00:00Parce que c'est un sujet qui nous concerne tous et qui revient sur la table en plein cœur de
00:05cet été.
00:06On parle de la fin de vie.
00:08Faut-il y voir une forme d'autocritique sur la loi qui légalise cette aide à mourir ?
00:13En tout cas, le gouvernement, dans ses observations envoyées au Conseil constitutionnel,
00:17estime que certaines garanties sont, je cite, insuffisantes pour satisfaire aux exigences constitutionnelles.
00:25La saisine du Conseil constitutionnel, justement, suspend la promulgation de la loi.
00:29Et son application, donc ce n'est pas anodin.
00:32On est donc loin du discours de façade et plutôt rassurant, il y a quelques semaines, quelques mois, des ministres.
00:37En coulisses, Sébastien Lecornu est donc inquiet.
00:41Et j'accueille à ce sujet Jean-Luc Romero.
00:43Bonjour Jean-Luc Romero.
00:45Bonjour.
00:45Vous êtes, je le rappelle, même si Marilyn vous a présenté en préambule,
00:49président d'honneur de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité.
00:53Est-ce que vous vous attendez pour vous réjouir, Jean-Luc Romero ?
00:56Ou bien vous êtes plutôt rassuré par, en tout cas, la saisine du Conseil constitutionnel ?
01:05Écoutez, je pense que, en tout cas, ça va rassurer toutes celles et tous ceux qui s'y opposent,
01:10qui nous disent que tout a été fait dans la précipitation.
01:12Je rappelle que ce débat a plus de 30 ans en France,
01:15qu'il y a eu nombre de propositions de loi qui ont été discutées,
01:18et que, en ce qui concerne ce texte, a été adopté.
01:20Il y a eu trois lectures à l'Assemblée, trois lectures au Sénat,
01:23sans oublier ce qui s'est passé avant, la Convention citoyenne, etc.
01:27Donc je pense que ça permettra de donner, en tout cas, au Conseil constitutionnel,
01:32aux neuf sages, des assurances à toutes celles et tous ceux qui auraient des inquiétudes.
01:38Parce que, je le rappelle, c'est un texte qui ne contraint rien.
01:40C'est un texte qui donne une nouvelle liberté,
01:44qui respecte toutes les consciences, et moi je le redis,
01:46à la fois celles des soignants, qui ne sont...
01:49D'ailleurs, je vous rappelle que dans la loi,
01:51c'est la personne qui doit faire elle-même le geste,
01:53hormis si vraiment elle est dans une impossibilité totale.
01:56Donc la liberté de conscience des soignants qui n'ont aucune obligation,
02:01la liberté de conscience, évidemment, de celles et de ceux qui ne le souhaitent pas,
02:05et enfin le respect, par contre, de ceux qui n'en peuvent plus de leur souffrance.
02:09Parce que, je rappelle quand même que, enfin, cette loi donne un supplément d'humanité
02:12en évitant l'abandon de personnes qui ont des souffrances
02:16qu'on ne peut pas soulager.
02:17Et ça, personne de le contexte, d'ailleurs, même M. Leonetti avait dit
02:20qu'il y avait à peu près 10% des personnes qui avaient des maladies
02:24et des souffrances physiques et psychiques qu'on ne pouvait pas soulager.
02:27Jean-Luc Romero, je vais quand même, pour tous ceux qui nous écoutent,
02:31évoquer ce qui crispe le Premier ministre.
02:34D'abord, le délai de réflexion.
02:37Trop court, selon Sébastien Lecornu.
02:39La loi prévoit, en effet, un délai d'au moins deux jours pour confirmer la demande d'aide à mourir
02:45après l'accord du médecin.
02:47Et puis, autre sujet de crispation, la question du consentement pour les majeurs protégés sous tutelle
02:53ou en situation de handicap dans l'état actuel des choses.
02:56La loi prévoit seulement d'écarter les personnes dont le discernement,
03:00et je cite, « gravement altéré ».
03:02Thomas Bonnet et puis Mémona Interman, également, je vais vous interroger tous les deux sur la question.
03:07Est-ce que vous comprenez les réserves, en tout cas, de Sébastien Lecornu ?
03:13Thomas Bonnet ?
03:13Oui, moi, je les comprends, je les partage, d'ailleurs,
03:16et j'ai beaucoup d'estime pour Jean-Luc Romero,
03:18et il se trouve que je suis en désaccord avec lui sur cette loi,
03:21que j'estime être porteuse en son sein,
03:24de tous les germes, de toutes les dérives possibles qui pourraient ensuite émaner de ce texte.
