00:00On va parler évidemment de ce qui s'est passé ce matin avec le gouvernement et ce Conseil des ministres.
00:06La ministre de l'écologie, Monique Barbu, qui a confirmé son départ sur les réseaux sociaux au départ
00:11et elle s'opposait bien sûr au projet de loi agricole qui a été adopté au Parlement,
00:15qui prévoit la réintroduction de certains pesticides interdits jusqu'alors.
00:19Mais Emmanuel Macron a refusé sa démission lors du premier Conseil des ministres ce matin.
00:26Un départ qui fragilise le bloc central.
00:30Première question à Mathieu Hock.
00:33Est-ce que le chef de l'État en refusant cette démission a-t-il voulu protéger le reste du
00:38socle commun
00:38qui s'est largement divisé lors de la loi sur l'urgence agricole ?
00:42En tout cas, s'il a voulu faire ça avec cet objectif-là, ça risque d'être de mal se
00:49passer
00:49puisqu'en réalité ce qu'il fait c'est qu'il amplifie et qu'il acte la fracture au sein
00:54du socle commun.
00:56Puisqu'il faut rappeler que dans le socle commun figurent malgré tout encore des ministres
01:01anciennement issus des Républicains et donc notamment Annie Gennevard,
01:04même si depuis le départ de Bruno Retailleau les choses ont un peu changé.
01:08Pour autant, on voit bien qu'il y a un clivage entre les parlementaires issus de l'aile droite de
01:15la Macronie
01:15et des Républicains avec un clivage plutôt qui vient du bloc central historique
01:21donc plutôt du parti Renaissance d'Emmanuel Macron et qui aujourd'hui se fracture sur la question agricole
01:28alors même pour autant que les agriculteurs, et ça c'est quelque chose qu'il faut peut-être rappeler
01:32d'un point de vue de la sociologie électorale, les agriculteurs sont plutôt des gens qui votent
01:36pour la droite républicaine et qui ont même voté en premier lieu en 2022 pour Emmanuel Macron
01:41qui ont placé Emmanuel Macron en tête par rapport au Rassemblement National ou à Jean-Luc Mélenchon.
01:45Donc c'est un problème effectivement d'équation politique au niveau parlementaire
01:48mais ça va être aussi un problème entre guillemets dans la légitimité, dans la légacy,
01:54si je reprends le terme que prend le Président de la République, vis-à-vis du monde agricole.
01:57Alors Alexandre Malafaille, comment vous interprétez cette démission finalement refusée
02:01par le Président de la République ?
02:03Peut-être qu'Emmanuel Macron a expliqué à Madame Barbu que dans Transition écologique
02:07il y avait le mot transition et qu'effectivement on peut avoir des convictions écologiques,
02:11il faut les avoir de manière chevillée au cœur parce qu'il y a de vrais sujets
02:14mais pour autant c'est pas une religion, c'est pas un dogme, c'est pas une idéologie l'écologie,
02:18c'est quelque chose de très concret et donc la question aujourd'hui qui se pose à nous tous
02:21que ce soit sur l'usage de certains produits ou sur la protection de la nature
02:25et sur nos comportements en général par rapport aux enjeux climatiques et sécuritaires
02:31sur le plan sanitaire parce qu'effectivement les pesticides c'est pas le lien direct avec le réchauffement
02:34mais par contre c'est important sur l'impact que ça a sur la nature, sur la faune, sur la
02:37flore,
02:38tout ça mérite de donner effectivement et les moyens et du temps.
02:40Oui mais certains agriculteurs quand on les interroge nous disent
02:43l'agriculture raisonnée c'est très bien mais vous avez des humains qui prennent des antibiotiques,
02:48pourquoi on ne pourrait pas leur donner quelques éléments, quelques médicaments
02:52que ce sont les pesticides mais de manière effectivement raisonnée ?
02:56Vous voyez ce que je veux dire ?
02:57Aujourd'hui sur un centre de produits le problème c'est qu'on n'a pas encore trouvé
03:00les bonnes solutions pour garantir performance, rendement, culture, etc.
03:04Donc en effet il y a des recherches qui sont en cours notamment pour les êtres homicides,
03:07on est en train d'essayer de faire le job mais c'est encore pas à maturité.
03:10Donc tant qu'on n'aura pas trouvé la bonne solution sur préserver nos cultures
03:14à un niveau de production et de coût qui est satisfaisant,
03:17il faut donner encore un peu de temps au temps.
03:19Mais c'est pour ça qu'elle a raison si c'est simplement la motivation qu'il a convaincu
03:23de rester pour essayer d'accompagner ces démarches
03:25plutôt que de claquer la porte au nom d'un espèce de primat d'idéologie.
