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  • il y a 16 heures
EXCLUSIF.
Dans un moment décisif et alors que la guerre lancée par Poutine fait toujours rage, le président ukrainien avait reçu Le Point dans son bureau de la Bankova, à Kiev, en septembre 2025 Garanties de sécurité, soutien de l’Europe et des États-Unis, besoins en armement, destin de l’Ukraine… Volodymyr Zelensky a répondu à Etienne Gernelle et Julien Peyron et livre sur ses espoirs, sa vie quotidienne, ce qui le fait tenir dans l’adversité.

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News
Transcription
00:00Merci beaucoup Monsieur le Président pour votre temps.
00:03J'avais envie de poser une première question presque historique.
00:09Le Premier ministre, le Président du Conseil français
00:11durant la Première Guerre mondiale, Georges Clemenceau,
00:14avait une formule, il disait à la guerre, celui qui est vainqueur,
00:17c'est celui qui peut, un quart d'heure de plus que l'adversaire,
00:21croire qu'il n'est pas vaincu.
00:24Est-ce que vous, vous pourrez croire un quart d'heure de plus que Vladimir Poutine
00:29et que la Russie, que vous n'avez pas perdue ?
00:32Nous n'avons certainement pas perdu.
00:35Il faut regarder la situation, les yeux grands ouverts.
00:41La Deuxième Armée du Monde est venue pour nous anéantir,
00:45avant tout pour notre histoire et notre identité.
00:48Ce n'est pas une première tentative et de nombreuses fois dans l'histoire
00:56de l'Empire russe,
00:58ils ont réussi à porter des coups à l'indépendance de notre peuple.
01:04Et c'est vrai.
01:05Ils ont tout fait pour que nous ne soyons jamais un peuple indépendant,
01:10jamais un pays indépendant,
01:12et c'est un fait.
01:14Et aujourd'hui, un si grand pays nous a attaqué,
01:17mais tous leurs objectifs,
01:20ceux qu'ils ont dans leur manuel pro-russe,
01:23ils ne les ont pas atteints.
01:26Nous nous sommes levés dès les premiers jours de la guerre
01:29parce que nous défendions nos enfants,
01:32notre patrie,
01:33parce que la patrie, c'est toi,
01:36c'est ta famille,
01:37c'est tes valeurs.
01:39Et je pense que ces choses-là et l'amour pour l'Ukraine,
01:43nous les avons tous défendues dès les premiers jours.
01:47Ils n'ont pas pu nous les enlever.
01:51Et donc, pour répondre à votre question,
01:54si nous pouvons être plus forts, plus solides,
01:56plus endurants que la Russie,
01:58oui, tout à fait.
02:00Tout à fait, si nous ne sommes pas seuls.
02:04Parce que cette question n'est pas tant
02:08une question de la résistance de l'Ukraine.
02:11L'Ukraine connaît son objectif,
02:13elle ne s'est pas pour sa survie.
02:15Et ces moments, ou plutôt votre question,
02:19elle est très actuelle.
02:20Je pense, pour nos collègues de l'Europe,
02:23des États-Unis,
02:25sauront-ils tenir plus longtemps que la Russie?
02:29Je pense que c'est un aspect très important.
02:33Parce qu'il se trouve que la Russie est très grande
02:37et qu'elle se bat contre l'Ukraine.
02:39Mais l'Ukraine défend le monde civilisé,
02:42qui est très grand.
02:45Et donc, la question est,
02:47le monde civilisé, moderne,
02:49les gens de ce monde civilisé,
02:51et bien sûr les Européens d'aujourd'hui,
02:54seront-ils capables
02:55de tenir aussi longtemps
02:58et autant que l'Ukraine?
03:01Alors, on parle beaucoup aujourd'hui
03:03de négociations de paix,
03:05de diplomatie,
03:06mais est-ce que vous pensez vraiment
03:07que la Russie peut s'arrêter
03:11et accepter un traité de paix
03:12avant d'avoir subi
03:14un véritable échec militaire?
03:17Ils ne veulent certainement pas.
03:20Ils ne veulent tout simplement pas.
03:21Nous devons être conscients
03:23de leurs objectifs.
03:29Aujourd'hui, Poutine se trouve
03:31dans une situation assez confortable.
03:34Il tient totalement le pouvoir,
03:39comprenant que sans ce pouvoir,
03:41il n'existe plus,
03:43il serait réduit à zéro
03:45très rapidement.
03:47Son école, sa méthode
03:49et ça a toujours été comme ça,
03:51même à l'époque soviétique.
03:53Bien que, pour être honnête,
03:55même à l'époque soviétique,
03:57pour des personnes de son statut,
03:58jamais une seule personne
04:00n'avait autant de pouvoir
04:01concentré dans ses mains.
04:02C'est pourquoi Poutine préserve sa vie
04:05en s'accrochant au pouvoir.
04:07Aujourd'hui,
04:08il ne prête pas attention
04:09à l'économie.
04:10Oui, il a des réserves,
04:12sans aucun doute.
04:13Les gens, eux,
04:14vivent dans la pauvreté,
04:15dans de nombreuses régions,
04:17surtout dans les villages,
04:19parce que toutes ces ressources
04:20détèrent les plus riches du monde,
04:22sur le plus vaste territoire du monde.
04:24Tout cela est contrôlé
04:25aujourd'hui par la Russie.
04:27Et toutes ces ressources
04:29sont utilisées
04:30par un cercle restreint de personnes.
04:33Il est clair qu'il y a
04:33beaucoup d'argent
04:34parce qu'ils ne le dépensent pas
04:36pour le soutien social.
04:37Et c'est là
04:38que sont les plus grosses dépenses.
04:40Créer des conditions
04:41de vie normales
04:42pour des gens,
04:43cela coûte beaucoup d'argent,
04:45mais ils ne le dépensent pas.
04:46Donc, pour l'instant,
04:48la ressource est là.
04:50Et Poutine ne ressent pas encore
04:52que son économie va souffrir.
04:55Et ensuite,
04:56il y a la pression.
04:58Oui, il y a une pression,
05:00une remercie à nos partenaires,
05:01mais elle n'est pas suffisante.
05:03Il y a des contournements
05:04de sanctions,
05:05certains partenaires disent
05:07qu'ils vont lutter
05:07contre l'agression russe
05:09et ensuite,
05:09ils se rendent, par exemple,
05:11au sommet de l'O.C.
05:12C'est en Chine.
05:13Il abat,
05:14il s'embrasse,
05:15il se salue,
05:15il se serre la main,
05:16peu importe
05:17qu'elle soit couverte de sang ou non.
05:19C'est ça,
05:20la politique dans le monde.
05:21Et c'est pourquoi
05:23Poutine ne ressent pas
05:24de véritables menaces.
05:25À l'intérieur de son pays,
05:28les gens sont, disons,
05:31étouffés informationnellement.
05:32Leurs pensées,
05:33leurs envies,
05:34leurs désirs,
05:35personne ne s'y intéresse.
