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En détaillant le CV de Fanny Jaulin, un mot vient immédiatement à l'esprit : impressionnant. Biologiste, chercheuse, cheffe d'équipe au laboratoire Gustave Roussy, dirigeante et fondatrice d'Orakl Oncology, une start-up qui a pour but de développer des avatars de tumeurs afin d'améliorer les traitements anticancéreux, la quadragénaire a également reçu plusieurs prix dont le Prix « Le Point » Science pour toutes en 2025 et le prix Cancer de l'Académie de médecine 2025.

Elle a accepté cet entretien avec Le Point afin d'évoquer deux thématiques : son parcours et la place des femmes dans la science.

La biologiste sera également présente lors du Paris-Saclay Summit 2026 afin de remettre le prix à la nouvelle lauréate du Prix « Le Point » Science pour Toutes. Un événement qui aura lieu le 18 et 19 février 2026 à CentralSupélec.

Pour plus d'infos > https://evenements.lepoint.fr/paris-saclay-summit/

#FannyJaulin #Science #PSS2026 #ParisSaclaySummit #France #Recherche #Cancer #Biologie

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Transcription
00:00La scientifique qui se trouve aujourd'hui à mes côtés est une brillante biologiste française.
00:04Cheffe d'équipe au laboratoire Gustave Roussy, elle est également dirigeante et fondatrice d'Oracle Oncologie.
00:10Une start-up qui a pour but de développer des avatars de tumeurs afin d'améliorer les traitements anticancéreux.
00:16Fanny Jolin a reçu l'année dernière le prix Le Point Science pour Toutes lors du Paris Saclay Summit.
00:21Elle a accepté cet entretien avec nous aujourd'hui afin de nous parler de deux choses.
00:26Son parcours et la place des femmes dans la science.
00:28Bonjour Fanny Jolin.
00:30Bonjour.
00:30On se trouve aujourd'hui à l'Institut de France, sous la coupole, un lieu qui héberge l'Académie des sciences.
00:36Qu'est-ce que cela signifie pour vous d'être ici aujourd'hui ?
00:38Pour moi c'est un lieu chargé d'histoire que j'adore.
00:41J'aime imaginer les générations et générations de scientifiques qui se sont retrouvés ici pour réfléchir à des sujets de toutes sortes.
00:49Et puis personnellement je suis allée souvent travailler à la bibliothèque Mazarin qui est juste à côté.
00:54C'est vrai que le laboratoire c'est toujours un lieu qui est en ébullition.
00:58C'est vrai aussi pour une start-up.
01:00Et des fois j'ai besoin de me replier dans des lieux calmes.
01:03Et donc la bibliothèque Mazarin ça fait partie de ces lieux.
01:05Donc même encore maintenant vous retournez à la bibliothèque Mazarin ?
01:07Oui, ça ne m'est pas arrivé dans les derniers mois.
01:09Mais oui, jusqu'à récemment je viens à la bibliothèque Mazarin.
01:11Et donc vous, vous êtes née en Charente-Maritime, vous êtes arrivée à Paris à l'âge de 6 ans à peu près.
01:17Votre père était vétérinaire, votre mère critique d'art.
01:19Deux mondes opposés sur le papier.
01:21Mais vous, vous avez eu quelle enfance ?
01:23Alors moi c'est vrai que j'estime que j'ai eu une enfance assez classique, heureuse.
01:27Plutôt chargée de contrastes.
01:29Donc effectivement j'ai grandi à la campagne en Charente-Maritime.
01:33Donc avec, plutôt à gambader dans la boue avec des bottes en plastique.
01:38À la recherche de toutes sortes d'animaux ou d'explorations possibles.
01:42Et puis ensuite à Paris, donc je vis très citadine.
01:46Avec une ébullition culturelle.
01:48Donc deux univers complètement différents.
01:51Et puis des parents aussi assez opposés.
01:53Donc avec ce père très cartésien, logique, vétérinaire.
01:57Avec une approche très posée sur les sujets.
02:01Et une mère qui a fait des études d'histoire de l'art.
02:03Et donc devenue critique d'art.
02:05Un monde chargé d'émotions, de sentiments et d'ébullition.
02:12Et je trouve que dans la recherche, je retrouve un peu des deux.
02:14C'est-à-dire qu'évidemment le moteur c'est la science.
02:19Mais dans la recherche, il y a quand même une grande dimension créative, manuelle.
02:22Et je retrouve quand même pas mal de choses de mon enfance qui ont été inculquées par ma mère.
02:26Et la science justement, est-ce que votre père, il vous l'a inculqué très tôt ?
02:30Est-ce que vous, vous étiez passionnée par la science des enfants ?
02:33Alors ça ne s'est pas vraiment passé comme ça.
02:35Je pense qu'enfant, j'étais surtout extrêmement curieuse.
02:37Tout m'intéressait, j'aimais comprendre.
02:40Donc j'étais toujours en exploration dans des sujets, dans des livres ou sur le terrain.
02:45Et c'est plutôt ça qui, je pense, m'a animée au départ plus que la science.
