiet
07:38justement sur les effets
07:39de report vers l'IA
07:40de certains adolescents
07:42qui, faute d'accès aux réseaux sociaux,
07:44se construisent des amis imaginaires
07:45avec intelligence artificielle.
07:47Ça peut être aussi extrêmement dangereux
07:49et ça nécessite un encadrement
07:50aujourd'hui qui n'est qu'embryonnaire.
07:52Donc voilà, moi, je ne suis pas dupe
07:53des effets de com'
07:54de chat GPT
07:55qui vise avant tout
07:56à capter un marché,
07:58mais capter le marché
07:59de l'attention des jeunes.
08:00Aujourd'hui, c'est finalement
08:02un énorme business
08:04et donc voilà,
08:05je suis sceptique
08:06et j'attends de voir
08:07et je pense que c'est d'abord
08:08aux réseaux sociaux,
08:09en effet,
08:10d'adopter ce type de garde-fou
08:12parce que le modèle éducatif,
08:14il est possible,
08:15le modèle d'information,
08:16il est possible
08:17et l'accès des jeunes
08:18à l'information,
08:18il est nécessaire.
08:19C'est d'ailleurs ce qu'a rappelé
08:20le Conseil constitutionnel.
08:22Donc nous, on doit naviguer
08:22dans tout ça
08:23entre des big tech
08:24qui cherchent à imposer
08:26leur modèle
08:26et la nécessité
08:27de préserver des libertés fondamentales
08:29pour éviter un contournement
08:30qui exposerait les jeunes
08:31à des plus grands dangers encore.
08:33Merci Arthur Delaport,
08:34député PSU Calvados,
08:35porte-parole du groupe
08:36à l'Assemblée.
08:37Je ne sais pas
08:37si vous avez installé
08:38WeWard,
08:39l'application WeWard,
08:40est-ce que ça vous parle ?
08:41Non ?
08:41Application française.
08:43Alors restez connectés
08:43parce qu'on sera à 8h15
08:44avec son fondateur,
08:45une application française
08:47qui incite à marcher
08:47plutôt que scroller
08:48en bloquant les applications
08:50de réseaux sociaux,
08:51solution peut-être
08:52pour lutter contre
08:53certaines additions.
08:54Nous serons donc
08:54avec son fondateur
08:55à 8h15.
08:56Merci encore
08:57d'avoir répondu
08:57à l'appel de BFM Business
08:58ce matin.
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