00:00Alors je vais quand même rappeler ce qu'il s'est passé à tous ceux qui nous écoutent, même si
00:03personne n'est passé à côté de cette information.
00:06C'est un piratage incroyablement inquiétant qui vient d'être revendiqué sur le dark web.
00:12Un hacker affirme avoir volé aux impôts les données de plus de 670 000 français.
00:17Alors à côté des informations plus bénignes qui sont souvent dérobées lors d'un piratage,
00:22comme le nom, le prénom, la date de naissance, l'adresse e-mail, et bien là, les données volées sont
00:28peut-être des informations bien plus sensibles
00:30parce qu'on y retrouve parmi ces données volées la situation familiale, le nombre d'enfants à charge et surtout
00:36le revenu fiscal de référence.
00:38Je ne sais pas si Adrien Matou et Antonin André qui sont à mes côtés aimeraient que leur revenu fiscal
00:43de référence soit exposé au grand jour.
00:46Alors Pierre Penalba, vous êtes expert du numérique, on va le dire comme ça.
00:50Est-ce que la France, parce que ce n'est pas le premier épisode de ce type, loin de là,
00:55est-ce que la France est devenue une passoire numérique ? Pardonnez-moi l'expression.
01:00Ce n'est pas une question de passoire numérique, c'est une question d'habitude et d'attitude par rapport
01:06aux données qu'on a.
01:07Elles ne sont pas suffisamment sécurisées et il y a un problème de prise en compte justement de cette sécurité
01:13dans les données.
01:14On les laisse trop facilement accessibles et sans prendre des mesures de précaution
01:18parce que ça coûte énormément d'argent de protéger des données, de les chiffrer, de faire en sorte que les
01:23accès soient vérifiés.
01:26Très souvent par exemple, vous n'avez même pas la double authentification dans les accès de certaines administrations, ce qui
01:31n'est pas normal.
01:34Effectivement. Alors, Pierre Penalba, c'est vrai que cette attaque sur le site des impôts, pour le dire simplement, a
01:42été réalisée en juin.
01:45Donc ça fait, là on est effectivement le 14 août, ça fait quasiment trois mois.
01:49La loi est claire, Pierre Penalba, ce n'est pas à vous que je vais la prendre.
01:52L'administration a 72 heures, donc trois jours, pour déclarer un piratage.
02:01Comment se fait-il que là, eh bien, on est autant attendu ?
02:06Alors je dirais qu'il faut poser la question aux impôts pour savoir pourquoi ça s'est passé comme ça.
02:10Mais il y a peut-être une explication sur le principe, ils ne savaient pas réellement ce qui avait été
02:15volé
02:16ou s'il y avait effectivement eu un piratage.
02:18Parce que quand vous avez une intrusion dans un service informatique, vous n'êtes pas obligé,
02:22enfin, vous ne pouvez pas savoir exactement ce qui est sorti, sauf à requérir des experts vraiment de très haut
02:28niveau.
02:29Et là, on n'a pas le détail de l'enquête, mais ça fait quand même trois mois.
02:33Et je pense qu'ils ont été obligés de le faire, de faire la déclaration,
02:36parce que le pirate a publié et revendiqué ce piratage.
02:39Donc là, ils ont été obligés de dire, oh effectivement, on nous a volé des données.
02:42Mais avant, je pense que cette incertitude a pesé dans le fait de la non-déclaration.
02:47Maintenant, je ne sais pas s'ils avaient avisé déjà l'ANSI et la CNIL en préalable,
02:55sans prévenir les gens eux-mêmes.
02:56Parce que quand vous ne savez pas qu'est-ce qui est sorti, comment la fuite a été organisée,
03:01parce que vous pouvez très bien avoir simplement une pénétration dans le système.
03:04La personne rentre, regarde, ne vole pas de données, peut-être va les transformer, les abîmés.
03:09On n'est pas dans la même catégorie quand on doit absolument prévenir les personnes
03:13dont l'identité a été usurpée.
03:15Là, ce qui est grave, c'est que vous avez des données qui sont sorties,
03:20qui sont extrêmement personnelles, qui concernent tout un chacun.
03:24Et puis surtout les données, Pierre Penalba, pardon, surtout les données fiscales des hauts revenus.
03:29Alors, qu'est-ce que risque, donc hauts revenus, en gros, ça signifie entre 100 000 et 1 million d
03:35'euros par an.
03:35Voilà, parce que c'est peut-être un peu abstrait, hauts revenus.
03:38Alors, du coup, qu'est-ce que risquent ces personnes disposant de hauts revenus,
03:43avec, à côté de leurs revenus, leur nom, leur prénom, peut-être des informations confidentielles
03:49comme leurs coordonnées bancaires, effectivement, Antonin André ?
03:53Qu'est-ce que risquent, je vais les appeler des victimes, qu'est-ce que risquent ces victimes, Pierre Penalba
03:58?
03:59Potentiellement, ils risquent des escroqueries extrêmement personnalisées,
04:04qui seront parfaitement adaptées à leur profil du genre.
04:09Comme ils ont accès à l'intégralité des échanges que les impôts ou les administrations ont eus avec ces personnes,
04:16les escrocs vont pouvoir se faire passer, par exemple, pour leur agent du fisc spécialisé,
04:20pour la personne avec qui ils étaient en contact,
04:23ils vont avoir tellement d'informations que, quand ils vont recevoir un mail ou un appel
04:28de soi-disant émanant une autorité, ça passera, on va dire, crème,
04:32puisque ça permettra aux escrocs de se faire passer par l'administration.