03:28Moi je pense qu'il faut être très pragmatique sur ces questions-là
03:30parce qu'en effet quand vous avez des produits qui détruisent une partie de la faune
03:33pour préserver une partie de la flore, il faut se poser la question bénéfice-risque.
03:37A court terme c'est peut-être bien, à moyen-long terme c'est sûr que si vous avez un
03:40impact
03:40sur les abeilles dans une zone géographique donnée, ça a des conséquences.
03:42C'est ce que disent les agriculteurs effectivement.
03:44On va écouter sur Europe 1 à 13h21,
03:46Maude Brejon qui est la porte-parole du gouvernement
03:49et qui réagit à la démission finalement refusée du Président de la République
03:53de la ministre Monique Barbu.
03:54La ministre de l'écologie a effectivement présenté sa démission au Président de la République.
04:00Ils ont convenu d'un désaccord sur la loi agricole telle qu'elle a été votée au Parlement
04:06et non pas telle qu'elle avait été présentée et proposée par le gouvernement.
04:11Le Président de la République a refusé sa démission
04:14et ils se sont en revanche accordés sur trois piliers fondamentaux qui fondent son action.
04:19la question des forêts, la question de l'eau et la question de la santé environnementale.
04:24Trois piliers, trois chantiers donc sur lesquels Monique Barbu a accepté de rester pleinement investie.
04:32Voilà la porte-parole du gouvernement, Maude Brejon.
04:35Alors Emmanuel Macron a usé huit ministres de l'écologie en dix ans.
04:40Je dis bien huit ministres.
04:41Est-ce que ces huit ministres en série,
04:44est-ce que ça ne traduit pas une absence de véritable politique écologique du chef de l'État pour vous
04:48Mathieu Hock ?
04:49En fait, pour répondre à votre question,
04:50ce qui est difficile à dire sur le bilan du Président de la République,
04:54sur les questions environnementales,
04:55et nous on a travaillé sur le bilan d'Emmanuel Macron sur ces deux quinquennats,
04:58en fait c'est qu'il n'y a pas de mesure totémique phare
05:01qui pourrait illustrer sa politique environnementale.
05:04Si vous prenez les autres sujets, on peut être pour ou contre,
05:06mais sur les questions économiques, il y a eu la volonté de faire une politique d'offre.
05:09C'est un aspect qu'il a mis en avant.
05:12Sur la question du numérique, il a fait la Startup Nation.
05:15Donc il y avait une politique dont on est capable de donner une mesure,
05:20ou en tout cas un cap.
05:21Sur la question environnementale, il a fait beaucoup de changements.
05:24Au départ, il était sur les questions énergétiques,
05:26il a été très contre le nucléaire en voulant,
05:29sur la base du logiciel social-démocrate,
05:31baisser la part du nucléaire dans le mix énergétique pour favoriser les ENR.
05:34Il est revenu sur ces sujets-là.
05:37MaPrimeRénov', donc la rénovation thermique des logements,
05:40n'a pas abouti au nombre de...
05:43Le DPE, c'est un peu la catastrophe pour les propriétaires.
05:46C'est comment faire ?
05:47Et en plus, il n'est même pas allé au bout de sa logique.
05:50C'est pour ça que je dis qu'on aime ou qu'on n'aime pas.
05:52Et sur les questions agricoles, là, un vrai problème qu'il a,
05:54c'est que la crise agricole dure depuis janvier 2024.
05:59En réalité, elle couvait depuis bien plus longtemps.
06:01Mais il n'a plus rien à offrir aux agriculteurs.
06:02Nous, on avait sorti un rapport juste en quelques secondes
06:04sur comment un gouvernement répond à une crise agricole.
06:07Il y a plusieurs manières de faire.
06:08La première est souvent, historiquement,
06:10ce qu'on fait depuis les années 90, c'est la politique du chèque.
06:12On voit bien qu'avec 130 milliards d'euros
06:15inscrits au déficit public de l'année 2026,
06:18il n'y a plus d'argent à donner supplémentaire aux agriculteurs.
06:21On se souvient des aides à TAL,
06:22c'était 400 millions d'euros rapportés au nombre d'agriculteurs.
06:24Ça ne fait pas grand-chose.
06:25Et la deuxième chose, c'est les aider sur des pesticides,
06:30exemptés sur des pesticides pour qu'ils soient plus compétitifs
06:33par rapport aux acteurs européens et aux acteurs internationaux.
06:36Et là, pour le coup, ça ne fonctionne pas.
06:37Je voudrais poser une question à Alexandre Malafaille sur la loi elle-même.
06:41Cette interdiction, c'est la règle, on est d'accord sur les pesticides,
06:45mais l'utilisation reste une exception.