05:37Il les a étouffés
05:38comme des mains
05:39autour du cou d'une personne.
05:41Il garde tout cela
05:42sous son contrôle.
05:44Donc, en principe,
05:45il n'y a pas d'explosion interne
05:47dans son pays,
05:48pas d'explosion sociale.
05:49La pression des partenaires occidentaux
05:51n'est pas assez forte économiquement
05:53et il y a encore une réserve d'argent.
05:55Mais ce pouvoir,
05:56comme l'a montré l'histoire,
05:57finit toujours par disparaître.
05:59Il y a un exemple
06:00qu'on entend parfois,
06:01c'est celui de la Corée du Sud
06:02qui n'a pas eu
06:03de vrai traité de paix
06:05avec la Corée du Nord,
06:06mais qui a réussi
06:07à prospérer
06:08pendant des décennies
06:09en étant riche
06:10et démocratique.
06:11Est-ce que c'est un exemple
06:13qui vous...
06:13Qu'est-ce que vous pensez
06:14de cet exemple ?
06:15C'est avant tout
06:16un exemple réel.
06:18C'est un exemple
06:19qui montre
06:20que les valeurs
06:22ont triomphé.
06:25Le développement
06:26de la Corée du Sud
06:28c'est un bond immense
06:30si on compare
06:31à la Corée du Nord
06:33où l'on voit
06:34une véritable dégradation
06:36économique
06:36et civilisationnelle.
06:38Je ne parle même pas
06:39des gens,
06:40je parle de leur infrastructure,
06:42de leur économie,
06:43de leur développement.
06:44C'est de cela
06:45que je parle.
06:47La Corée du Sud,
06:48elle,
06:49a fait un grand pas
06:51un pas civilisationnel,
06:52un pas technologique
06:54et un pas sérieux
06:55dans le développement économique
06:56parce que là-bas,
06:57tout est centré
06:58sur l'humain
06:59et je considère
06:59que c'est le plus important
07:01ce que l'État doit faire,
07:02se concentrer sur les gens.
07:04Là-bas,
07:05il y a cette approche
07:06centrée sur l'humain.
07:07Alors que,
07:08comme on dit,
07:09en Russie,
07:09en Corée du Nord,
07:10il y a une structure
07:12verticale rigide
07:14tandis qu'en Corée du Sud,
07:16elles sont horizontales.
07:17Voilà toute la différence.
07:19Si vous me demandez
07:20si l'Ukraine
07:20pourrait fonctionner
07:22de la même manière,
07:23c'est une question.
07:26Tout peut être possible d'abord.
07:27D'abord,
07:28tout peut être possible.
07:30La Corée du Sud
07:31a un grand allié
07:33et les États-Unis
07:34qui la soutiennent
07:36et qui ne laisseront pas
07:38la Corée du Nord
07:39s'en emparer.
07:41Mais tout est relatif.
07:43Les Sud-Coréens
07:45ont quand même des risques.
07:48C'est pour cela
07:49que le statut
07:50de la Corée du Sud
07:51et pour les Coréens
07:52eux-mêmes
07:53étant certains,
07:54ils ne sont pas
07:55protégés entièrement.
07:59Leur économie prospère
08:01et ils sont protégés
08:02par une alliance.
08:03Mais tant que la Corée du Nord
08:05restera ce qu'elle est,
08:06tant que la nature
08:07de leur leadership
08:08restera la même,
08:09la Corée du Sud
08:11ne sera pas
08:12complètement à l'abri.
08:14Et croyez-moi,
08:15ils disposent
08:16de nombreux systèmes
08:17de défense aérien
08:18et d'autres garanties
08:19de sécurité.
08:20Pour être honnête,
08:21aujourd'hui,
08:22l'Ukraine va discuter
08:23avec ses partenaires
08:24afin que notre pays
08:25dispose des garanties
08:26de sécurité solides.
08:27Et si nous parlons
08:28des systèmes patriotes,
08:30par exemple,
08:30la Corée du Sud
08:31a ses propres équivalents.
08:33Et je le sais
08:33avec certitude.
08:35Ils ont beaucoup
08:36de licences
08:36et ils produisent.
08:37C'est un pays
08:38très développé.
08:39Si l'Ukraine obtient
08:40des garanties
08:41de sécurité solides,
08:42nous pourrons envisager
08:44différentes étapes
08:45pour avancer.
08:47Mais ne comparez pas
08:48la Corée du Nord
08:50avec la Russie.
08:52Je ne me souviens plus
08:53exactement
08:54de leur démographie.
08:55Je pense qu'en Corée du Nord,
08:57il y a un peu plus
08:57de 20 millions d'habitants.
08:59Quand on dit qu'en Russie,
09:00il y en a 140 millions.
09:02On ne peut pas comparer
09:05ces menaces.
09:06Ce sont des menaces
09:07qui sont 5, 6, 10 fois
09:10plus grandes
09:11et c'est la Russie.
09:12C'est pourquoi
09:14un modèle coréen
09:15dans sa forme pure
09:17ne convient probablement
09:19pas à l'Ukraine.
09:21La menace
09:22qui pèse sur nous
09:22est bien plus forte.
09:24Mais le développement,
09:26les avancées économiques
09:28et la libéralisation
09:30de l'économie
09:31qu'on voit en Corée du Sud,
09:34je pense que c'est
09:35un très bon exemple.
09:36On vous prête
09:37cette phrase incroyable
09:39« Je n'ai pas besoin
09:41d'un taxi,
09:41j'ai besoin de munitions ».
09:43Est-ce que vous vous souvenez
09:45du moment
09:45où vous l'avez prononcé
09:47et est-ce que ce jour-là,
09:48vous pensiez que
09:49trois ans et demi plus tard,
09:50vous seriez encore ici
09:52à votre poste de travail
09:53au siège de la présidence ?
09:57J'avais confiance
09:59en notre pays
10:00dès le premier jour
10:01où je suis devenu président
10:03et même avant
10:04le début de la guerre.
10:06Et ce jour-là,
10:07ce jour difficile
10:08pendant l'appel
10:09des États-Unis
10:10et sa proposition
10:11concernant mon évacuation,
10:13disons-le ainsi,
10:15ce n'était pas
10:16le premier appel
10:17et ce n'était pas
10:18le seul
10:19avec une telle demande.
10:21Beaucoup de dirigeants
10:22d'Europe
10:22et des États-Unis
10:23m'ont appelé
10:24et tous voulaient que je parte
10:26pour de différentes raisons
10:27sans doute.
10:28Je ne sais pas
10:29et bien disons
10:31qu'il vaut mieux
10:31penser positivement
10:33des gens,
10:33je crois qu'il vaut mieux
10:34penser mieux
10:35des gens
10:35qu'ils ne le sont vraiment.
