00:00C'est l'heure de l'édito politique de Quentin Gérard.
00:03Quentin, quelques jours après avoir été menacé par la DZ mafia,
00:08nouvelle génération entre guillemets, le maire d'Alès, Christophe Rivain,
00:11qui a dû être exfiltré en urgence de son domicile dans la nuit de lundi à mardi
00:15pour une suspicion de voiture piégée.
00:18Quentin, c'est un nouveau cap qui a été franchi par les narcotrafiquants.
00:22Oui, un nouveau cap terrifiant.
00:24En réalité, la France est désormais en guerre.
00:26Pas contre le Covid comme le prétendait un temps Emmanuel Macron,
00:29pas contre la Russie, mais contre le narcotrafique.
00:32Je ne suis pas certain que tout le monde mesure vraiment ce qui est en train de se jouer.
00:36Dans la nuit de lundi à mardi, Christophe Rivain, maire des Républicains d'Alès,
00:41a été exfiltré en pleine nuit par le RAID
00:44parce que les autorités craignaient une voiture piégée devant son domicile.
00:48Quelques jours plus tôt, des tags DZ mafia étiquetés nouvelle génération
00:52avaient été retrouvés sur le mur de sa clôture.
00:55Et surtout, cette enveloppe glissait dans sa boîte aux lettres
00:58avec deux cartouches de 9 mm à l'intérieur.
01:02Un élu de la République menacé de mort à son domicile
01:05peut être la cible d'un attentat.
01:07Tout ça parce qu'il a le tort de combattre l'hydre du narcotrafic.
01:11Et à travers ce cas, Quentin, c'est toute la démocratie finalement qui est prise en otage.
01:15Exactement. Les narcotrafiquants sont désormais si puissants, si sûrs de leur impunité,
01:20qu'ils s'en prennent sans vergogne aux personnalités politiques.
01:23Le parquet national anticriminalité organisé, qui s'est d'ailleurs saisi de l'enquête,
01:28a déjà alerté sur le risque d'un basculement vers des violences ciblées
01:32contre les élus, contre les magistrats, contre les journalistes.
01:35Eh bien voilà, nous y sommes.
01:37On est passé de la pression et de la tentative de corruption,
01:40menace de mort explicite et au passage à l'acte.
01:43Le cas d'Amine Kessassi, ce jeune militant marseillais
01:46dont la tête a été mise à prix et qui a déjà perdu deux frères assassinés,
01:50aurait dû nous alerter.
01:52Cette fois, c'est une urgence nationale.
01:54Qui peut encore prétendre que la France n'est pas en train de se mexicaniser
01:58ou qu'elle n'est pas en train de ressembler à l'Italie des années 80 ?
02:02Un pays où un député a été abattu après avoir voulu confisquer des biens à des mafieux
02:07où un vice-président de région a été assassiné pour avoir refusé
02:11qu'un gang infiltre la santé publique,
02:13sans parler de tous les magistrats et journalistes tués
02:16pour s'être approché un peu trop de la vérité.
02:19Le journaliste italien Roberto Savioni le répète depuis 20 ans.
02:24Le narcotrafic n'est pas une menace parmi d'autres.
02:27Son emprise signifie tout simplement la fin de l'État
02:30et en France, le risque d'en arriver là n'est pas écarté.
02:33Roberto Saviano.
02:34Saviano.
02:35Saviani, j'ai dit.
02:36Quentin, l'État français, justement, face à tout cela,
02:39semble à court de munitions.
02:41Oui, c'est le cas de le dire.
02:42La loi contre le narcotrafic, entrée en vigueur l'année dernière,
02:45a du bon avec le lancement du parquet national anticriminalité organisé
02:49ou la création de prisons de haute sécurité.
02:52Mais face à la puissance de feu actuelle des narcotrafiquants,
02:55l'État, en réalité, reste bien démuni.
02:58Le narcotrafic en France, ce sont des moyens quasi illimités.
03:01Au grand minimum, 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
03:04200 000 personnes gravitent dans ces réseaux,
03:07dont 10 000 mineurs en face.
03:09Un État obèse qui dépense pour tout,
03:11sauf pour sa mission première, à savoir protéger ses citoyens
03:14sur 100 euros de dépenses publiques.
03:16Le régalien tout entier pèse 6 euros, 2 euros pour la police,
03:20même pas 1 euro pour la justice.
03:22Comment prétendre, dans ces conditions-là, gagner une guerre avec ses munitions ?
03:27Et même sur le reste, la France, en réalité, est à la traîne.
03:30On évoquait l'Italie juste avant.
03:32Dès que la mafia y a pris une place disproportionnée,
03:35Rome a réagi, par exemple, en créant le délit d'association mafieuse
03:39qui permet de condamner lourdement un membre d'une organisation criminelle
03:43sans même avoir d'acte précis à lui reprocher.
03:46La France en est encore très loin.
03:48Si elle ne se réveille pas maintenant,
03:50il risque bientôt d'être trop tard.
03:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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