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[#Reportage] Secteur informel : 8 opérateurs sur 10 seraient étrangers, où sont les Gabonais ?

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00:00Le secteur informel gabonais aurait-il progressivement échappé aux nationaux ?
00:06Selon les données du Recensement Général des Entreprises, réalisées fin 2023 par la Direction Générale de la Statistique et rapportées
00:13par Direct Info Gabon,
00:15près de 200 000 opérateurs économiques évolueraient dans l'informel, dont environ 60 000 étrangers, contre seulement 40 000 Gabonais.
00:24Autrement dit, 80 % des opérateurs recensés seraient étrangers, une proportion qui, si elle est correctement interprétée au regard de
00:31la méthodologie du RGE,
00:33impose une question autrement plus dérangeante, comment expliquer que dans un pays confronté à un chômage massif des jeunes,
00:39les nationaux soient aussi minoritaires dans l'économie de proximité ?
00:43Le chiffre est suffisamment spectaculaire pour mériter davantage qu'un commentaire de circonstance.
00:48Dans une publication consacrée au poids de l'informel, Direct Info Gabon rapporte que sur près de 200 000 opérateurs
00:54économiques recensés dans l'informel Gabonais. Environ 160 000 sont étrangers, contre seulement 40 000 Gabonais.
01:01Soit, selon le Média, une proportion de 80 % d'opérateurs étrangers et moins de 20 % de nationaux.
01:08Il ne s'agit évidemment pas de faire de la nationalité des entrepreneurs un problème en soi.
01:13Les étrangers qui entreprennent légalement, investissent, travaillent, créent de l'activité et participent à l'économie nationale.
01:20Le véritable sujet est ailleurs. Pourquoi les Gabonais chez eux sont-ils aussi faiblement représentés dans un secteur réputé
01:26être la porte d'entrée la plus accessible vers l'activité économique ?
01:31Cette question est d'autant plus pressante que le chômage frappe lourdement la jeunesse gabonaise.
01:35Direct Info Gabon souligne justement le paradoxe.
01:38Moins de 20 % de nationaux seraient présents dans un secteur pourtant régulièrement présenté comme
01:43le pilier de l'économie de proximité et le filet de sécurité des ménages les plus modestes.
01:48Le constat oblige donc à dépasser les discours convenus sur l'entrepreneuriat
01:51et l'autonomisation économique des Gabonais.
01:54Car l'informel, ce sont les petits commerces, certaines activités de transport,
01:58la restauration de proximité, l'artisanat, les services, la réparation, la distribution
02:03et une multitude d'activités qui irriguent quotidiennement les quartiers.
02:07Si les nationaux ne représentent effectivement qu'un opérateur sur cinq,
02:11le problème ne peut raisonnablement être réduit à un supposé manque d'esprit entrepreneurial des Gabonais.
02:16Il faut rechercher les obstacles structurels qui les éloignent de ces activités.
02:20Accès au financement, coût du démarrage d'une activité, fiscalité, tracasserie administrative,
02:25formation, accès aux emplacements commerciaux, concurrence, culture entrepreneuriale
02:30ou préférence historique pour l'emploi salarié.
02:32Plusieurs facteurs peuvent être avancés, mais encore faut-il les documenter.
02:37Le chiffre de 80% devrait précisément conduire l'État à commander une analyse approfondie des causes
02:44plutôt qu'à simplement constater la prédominance étrangère.
02:47L'enjeu devient encore plus important au regard du poids économique du secteur.
02:50Direct Info Gabon rapporte que 62,9% des entreprises recensées relèvent de l'informel
02:56et que celui-ci représentait une contribution estimée à 35% du PIB à la période considérée.
03:01Nous ne parlons donc pas d'une économie marginale.
03:04L'informel constitue une composante majeure de l'activité économique nationale.
03:08Dès lors, si 80% des opérateurs qui y évoluent sont effectivement étrangers,
03:13il faut s'interroger sur la capacité du système économique gabonais
03:16à intégrer ses propres citoyens dans la création de richesses.
03:20Dans un pays où le chômage des jeunes demeure particulièrement élevé,
03:23voir une immense économie de proximité prospérer parallèlement à une jeunesse nationale
03:27en difficulté d'insertion constitue un paradoxe que les politiques publiques ne peuvent plus contourner.
03:33La question est d'autant plus sensible que les pouvoirs publics multiplient depuis plusieurs années
03:36les programmes consacrés à l'entrepreneuriat, au PME, à l'auto-emploi et à l'autonomisation des jeunes.
03:43Quels résultats ont-ils réellement produits ?
03:45Combien de bénéficiaires ont créé une activité durable ?
03:48Combien d'entreprises accompagnées existent encore trois ou cinq ans après leur lancement ?