10:37Mais tout de même,
10:39quand on m'a proposé
10:40de partir,
10:41je comprenais
10:41que je ne pouvais pas
10:42le faire
10:43parce qu'il y a
10:44une responsabilité,
10:45parce que mon éducation
10:47ne m'a pas appris
10:48à agir ainsi,
10:49parce que je suis convaincu
10:51qu'à ma place,
10:53toute personne
10:54qui se considère
10:55patriote,
10:56qui se considère
10:56simplement
10:57comme une personne
10:57normale,
10:58ne peut pas trahir
10:59les gens
11:00qui l'ont élu.
11:01Pour moi,
11:01honnêtement,
11:02c'était impensable.
11:04Donc à ce moment-là,
11:05je n'ai rien pensé
11:06d'autre.
11:07À ce moment-là,
11:08je percevais
11:09une seule chose.
11:10On me propose
11:11quelque chose,
11:12mais je sais
11:13que ce serait un risque,
11:14un risque pour mon pays.
11:16Les gens perdraient
11:17leur président
11:18et sur quoi
11:18pourraient-ils s'appuyer.
11:20Le président,
11:21dans un moment
11:22aussi difficile,
11:23doit être un exemple.
11:24Quand les gens
11:25élisent un président
11:26ou un leader,
11:28ils ne choisissent pas
11:29quelqu'un
11:29qui,
11:30dans les moments
11:31les plus difficiles,
11:33va les trahir.
11:35Ils élisent,
11:36dans la plupart des cas,
11:37en temps de paix
11:38et ils lui font confiance.
11:40Ils font confiance
11:41au fait qu'à tout moment,
11:43cette personne
11:43ne les abonnendra pas,
11:45qu'elle restera là
11:46où c'est le plus difficile
11:48et qu'elle trouvera
11:50à tout moment
11:50une solution.
11:52Et c'est un point
11:53très important
11:54de trouver une issue
11:56à une situation difficile.
11:59Pas simplement dire
12:00« Voilà,
12:01nous sommes dans
12:01une situation compliquée,
12:02baisser les bras,
12:04monter dans une voiture,
12:05partir ou lever
12:06un drapeau blanc. »
12:07Non,
12:08trouver une issue.
12:09Vous allez voir
12:10vos alliés européens
12:11bientôt.
12:12Qu'est-ce que
12:13vous attendez d'eux ?
12:14Et concrètement,
12:16quelles sont les armes
12:17ou les équipements
12:18qui permettraient
12:19de changer la situation
12:20sur le terrain ?
12:21L'unité est l'arme
12:23la plus puissante.
12:24Cette guerre
12:25l'a prouvé.
12:27Je suis reconnaissant
12:29pour cette unité
12:31que nous avons réussi
12:32à préserver.
12:33Aujourd'hui,
12:34nous n'avons pas besoin
12:36d'une alternative
12:37à l'unité,
12:39mais de sa continuité.
12:41La suite logique,
12:42c'est l'unité
12:44dans les garanties
12:45de sécurité
12:46pour l'Ukraine.
12:48Les garanties
12:49de sécurité
12:49pour l'Ukraine,
12:50c'est d'abord
12:51une armée forte
12:52et nous travaillons
12:53sur cet aspect.
12:56Une armée forte,
12:57c'est le soutien
12:58en armement
12:59et le soutien financier
13:00pour le développement
13:01d'armes technologiques
13:03produites en Ukraine.
13:06Et la deuxième partie,
13:08ce sont des garanties
13:09de sécurité
13:10de la part
13:10de nos partenaires.
13:11Qu'est-ce qu'ils sont
13:12prêts à faire
13:12pour l'Ukraine ?
13:13Pas seulement
13:14de la rhétorique,
13:15pas seulement
13:15du financement,
13:16car d'autres moments
13:17viendront.
13:18Si nous parlons
13:19des garanties
13:20de sécurité,
13:21alors qu'est-ce
13:21qu'ils sont prêts
13:22à faire ?
13:23Pour être honnête,
13:24quand on parle
13:25de garanties
13:26de sécurité,
13:27c'est un signal
13:28important pour les Ukrainiens,
13:29mais aussi un signal
13:30important pour les Européens,
13:32même pour ceux
13:33qui ne réalisent pas encore
13:34que des garanties
13:35de sécurité
13:36pour l'Ukraine
13:37signifient une Ukraine
13:38forte.
13:39Et une Ukraine forte,
13:40c'est une garantie
13:41de sécurité
13:42pour l'Europe.
13:43C'est pourquoi
13:44je voudrais savoir
13:45concrètement
13:45qu'est-ce que tel
13:46ou tel État,
13:47tel et tel partenaire
13:48est prêt à faire
13:49concrètement
13:50sur notre terre,
13:51sur notre mer
13:52ou dans notre ciel.
13:55Parce que quand
13:56nous parlons
13:57des garanties
13:57de sécurité,
13:58j'ai dit cela
13:59récemment
14:00à un journaliste,
14:01on m'a demandé
14:02quelles garanties
14:03de sécurité
14:04nous étions
14:04en droit
14:05d'attendre
14:06et quelles armes
14:07nous étions
14:08censés recevoir.
14:09Et ma réponse
14:10est très simple,
14:11même si la Russie
14:12acceptait aujourd'hui
14:13maintenant
14:13de mettre fin
14:14à la guerre,
14:15la question
14:16resterait entière.
14:17Que se passerait-il
14:18s'il revenait
14:19avec une nouvelle guerre
14:20dans un futur proche ?
14:22La question est
14:23que pourront faire
14:24nos partenaires,
14:25nos amis,
14:26ensemble avec nous,
14:27les Ukrainiens,
14:28sur la mer,
14:29si les Russes
14:30revenaient
14:31par la mer ?
14:33Que pourront faire
14:34nos partenaires
14:34et jusqu'où
14:35ils sont prêts
14:36à aller
14:36si les Russes
14:37revenaient
14:37à nouveau
14:38depuis la bulle
14:38Russie ?
14:39Par voie terrestre,
14:40comme cela a été
14:41le cas avec des chars,
14:42des blindés,
14:43tout le reste.
14:44Et que se passerait-il
14:45si l'aviation russe
14:46recommençait
14:47à frapper notre ciel,
14:48à violer notre espace,
14:49à tirer toutes sortes
14:51d'armes,
14:51à larguer des bombes,
14:52des câbles,
14:53des missiles ?
14:54Et à ce moment-là,
14:56quels avions
14:57et combien
14:58nos partenaires
14:59feront-ils décoller ?
15:02Est-ce que
15:03les garanties
15:04de sécurité européennes
15:05suffisent ?
15:06Ou est-ce qu'il vous
15:08considérait
15:08qu'il faut
15:09absolument des garanties
15:11de sécurité américaines
15:12pour que cela dissuade
15:14Poutine de revenir ?
15:16Il faut contenir Poutine,
15:19et vous l'avez dit
15:20très clairement.
15:22Mais la question n'est pas
15:24seulement de contenir
15:26ou de se retirer,
15:27la question est de faire
15:29en sorte que Poutine
15:30ne recommence pas la guerre.