02:50Après, je dirais que dans la science, ce que j'ai aimé, ce que j'aime toujours, c'est la dimension tangible des choses.
02:57C'est-à-dire de se reposer sur des faits, des preuves, des observations du réel, des démonstrations.
03:04C'est quelque chose qui, pour moi, est fondamental par rapport au monde des opinions.
03:09Où il se passe des choses que je peux avoir plus de mal à cerner ou que je trouve qui peuvent être plus manipulatoires.
03:15Donc c'est vrai que c'est un domaine de référence qui m'a toujours été, qui m'a toujours touchée.
03:20Puis après, mon amour pour la science est venu plus tard, je dirais.
03:27Toujours une appétence pour ces matières-là au collège et puis au lycée, ça s'est vraiment ancré dans la discipline biologie.
03:34Parce que justement, on parle souvent de clivage, c'est-à-dire que la science n'est pas forcément faite pour les jeunes filles.
03:40On entend souvent parler de cela.
03:42Est-ce que vous, vos parents, ils vous ont inculqué ça ?
03:45C'est-à-dire que même inconsciemment, en fait, il y a certaines choses qui vous ont dit
03:48« Non, tu ne peux pas faire ça, ma fille ».
03:50Oui, alors pas du tout.
03:52Je ne la remercierai jamais assez, je pense.
03:54J'ai un petit frère et je dois dire que je considère vraiment avoir reçu une éducation non genrée.
03:59On a été élevés de la même façon.
04:02Et je n'ai aucun souvenir de commentaires, d'observations ou de conseils de mes parents
04:07qui aient été différenciés pour mon frère ou moi.
04:10Donc, c'est vrai que je ne me suis jamais posé la question de ma légitimité en tant que femme en science.
04:19Et à l'école, est-ce que vous avez ressenti ça ?
04:21À l'école non plus.
04:23En fait, je dirais que peut-être que j'ai eu de la chance,
04:27des professeurs que j'ai rencontrés ou des écoles dans lesquelles j'étais.
04:30Mais c'est vrai que je ne me suis jamais sentie discriminée ou de m'auto-censurée.
04:36Je dirais que la première fois que j'ai pris conscience que ça pouvait être un sujet,
04:39je m'en souviens, je venais d'avoir mon bac,
04:43je donnais des cours particuliers à une petite fille qui un jour m'a dit,
04:46donc elle avait remonté sa moyenne scolaire grâce à moi,
04:49et elle m'a dit un jour, très fière d'elle,
04:52j'ai eu la meilleure note des filles et j'ai trouvé ça très intriguant.
05:03C'est-à-dire qu'elle, dans son référentiel, dans son échelle de mesure,
05:07il y avait deux groupes et en fait, elle était hyper contente d'être la meilleure des filles.
05:11Et donc là, je me suis dit, il y a un sujet,
05:12j'ai eu la chance de recevoir une éducation qui fait que je ne m'étais jamais posé la question comme ça,
05:15mais qu'effectivement, il se trouve qu'il y a des familles ou des écoles
05:19où peut-être que cette question-là se pose.
05:22Et vous lui avez répondu quoi justement à cette petite fille quand elle vous a dit ça ?
05:25Je lui ai répondu que c'était une super première étape
05:28et qu'on allait travailler pour qu'elle soit la meilleure de la classe,
05:31si elle avait envie, et pas juste la meilleure des filles.
05:33Elle est devenue la meilleure de la classe ou pas ?
05:34Je ne sais pas exactement, mais en tout cas, je voulais lui montrer que le genre n'était pas un sujet.
05:41Cette interview, on ne l'a pas préparée seule,
05:43on a été aidée par une rédaction qu'on peut appeler une rédaction jeunesse.
05:46Il y a quelques jeunes filles, elles ont entre 5 et 14 ans,
05:49qui aimeraient vous poser des questions.
05:51Et on va commencer avec Lilou, et elle a 5 ans.
05:54Tenez.
05:55Merci.
05:57Bonjour Fanny, je m'appelle Lilou, j'ai 5 ans,
06:03et je voulais savoir pourquoi tu es allée à l'école des sciences.
06:10Donc l'école des sciences, pourquoi est-ce que vous avez fait des études scientifiques après le bac ?
06:14C'était vraiment mon appétence pour la science.
06:17Il y a des rencontres aussi, je dirais que, même si j'aimais les sciences en général,
06:24j'ai vraiment décidé d'aller dans cette direction en première et en terminale.
06:29Et donc je pense que j'avais vraiment un amour du vivant,
06:32ça qui était présent chez moi depuis mon enfance.
06:36C'est vrai que j'étais toujours fascinée, notamment quand j'étais à la campagne,
06:38par toutes les formes de vie, notamment du règne animal,
06:42et d'aller chercher des animaux de toutes sortes,
06:44et les capturer, les observer, les relâcher, passer à d'autres, etc.
06:48Donc j'avais toujours eu cette passion.
06:50Et c'est deux rencontres, deux profs incroyables, deux femmes, très charismatiques.
06:56Donc profs de biogite première et de terminale,
06:59qui ont fait exploser chez moi cette passion.
07:02Et du coup, à ce moment-là, j'ai vraiment eu envie de faire une carrière en science, en biologie.
