00:00Il est 7h42, Sud Radio vous explique ce matin le projet d'élevage de saumons en Gironde.
00:06Ça devient une affaire d'État, la ministre de la Transition et Écologiques, Monique Barbu,
00:11s'est dite personnellement opposée à ce projet d'élevage de milliers de saumons.
00:17C'est à la pointe du Médoc, c'est la société Pur Saumon qui veut implanter son usine au Verdon
00:23-sur-Mer en Gironde
00:24pour produire 10 000 tonnes de saumons par an en créant 400 emplois.
00:30Alors est-ce que c'est un désastre écologique potentiel comme le disent des ONG
00:35ou alors est-ce que c'est réaliste, ça pouvait être adapté ?
00:38Nous sommes avec Géraldine Wessner, rédactrice en chef du service Société au Point spécialiste des questions scientifiques
00:44et qui a réalisé en fait toute une enquête de façon très très sérieuse et documentée comme d'habitude dans
00:50le magazine Le Point.
00:52Géraldine Wessner, bonjour.
00:54Bonjour, bon alors selon la ministre, ce projet industriel n'est pas construit sur des fondements qui tiennent la route.
01:02D'ailleurs il y a des ONG qui dénoncent un désastre écologique.
01:06Quelles sont les craintes et est-ce qu'elle a raison d'être inquiète la ministre ?
01:12Écoutez, j'ai été amusée en l'écoutant hier parce qu'elle a justifié son opposition par des fake news
01:18en répétant toutes les âneries qu'on a entendues sur ce projet, que ça allait piller les ressources de la
01:24côte de l'Ouest africaine,
01:25que ça menaçait les nappes d'eau potable, qu'on allait déverser des polluants dans l'estuaire.
01:30Et en fait, tout est faux, ça n'est pas vrai.
01:32Il y a eu une instruction, le dossier a été instruit pendant deux ans, des experts indépendants ont travaillé,
01:39une commission d'enquête a analysé les 2700 pages de ce dossier,
01:43elle a rendu il y a quelques jours un avis favorable et elle répond point par point à ces questions.
01:50Il y a vraiment une distorsion entre le réel et ce qu'on en dit dans le débat public.
01:54Ce qui est préoccupant, c'est que la ministre n'ait pas lu le dossier.
01:57Oui, mais est-ce qu'il y a la menace d'un désastre écologique comme le brandisse des ONG ?
02:05C'est vrai, parce que dès qu'il y a l'installation d'un projet, quel qu'il soit, de
02:10type un peu industriel,
02:11c'est vrai qu'on peut s'interroger sur des rejets de boue, des besoins en eau, etc. Géraldine Vossner.
02:17Il n'y a que des interrogations légitimes.
02:20Déjà, on peut s'interroger sur la légitimité du projet lui-même.
02:23Vous dites qu'on mange beaucoup de saumon, on en mange à peu près 3,5 kg par an.
02:27Par habitant, 99% de ce saumon est importé.
02:31Et ce n'est pas du saumon sauvage.
02:33Il est élevé dans des cages, dans des élevages.
02:37Alors, c'est au nord de l'Europe, en Russie, au Chili, tout ça, on l'importe.
02:41Donc, ce n'est pas complètement idiot de rapatrier une partie de notre consommation.
02:46Là, ça représenterait à peu près 5% de ce que les Français consomment.
02:49Ensuite, c'est un système moderne qui n'est pas dans l'eau.
02:54C'est-à-dire qu'il serait élevé dans 24 grands bassins qui sont posés sur la terre,
02:59ce qui permet de maîtriser à la fois les antibiotiques que vous donnez.
03:04Vous maîtrisez tous les paramètres de l'élevage et vous limitez justement les rejets dans l'environnement.
03:10C'est-à-dire que le projet consiste à pomper de l'eau pour alimenter les bassins.
03:14Ça ne met pas en péril la nappe d'eau potable parce qu'à cet endroit-là,
03:18les deux nappes qui sont en dessous du site sont attaquées par le biseau salé.
03:23C'est-à-dire que ces eaux-là sont saumâtres.
03:25Les nappes d'eau potable, elles ne commencent que 12 kilomètres plus au sud.
03:29Donc, pas de risque pour l'eau potable.
03:31Ensuite, pour les rejets dans l'estuaire, vous avez tous un système de filtration par membrane,
03:36de biofiltres, d'UV, et en fait, les systèmes modernes vont permettre de rejeter une eau
03:42qui est finalement plus saine que celle des stations d'épuration
03:46qui rejettent elles aussi l'eau dans l'estuaire.
03:50Donc, c'est un système moderne.
03:53C'est gros, c'est massif parce qu'évidemment, ça nécessite de tels investissements
03:57qui vaut que vous puissiez faire du volume pour que ce soit rentable.
04:01Mais ce rejet un peu idéologique est pas lié sur des faits, quoi.
04:07Oui, oui.
04:08Bon, alors, est-ce que ça veut dire, en conclusion, parce que je renvoie évidemment à votre article
04:13et puis à d'autres articles, bien sûr, sur ce projet pour se faire une idée plus précise
04:18parce que c'est assez technique.
04:20Vous avez raison, Géraldine Wessner, d'insister.
04:22Est-ce que là, ça veut dire que c'est mort pour ce projet ou ça pourra quand même se
04:27faire ?
04:28Pas du tout, si vous voulez.
04:29Il a suivi toutes les voies légales, deux ans d'instruction, des avis des différents comités concernés.
04:35La commission d'enquête a donc rendu, il y a quelques jours, un avis favorable.
04:39On attend encore l'avis d'autres instances.
04:43Et puis ensuite, ce sont les autorités locales qui devront se décider.
04:47Il n'y a pas besoin d'un tampon du ministère.
04:50Donc, il faut laisser les choses aller.
04:52Il y a eu plus de 23 000 contributions à l'enquête publique, mais simplement 1 500 habitants concernés par
04:59le projet se sont prononcés dans cette enquête.
05:02Ils attendent des réponses et pas de l'hystérie.
05:06Oui, absolument.
05:06Merci beaucoup, Géraldine Wessner.
05:08Je renvoie justement à votre enquête qui a été publiée.
05:11Il y a un petit bout de temps, c'était début janvier, mais elle est toujours accessible.
05:15Début février.
05:16Elle est toujours accessible sur le site du Point.
05:19Merci Géraldine Wessner d'avoir été avec nous.
Commentaires