04:36Effectivement, et alors, ce qui peut être inquiétant,
04:38vous êtes ancien commandant de police, Pierre Penalba,
04:42donc tout indiqué pour répondre à la question que je vais vous poser.
04:45Bon, si un groupe criminel se rend compte que M. Michu,
04:51qui habite dans le Vercors, gagne 1 million d'euros par an,
04:55est-ce que le groupe criminel peut aussi avoir des envies de home-jacking,
05:00voire de kidnapping, un petit peu comme ce qu'on a vu pour le bitcoin, par exemple,
05:05s'il a accès à ces données, justement ?
05:07Est-ce qu'il y a un risque en ce sens, M. Penalba ?
05:10Un risque, évidemment, puisqu'à partir du moment où vous connaissez les infos
05:14sur la personne et ses revenus,
05:17si la personne a de très hauts revenus,
05:18vous pouvez être tenté d'aller faire une visite du domicile,
05:22et effectivement, il y a un risque.
05:24C'est pour ça que tous les gens qui vont être prévenus par des impôts
05:27au niveau de la divulgation de leurs données
05:30vont devoir prendre des mesures de précaution,
05:33de faire attention.
05:35Vous êtes obligés de devenir de plus en plus méfiants, de toute manière,
05:38parce que ce n'est pas dit qu'il va automatiquement y avoir des attaques,
05:41mais on l'a vu avec le piratage du fichier de tir sportif,
05:46dans lequel il y avait beaucoup de gens qui avaient leurs armes
05:49qui étaient enregistrées et déclarées,
05:50et il y a eu des cambriages spécifiques après pour voler les armes.
05:53Donc, les criminels s'adaptent à ce genre de choses.
05:56Donc, si vos revenus apparaissent maintenant dans une base donnée,
05:59dans le Darknet,
06:03malheureusement, il y a un risque de cambriages domiciles,
06:06voire de home-jacking.
06:08Ça, c'est quelque chose qui...
06:10– Antonin André, chef du service politique au JDD,
06:12a une question pour vous, Pierre Penelba.
06:14– Oui, vous êtes la personne qualifiée à qui posait cette question.
06:19On a l'impression qu'il y a de plus en plus,
06:22on l'a vu, il y a des hôpitaux qui sont attaqués,
06:25avec des vols de données,
06:26il y a aussi des ingérences,
06:27et aujourd'hui, une forme de guerre hybride
06:29qui s'achemine par les réseaux et par le biais de cyberattaques.
06:33Est-ce que, de votre expertise,
06:35la France est suffisamment armée ?
06:37J'allais dire d'abord les services de l'État en priorité,
06:39l'armée, Bercy,
06:41on est surpris quand même de cette attaque-là,
06:43on est surpris que Bercy n'ait pas les outils
06:45pour être une forteresse numérique.
06:47Est-ce que la France a suffisamment pris la mesure
06:49et est-ce qu'on est suffisamment équipés
06:51ou qu'est-ce qui nous manque aujourd'hui en France
06:53pour être mieux protégés de ce genre d'individus ?
06:56– Pierre Penelba.
06:58– Je vais répondre un peu prosaïquement,
07:00il manque des budgets et du personnel.
07:03Ça, c'est évident,
07:04et une prise de conscience aussi
07:05du risque numérique qui est envisagé
07:09pour tout un chacun.
07:10Le problème, c'est qu'on se dit
07:12que si des données sont volées,
07:14bon, c'est pas trop grave
07:15et que ça risque pas d'impacter directement
07:18le fonctionnement de l'administration.
07:20Mais c'est le fonctionnement des particuliers
07:22qui peut être, quand vous êtes victime
07:23d'une escroquerie,
07:25quand vous êtes victime
07:25d'une usurpation d'identité,
07:28quand vous êtes victime de crédits
07:30qui ont été faits à votre place
07:31parce que les gens ont utilisé
07:32toutes les informations qu'ils ont volées,
07:34là, il y a un problème.
07:34L'administration en tant qu'elle
07:36n'est pas trop touchée par ce genre de choses-là,
07:39à part l'impact réputationnel.
07:41Mais moi, je pense qu'il y a un problème
07:42de prise de conscience
07:44de la dangerosité de vol de ces données
07:46et du fait qu'elles vont être réutilisées.
07:48L'administration devrait en prendre...
07:51Enfin, moi, je suis assez étonné
07:53ayant été assez concerné par tout ça.
07:56Par exemple, la NTS,
07:57les données qui ont été volées,
07:59après ce vol de données,
08:00moi, j'ai reçu des tas de tentatives d'arnaques
08:02et des croqueries grâce aux données qu'ils ont volées.
08:05Et je suppose qu'au niveau des impôts,
08:07ça va être la même chose.
08:08Donc, il y a un problème de prise de conscience
08:10et de budget.
08:12Merci, Pierre Penalba,
08:14donc expert sur la question
08:16et je vais rappeler votre dernier ouvrage,
08:18Darknet, le voyage qui fait peur
08:20chez Albain Michel.
08:22Merci beaucoup, Adrien Matou,
08:23Antoine André, d'avoir partagé
08:25cette heure de mi-journée à mes côtés.
08:28Puis, je vais passer la parole
08:29à celle qui fait partie de ces hauts revenus
08:31dont on a piraté les données,
08:33Marie Linero.
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