07:09Donc je suis rentrée à la fac de science à Jussieu, juste après mon bac.
07:12Et quand vous parlez de ces deux femmes professeures de biologie en première et en terminale,
07:16vous avez un souvenir qui justement vous marque et qui vous fait dire
07:18« Waouh, la science c'est pour moi ».
07:20Je pense qu'il y a tout d'un coup eu une fluidité assez incroyable.
07:26C'est-à-dire que je me rendais compte que j'avais une intuition pour ça.
07:30Je comprenais vraiment très bien les mécanismes biologiques
07:33et que j'avais toujours envie d'en savoir plus.
07:35Et donc on était toujours limités par le cours.
07:39Et donc je pense que la recherche et la biologie se sont un peu imposés à cette époque-là.
07:45C'est-à-dire d'avoir un écho, une résonance très forte avec cette discipline.
07:50Et quand vous avez commencé vos études supérieures, vous avez commencé avec des stages également,
07:54notamment un à l'Institut Pasteur.
07:56Vous m'aviez dit, avant cet entretien, que ce stage avait été déterminant.
08:01Pourquoi ?
08:01Oui, c'est vrai.
08:02Donc en fait, je pense que j'ai commencé à l'université avec une passion pour la biologie
08:08et avec plusieurs options professionnelles qui étaient possibles.
08:12celles que j'avais favorisées en licence, c'était plutôt le journalisme scientifique
08:16parce que ça m'intéressait de vulgariser auprès du grand public toutes ces découvertes scientifiques.
08:24Et puis j'ai fait mon premier stage à l'Institut Pasteur.
08:26Et là, c'est intéressant.
08:28Ça a été une maître de stage, Sophie Vries, qui m'a accompagnée.
08:31Et c'était un stage exceptionnel parce que j'ai pu aller à l'Institut Pasteur
08:35une fois par semaine pendant toute l'année universitaire.
08:38Et donc j'avais mon propre projet de recherche au sein d'une équipe
08:42qui était l'équipe de génétique des mammifères du professeur Guénet.
08:47Et ce qui a vraiment été le déclic, ça peut être contre-intuitif,
08:54mais à ce moment-là, mon projet ne fonctionnait pas du tout.
08:57C'est-à-dire qu'en fait, toutes les hypothèses qu'on avait faites tombaient à l'eau les unes après les unes.
09:01Et donc il n'y avait plus aucun sens, mais de façon extrêmement robuste.
09:04C'est-à-dire que les résultats étaient quasiment à l'opposé de ce qui était attendu,
09:08mais ils étaient toujours à l'opposé de ce qui était attendu.
09:11Et en fait, ce que j'ai trouvé fascinant, c'est que face à ce qui aurait pu être du non-sens,
09:17il y a eu un effort collectif.
09:18C'est-à-dire que toute l'équipe s'est regroupée autour de moi,
09:21dont le chef d'équipe qui était un homme très occupé, pour réfléchir.
09:25Et je voyais cette ébullition, c'est-à-dire le fait que tout le monde était fasciné
09:29par ces résultats qui n'étaient pas du tout comme attendus
09:31et qu'en fait, ils étaient déterminés à comprendre ce qu'il y avait derrière
09:36et que tout le monde s'est soudé autour de ce problème.
09:39Et donc, on a régénéré des hypothèses.
09:41Et du coup, dans le reste de mon stage, une par une,
09:44je les ai testées jusqu'à ce qu'on comprenne exactement ce qui s'était passé.
09:48Et donc, il y avait eu en fait un mélange de cages de souris.
09:51Et en fait, les souris n'avaient pas le fond génétique qui était prévu.
09:54Et donc, ce que j'ai adoré, c'était la dimension collective,
09:59c'est-à-dire que le fait que l'équipe se soude autour d'un problème à résoudre.
10:04Et c'est vrai que ça rejoint la curiosité.
10:06Moi, quand j'étais petite, j'étais curieuse et surtout,
10:08j'aimais comprendre et résoudre des problèmes.
10:11Et donc là, je me suis dit, c'est vraiment quelque chose que j'ai envie de faire
10:14pour le reste de ma vie.
10:15Et donc après, j'ai enchaîné les stages qui ne sont pas du tout obligatoires.
10:20Donc, j'en ai fait plusieurs et ça n'a fait que conforter mon envie de faire de la recherche.
10:25Et justement, il y a un rapport sénatorial qui est sorti il y a peu de temps
10:28qui indique que seuls 17% des bachelières qui poursuivent leurs études
10:32optent pour la filière scientifique contre 44% des garçons.
10:38Comment est-ce que vous expliquez ce chiffre et cette grande différence entre filles et garçons ?
10:42Ce que je vois derrière, c'est deux choses.
10:43Déjà, je dirais d'une part, il faut savoir que les tests montrent
10:47qu'il n'y a pas de différence de compétence scolaire avant le bac.
10:52Donc en fait, les femmes et les hommes sont, enfin, les jeunes femmes et les jeunes hommes
10:55sont aussi talentueux pour ces disciplines scientifiques.