15:32Ce sont deux garanties
15:33de sécurité
15:33totalement différentes.
15:36Et donc,
15:36pour que Poutine
15:38ne relance pas une guerre,
15:39l'Europe seule
15:40ne suffit pas.
15:41Il faut une alliance
15:42entre l'Europe
15:43et les États-Unis.
15:47Et si on parle simplement
15:49de contenir
15:50l'offensif de Poutine,
15:51l'Europe suffit
15:52parce que,
15:53pour être honnête,
15:53aujourd'hui,
15:54l'armée ukrainienne
15:55freine déjà
15:56cette offensive.
15:57Elle le fait
15:57grâce au soutien
15:58en armes
15:59et en financement
16:00de nos collègues
16:01européens
16:02et aussi grâce
16:03aux États-Unis
16:04qui nous fournissent
16:05des armes nécessaires
16:06que nous achetons.
16:08La vraie question
16:09est donc la suivante.
16:11Voulons-nous seulement
16:12arrêter l'agression
16:13ou voulons-nous empêcher
16:15le retour de la guerre ?
16:17Si nous voulons empêcher
16:19le retour de la guerre
16:20et si,
16:21pour être honnête,
16:22nous voulons mettre
16:24fin à cette guerre
16:25maintenant,
16:27alors,
16:27les deux objectifs
16:28dépendent précisément
16:29de l'alliance
16:30entre l'Europe
16:31et les États-Unis.
16:33Cette alliance
16:34peut avoir
16:34une influence plus forte
16:35sur la Russie
16:36à la fois pour mettre
16:37fin à la guerre
16:38et rendre impossible
16:39son retour à l'avenir.
16:40On entend des discours politiques,
16:43notamment sur les extrêmes
16:44mais pas seulement,
16:45en Europe
16:46mais aussi en France,
16:48des gens qui disent
16:50mais finalement
16:50l'Ukraine n'a aucune chance
16:51de gagner,
16:52il faut qu'elle cède
16:52des territoires.
16:54Qu'est-ce que vous leur dites ?
16:55Qu'est-ce que vous leur répondez
16:56à ces gens-là ?
16:58Cela signifie
16:59que certaines personnes,
17:01avec tout le respect
17:02que je leur dois,
17:03ne comprennent pas vraiment
17:04ce que veut la Russie,
17:06ne comprennent pas pleinement
17:08de quoi elle est capable
17:12et ne comprennent certainement pas
17:14que nous ne nous battons pas
17:16pour des territoires.
17:19Les territoires,
17:20dans notre compréhension,
17:22c'est d'abord
17:23ce dont on parle
17:25quand on évoque
17:26la violation du droit international.
17:28Ce sont des politiciens,
17:29des juristes
17:30qui utilisent ces termes
17:31mais derrière celles-là,
17:32il y a un sens
17:33beaucoup plus profond.
17:35Quand nous laissons
17:36l'agresseur agir
17:37et faire ce qu'il veut,
17:38la violation
17:39de l'espace territorial,
17:41de l'intégrité territoriale,
17:42c'est en réalité
17:43la violation
17:44de toutes les conditions
17:45d'une vie normale.
17:47Quand quelqu'un en Europe
17:48dit que tout cela
17:49ne concerne que des territoires,
17:50regardez,
17:51un territoire,
17:52ce n'est pas juste
17:53un morceau de terre.
17:55Ici, c'est la maison
17:56de quelqu'un.
17:59Ici, ce sont les tombes
18:00de vos parents,
18:02de vos grands-pères,
18:03de vos grands-mères,
18:04de vos générations.
18:06Ici, il y a des écoles.
18:09Ici, il y a des enfants.
18:12On en parle dans les livres.
18:15C'est une partie
18:16de l'histoire de l'Ukraine.
18:19Ici, il y a l'art.
18:23On y a tourné des films.
18:26On y a écrit des poèmes.
18:29Ce ne sont pas simplement
18:31des territoires.
18:32C'est la terre de ce peuple,
18:35des gens de différentes professions,
18:37de différentes époques.
18:39Nous défendons notre identité.
18:41Quand je dis que les Russes
18:43sont venus pour effacer
18:45notre identité,
18:45c'est exactement cela,
18:46réécrire l'histoire.
18:49Comment réécrire ?
18:50C'est simple.
18:51Prendre votre langue,
18:53prendre vos terres,
18:54détruire vos monuments,
18:57effacer vos moments importants
18:59de l'histoire de l'Ukraine.
19:03C'est transformer l'espace,
19:05transformer la réalité.
19:07Voilà ce que fait Poutine.
19:09C'est pourquoi ce combat
19:10n'est pas pour des territoires,
19:13c'est un combat pour l'Ukraine
19:14qui est fait de tous ces fragments
19:16de l'histoire et de toutes ces vies.
19:18Vous dites, et d'autres disent,
19:20disent que défendre l'Ukraine,
19:23c'est défendre la sécurité de l'Europe.
19:24Mais certains pays,
19:26les plus éloignés géographiquement
19:29de l'Ukraine,
19:30en doutent parfois.
19:31Qu'est-ce que vous pouvez leur dire
19:32pour les convaincre
19:33qu'ils risquent d'être
19:34les prochains sur la liste ?
19:37C'est très simple.
19:39Vous savez, récemment,
19:41les médias ont relayé une proposition
19:44disant que l'Ukraine,
19:46que nos soldats devraient se retirer
19:48de l'Est de notre pays
19:50et d'autres territoires
19:51et qu'il y aura la paix.
19:54C'est faux.
19:56Poutine a pris la Crimée
19:58pour créer un tremplin,
20:01afin d'encercler complètement
20:03le sud de notre pays
20:04pour avancer.
20:08Il a pris une partie de l'Est
20:10pour préparer un tremplin
20:13vers l'occupation totale
20:15de tout l'Est.
20:19Si demain,
20:20d'une manière ou d'une autre,
20:22nous quittons le Donbass,
20:24cela n'arrivera pas,
20:25mais imaginons,
20:27nous ouvririons à Poutine
20:29un espace de 90 km,
20:32aujourd'hui défendu,
20:34et cela donnerait accès
20:36à l'encerclement d'une ville
20:38d'un million et demi d'habitants,
20:40Kharkiv.
20:42Et cela ouvrirait aussi
20:44la voie à la prise de centre
20:46de notre industrialisation,
20:48je veux dire,
20:49la ville de Dnipro.
20:54Donc, ce qui se joue à l'Est,
20:56ce qui concerne l'Est,
20:58concerne en réalité
20:59toute l'Ukraine,
21:01mais à une autre échelle.
21:03Si vous, partenaire,
21:06quittez l'Ukraine
21:07et si Poutine réussit
21:09à prendre l'Ukraine,
21:11ce ne sera pour lui
21:12qu'un tremplin,
21:13comme ce fut le cas
21:15avec la Crimée,
21:16dans le Sud,
21:17à l'Est,
21:18ce serait pour lui seulement
21:20une base pour de nouvelles étapes.
