Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
Autrice, metteuse en scène et performeuse
de théâtre, Rébecca Chaillon bouscule les codes et les
institutions avec ses pièces militantes. Entre
afro-féminisme, grossophobie et minorités queer,
portrait d’une activiste de l’art.
Transcription
00:00Tous les matins, je me lève et je suis là, je suis toujours grosse, toujours noire,
00:02je suis toujours une meuf, je suis toujours Gouine.
00:04Elle, c'est Rebecca Chaillon, autrice et metteuse en scène.
00:06Tout est politique et comme avec ma grande bouche, je peux y aller, donc j'y vais.
00:10Elle découvre le théâtre à l'école et dans les mouvements d'éducation populaire
00:13dans les années 90 en Picardie.
00:15Très vite passionnée, elle veut donner vie à des récits invisibilisés.
00:18Mon corps n'était pas présent dans les livres de théâtre, tous les textes que je lisais.
00:23Jamais j'ai vu une histoire qui se passe en Martinique ou en Picardie même,
00:26ou qui met en jeu des personnages qui ne seraient pas hétéros.
00:30Elle écrit et met en scène des pièces sur le rapport au corps,
00:32la passion amoureuse violente, les minorités queer, l'afro-féminisme
00:36ou encore les violences subies dans le monde adulte,
00:38toujours en considérant la scène comme un endroit de recherche de vérité et d'expérimentation.
00:43J'ai dû à un moment me poser la question du gaze et de qui me regarde
00:46et à qui je raconte mes histoires et qui a accès à ces histoires-là.
00:49Que ce soit pas simplement de la consommation mais plutôt un endroit de rencontre et de discussion.
00:53Je raconte à des personnes qui n'ont pas la même perception de moi
00:55et du coup ça m'a amenée à changer un peu ma manière d'écrire
00:58et surtout faire en sorte que les institutions aussi se mettent au travail
01:01en les provoquant par des scénographies, en disant
01:03« Bah voilà, on fait une scénographie, il ne sera que pour les femmes noires,
01:05donc il va falloir trouver un public de femmes noires. »
01:08Et on fait un texte sur la grossophobie,
01:09donc il va falloir que des personnes grosses puissent assister,
01:10donc il va falloir refaire vos sièges si vous avez des accoudoirs.
01:13Bousculer le public, la scène et les institutions, c'est la signature de Rebecca Chaillon.
01:17Quand elle présente « Carte noire nommée désir » en 2021,
01:20qui explore les stéréotypes sur les femmes noires dans une performance kitsch et trash,
01:24les actrices sont victimes d'agressions racistes.
01:26L'autrice elle-même subit une vague de cyberharcèlement
01:29pour laquelle six personnes seront condamnées.
01:31Pour son dernier spectacle, « La parabole du Seum »,
01:33présentée au Festival d'Avignon,
01:35elle met en scène des personnes marginalisées, grosses et non blanches,
01:37qui tentent de faire face au fascisme.
01:39« Dieu est dans les rayons. »
01:42Entre religion et astrologie, les sept interprètes s'appuient sur leur vécu
01:46pour dénoncer la grossophobie et la surconsommation
01:48dans une ambiance provocatrice revendiquée par la metteuse en scène.
01:51Rebecca Chaillon s'inspire de l'américaine Octavia Butler,
01:54autrice du roman de science-fiction « La parabole du Seumur ».
01:57« Quand j'ai vu que c'était écrit par une femme noire,
01:59j'ai buggé complètement et je me suis dit
02:01comment on fait pour écrire ces choses-là
02:02et qu'est-ce qu'elle va me raconter ? »
02:03Et je pense que ça a ouvert tout un pan de me dire, en fait,
02:06toutes ces personnes mises à la marge,
02:07des personnes queers, des personnes grosses qui écrivent de la science-fiction,
02:09j'ai très envie qu'elles me parlent de leurs imaginaires face à la survie
02:12et qu'elles me décrivent aussi le monde qu'on est en train de vivre
02:14avec des endroits de décalage
02:16qui me permettent de mieux comprendre comment ça fonctionne
02:18et puis de rêver la lutte et que ça crée du désir, en fait, à la science-fiction, beaucoup.
Commentaires

Recommandations