10:58Mais il y a effectivement beaucoup moins de femmes qui entreprennent une carrière scientifique.
11:04Probablement d'une part parce qu'on les encourage peut-être moins.
11:07Il y a quand même encore dans le système peut-être des professeurs
11:11ou des institutions qui poussent les hommes à s'engager dans ces carrières plus que les femmes.
11:16Et puis après, il y a cette auto-censure où finalement,
11:19il y a quand même beaucoup de femmes qui ne se projettent pas dans certaines carrières.
11:22Peut-être parce qu'il manque des rôles modèles.
11:24Et effectivement, quand on regarde en science,
11:27évidemment, tout le monde connaît Marie Curie,
11:28Rosaline Franklin aussi.
11:30Donc il y a quelques femmes illustres.
11:32Mais il y a surtout beaucoup d'hommes.
11:33Et peut-être qu'inconsciemment, chez les femmes,
11:36il n'y a pas cette projection qui se fait dans ce type de carrière.
11:39Et justement, à ce propos,
11:41on a une nouvelle question de la part de notre rédaction jeunesse.
11:44Et c'est au tour d'Eugénie, 13 ans.
11:45Super.
11:46Tenez.
11:46Bonjour Fanny, je m'appelle Eugénie, j'ai 13 ans et je suis en quatrième.
11:53J'ai une question pour vous.
11:54Est-ce que quand vous étiez jeune,
11:55vous connaissiez des femmes scientifiques à part Marie Curie ?
11:58C'est justement un peu ce que vous me disiez à l'instant.
12:01En fait, c'est des rôles modèles.
12:02Effectivement, on a tous entendu parler de Marie Curie.
12:05Mais est-ce qu'on en connaît d'autres ?
12:07Je ne suis pas sûre.
12:07Vous, c'était le cas ?
12:08Oui, je pense que oui, tout le monde connaît Marie Curie.
12:11Et heureusement qu'il y a Marie Curie.
12:12Et Marie Curie est une femme exceptionnelle.
12:15Enfin, toute son histoire le prouve.
12:16Et je le redis, c'est la seule personne à avoir deux prix Nobel.
12:19Et c'est une femme.
12:20Maintenant, peut-être ce qui est difficile, c'est de se dire
12:23« Cette femme était exceptionnelle.
12:25Je ne suis pas exceptionnelle.
12:26Est-ce qu'elle a place pour moi dans la science et dans la recherche ? »
12:30Donc moi, je reviens sur le fait que je pense que j'ai une éducation
12:35qui fait que j'ai eu la chance de ne pas avoir à me poser ces questions-là.
12:40Et que j'ai rencontré, c'est les aléas de la vie,
12:45mais j'ai rencontré des femmes scientifiques incroyables.
12:48Je parlais de mes profs de première et de terminale
12:50qui étaient extrêmement performantes au niveau de l'enseignement,
12:54mais aussi de leur culture scientifique et très charismatique.
12:56Beaucoup plus qu'un bon nombre d'enseignants du genre masculin.
13:03Donc, probablement, ça a été important.
13:06Et puis, en fait, dans les stages que j'ai faits,
13:08c'est des femmes aussi qui étaient là.
13:12Et ça m'a probablement aidée à me projeter dans ce rôle.
13:17Et après, je dirais, dans ma carrière scientifique,
13:18que j'ai passé huit ans en post-doc à New York,
13:21dans le domaine d'expertise qui m'intéressait à cette époque,
13:25les grands chercheurs qui ont vraiment fait bouger les lignes de la connaissance,
13:30c'était deux femmes, Mina Bissell et Joan Brugui.
13:32Et donc, je pense que c'est un peu la chance qui fait que,
13:38peut-être, je ne me suis pas trop posée de questions sur le genre
13:41et je me suis toujours autorisée à suivre mes rêves
13:44et à faire de la carrière dont j'avais envie.
13:48Et peut-être aussi parce qu'un rôle modèle,
13:49il n'est pas forcément un rôle modèle du rang de Marie Curie,
13:52c'est-à-dire connu du très grand public et de tout le monde.
13:55Un rôle modèle, ça peut être aussi, comme vous disiez,
13:57un professeur de première ou un maître de stage.
14:00Oui, exactement.
14:01Je me dis, c'est probablement des gens qui,
14:04dans toute leur humanité, nous permettent de nous projeter.
14:08C'est-à-dire, il y a quelque chose d'accessible.
14:11Peut-être plus que Marie Curie,
14:13j'ai probablement été plus portée par des femmes
14:16qui s'épanouissaient dans leur profession scientifique.
14:21Et lors de notre rencontre, également la dernière fois,
14:23vous m'aviez indiqué que, contrairement aux apparences,
14:27peut-être le milieu scientifique,
14:28c'était un terrain fertile à l'évolution des femmes.
14:31Comment vous l'expliquez, ça ?
14:33Il y a plusieurs choses.
14:35Je lisais les statistiques, c'est assez intéressant.
14:36Les stats de l'UNESCO et du CNRS disent que
14:3840% des femmes en recherche ont subi au moins une fois
14:44une discrimination de genre, ce qui est beaucoup trop.