21:23Qu'il franchisse ces étapes
21:25pour nous dépendra
21:25de la solidité de l'Europe.
21:27Si l'Europe est forte,
21:29probablement pas.
21:33Si l'Europe est faible,
21:35il le fera.
21:37Pourquoi ?
21:38Parce qu'il proposera
21:40certaines conditions
21:41à l'Europe.
21:42Et si l'Europe est forte
21:44et dit « je ne veux pas »,
21:45alors vous aurez une raison
21:47et un prétexte
21:48de la part de la Russie.
21:50La distance entre Moscou
21:52et Paris aujourd'hui
21:53est d'environ 3000 kilomètres,
21:56peut-être moins.
21:58Les armes que la Russie
22:01utilise contre nous
22:03ont déjà une portée
22:04de 2000-2500 kilomètres.
22:08Les armes que nous utilisons
22:11en réponse sur le territoire russe
22:14atteignent, elle aussi,
22:16environ 3000 kilomètres.
22:18Qu'est-ce que je veux dire par là ?
22:22Cette guerre ne fait pas seulement
22:24évoluer l'Ukraine
22:26avec des technologies
22:28que nous partageons
22:29avec nos partenaires européens,
22:31mais elle fait également
22:33évoluer la Russie.
22:36Et s'il n'y a pas une Ukraine
22:38forte pour la Russie,
22:40cela n'aura aucune importance
22:42où va son missile.
22:44Quelle différence pour un terroriste
22:46qui cherche à vous intimider
22:47que son missile vole
22:48à 1000 kilomètres vers l'Ukraine
22:49ou à 2800 kilomètres
22:51vers la France ?
22:52Que Dieu vous en préserve !
22:54Vous ne pouvez plus dire
22:55que la guerre est quelque part
22:57loin de chez vous.
22:59Avec le développement
23:00de cette guerre aujourd'hui,
23:04malheureusement,
23:05nous devons bien comprendre
23:07que dans deux ans,
23:08croyez-moi,
23:10dans deux ans,
23:11la Russie aura
23:12un grand nombre de missiles.
23:14Et ces missiles
23:16auront une portée
23:17de plus de 5000 kilomètres.
23:22Ni la mer,
23:24ni l'océan
23:24ne protégeront plus personne.
23:26Les armes attendront
23:285000, voire 10 000 kilomètres.
23:31Voilà ce qui se passe.
23:33Et soit dit en passant,
23:35nous ne parlons même pas
23:37d'armes nucléaires.
23:38Aujourd'hui,
23:39les armes que la Russie utilise
23:40ne diffèrent en rien
23:42dans leurs effets
23:43des armes nucléaires.
23:46Pourquoi ?
23:47Imaginez,
23:48un missile qui vole
23:50sur plusieurs kilomètres.
23:52Et ils ont déjà utilisé
23:54ce type de missile,
23:55comme le missile
23:56sous-munition oréchnique.
23:59Et qu'est-ce que cela signifie ?
24:01Un missile à sous-munition,
24:03lorsqu'il vole,
24:04ne frappe pas un seul point,
24:06mais provoque plusieurs impacts.
24:08Pourquoi fait-il cela ?
24:11Pas pour détruire
24:13un seul objectif,
24:14mais pour frapper
24:15une vaste zone.
24:20Peu importe
24:21ce qu'il y a là,
24:23peu importe
24:23combien de gens y vivent,
24:25cela montre
24:26que l'usage de ces armes
24:27a le même objectif
24:29que l'usage d'armes nucléaires.
24:31On comprend donc
24:32que selon vous
24:33c'est toute l'Europe
24:34qui est menacée.
24:36Et justement,
24:36voulez-vous poser une question ?
24:38L'Europe,
24:38pour vous,
24:39qu'est-ce que ça représente ?
24:41Vous savez,
24:43nous faisons partie
24:44de l'Europe.
24:45Nous voulons être
24:47non seulement
24:49assis
24:49à la même table
24:50politiquement,
24:51mais aussi partager
24:53cette liberté.
24:55Pour nous,
24:56pour les citoyens,
24:57nous aimons l'Europe
24:58et nous pensons
24:59que nous sommes
25:01comme elle.
25:02Oui,
25:02chaque pays
25:03a ses propres traits
25:04et c'est magnifique
25:05que nous ne soyons
25:06pas tous identiques.
25:08Je sais qu'il y a
25:08des gens
25:09qui aiment tout
25:09uniformiser.
25:10Moi,
25:11je pense au contraire
25:12que c'est important
25:13de pouvoir voyager,
25:15de voir que dans
25:15chaque pays d'Europe,
25:16il y a quelque chose
25:17de différent
25:18et je trouve
25:19que c'est formidable
25:20que nous partageons
25:21les mêmes valeurs.
25:23Nous nous appuyons
25:24sur les mêmes
25:25principes fondamentaux
25:27très importants
25:28dans nos vies
25:28et dans celles
25:29de nos enfants,
25:30nous ressentons
25:31la même valeur
25:32de la vie
25:32et le même prix
25:33de la vie.
25:35L'Europe,
25:35pour nous,
25:36fait partie
25:37de l'histoire
25:38de l'Ukraine.
25:38L'Ukraine est
25:39un pays très européen,
25:41un pays épris
25:42de liberté,
25:44un pays profondément
25:45attaché
25:46à ses valeurs,
25:47un pays respecté
25:48en Europe.
25:50Aujourd'hui,
25:51on nous connaît
25:52davantage
25:52à travers la guerre,
25:53surtout les jeunes générations.
25:55Je suis heureux
25:56que l'on nous connaisse mieux.
25:58Bien sûr,
25:59j'aurais préféré
26:00que cela se fasse
26:01autrement,
26:02pas auprès de la guerre
26:03et les gens,
26:04les Ukrainiens
26:04sont très proches
26:05des Européens.
26:06Vous voyez,
26:07nos Ukrainiens
26:08sont partis
26:09à cause de la guerre
26:10et ils ont migré
26:10et nous voulons croire
26:11que c'est temporaire,
26:13mais malgré tout,
26:14regardez
26:15comme les Ukrainiens
26:16s'adaptent.
26:17Pour eux,
26:18c'est le même climat,
26:20je dirais.
26:21Et je ne parle pas
26:22de température,
26:24même si cela compte
26:25aussi.
26:25Je parle du climat humain,
26:29de l'atmosphère
26:31dans laquelle on vit,
26:33des façons d'échanger,
26:35des envies communes.
26:37Il me semble
26:38que nous aimons
26:38les mêmes films,
26:39la même littérature,
26:41la même musique.
26:43Tout cela,
26:44ce sont des choses
26:45très proches.
26:46Nous vivons
26:47dans le même monde
26:48et je ne parle pas
26:50d'un monde en paix.