03:28Les réserves émises par le Premier ministre, je les partage, je pense qu'il y en a d'autres,
03:33mais en effet, le délai de réflexion me paraît beaucoup trop court.
03:36J'entendais des médecins dire qu'il pourra plus rapidement avoir accès à l'euthanasie
03:42que, par exemple, aux soins palliatifs dans certains cas, ce qui paraît anormal.
03:46De la même manière, il y a des réserves émises pour, par exemple, les congrégations religieuses
03:51qui vont être obligées de pratiquer l'euthanasie
03:56et qui peuvent mettre en péril même leur existence.
03:59Donc là aussi, je trouve que ça va dans le bon sens.
04:00Quand on perd son handicapé, ça paraît tout à fait logique de leur permettre d'avoir, là aussi, des réflexions
04:06aménagées.
04:07Mais Mona Interman, que pensez-vous de la saisine alors ?
04:10Et ensuite, je redonne la parole à Jean-Luc Romero,
04:12qui d'ailleurs peut interrompre les débatteurs quand il le souhaite.
04:15Je vous le dis, Jean-Luc Romero.
04:16C'est un acte de prudence de la part du Premier ministre et il sait ô combien ce sujet est,
04:23comme on dit, clivant.
04:25C'est un sujet vertigineux.
04:27Moi, personnellement, vous voyez, je suis croyante et pourtant je ne sais pas, dans quelques années,
04:32ce que je ferai pour moi-même, ce que nous ferons ensemble avec mon mari.
04:35Donc je suis incapable, honnêtement, de dire si je suis pour ou contre.
04:39En revanche, je ne voudrais pas faire croire que ce sujet-là peut aller de soi quand on a 20
04:46ans, 25 ans ou 50 ans.
04:47J'ai assisté, mais nombre de fois, à des euthanasies en médecine animale.
04:53J'ai assisté, proprement dit, mon fils qui est vétérinaire, et je sais combien l'acte est effrayant, terrible.
05:01Deux jours, c'est vraiment rien du tout.
05:0315 jours, peut-être, j'ai eu au téléphone, quelques mois avant qu'elle ne décide de partir, une amie
05:12allemande.
05:12Et là, c'était vraiment sur des mois, sur des mois qu'elle a réfléchi.
05:16Et quelques temps avant, on lui a dit, est-ce que tu es sûr, Mibi ?
05:19Elle était sûre d'elle.
05:20Et là, on ne peut pas aller à l'encontre du vœu de la personne.
05:24Ce n'est pas un sujet à oui ou non.
05:26Jean-Luc Romero, président d'honneur de la DMD, vous comprenez les questionnements de mes deux débatteurs autour de la
05:33table sur, justement, les délais de réflexion ?
05:36Mais je comprends que chacun puisse avoir des inquiétudes.
05:40Mais ces délais de réflexion, d'abord, ce n'est pas deux jours.
05:42Il y a 15 jours, d'abord, calca le médecin.
05:44Enfin, il y a donc 15 jours, plus deux jours.
05:4715 jours, plus deux jours.
05:48Quand la personne a décidé, c'est à la fin quand même d'un long parcours.
05:53Quand vous dites, mais Mona, les personnes que j'ai connues, et moi, j'ai accompagné des personnes en Belgique.
05:57D'ailleurs, mon dernier livre, je raconte l'accompagnement d'Alain Coq.
06:00Je peux vous dire que ces morts-là sont des morts qui sont beaucoup plus sereines.
06:05Donc, on peut penser ce qu'on veut.
06:07Moi aussi, je suis dans le doute.
06:08Comme vous tous, je ne sais pas ce que je voudrais à la fin.
06:10Et c'est pour ça que cette loi est importante pour moi.
06:12Parce qu'elle nous donne une possibilité de pouvoir éteindre la lumière à un moment quand les souffrances physiques sont
06:18insupportables.
06:19Vous savez, moi, je vis avec le VIH depuis longtemps.
06:21J'ai failli mourir et j'ai vu mourir plein de mes amis à 20 ans, 25 ans, dans les
06:26années 90, dans des conditions atroces.
06:28Ils demandaient à partir.
06:30On les forçait à vivre.
06:31On ne pouvait pas soulager leurs souffrances.
06:33Je pense qu'il faut entendre cela.
06:34Alors, ce sera.
06:35Jean-Luc Preméraud, j'ai une question pour vous parce que je comprends tout à fait les enjeux autour de
06:40cette loi.
06:40Et effectivement, il faut être humble lorsqu'on approche ce sujet.