14:47Donc, il faut œuvrer à ce que ça ne se produise plus du tout.
14:51Mais ça veut quand même dire qu'il y a 60% des femmes
14:52qui, comme moi, n'ont jamais ressenti ça dans leur carrière.
14:56Et c'est aussi très encourageant, je trouve.
14:59Donc, en France, qui est le système que je connais le mieux,
15:01l'accès aux postes de chercheurs, les promotions, les salaires,
15:06sont régis par le système de la fonction publique,
15:09qui est quelque chose qui est assez cadré, contrôlé et égalitaire.
15:14Ce qui est intéressant, c'est que c'est des concours.
15:16Donc, moi, j'ai été de deux côtés.
15:17J'ai postulé à ces concours pour avoir mon poste de chercheur
15:21et puis après pour grimper dans la hiérarchie.
15:24Et j'ai aussi fait partie des jurys qui évaluent les chercheurs.
15:27Ce qui est assez clair, c'est que le nombre de lauréates femmes
15:30est vraiment exactement proportionnel au nombre de candidates.
15:35Donc, il n'y a pas de biais.
15:36Et ce que je trouve qui est très beau,
15:37c'est qu'il n'y a pas de discrimination positive.
15:39C'est-à-dire que le jury ne reçoit jamais d'instruction
15:41de dire on veut tel quota de femmes.
15:43On est juste là pour donner un poste de chercheur
15:47aux meilleurs candidats scientifiques
15:48parce qu'on leur confie la recherche
15:50pour le reste de leur vie professionnelle.
15:53Par contre, ce qui m'interroge,
15:54c'est le pourcentage de candidates,
15:59notamment sur des positions hiérarchiques plus élevées
16:03avec des responsabilités de chef d'équipe, par exemple,
16:08où il y a beaucoup moins de femmes.
16:09Si on regarde les chiffres,
16:10on a à peu près 60% de femmes à l'Inserm,
16:14donc finalement une dominante féminine.
16:17Et quand on regarde sur certains types de postes
16:20de direction de recherche,
16:21donc de direction d'équipe,
16:22on se rend compte qu'il y a deux fois moins de femmes
16:26qui candidatent que d'hommes.
16:28Et donc on voit qu'il y a quand même un mécanisme d'auto-censure
16:30sur les postes à responsabilité.
16:32Donc ça, c'est un travail qui est plus compliqué à faire,
16:36de comprendre qu'est-ce qui se joue derrière,
16:38parce qu'on n'est plus vraiment dans la sphère professionnelle,
16:42mais c'est la sphère domestique, intime.
16:45On se demande qu'est-ce qui se passe dans la tête de ces femmes-là.
16:46En fait, moi, mon intuition de ce que je vois autour de moi,
16:51c'est que dans cette sphère-là,
16:53la charge domestique et familiale repose encore
16:56beaucoup trop sur les femmes.
16:59Il y a énormément d'efforts qui ont été faits,
17:01il y a des hommes incroyables qui sont des pères incroyables
17:03et qui s'occupent de plein de choses.
17:05Mais je dirais que majoritairement, j'ai l'impression autour de moi
17:08que les femmes sont plus lourdement responsables
17:16et à charge de tout ce qui tient à la sphère domestique.
17:21Et du coup, de fait, je pense qu'il y a une auto-censure,
17:24c'est-à-dire que compte tenu de cette charge-là,
17:26est-ce que ces femmes se permettent d'avoir une carrière assez intense
17:29où il va y avoir des responsabilités qui s'ajoutent ?
17:32Et il y a peut-être un sujet de réflexion de ce côté-là.
17:34Et vous, l'auto-censure, vous l'avez eu ?
17:37Non, moi, je ne me suis pas auto-censurée.
17:42Dans chaque étape de ma carrière,
17:44je ne me suis pas posé la question de la légitimité en tant que femme.
17:49Je me suis posé d'autres questions de légitimité,
17:51notamment quand j'ai décidé de créer Oracle,
17:54où c'est vrai qu'ayant une formation scientifique,
17:58une carrière scientifique,
17:59je me suis beaucoup questionnée sur ma capacité à être entrepreneur.
18:04et donc à déployer des compétences business,
18:08compréhension des marchés, de l'économie,
18:12des finances, des RH et de plein d'autres choses.
18:15Mais de nouveau, j'ai la chance de ne pas avoir eu à me poser cette question.
18:20Et c'est vrai que finalement,
18:22c'est un petit peu comme dans la recherche ou à postériori,
18:25je me suis rendue compte qu'il y avait quand même un biais.
18:27Si on regarde dans les laboratoires académiques,
18:29seulement 20% des femmes dirigent des équipes de recherche.
18:32Et quand on passe du côté entrepreneur,
18:35on se rend compte que seulement 10% de femmes sont à la tête d'entreprises,
18:40que ce soit des grandes entreprises de CAC 40 ou des petites start-up.
18:43Et donc, il y a un gros biais.
18:44Et justement, ça m'amène à la question d'après.
18:46Vous avez fondé Oracle.
18:48Avant d'aller dans votre ressenti par rapport à la fondation de cette entreprise,
18:53est-ce que vous pouvez nous expliquer rapidement ce qu'est Oracle Oncologie ?