26:51mais je parle du fait
26:52que nous appartenons
26:54au même monde
26:55de valeurs
26:56et il me semble
26:56que nos peuples
26:57sont très spirituels
26:58et qui croient en Dieu.
27:00Chacun a sa propre foi,
27:01mais malgré cela,
27:02toutes ces choses
27:03nous rapprochent énormément.
27:05Et jusqu'où
27:06elle s'étend
27:07cette Europe ?
27:08Où passe
27:08sa frontière
27:09orientale ?
27:11Où passe
27:12cette frontière ?
27:16Permettez-moi
27:17de vous donner
27:18un exemple.
27:21Aujourd'hui,
27:22tout le monde
27:22dit que l'Ukraine
27:23est un flanc
27:24oriental
27:25de l'Europe.
27:26On aime beaucoup
27:27le dire
27:27lorsqu'il s'agit
27:28de sécurité,
27:30de militarisation,
27:31de défense.
27:32Mais moi,
27:33je pense que l'Ukraine,
27:34ce n'est même pas
27:35ce que je pense.
27:37Géographiquement,
27:37si on regarde
27:38la carte du continent,
27:39l'Ukraine est au centre
27:40de l'Europe
27:41et ce n'est pas
27:42parce que je suis président
27:43que je le dis ainsi.
27:45Non,
27:45c'est un fait.
27:47Géographiquement,
27:47l'Ukraine se trouve
27:48au centre de l'Europe.
27:50Mais là,
27:51il y a un aspect
27:52mental important.
27:56L'Est de l'Europe,
27:58aujourd'hui,
27:59pour une partie
28:00de l'Occident
28:01et surtout
28:02pour les Russes,
28:04a toujours été perçu
28:05comme un espace
28:07sur lequel
28:07ils ont des droits,
28:09un espace
28:09sur lequel
28:10ils doivent avoir
28:11de l'influence,
28:12soit par la présence
28:14de leur armée,
28:15soit par le poids politique
28:18de l'Union soviétique.
28:19Ça a toujours été
28:21comme ça.
28:21Pour la Russie,
28:23l'Ukraine a toujours été
28:24comme ils disent
28:26un tampon
28:27entre l'Ouest
28:28et la Russie.
28:31À tout moment,
28:32même lorsque la Russie
28:33était l'Union soviétique,
28:35les valeurs
28:35restaient les mêmes.
28:37À l'Ouest,
28:37la liberté
28:38et la démocratie.
28:39Et pour eux,
28:41cette zone
28:41était une zone tampon,
28:43comme un territoire
28:44pour lequel
28:45se mène
28:46une lutte,
28:47soit l'Ouest
28:48avec ses valeurs,
28:50soit la Russie
28:51avec ses ambitions.
28:53Aujourd'hui,
28:54c'est le sort
28:55de l'Ukraine
28:56qui va déterminer
28:58où se trouve
28:59cette frontière orientale.
29:01Pas au sens géographique,
29:03mais dans le sens
29:04dont je vous ai déjà parlé.
29:06Parce que pour la Russie,
29:07si l'Ukraine ne tient pas,
29:10l'Est sera plus loin,
29:13là où est aujourd'hui
29:14la Pologne.
29:15Et ensuite,
29:17ils pourront aller
29:17encore plus loin,
29:19là où se trouve
29:20l'Allemagne.
29:21Autrefois,
29:22pour eux,
29:22l'Allemagne
29:23était déjà divisée
29:24ainsi la partie orientale
29:25sous l'influence
29:26de l'Union soviétique
29:27et la partie occidentale
29:29intégrée
29:30au monde occidental.
29:31C'est pourquoi,
29:33pour moi,
29:33aujourd'hui,
29:34la notion d'Est
29:35dépend de nous tous,
29:38de jusqu'où
29:39nous permettrons
29:39aux ambitions russes
29:40de s'étendre.
29:41Et surtout,
29:42n'oubliez pas,
29:43je vous en prie,
29:44l'Ukraine,
29:45ce n'est pas l'Est.
29:46L'Ukraine,
29:47c'est le centre de l'Europe.
29:51Je vais passer
29:52une question
29:52un peu personnelle.
29:55Le général de Gaulle
29:57avait installé
29:58une chapelle
29:59au palais de l'Elysée
30:01où il priait
30:02pour la France
30:03dans ses moments de doute.
30:04Et vous ?
30:05Est-ce que vous avez
30:06le secours de la foi ?
30:09Je n'ai pas de chapelle ici.
30:13Dans notre bureau,
30:14il n'y en a pas.
30:18Est-ce que je m'appuie
30:19sur la foi ?
30:19Oui, absolument.
30:21J'ai ma propre relation
30:23avec Dieu
30:24et grâce à Dieu,
30:26j'ai toutes les possibilités
30:27pour cela,
30:28comme chaque personne libre.
30:33Chacun a choisi
30:34qu'on prie
30:35et qu'on parlait
30:36à Dieu
30:37sans aucune interférence
30:38de la part
30:39des autres.
30:41Et donc,
30:42comme tout être humain,
30:44quand vous avez besoin
30:46de demander conseil
30:47ou de sentir
30:48un soutien
30:50dans vos actions,
30:51vous trouvez toujours
30:53le temps pour cela.
30:56Autre question,
30:57peut-être un peu personnelle.
30:58avant la guerre,
31:00vous aimiez beaucoup rire
31:01et vous faisiez
31:02beaucoup rire les gens.
31:03Aujourd'hui,
31:04vous êtes un chef de guerre,
31:05mais on voulait savoir
31:05si vous arrivez encore
31:06de rire
31:07et quelles sont
31:08les choses qui vous amusent.
31:11Je ris parfois.
31:12Les gens
31:14sont différents,
31:15les situations aussi.
31:17Parfois,
31:17il y a des dialogues agréables
31:18comme maintenant,
31:19je parle avec vous
31:20et j'ai un sourire
31:21parce que vous souriez.
31:22Merci.
31:23C'est ça,
31:24le sens.
31:25Les gens s'apportent
31:27les uns aux autres
31:27des moments,
31:29des émotions.
31:31Ils ne doivent pas
31:32forcément être agréables,
31:34mais il doit y avoir
31:35quelque chose
31:36d'important pour vous,
31:37quelque chose
31:38qui vous tient,
31:39qui vous soutient.
31:40C'est une partie
31:41de votre vie.
31:43Le sourire,
31:43c'est certainement
31:44une partie de votre vie
31:46d'une personne normale,
31:47équilibrée.
31:48Et quelque part,
31:49c'est aussi une réponse
31:50à la question
31:50est-ce que vous êtes
31:51toujours équilibré ?
31:52Est-ce que vous n'avez
31:53pas perdu la tête ?
31:54Bien sûr,
31:55si vous riez tout le temps,
31:56là, vous avez un problème,
31:58c'est certain.
31:59Pendant la guerre,
32:00ces moments sont
32:02très importants.
32:03Par exemple,
32:04quand vous parlez
32:05avec des militaires,
32:06des sujets sérieux,
32:08certains ont été blessés.