06:43Mais pour autant, quand vous voyez ce qui se passe, par exemple, au Canada, où on voit, malheureusement, une dérive
06:49sur l'aide à mourir, l'euthanasie,
06:51vous avez beaucoup de personnes âgées sur qui on fait reposer un poids, le poids de la culpabilité, en quelque
06:56sorte,
06:57du coût qu'ils peuvent représenter pour les hôpitaux, du poids qu'ils font poser sur leur famille.
07:02Est-ce que vous n'avez pas peur que ça introduise un manque de confiance, une défiance entre les patients
07:07et les médecins qui sont chargés de les soigner initialement ?
07:10Vous savez, on nous a toujours dit, dès qu'il y a une grande question de société, on nous dit
07:14que ça va être terrible.
07:15Moi, je me souviens, quand il y a eu le mariage pour tous, Christine Boutin nous disait que c'est
07:18un changement de civilisation.
07:19Comme si permettre à des gens qui s'aiment de pouvoir se marier, ça allait changer les choses.
07:24Ça a donné, au contraire, moi qui ai été, comment dire, maire adjoint pendant des années,
07:29j'ai célébré énormément de mariages, de conjoints de même sexe, c'était plein d'amour.
07:34Et notre société n'a pas changé, elle donne plus d'amour.
07:36Là, on nous dit, ça va changer les choses, c'est terrible.
07:38Je rappelle que tous les pays qui nous entourent, quasiment, Pays-Bas, Belgique, Luthienbourg, Suisse...
07:44Reconnaissez des dérives à l'étranger, reconnaissez des dérives à l'étranger, Jean-Luc Romero.
07:47Vous ne pouvez pas les nier.
07:49Mais écoutez, aujourd'hui, quand on parle de dérives, par exemple,
07:52ceux qui disent qu'en Belgique, il se passe des choses absolument terribles,
07:55mais je suis désolé, elles ne sont pas prouvées.
07:57D'ailleurs, à plusieurs reprises, les ministres, même au Canada, d'ailleurs,
08:01les ministres de la justice ont dit, à tous ceux qui nous annoncent ces dérives, etc.,
08:05venez nous donner des éléments probants.
08:07Il y a eu parfois des exceptions, comme toujours, comme dans toutes les lois.
08:10Et d'ailleurs, quand il y a des choses qui ne respectent pas la loi,
08:13vous savez bien qu'il y a des conditions, et c'est pour ça qu'il y a des tribunaux.
08:16C'est pour ça qu'il y a des prisons pour les gens qui ne les respectent pas.
08:19Vous savez qu'aux Pays-Bas, tous les ans, il y a à peu près 8 médecins
08:22qui sont traduits devant les tribunaux parce qu'ils n'ont pas,
08:25souvent, c'est parce qu'ils n'ont pas respecté la procédure exacte.
08:28Mais ça, ça existera toujours, des gens qui ne respectent pas la loi,
08:30mais c'est minoritaire.
08:32Ce n'est pas une dérive.
08:33Ce sont parfois des cas qui peuvent arriver, comme dans tout,
08:36puisqu'il y a des gens qui ne respectent pas la loi.
08:38Mais globalement, cette loi, elle est protectrice,
08:40puisqu'elle met la volonté de la personne au centre de la décision.
08:44Qu'il y a des contrôles qui sont faits par plusieurs médecins,
08:47qui vérifient la volonté de la personne.
08:50Et c'est aujourd'hui, parce que, moi, je voudrais vous le dire, Thomas,
08:52regardez ce qui se passe en France aujourd'hui.
08:54Attendez, juste une chose.
08:55L'étude de l'INED, qui nous dit que 0,8% des morts
08:59l'ont été avec un produit létal,
09:01alors que c'est interdit dans notre pays.
09:03On ne sait pas dans quelles conditions.
09:05C'est-à-dire qu'il y a des gens qui sont aidés aujourd'hui
09:06sans avoir rien demandé,
09:08alors que là, il y a des conditions.
09:10Il y a cinq conditions très restrictives.
09:12C'est la loi la plus restrictive qui existe au monde.
09:16– Merci Jean-Luc Romero, je vais vous libérer.
09:18Merci infiniment d'avoir été parmi nous en cette mi-journée.
09:21Je rappelle que vous êtes le président d'honneur
09:23de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité.
09:26Je vais juste être précis, parce qu'on abordait le Canada.
09:30Alors au Canada, effectivement,
09:31il y a 5% des personnes qui sont concernées par l'euthanasie,
09:36qui n'ont pas forcément besoin d'être atteints de pathologies lourdes
09:43pour être éligibles à l'euthanasie.
09:45Voilà, donc effectivement…
09:46– Tout à fait ça.
09:46– La proportion du nombre de morts au Canada par euthanasie
09:48a beaucoup augmenté au cours des dernières années.
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