18:57Oui, bien sûr.
18:57Oracle Oncologie, c'est une start-up qui est un spin-off de l'Institut Gustave Roussy,
19:03qui vise à transformer le développement du médicament
19:07pour les patients atteints de cancer.
19:09Aujourd'hui, il y a 20 millions de nouveaux patients par an au niveau mondial
19:12qui sont atteints d'un cancer, avec une incidence qui fait qu'augmenter.
19:15Et on a un arsenal thérapeutique qui est sous-dimensionné
19:18pour lutter contre cette maladie.
19:19Et évidemment, l'industrie pharmaceutique essaye de produire plus de médicaments.
19:26Et on a besoin de beaucoup de médicaments
19:27parce que les cancers sont des maladies qui sont extrêmement hétérogènes.
19:30Donc, en fait, on dit le cancer, mais en fait, c'est des cancers.
19:33Il y a énormément de maladies différentes.
19:35Et il nous faut un arsenal thérapeutique assez large.
19:38Mais malheureusement, il y a seulement 4% des candidats médicaments
19:42développés par les entreprises pharmaceutiques
19:44qui vont arriver auprès des patients
19:45parce qu'on n'a pas de technologie qui, aujourd'hui,
19:49nous permet de prendre les bonnes décisions
19:50dans un processus qui met 10 ans.
19:52Et donc, il y a beaucoup de mauvais choix qui sont faits.
19:56Et donc, Oracle, c'est une entreprise
19:58qui a construit une plateforme technologique
20:01qui repose sur des avatars de tumeurs.
20:04Donc, des avatars qui ont la particularité d'être digitaux et biologiques.
20:08Et avec ça, en fait, on peut arbitrer les décisions qui sont prises
20:14tout au long du développement du médicament
20:16avec pour ambition d'arriver à apporter 10 fois plus de médicaments
20:19auprès des patients d'ici 10 ans.
20:21Et donc, vous en parliez juste avant.
20:24Vous avez eu une certaine difficulté à monter cette entreprise.
20:27En tout cas, pour vous, c'est-à-dire intimement,
20:30est-ce qu'on peut dire qu'il y a eu un syndrome de l'imposteur un peu ?
20:33Oui, bien sûr.
20:33Je pense que le syndrome de l'imposteur,
20:35si je ne l'ai pas vécu au niveau du genre,
20:36je l'ai vécu dans cette transition,
20:39j'étais passionnée par le sujet.
20:41J'avais vraiment une volonté de monter cette start-up
20:44qui était extrêmement forte.
20:46Et la question se posait de savoir
20:48si je jouerais un rôle plus passif, scientifique,
20:53en restant dans mon laboratoire
20:54ou si j'allais m'autoriser à diriger cette start-up aussi.
20:57Et je dois dire que ça m'a pris plusieurs mois,
20:59voire une petite année,
21:01d'arriver à me laisser aller,
21:04à faire ce que j'avais envie de faire,
21:05c'est-à-dire de diriger cette entreprise.
21:07Ça m'a aussi demandé de retourner sur les bancs des écoles.
21:12Je suis retournée à HEC pour faire un diplôme
21:14et probablement me donner une légitimité
21:18qui finalement vient du terrain,
21:19ne vient pas des diplômes.
21:20Je pense que l'entrepreneuriat,
21:21c'est quelque chose qu'on apprend sur le tas.
21:23Et on parlait de rôle modèle tout à l'heure.
21:25Trouver un rôle modèle scientifique,
21:28chercheur et aussi chef d'entreprise,
21:31est-ce que ça existe ?
21:33Ça existe, c'est rare.
21:35Heureusement, il y en a de plus en plus.
21:37Et là, de nouveau, c'est vrai que sur mon chemin,
21:39j'ai pu voir s'illustrer dans ce double rôle des femmes,
21:43aussi bien que des hommes.
21:45Et puis la question, c'est plutôt la qualité du parcours
21:48et de la proposition plutôt que le genre.
21:51Mais de nouveau, il y a aussi bien des femmes que des hommes.
21:53Et votre parcours, finalement, il est quand même assez inédit,
21:57ou en tout cas, il y a encore très peu de femmes
21:58qui sont arrivées à ce stade dans leur carrière.
22:02Est-ce que vous n'avez pas l'impression d'ouvrir les portes
22:04à la génération suivante ?
22:06Alors, je ne sais pas.
22:12Peut-être qu'effectivement, en vieillissant,
22:13je me rends compte qu'il y a beaucoup de jeunes femmes
22:16qui m'interrogent, qui se posent des questions
22:18sur ces sujets-là.
22:19Il y a aussi peut-être pas mal de jeunes femmes
22:22qui viennent travailler avec moi dans mes équipes
22:25et donc qui ont besoin de voir des femmes
22:31développer les carrières qu'elles auraient envie d'avoir.
22:34Mais moi, c'est vrai que je n'ai jamais pensé à ma carrière.
22:37En fait, je suis quelqu'un qui est beaucoup plus présent
22:39dans l'instant.
