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Comment construire des villes plus résilientes face à la canicule ? Un architecte a trouvé des réponses fascinantes au cœur du Sahara algérien, dans la vallée du Mzab. Découvrez comment l'architecture vernaculaire, née de contraintes locales, offre des solutions ingénieuses pour s'adapter aux températures extrêmes.

Plongez dans l'univers des villes fortifiées du Mzab, où chaque élément de construction répond à un besoin thermal. Les ruelles étroites, les murs épais blancs et les patios centraux créent un microclimat rafraîchissant, une leçon d'adaptation inspirée par le peuple Mozabite dès le XIe siècle.

Apprenez pourquoi le mobilier en maçonnerie et l'usage des terrasses sont si pertinents. L'inertie du sol, le transfert de fraîcheur et le rayonnement nocturne sont des principes étudiés par des architectes comme André Ravero, démontrant que la simplicité peut être synonyme d'efficacité.

Cette approche de "nomadisme interne", où les habitants déplacent leurs activités en fonction des capacités thermiques des espaces, offre une nouvelle perspective sur la conception urbaine et le bien-être face aux chaleurs intenses. Une richesse culturelle et architecturale reconnue par l'UNESCO.

#ArchitectureSaharienne #UrbanismeDurable #ClimatEtArchitecture
Transcription
00:00Comment construire des villes plus résilientes face à la canicule ?
00:03Cet architecte a des réponses qu'il est allé chercher au fin fond de l'Algérie dans les années 60.
00:08Bienvenue dans le Mzab, une vallée aride et enclavée au nord du Sahar.
00:12En 1959, André Ravero accepte une mission sur place pour valoriser le patrimoine algérien,
00:17alors sous l'autorité coloniale française.
00:19Lorsqu'il y débarque, il est marqué par l'ingéniosité de la construction des 5 villes fortifiées qui s'y
00:24trouvent.
00:24On appelle ça un pentapole.
00:25Son idée, ça a été de s'intéresser à comment est-ce que la forme des architectures va être créée
00:31par des contraintes locales.
00:32Ces constructions populaires et traditionnelles, on appelle ça l'architecture vernaculaire.
00:37Le vernaculaire, comme l'on entend, c'est dire indigène.
00:41C'est-à-dire qu'on satisfait au milieu dans lequel on est.
00:44Dans le Mzab, il fait 34 degrés en moyenne en été.
00:47Lorsqu'au XIe siècle, le peuple des Mozabites est pourchassé dans le désert et s'y installe, il doit s
00:52'adapter.
00:52On construit donc des maisons serrées et des ruelles étroites pour éviter que la lumière s'y engouffre,
00:57avec des murs épais et de couleur blanche pour absorber la chaleur et refléter la lumière,
01:01et un patio central pour faire circuler l'air chaud vers le haut.
01:05Des éléments qu'on retrouve aussi dans d'autres cultures ensoleillées comme les Pueblos sandalous.
01:09On trouve très peu de mobilier en bois, pas parce qu'on ne sait pas le construire, mais parce qu
01:13'on lui a préféré la maçonnerie.
01:14Dans ces cultures-là, on passe beaucoup de temps assis par terre, assis au sol.
01:17Il faut savoir que la chaise, ce n'est pas un objet culturellement universel.
01:20Il n'y a pas de cultures qui s'assoient par terre.
01:22Compte tenu du fait que le sol va emmagasiner une certaine fraîcheur,
01:26par conduction, quand vous êtes assis près du sol, vous ressentez cette fraîcheur qui va remonter.
01:30C'est l'effet d'inertie.
01:31Tout le mobilier des régions du Mzab va être caractérisé par ces banquettes lourdes en maçonnerie
01:37pour en fait profiter de la fraîcheur qui va être conduite à travers le mur depuis le sol.
01:42On trouve enfin des toitures-terrasses inhabitables en plein soleil,
01:45mais sur lesquelles les habitants passaient leur soirée.
01:47En été, on se réfugie dans la journée à l'intérieur,
01:51et le soir, on va profiter de la douceur de la nuit sur la terrasse.
01:55Et l'hiver, ça sera le contraire.
01:57C'est ce qu'on appelle le nomadisme interne.
01:59C'est le fait que les activités vont se déplacer en fonction des espaces et de leur qualité thermique.
02:04Les habitants du Mzab, traditionnellement, pouvaient même dormir sur ces terrasses.
02:08Ce qui se passe quand il y a très peu d'humidité dans l'air,
02:10c'est que le ciel a une température qui est très basse.
02:13L'équivalent de la température, c'est moins 15, moins 20 degrés.
02:17Ça permet à des surfaces qui sont horizontales, qui sont ouvertes au ciel,
02:20de se refroidir beaucoup plus vite que le reste.
02:22Et quand vous êtes couché comme ça face au ciel, qui a une température beaucoup plus froide,
02:25une partie de la chaleur de votre corps va se rayonner vers le ciel
02:28et va vous permettre de vous refroidir plus rapidement encore.
02:31Alors que retenir aujourd'hui de cette idée de mobilité interne ?
02:34Après tout, tout le monde n'a pas le luxe d'avoir un balcon spacieux.
02:37C'est d'autant plus d'actualité qu'aujourd'hui, quand la climatisation se développe,
02:42les gens vont climatiser certaines pièces par contrainte de moyens.
02:45Ils vont climatiser généralement par exemple le salon.
02:47Si vous climatisez votre salon, mais vous continuez à dormir dans des chambres surchauffées,
02:51votre climatisation ne vient pas répondre au besoin essentiel qui est bien dormir.
02:55Une des manières de répondre, c'est de dire, voilà,
02:56faire en sorte que votre salon soit convertible
02:59et permettre de dormir quelques jours par an
03:03pour profiter de la fraîcheur produite par la climatisation.
03:04Ce qui va être un peu jugé négativement,
03:06c'est qu'on va considérer que faire ça, c'est un truc, entre guillemets, de pauvre.
03:10Aller dormir sur les terrasses, c'est un truc du tiers-monde, si on veut.
03:13Ce qu'il faut arriver à dire, c'est comment est-ce qu'on fait
03:14la synthèse du meilleur des deux mondes ?
03:16Pour ne pas qu'on se dise, bon, demain, la solution, c'est d'habiter les terrasses.
03:18Parce que, bon, quand on gâte Paris, il y a les toits en zinc partout,
03:21ça va être compliqué.
03:22Mais moi, je trouve vraiment intéressant cette idée
03:24que la mobilité des personnes n'est pas à s'exploiter
03:26dans la réponse aux contraintes climatiques.
03:28Et c'est là où on arrive à avoir un peu une synergie
03:31entre des technologies plus récentes et un mode de vie plus ancien.
03:34Pendant près de 20 ans, André Ravero et Manuel Roche, sa compagne,
03:38s'imprègnent des modes de vie locaux et des documentes.
03:41Le travail de l'architecte est primé
03:42et il contribue à inscrire la ville de Gardaia
03:44au patrimoine mondial de l'UNESCO.
03:46Il nous lègue une leçon d'adaptation et de simplicité.
03:49La qualité de l'humain, c'est de s'arrêter quand c'est suffisant.
03:55Pour ce Mzab, c'est ce mot suffisant qui me paraît intéressant
03:59et qui leur a permis de ne jamais faire de monumental
04:03parce que le monumental, c'est toujours quelque chose en plus.
04:07Au Mzab, il n'y a rien en plus.
04:09Et pour occuper vos soirées d'été,
04:11ce livre raconte la redécouverte du Mzab par André Ravero.
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