32:10Il y a des histoires
32:11qui vous arrachent
32:12des larmes.
32:13Il y a beaucoup
32:14de moments tristes.
32:17Mais même dans
32:18ces moments-là,
32:20pour tenir,
32:21pour rester stable,
32:24pour rester équilibré,
32:26il est important
32:27de trouver du temps
32:29pour sourire quelque part.
32:35Et ça,
32:36c'est un moment essentiel.
32:38Et puis,
32:39il y a les enfants
32:41et les chiens.
32:43Et je ne compare pas,
32:44je veux juste dire
32:45que ce sont des choses
32:46qui provoquent toujours
32:48des sourires.
32:49Ils sont purs.
32:51De quoi vous parlez
32:52avec vos enfants ?
32:52Et qu'est-ce que vous
32:53voudriez leur transmettre ?
32:55On était ce matin
32:55dans une école avec vous.
32:57Qu'est-ce que vous voudriez
32:58leur transmettre ?
32:58De quoi vous leur parlez ?
33:00C'est très agréable
33:01d'être parmi eux.
33:05C'est surtout
33:06la quantité d'énergie
33:08qu'ils vous donnent.
33:09Je vais être franc.
33:11Être avec des enfants,
33:12ça vous recharge.
33:14Comme je l'ai déjà dit,
33:15ils sont très purs.
33:17Ils n'ont pas
33:18de double fond,
33:20comme on dit.
33:21Chez eux,
33:22tout est simple,
33:24tout est clair,
33:25tout est vrai.
33:26Les gens,
33:27dans la meilleure version,
33:28c'est quand ils sont enfants.
33:31Et puis,
33:31plus tard,
33:32on accumule des péchés,
33:34des blessures,
33:35des choses différentes.
33:37Mais les enfants,
33:38les enfants,
33:39c'est magnifique.
33:40C'est pour eux,
33:41honnêtement,
33:41que nous nous battons.
33:44Apprendre quelque chose
33:45aux enfants aujourd'hui
33:46est très difficile,
33:47surtout pendant la guerre.
33:49Ils savent déjà tout.
33:52Ils sont plus mûrs
33:53et ils sont parfois
33:55des valeurs plus fortes
33:57que nous,
33:57que n'importe quel adulte.
34:01Ils se concentrent
34:02sur des choses simples,
34:03comme la joie
34:04de pouvoir aller à l'école,
34:05parce que ce n'est pas
34:06en ligne,
34:07mais en présentiel.
34:10Ils vivent sous des requêtes
34:11et ils comprennent
34:13que chaque jour
34:14a une valeur immense.
34:17Ils savent beaucoup
34:18de choses mieux que nous.
34:20Franchement,
34:21je le ressens.
34:27les éduqués,
34:28eh bien,
34:30ils doivent devenir
34:32des bonnes personnes.
34:33C'est ce que j'essaie
34:34de transmettre
34:35à mes propres enfants.
34:38Je pense que l'essentiel,
34:40c'est l'éducation,
34:41c'est la priorité,
34:43l'éducation au sens normal,
34:45au sens libre du mot.
34:49mais ils doivent devenir
34:51des personnes équilibrées.
34:53Ne pas déranger les autres,
34:55respecter la vie privée,
34:57respecter l'opinion des autres,
35:00avoir des valeurs.
35:04Oui, je dirais ça.
35:08L'éducation et l'instruction,
35:10ce sont deux choses différentes,
35:12mais tout aussi importantes.
35:13L'instruction,
35:14c'est plus compliqué.
35:15Les enfants veulent s'amuser,
35:17pas aller à l'école.
35:18Et pourtant,
35:19aujourd'hui,
35:20ils veulent vraiment
35:20aller à l'école.
35:22L'historien Timothy Snyder
35:24disait que
35:25votre pays,
35:26l'Ukraine,
35:27offre un exemple
35:28de démocratie
35:29intolérable
35:30pour les dictateurs,
35:32notamment Poutine.
35:33dans quelles mesures
35:34vous pensez que cette guerre
35:35a été déclenchée
35:36parce que votre pays
35:38incarnait ces valeurs
35:39et pour éviter
35:41ce que lui appellerait
35:42une contagion démocratique ?
35:45Poutine a très peur
35:47que l'Ukraine réussisse.
35:49Réussisse dans
35:50tous les sens du terme.
35:53Réussisse à devenir
35:55de fait
35:55une partie de l'Europe.
35:58Réussisse à entrer
35:59dans l'Union européenne.
36:02Nous ne parlons pas
36:03ici du juridisme,
36:04mais du fait
36:05qu'il n'y ait plus
36:05de frontières,
36:06plus de barrières
36:07entre l'Ukraine
36:08et les autres pays
36:09d'Europe
36:09et que l'Ukraine
36:10vivrait dans sa propre
36:12atmosphère,
36:13un pays libre,
36:14un pays des gens libres.
36:16L'Ukraine y parvient
36:18et je pense que
36:19cela déclare
36:20beaucoup à Poutine.
36:22Et c'est vrai
36:23parce que
36:24ses propres citoyens,
36:26tôt ou tard,
36:27et bien je pense
36:29qu'ils le voient bien.
36:30Ainsi,
36:31cela pourrait devenir
36:32un exemple pour eux,
36:34bien sûr,
36:34pas pour tous.
36:35Mais vous savez,
36:36là où il y a une personne
36:37qui ose,
36:38bientôt il y en aura
36:39dix,
36:40je pense que tout est lié.
36:41A propos de l'histoire
36:43de l'élargissement
36:43de l'OTAN,
36:44pour être honnête,
36:45j'ai toujours pensé
36:46que l'OTAN
36:46était importante
36:47pour Poutine,
36:49importante parce
36:50qu'une Ukraine
36:52membre de l'OTAN
36:53ne viendrait jamais
36:55se venger
36:56parce qu'elle
36:57ferait partie
36:58de l'OTAN
37:00et que l'Ukraine
37:01respecte les règles.
37:02J'en suis absolument
37:03convaincu,
37:04l'OTAN,
37:05c'est la défense,
37:06pas l'attaque.
37:07Et une Ukraine
37:08en dehors de l'OTAN,
37:10à mon avis,
37:10c'est beaucoup plus
37:11dangereux pour Poutine.
37:13C'est ce que je pense.
37:16C'est pourquoi
37:18j'ai toujours cru
37:19que la question
37:20n'était pas
37:21l'élargissement
37:22ni même
37:22l'Union Européenne.
37:23La question
37:24est ailleurs.
37:26Vous savez,
37:28c'est comme
37:29avoir un mauvais voisin,
37:31un voisin jaloux,
37:33jaloux de votre réussite,
37:35jaloux que vous ayez
37:37une famille
37:37qui vous aime
37:38alors que lui,
37:39on ne l'aime pas.