22:41Et j'essaye toujours d'être alignée avec moi-même,
22:44de faire ce qui me porte, ce qui me passionne,
22:47d'être sûre que tous les matins, quand je me réveille,
22:49c'est avec envie.
22:52Peut-être que ce que j'aurais envie de remettre sur le devant,
22:54c'est se battre pour l'excellence, en fait,
22:57indépendamment du reste des milieux, du genre, etc.
23:00Sans forcément avoir un plan de carrière aussi derrière.
23:02Oui, voilà, exactement, sans plan de carrière.
23:04Et c'est ça que je transmets, en fait.
23:07Je pense qu'à la fin, ce qui mettra tout le monde d'accord,
23:09c'est qu'il faut être excellent.
23:10Et donc, si on est une femme, il faut qu'on soit excellente.
23:12Et c'est comme ça qu'on gagnera l'équité aussi.
23:16Et les sciences et les faits permettent ça aussi ?
23:18Elles permettent de mettre tout le monde d'accord ?
23:19Exactement, c'est pour ça que je pense que peut-être dans la science,
23:21on est moins touché par les discriminations de genre que dans d'autres domaines.
23:24Et on a une dernière question de la part de notre rédaction jeunesse.
23:27Et cette fois-ci, c'est Léa, et elle a 8 ans.
23:30Tenez.
23:31Merci.
23:32C'est une vraie question.
23:49À la fois, j'adore et je déteste cette question parce qu'il y a un vrai sujet de complexité.
23:58Et je vais y répondre après.
23:59Pourquoi je déteste cette question ?
24:00C'est que je vois que c'est une question qu'on pose très souvent aux femmes et très rarement aux hommes,
24:04alors qu'ils sont aussi pères.
24:06Et donc, ça souligne quand même ce que je pense,
24:07c'est que dans la sphère domestique et familiale,
24:11de façon non dite,
24:14tout le monde part du principe que c'est une charge qui incombe plus aux femmes causées.
24:18Voilà.
24:19Donc, il y a un sujet là-dessus.
24:21Il faut qu'on y travaille tous.
24:22Donc, j'adore cette question.
24:23C'est vrai qu'il y a de la complexité.
24:25Il y a deux choses.
24:26Moi, je vois l'équation vie familiale.
24:31Donc, effectivement, j'ai deux enfants,
24:32un petit garçon de 8 ans,
24:34Achille et une petite fille de 13 ans, Cléo.
24:37Tout ce qui est professionnel.
24:38Donc là, effectivement, moi, j'ai une dimension plus complexe
24:40parce que j'ai deux vies professionnelles.
24:43Et puis, il ne faut pas oublier la dimension perso.
24:45Je pense que c'est quelque chose que j'ai oublié trop longtemps.
24:48Mais je pense que c'est hyper important dans l'équilibre
24:49de savoir qu'il y a aussi sa vie perso,
24:52peut-être ses amis, ses hobbies, tout ça qu'il ne faut pas oublier.
24:56Moi, je me suis toujours dit que mon ambition, justement,
24:59c'était que j'avais le droit à tout
25:02et qu'il n'y avait aucune raison que je fasse des sacrifices
25:05et que j'aurais une vie de famille,
25:08une vie professionnelle et une vie perso, grand luxe.
25:13Et je pense que c'est possible.
25:14Je pense que c'est ça qu'il faut s'autoriser.
25:18Il ne faut pas se censurer.
25:18Il ne faut pas croire qu'il faut faire des choix
25:20et sacrifier l'un ou l'autre.
25:22Après, il faut juste jongler à certains moments de la vie
25:24en se disant quelle est ma priorité dans cette tranche de vie ?
25:27Comment est-ce que je vais articuler mon agenda,
25:31mon organisation, n'importe quoi,
25:33pour être sûre que ce qui est ma priorité va être préservé ?
25:37Ça demande aussi une grande communication
25:38avec le conjoint ou la conjointe, avec les enfants,
25:41avec aussi parfois l'entourage professionnel.
25:43Exactement.
25:44Ce n'est pas évident.
25:44Mais je pense qu'une fois qu'on l'assume,
25:47c'est aussi beaucoup plus simple pour les autres.
25:50Moi, je sais que j'ai fait des choix.
25:51Par exemple, quand j'ai beaucoup bossé les week-ends,
25:54comme beaucoup de chercheurs et de chercheuses,
25:58et que quand ma fille est née,
26:00je me suis dit que ce n'est juste pas possible.
26:02Ce moment-là où elle est à la maison,
26:05je veux la voir grandir.
26:07Je ne vais plus avoir cette même organisation.
26:09J'ai fait aussi, quand mes enfants étaient petits,
26:11beaucoup moins de conférences de déplacement à l'étranger
26:13que j'en fais maintenant.
26:15Et à l'inverse, maintenant qu'ils ont grandi,
26:17je m'autorise à faire plus de déplacements, de conférences.
26:21Et donc, oui, je pense que c'est d'être assez clair
26:23sur ces priorités,
26:25d'essayer de mettre des membranes perméables.
26:27Moi, ce que je dis, il y a un moment,
26:29c'est un peu comme les gars.