06:48Est-ce que c'est une mesure indispensable à l'agriculture française
06:52pour conserver sa compétitivité ?
06:54Est-ce qu'on pouvait s'en passer ?
06:55Est-ce qu'il fallait absolument cette nouvelle loi,
06:57cette loi qui réintroduit certains pesticides
07:00pour que l'agriculture française puisse nourrir les Français ?
07:02Est-ce que c'est ça l'enjeu ?
07:03J'allais vous dire, c'est une question de choix politique.
07:05C'est que voulons-nous, à l'époque où on parle de souveraineté alimentaire
07:09et de sécurité alimentaire, que voulons-nous ?
07:11Est-ce qu'on veut, sur certaines filières,
07:12il n'y en a pas 50 qui sont vraiment concernées,
07:14c'est pour ça qu'on parle d'exception,
07:15parce que malgré tout, depuis les dernières décennies,
07:17l'agriculture française a fait des progrès considérables
07:19sur l'usage des intrants, des pesticides, etc.
07:21On a plutôt été très performants
07:22et on arrive à un niveau d'exemplarité
07:25par rapport à ce qui se fait dans le monde
07:26qui est plutôt assez remarquable.
07:28Mais dans certaines filières, sur les noix,
07:30sur la betterave, etc.,
07:31vous avez encore des problématiques de fond.
07:33C'est-à-dire que si vous décidez effectivement
07:34de supprimer ces produits,
07:35on l'a vu avec la filière betterave,
07:36vous faites un choix politique.
07:37Mais dans ces cas-là, vous assumez le fait
07:39qu'on ne fera plus de betterave
07:40et donc on ne produira plus de sucre en France.
07:41C'est un choix.
07:42Mais dans ces cas-là, on va jusqu'au bout de la démarche,
07:44on le dit aux agriculteurs qui sont concernés,
07:46on assume les conséquences en termes d'importation,
07:49on accepte d'importer des produits
07:50qui seront produits avec un niveau de norme
07:52moins important que chez nous
07:53et on prend en charge les perdants.
07:54C'est-à-dire ceux qui sont effectivement laissés sur le compte,
07:56on leur dit écoutez, on ne veut plus de votre activité,
07:59on vous accompagne pour en faire une autre
08:00et qu'ils soient effectivement compagnies
08:01et qu'ils nous onorent à nous.
08:02C'est un tableau assez négatif
08:04de dire que l'agriculture française,
08:05pendant des années, a été exportatrice
08:07et maintenant devrait importer des produits.
08:10Mathieu Hock, on rappelle que cette loi
08:11va concerner la betterave, les pommes de terre,
08:13les pommes, pardon, les cerises et les noisettes.
08:16Bon, est-ce que vraiment ça va changer la donne
08:20pour l'agriculture française ?
08:21Est-ce qu'il ne faut pas peut-être élargir au blé, au colza ?
08:25En fait, quand vous regardez l'agriculture française,
08:27ce qui est très marquant,
08:28c'est que vous avez quelques filières.
08:30En réalité, on parle de modèles agricoles excédentaires.
08:32Déjà, sur les neuf premiers mois de l'année 2025,
08:36l'agriculture française est déficitaire
08:39sur sa balance commerciale.
08:40C'est historique.
08:41Ça n'était jamais arrivé depuis 50 ans.
08:43Donc ça, c'est le premier point.
08:44Et surtout, c'est qu'en fait, nous, on avait travaillé dessus.
08:46En fait, il y a trois filières agricoles
08:49qui, en fait, masquent une myriade de déficits.
08:52Vous avez effectivement la filière viticole,
08:54c'est celle qui exporte le plus,
08:55la filière agroalimentaire et les blés.
08:57Et les blés, depuis la guerre en Ukraine,
08:58sont en difficulté.
09:00Donc, un des enjeux que l'agriculture française a,
09:03c'est que vous avez une myriade de filières.
09:05Vous avez cité des filières, la betterave,
09:07les noisettes, les fruits également.
09:09On pourrait rajouter aussi la pêche
09:11qui sont aujourd'hui structurellement importatrices.
09:14Et ne pas mettre en place cette loi
09:17qui est donc d'exemption sur certains pesticides
09:19dans ces filières-là,
09:21ça veut dire que vous continuez
09:22à entraîner vers le bas ces filières
09:26parce qu'elles sont...
09:26Si je peux dire, le bilan à la fin de la foire
09:28de l'année 2026,
09:29parce qu'avec les sécheresses dramatiques
09:31que nous avons vécues,
09:32je pense que le niveau de rendement
09:33et de performance en matière d'export
09:34vont être encore en deçà
09:35quand on aura terminé l'année.
09:37Merci.
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