37:40Jaloux que vous
37:41vous levez le matin
37:42déjà heureux
37:43de votre journée
37:44alors que lui
37:45s'est révé avec de la haine
37:46pour tout ce qui l'entoure.
37:47Vous sortez dans la rue
37:49avec un sourire
37:50et lui
37:50ne sort même pas
37:52parce qu'il a peur,
37:53peur que quelqu'un
37:54lui crache au visage.
37:55Je crois que la question
37:57n'est pas le problème
37:58de l'Ukraine.
37:59Le problème pour lui,
38:00c'est que l'Ukraine
38:01va réussir.
38:02Et d'ailleurs,
38:03moi, j'y crois.
38:04Je crois absolument
38:04que l'Ukraine réussira.
38:07Les Européens
38:08connaissent mal l'Ukraine
38:09en général.
38:11Comment vous
38:12présenteriez l'Ukraine ?
38:13Est-ce qu'il y a un livre,
38:14un écrivain,
38:15un film
38:15qu'il faut voir ?
38:17Il y a énormément
38:19de choses.
38:19Pour être honnête,
38:22les Européens
38:23connaissent déjà
38:24bien l'Ukraine,
38:26c'est vrai.
38:26Et ils la découvrent
38:28encore davantage.
38:31Bien sûr,
38:32ils connaissent
38:32nos sportifs
38:33parce qu'aujourd'hui,
38:35c'est ce qui est
38:35le plus visible
38:36plus que la littérature
38:38classique.
38:38mais je recommande
38:40vivement de lire
38:41Ivan Franco,
38:43Ilesse Ukrainka
38:44et Tara
38:45Shevchenko.
38:46Il y a aussi
38:47le magnifique
38:48Yvan Bagrini
38:49dans la littérature
38:50romanesque.
38:51Je conseille également
38:52les ouvrages historiques
38:54de Gruszewski
38:55et de
38:56Sergi Plokhi.
38:58En réalité,
38:59on peut lire
39:00toute l'œuvre
39:00de Plokhi.
39:02Et je trouve
39:04aussi que
39:05Kotlarewski
39:06est passionnant.
39:07Lénéïde,
39:08par exemple,
39:09c'est un chef-d'œuvre.
39:11Et même
39:12avec tout cela,
39:13je ne cite pas
39:131% de la richesse
39:15de notre littérature.
39:17Nous avons aussi
39:17des poètes
39:18exceptionnels.
39:20Je vous recommande
39:21vraiment
39:21d'y prêter attention.
39:23Google,
39:23Isaac Babel ?
39:25Quant à Google
39:27et d'autres,
39:28vous savez,
39:31je suis toujours
39:32étonné
39:33de voir
39:33à quel point
39:34la Russie
39:35sait s'approprier
39:36notre littérature,
39:37notre culture,
39:39sans même
39:40se rendre compte
39:41de l'absurdité
39:42de son comportement.
39:44Prenons Google,
39:45par exemple.
39:46Si vous regardez
39:47n'importe quelle
39:48de ces œuvres
39:49que les Russes
39:50revendiquent
39:51comme leur écrivain,
39:52prenez simplement
39:54les veillées
39:54du hameau
39:55près de Dikanka.
39:56Dites-moi,
39:57d'où vient
39:58Dikanka
39:58en Russie ?
39:59D'où viennent
40:00Koutir
40:01et Vechery
40:02dans la littérature
40:02russe ?
40:03Parfois,
40:04il suffit
40:04de lire
40:05un seul titre
40:06pour comprendre
40:06que ça n'a rien
40:07de russe
40:08et pourtant,
40:09ils continuent
40:09à l'affirmer.
40:11Comme je le dis,
40:13nous avons
40:14des poètes,
40:15des écrivains
40:16magnifiques
40:16venant de toutes
40:18les régions
40:19de l'Ukraine,
40:20y compris du Donbass,
40:20profondément ukrainien
40:22et je vous encourage
40:23à regarder
40:24notre histoire
40:25plus largement.
40:26Pour la Russie,
40:27c'est aussi
40:27une stratégie,
40:28faire passer
40:29notre littérature,
40:31notre poésie,
40:33nos écrivains
40:33pour les leurs.
40:35Et cela crée
40:36un problème,
40:37ils traduisent,
40:37effacent la langue
40:38originale
40:39et à la fin,
40:40le monde croit
40:40que cela fait partie
40:42de l'identité russe.
40:47Mais d'abord
40:48et avant tout,
40:49c'est à nous.
40:50La Russie
40:50a ses propres auteurs,
40:52personne ne conteste cela,
40:53qu'ils vivent
40:53avec les leurs,
40:54mais qu'ils ne nous prennent
40:55pas les nôtres.
40:56Regardez le cinéma,
40:57les Français
40:58ont un cinéma
40:59extraordinaire,
41:00une histoire immense
41:01qui commence
41:02avec les frères
41:03Lumière
41:04et j'aime beaucoup
41:05le cinéma français.
41:14Mais je vous invite
41:16aussi à découvrir
41:17notre vieux cinéma
41:18ukrainien
41:18qui s'est développé
41:19en parallèle
41:20avec les grands classiques
41:21du cinéma français.
41:23Regardez les œuvres
41:24de Dovgenko,
41:25les films
41:26de Parajanov
41:26et je pense
41:28que vous comprendrez
41:29ce qu'est l'Ukraine
41:30et en quoi
41:31elle est différente.
41:32En Ukraine,
41:33il y a énormément
41:34de choses.
41:34J'ai commencé
41:35par parler des sportifs
41:36car aujourd'hui
41:37c'est ce que l'on voit
41:38le plus facilement
41:39là où il y a
41:40le drapeau ukrainien,
41:40c'est l'Ukraine.
41:41On ne peut rien y changer,
41:43on ne peut pas dire
41:44que Alexandre Husik
41:45est russe,
41:46c'est un ukrainien.
41:47On ne peut pas dire
41:49ça non plus
41:49de Jaroslava Makutschik,
41:51c'est évident,
41:52c'est impossible
41:53à s'approprier.
41:54Ce sont des Ukrainiens,
41:55des Ukrainiens exceptionnels
41:57parce qu'il y a le drapeau.
41:58Pour les écrivains,
42:00malheureusement,
42:01il n'y avait pas
42:02toujours le drapeau
42:03pour marquer
42:04leur œuvre
42:04et c'est une longue
42:06bataille historique
42:07avec la Russie.
42:09Mais je veux
42:10que vous le sachiez,
42:11cette bataille,
42:11c'est la bataille
42:12de la Russie
42:13contre l'Ukraine.
42:14Nous,
42:14nous nous défendons
42:15toujours
42:16et ça,
42:16c'est une position
42:17complètement différente.
42:18C'est pour cela
42:19que nous sommes européens
42:21et qu'eux,
42:21ce sont des agresseurs.
42:24Sous-titrage Société Radio-Canada
42:25Sous-titrage Société Radio-Canada
42:27Sous-titrage Société Radio-Canada
42:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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