00:00Le vote solennel de la loi sur la fin de vie qui légalise l'aide active à mourir, en d
00:04'autres termes, l'euthanasie, aura lieu aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
00:07Mais on vient d'apprendre que le Premier ministre Sébastien Lecornu saisira, en cas de vote favorable, le Conseil constitutionnel.
00:15Oui, on a le sentiment au fond que vient enfin l'heure du doute.
00:19Je dis enfin parce que le gouvernement n'a pas particulièrement manifesté de marques de défiance à l'égard de
00:24ceux qui, au contraire,
00:25travaillé sur un texte le plus jusqu'au boutiste possible.
00:29Mais là, sur le fil, alors qu'en effet, ce texte a été vidé de ses garde-fous et que
00:33les cas de conscience se multiplient, y compris chez les parlementaires,
00:37Sébastien Lecornu a indiqué son intention de saisir le Conseil constitutionnel, non pas sur l'ensemble du texte, mais au
00:42moins sur une partie de ses dispositions.
00:44Et cette annonce surprise apparaît évidemment comme un signe de fébrilité, même de défiance dans la dernière ligne droite du
00:49vote de la réforme.
00:50On nous indique du côté des services de Matignon que cette initiative du Premier ministre comprend dans le dos d
00:55'Emmanuel Macron,
00:56et certainement pas avec son accord.
00:57Alors plus encore que la forme, c'est le fond qui importe.
01:00Les sages seront saisis sur trois points clés qui avaient déjà été soulignés auparavant par le Sénat,
01:05comme étant vraiment des points importants qui menaçaient l'ensemble de l'équilibre du texte.
01:10D'une part, le droit de rétractation des malades, qui serait insuffisamment long et sérieux.
01:15La situation des majeurs protégés, il y a notamment tout un imbroglio autour d'un fichier
01:20qui permettrait aux soignants d'identifier ces majeurs protégés,
01:23lequel fichier pour le moment n'existe pas, donc c'est évidemment un garde-fou qui manque.
01:26Et puis l'obligation, on en a beaucoup parlé sur cette antenne,
01:28pour tous les établissements de santé ou médico-sociaux de pratiquer l'aide à mourir,
01:32indépendamment par ailleurs de leurs valeurs,
01:34ce qui pourrait pousser des couvents comme les petites soeurs des pauvres
01:36à devoir mettre la clé sous la porte en ne pouvant plus continuer comme avant leur mission de soins.
01:40Ces points montrent la fragilité du texte qui s'est peut-être retrouvé finalement
01:45trop entre les mains de partisans jusqu'au boutiste de l'aide à mourir
01:49qui n'ont pas pris suffisamment en compte les réserves des parlementaires
01:52qui ont été émises pendant les débats.
01:54On voit bien que le rôle qu'a joué le Sénat aussi dans le fait de souligner
01:58ces points clés à accompagner la décision du Premier ministre,
02:02on a donc un doute éthique mais aussi un doute démocratique
02:05puisque au fond, cette hostilité du Sénat, ce bras de fer entre les deux assemblées
02:10nous permet de poser cette question.
02:12Est-ce que la loi, si elle était votée en l'État,
02:13reflèterait fidèlement l'ensemble de la volonté du peuple ?
02:16Alors étonnamment, Sébastien Lecornu, qui était jusque-là le moine soldat du gouvernement,
02:21n'est pas sur la même ligne, semble-t-il, qu'Emmanuel Macron sur ce sujet ?
02:24Oui, on savait que Sébastien Lecornu avait plus que des réserves,
02:26il était hostile au texte, mais jusqu'à maintenant, le gouvernement avait laissé faire,
02:29voire même avait accompagné certains des députés les plus favorables au texte
02:33dans la façon dont ils ont enlevé un certain nombre de garde-fous de la loi.
02:37Mais ici, on peut se douter que le Premier ministre a peu apprécié d'abord
02:41de se voir dicter l'agenda par un président de la République
02:43qui lui était pressé, qui avait exigé en personne,
02:46au cours d'une réunion à laquelle le Premier ministre n'était pas convié,
02:48d'accélérer le calendrier parlementaire,
02:50peut-être pour se débarrasser de ce texte qui finissait par lui coller au doigt
02:53comme le sparadrap du capitaine Haddock,
02:54alors même que la visite du pape était prévue dans quelques mois
02:57et que, semble-t-il, Léon XIV aurait démarché le président de la République en personne
03:02pour lui faire part de sa réprobation, c'est ce qu'on a appris hier.
03:04Et puis, peut-être aussi qu'Emmanuel Macron a vu avec inquiétude
03:07s'amenuiser le nombre de députés favorables au texte
03:09en se disant que le temps profitait aux adversaires de l'euthanasie.
03:12C'est Guillaume Tabard au Figaro qui a sorti sa calculette,
03:15on comptait 103 voix d'écart pour le premier vote à l'Assemblée nationale,
03:18il n'y en avait plus que 63 la dernière fois.
03:20Au fond, le temps, et surtout la progression des débats,
03:22ont vidé les rangs des soutiens au texte.
03:24Ça veut dire que les députés aussi sont en proie au doute aujourd'hui ?
03:27Sans doute, et comment ne le serait-il pas ?
03:29Au fond, Gérard Larcher ou Sébastien Lecornu certes se donnent bonne conscience
03:32en s'en remettant au Conseil constitutionnel,
03:34mais ça n'amputerait que la loi de ses aspects les plus graves.
03:37Au fond, les seuls qui sont véritablement aux prises avec leur conscience ici,
03:41ce sont les parlementaires, ils sont face à leur conscience
03:43et face à l'histoire aussi, face à un texte qui fragmente un peu plus encore
03:46le lien entre les générations et qui met en péril l'idée
03:49que nous faisions du soin dans notre système de santé.
03:52Il n'y aura que deux attitudes possibles, votez pour ou votez contre.
03:54Les abstentionnistes ici seront par leur réserve sur le banc de l'histoire.
04:00Une voie après l'autre, ces députés, désormais,
04:02qui seront seuls face à leur conscience, seront peut-être pris de vertige.
04:06Preuve que le murmure parfois de la conscience personnelle,
04:08intime, est plus fort que le vacarme médiatique.
04:11On en voit beaucoup, même à gauche,
04:12qui s'étaient jusqu'ici abstenus en évoquant des réserves personnelles.
04:16Que vont-ils faire maintenant dans le vote tout à l'heure
04:18face à cette loi qui, encore une fois,
04:20crée un bouleversement anthropologique sans précédent ?
04:22Nous le verrons, mais encore une fois, le vote est loin, loin d'être remporté.
Commentaires