03:52Et surtout, pourquoi cette politique d'accompagnement ne se traduit-elle pas davantage
03:56dans la structure de l'économie informelle ?
03:58Il faut ici éviter un piège dangereux.
04:00Ces statistiques ne sauraient servir de prétexte à la stigmatisation des communautés étrangères.
04:05Un commerçant sénégalais, malien, béninois, camerounais, togolais, libanais
04:10ou d'une autre nationalité qui exerce conformément aux règles
04:12n'est pas responsable du chômage des Gabonais.
04:15Il occupe un espace économique disponible, répond à une demande
04:18et prend souvent un risque entrepreneurial que d'autres n'ont pas pris ou n'ont pas pu prendre.
04:23La véritable responsabilité doit donc être recherchée du côté des politiques publiques.
04:26Pourquoi un jeune Gabonais sans emploi trouve-t-il parfois plus naturel d'attendre
04:30un concours administratif que de créer une activité commerciale ?
04:34Pourquoi l'école prépare-t-elle encore insuffisamment à l'entrepreneuriat,
04:38à l'artisanat et aux métiers techniques ?
04:40Pourquoi le crédit reste-t-il difficilement accessible aux petits porteurs de projets ?
04:44Pourquoi certaines filières économiques de proximité ne disposent-elles pas
04:48de véritables mécanismes d'accompagnement vers la formalisation ?
04:52Autrement dit, le débat ne devrait pas être pourquoi les étrangers sont-ils si nombreux,
04:57mais pourquoi les Gabonais sont-ils si peu nombreux ?
05:00La nuance est fondamentale.
05:02La première question risque d'alimenter la xénophobie,
05:04la seconde oblige l'État à examiner ses propres défaillances.
05:08Face à cette situation, la tentation pourrait être grande de multiplier
05:11les activités réservées exclusivement aux nationaux.
05:13Une telle politique peut se justifier dans certains secteurs
05:16lorsqu'elle répond à une stratégie économique clairement définie.
05:20Mais réserver administrativement une activité à un Gabonais ne suffit pas
05:23à fabriquer un entrepreneur compétitif.
05:26Encore faut-il lui permettre d'accéder au capital,
05:28aux fonciers commerciaux, aux équipements,
05:31à la formation et au circuit d'approvisionnement.
05:34Sans cet écosystème, la gabonisation de certaines activités
05:37risque de rester une décision réglementaire sans véritable transformation économique.
05:42Pire, elle pourrait favoriser des mécanismes de prête non
05:45dans lesquels un ressortissant Gabonais apparaît juridiquement comme propriétaire,
05:49tandis que l'activité demeure matériellement financée
05:51et contrôlée par un autre opérateur.
05:54L'État devrait donc partir des données du RGE
05:57pour identifier, secteur par secteur,
05:59les activités où les Gabonais sont les moins présents,
06:02comprendre pourquoi et bâtir des dispositifs ciblés.
06:04On ne corrige pas une faiblesse entrepreneuriale structurelle par décret,
06:08on la corrige,
06:09en donnant aux nationaux les moyens économiques
06:11de devenir durablement compétitifs.
06:13Si les données rapportées par Direct Info Gabon
06:15sont confirmées dans cette lecture,
06:17elles constituent finalement un sévère indicateur
06:19de l'échec de plusieurs décennies de politique
06:21d'insertion économique.
06:23Le Gabon ne peut simultanément déplorer le chômage de sa jeunesse,
06:26consacrer des milliards à l'entreprenariat,
06:28et constater que seulement 20% environ des opérateurs
06:31de son immense économie informelle sont des nationaux
06:35sans chercher à comprendre les ressorts de cette contradiction.
06:38Il faut donc aller plus loin que les slogans
06:40sur la préférence nationale,
06:41la véritable souveraineté économique,
06:43commencent lorsque les Gabonais deviennent eux-mêmes
06:45producteurs, commerçants, artisans,
06:48transporteurs, agriculteurs, transformateurs,
06:51prestataires et employeurs.
06:53Elles ne consistent ni à chasser ceux qui entreprennent déjà,
06:56ni à distribuer artificiellement des activités
06:58sur la seule base de la nationalité.
07:00Le mérite de la publication de Direct Info Gabon
07:02est ainsi de déplacer le débat
07:04avec près de 200 000 opérateurs recensés
07:06dans 160 000 étrangers
07:09et seulement 40 000 Gabonais.
07:11Selon les chiffres rapportés,
07:12la question centrale n'est plus de savoir
07:14si l'économie informelle est importante.
07:16La véritable question est désormais
07:18beaucoup plus embarrassante.
07:19Comment expliquer que dans leur propre économie de proximité,
07:22alors que tant d'entre eux cherchent du travail,
07:24les Gabonais semblent encore regarder les autres entreprendre.
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