00:00Dans le théâtre français, on pourrait dire qu'il y a Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Coltès,
00:03et puis le troisième mousquetaire, finalement, ce serait Didier-Georges Gabili.
00:07Disparu en 1996, Didier-Georges Gabili est en effet une figure singulière du théâtre français.
00:12Il reste pourtant moins connu du grand public que ses contemporains, eux aussi emportés prématurément.
00:17Comme eux, Gabili a laissé derrière lui une œuvre puissante, exigeante et souvent visionnaire.
00:22L'héritage de Gabili au théâtre, il est à la fois très visible et invisible.
00:27Ce serait comme un père qui a enfanté des enfants qui sont encore clandestins.
00:32Il a irrigué quelque chose, oui, dans la langue française.
00:35Malheureusement, les textes de Gabili ont été un peu oubliés, pas assez montés au théâtre, pas assez réédités.
00:41Formé en autodidacte, Gabili a d'abord été comédien à Tours et à Paris,
00:45auprès de metteurs en scène à l'avant-garde du renouvellement théâtral des années 70.
00:49Une expérience qui marquera sa conception de l'écriture, profondément liée au corps et à l'incarnation.
00:54On sent qu'il aimait les acteurs et qu'il écrivait pour eux.
00:58Et donc, c'est vraiment, chaque mot est un cadeau.
01:01Et c'est une langue qui est à la fois très tendre et très enragée.
01:04C'est sûr que c'est une langue qui peut paraître comme ça, à premier abord, ardu, un peu opaque.
01:09Mais en fait, dès qu'on commence à travailler, c'est assez fluide, c'est assez organique.
01:14C'est vraiment une langue pour les acteurs.
01:15Dans les années 80, ils fondent plusieurs collectifs de comédiens,
01:18dont le centre de recherche et de formation pour l'acteur,
01:20dont naîtra ensuite le groupe Cheng, des ateliers sans lieu fixe ni subvention,
01:25qui deviennent des espaces de recherche.
01:26C'était quelqu'un qui venait de la terre, Didier Georges.
01:29Il venait d'un milieu paysan, c'était pas du tout un intellectuel.
01:32Donc il a une langue qui est à la fois savante, on pourrait dire,
01:34et en même temps très ancrée dans le réel.
01:37Avec des pièces telles que Violence, Gibier du Temps ou Chimères et autres bestioles,
01:41Gabili construit une œuvre où se croisent les mythes antiques,
01:44la violence de l'histoire et les interrogations métaphysiques.
01:46Il conçoit le théâtre comme un lieu de confrontation avec le monde.
01:49C'était aussi un homme très politique.
01:51Il y a un texte qui s'appelle Cadavre si on veut,
01:53qui décrit il y a 30 ans comment on va dire les subventions pour la culture à des mâles
01:58et qui résonne malheureusement énormément aujourd'hui.
02:0130 ans après que les mots aient été écrits,
02:04on s'aperçoit qu'ils sont d'une acuité, d'une actualité incroyable.
02:07J'écris des mots, des phrases, des paragraphes, des chapitres biffés, rayés, raturés.
02:16Un champ de bataille où les masses noires l'emportent sur les blanches,
02:20avec les flèches et les traits qui désignent et qui tuent,
02:23avec les cadres qui préservent, les châteaux de sens insensés,
02:27appelés à leur tour à se faire assiéger par le doute,
02:31et reviennent alors les flèches et les traits.
02:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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