00:00Comment construire des villes plus résilientes face à la canicule ?
00:03Cet architecte a des réponses qu'il est allé chercher au fin fond de l'Algérie dans les années 60.
00:08Bienvenue dans le Mzab, une vallée aride et enclavée au nord du Sahar.
00:12En 1959, André Ravero accepte une mission sur place pour valoriser le patrimoine algérien,
00:17alors sous l'autorité coloniale française.
00:19Lorsqu'il y débarque, il est marqué par l'ingéniosité de la construction des 5 villes fortifiées qui s'y
00:24trouvent.
00:24On appelle ça un pentapole.
00:25Son idée, ça a été de s'intéresser à comment est-ce que la forme des architectures va être créée
00:31par des contraintes locales.
00:32Ces constructions populaires et traditionnelles, on appelle ça l'architecture vernaculaire.
00:37Le vernaculaire, comme l'on entend, c'est dire indigène.
00:41C'est-à-dire qu'on satisfait au milieu dans lequel on est.
00:44Dans le Mzab, il fait 34 degrés en moyenne en été.
00:47Lorsqu'au XIe siècle, le peuple des Mozabites est pourchassé dans le désert et s'y installe, il doit s
00:52'adapter.
00:52On construit donc des maisons serrées et des ruelles étroites pour éviter que la lumière s'y engouffre,
00:57avec des murs épais et de couleur blanche pour absorber la chaleur et refléter la lumière,
01:01et un patio central pour faire circuler l'air chaud vers le haut.
01:05Des éléments qu'on retrouve aussi dans d'autres cultures ensoleillées comme les Pueblos sandalous.
01:09On trouve très peu de mobilier en bois, pas parce qu'on ne sait pas le construire, mais parce qu
01:13'on lui a préféré la maçonnerie.
01:14Dans ces cultures-là, on passe beaucoup de temps assis par terre, assis au sol.
01:17Il faut savoir que la chaise, ce n'est pas un objet culturellement universel.
01:20Il n'y a pas de cultures qui s'assoient par terre.
01:22Compte tenu du fait que le sol va emmagasiner une certaine fraîcheur,
01:26par conduction, quand vous êtes assis près du sol, vous ressentez cette fraîcheur qui va remonter.
01:30C'est l'effet d'inertie.
01:31Tout le mobilier des régions du Mzab va être caractérisé par ces banquettes lourdes en maçonnerie
01:37pour en fait profiter de la fraîcheur qui va être conduite à travers le mur depuis le sol.
01:42On trouve enfin des toitures-terrasses inhabitables en plein soleil,
01:45mais sur lesquelles les habitants passaient leur soirée.
01:47En été, on se réfugie dans la journée à l'intérieur,
01:51et le soir, on va profiter de la douceur de la nuit sur la terrasse.
01:55Et l'hiver, ça sera le contraire.
01:57C'est ce qu'on appelle le nomadisme interne.
01:59C'est le fait que les activités vont se déplacer en fonction des espaces et de leur qualité thermique.
02:04Les habitants du Mzab, traditionnellement, pouvaient même dormir sur ces terrasses.
02:08Ce qui se passe quand il y a très peu d'humidité dans l'air,
02:10c'est que le ciel a une température qui est très basse.
02:13L'équivalent de la température, c'est moins 15, moins 20 degrés.
02:17Ça permet à des surfaces qui sont horizontales, qui sont ouvertes au ciel,
02:20de se refroidir beaucoup plus vite que le reste.
02:22Et quand vous êtes couché comme ça face au ciel, qui a une température beaucoup plus froide,
02:25une partie de la chaleur de votre corps va se rayonner vers le ciel
02:28et va vous permettre de vous refroidir plus rapidement encore.
02:31Alors que retenir aujourd'hui de cette idée de mobilité interne ?
02:34Après tout, tout le monde n'a pas le luxe d'avoir un balcon spacieux.
02:37C'est d'autant plus d'actualité qu'aujourd'hui, quand la climatisation se développe,
02:42les gens vont climatiser certaines pièces par contrainte de moyens.
02:45Ils vont climatiser généralement par exemple le salon.
02:47Si vous climatisez votre salon, mais vous continuez à dormir dans des chambres surchauffées,
02:51votre climatisation ne vient pas répondre au besoin essentiel qui est bien dormir.
02:55Une des manières de répondre, c'est de dire, voilà,
02:56faire en sorte que votre salon soit convertible
02:59et permettre de dormir quelques jours par an
03:03pour profiter de la fraîcheur produite par la climatisation.
03:04Ce qui va être un peu jugé négativement,
03:06c'est qu'on va considérer que faire ça, c'est un truc, entre guillemets, de pauvre.
03:10Aller dormir sur les terrasses, c'est un truc du tiers-monde, si on veut.
03:13Ce qu'il faut arriver à dire, c'est comment est-ce qu'on fait
03:14la synthèse du meilleur des deux mondes ?
03:16Pour ne pas qu'on se dise, bon, demain, la solution, c'est d'habiter les terrasses.
03:18Parce que, bon, quand on gâte Paris, il y a les toits en zinc partout,
03:21ça va être compliqué.
03:22Mais moi, je trouve vraiment intéressant cette idée
03:24que la mobilité des personnes n'est pas à s'exploiter
03:26dans la réponse aux contraintes climatiques.
03:28Et c'est là où on arrive à avoir un peu une synergie
03:31entre des technologies plus récentes et un mode de vie plus ancien.
03:34Pendant près de 20 ans, André Ravero et Manuel Roche, sa compagne,
03:38s'imprègnent des modes de vie locaux et des documentes.
03:41Le travail de l'architecte est primé
03:42et il contribue à inscrire la ville de Gardaia
03:44au patrimoine mondial de l'UNESCO.
03:46Il nous lègue une leçon d'adaptation et de simplicité.
03:49La qualité de l'humain, c'est de s'arrêter quand c'est suffisant.
03:55Pour ce Mzab, c'est ce mot suffisant qui me paraît intéressant
03:59et qui leur a permis de ne jamais faire de monumental
04:03parce que le monumental, c'est toujours quelque chose en plus.
04:07Au Mzab, il n'y a rien en plus.
04:09Et pour occuper vos soirées d'été,
04:11ce livre raconte la redécouverte du Mzab par André Ravero.
Commentaires