26:30Le travail, ça peut prendre tout l'espace qu'on lui donne.
26:33Et donc, je mets une membrane sur certains moments.
26:36C'est, voilà, moi, je vais récupérer mes enfants à l'école,
26:38je dîne avec eux.
26:40Vous travaillez ensuite quand ils sont couchés au pire.
26:42Voilà, exactement.
26:42Je travaille quand ils sont couchés.
26:45Le week-end, j'ai décidé de ne plus travailler.
26:47Donc, après, chacun trouve son équilibre.
26:49Mais moi, je pense que la vraie ambition, elle est là
26:51et qu'on ne doit rien lâcher.
26:53Et justement, le fait d'avoir cet équilibre
26:55permet peut-être aussi d'être plus performant.
26:57C'est-à-dire que quand on est concentré sur le travail,
27:00on y est à 100%.
27:00Quand on est sur les enfants, on y est à 100%.
27:02Oui.
27:03Alors ça, c'est vrai.
27:03Peut-être que ce que j'ai perdu dans l'équation,
27:05c'est les pauses café qui durent des heures à discuter avec des collègues
27:10ou plein de choses.
27:11C'est beaucoup d'organisation, d'essayer d'être efficace et concentré
27:16et aussi complètement disponible quand on n'est plus au boulot,
27:21que ce soit avec son partenaire, ses enfants, etc.
27:26Donc, ça demande un peu de discipline.
27:27Et les sciences sont votre passion.
27:29Est-ce que vous aimeriez que ce soit également la passion de vos enfants ?
27:34Alors, je n'ai pas du tout de biais dans ce sens-là.
27:38Moi, c'est ma passion.
27:40Donc, c'est ce qui fait que je suis épanouie professionnellement,
27:43que je suis heureuse et que je trouve aussi la motivation
27:45pour relever des challenges qui ne sont pas forcément évidents.
27:49Et donc, moi, je les encourage plutôt dans cette direction
27:51de qu'ils comprennent qui ils sont,
27:54quelles sont leurs aspirations
27:55et qu'ils aillent les vivre.
27:58Après, la seule consigne que j'ai,
28:00c'est que vous faites ce que vous voulez,
28:00mais vous le faites juste très bien.
28:03Et qu'est-ce que vous aimeriez dire à une jeune fille,
28:06pas forcément votre fille,
28:08mais à une jeune fille en général,
28:09qui souhaiterait devenir scientifique ?
28:11Il faut se laisser porter par ses rêves.
28:12En fait, c'est hyper fort.
28:16Et je pense qu'il n'y a que quand on est aligné
28:18entre ce qu'on fait et notre aspiration,
28:21qu'on va être performant
28:22et que justement, on va pouvoir relever tous les défis.
28:24Si c'est votre rêve, allez-y.
28:26Il faut venir faire de la recherche et de la science.
28:29Il faut aussi s'autoriser
28:30à prendre des postes à responsabilité,
28:33à diriger et...
28:34Et à oser, quoi.
28:35Et à oser, oui.
28:36Et est-ce que la transmission, ça vous intéresse ?
28:37Est-ce que vous aimeriez transmettre
28:39aux jeunes générations votre savoir scientifique
28:41et même aussi sur la façon
28:43dont vous avez réussi à arriver jusqu'ici ?
28:45Ça m'a toujours animée.
28:46Donc la transmission, je pense que ça se fait beaucoup
28:48dans le cercle privé auprès des enfants.
28:51Mais c'est vrai que dans mon laboratoire
28:53ou aujourd'hui dans ma start-up,
28:55et c'est marrant parce que dans la start-up,
28:55c'est beaucoup de jeunes,
28:56j'essaye de transmettre au maximum.
28:59Pourquoi ? Parce que je me dis,
29:00j'ai appris beaucoup de choses,
29:01j'ai envie de le partager,
29:03parce que je me dis qu'ils ne feront peut-être pas
29:05certaines erreurs que j'ai faites,
29:06ou ils gagneront du temps.
29:07Après, tout le monde est différent,
29:10donc à la fin, ils en font ce qu'ils en veulent.
29:11Mais je me dis, c'est un peu le pacte des générations aussi,
29:13c'est-à-dire qu'on transmet ce qu'on a appris dans notre vie.
29:16Donc moi, j'ai 47 ans aujourd'hui,
29:19et mon but, c'est que les plus jeunes,
29:21quand ils arrivent à 47 ans,
29:22ils aient compris plus de choses,
29:23ils aillent plus vite,
29:24ils soient encore plus performants, etc.
29:28Donc oui, dans la transmission complètement.
29:31Et puis, d'être au rendez-vous,
29:33c'est vrai que s'il y a des femmes qui se posent des questions
29:34à n'importe quel âge de toujours être là
29:38pour leur partager comment ça s'est passé dans mon parcours.
29:42Chaque parcours est unique,
29:44et je ne dis pas qu'il n'y a pas des difficultés,
29:46qu'il ne faut pas se mobiliser pour les quitter,
29:49mais on peut aussi avoir une vie professionnelle
29:52sans subir de discrimination.
29:55Merci Fanny Jolin.
29:56Avec plaisir.
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