Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 14 heures
Il y a tout juste 50 ans, une athlète marquait l’histoire du sport à jamais, une gymnaste roumaine de 14 ans bluffait tout un jury au point d’obtenir la note de 10 aux barres asymétriques… Mais alors qu’on aurait pu croire qu’elle savourerait son exploit et vivait cette nouvelle renommée avec bonheur, on comprend aujourd’hui que Nadia Comaneci devenait un outil de communication pour Ceau¿escu, qui dirigeait alors la Roumanie d’une main de fer… Alors, comment les pouvoirs autoritaires se sont-ils servis des sportifs pour diffuser leur propagande ? S’en servent-ils encore ? Et d’ailleurs, est-ce que seul les dictatures utilisent les athlètes comme des trophées au service de leur pouvoir ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Nadia Comaneci, la gymnaste et le dictateur, un film de Paula Rapaport.
00:05Quel parcours singulier, quelle pression sur les épaules de cette jeune athlète.
00:10Une vie percutée par des enjeux politiques qui l'ont un petit peu dépassé.
00:13Les sportifs et sportives vivent-ils encore de telles situations ?
00:18Sont-ils des objets du pouvoir, des trophées ?
00:20Et est-ce que ça se passe seulement dans les régimes autoritaires ?
00:23On va se poser toutes ces questions avec nos invités.
00:26Béatrice Barbus, bienvenue, vous êtes sociologue du sport,
00:29enseignante chercheuse à l'université Paris-Est-Créteil.
00:32Vous êtes également dirigeante sportive et vous avez fait partie du comité national
00:35pour renforcer l'éthique et la vie démocratique dans le sport.
00:38Vous êtes vous-même une ancienne sportive de haut niveau, vous c'était le handball.
00:42Pierre-Louis Bass, bienvenue, vous êtes écrivain et journaliste.
00:45Le monde du pouvoir ne vous est pas du tout étranger,
00:47puisque vous avez conseillé François Hollande à l'Élysée.
00:50Vous avez récemment publié « Ma nuit en plein jour » chez En Exergue Édition,
00:54ouvrage dans lequel vous alertez sur la précarisation sociale et culturelle
00:57qui mène au vote extrême.
00:59Aux mêmes éditions, vous avez également publié « La ruée vers l'or »,
01:03prix du beau livre de l'Académie des écrivains sportifs
01:05avec les dessins d'Ernest Pignon-Ernest.
01:08Lucas Aubin, bienvenue à vous également,
01:10directeur de recherche à l'IRIS, en charge du programme sport et géopolitique
01:13et de l'Observatoire géopolitique de l'espace post-soviétique.
01:17Vous êtes l'auteur de nombreux ouvrages.
01:19Le plus récent, le voici, « Les états fantômes » aux éditions Erol,
01:24mais je vais également citer « Géopolitique du sport » ou encore « La guerre du sport ».
01:28Laurie Delossal, bienvenue, journaliste sportive engagée,
01:31fondatrice de l'association « Femmes journalistes de sport »
01:34et vice-présidente de l'Union des journalistes de sport en France.
01:38Vous êtes la co-autrice avec Cécile Gray de « Championnes 90 sportives exceptionnelles »
01:44aux éditions de La Martinière et parmi les sportives que vous citez dans votre livre,
01:48évidemment, il y a Nadia Comaneci.
01:50Merci à tous les quatre d'être ici.
01:52Voilà un film qui, au-delà des performances sportives extraordinaires de Nadia Comaneci,
01:56nous dit beaucoup de la façon dont la pauvre enfant a été utilisée,
02:01instrumentalisée par un régime soviétique dictatorial,
02:04en l'occurrence celui de Ceausescu.
02:06Nadia Comaneci, faible et fragile face à un pouvoir qui la dépasse.
02:10Ça semble être le parti pris de ce film.
02:12Lucas Aubin, est-ce qu'il faut présenter les choses ainsi ?
02:15Est-ce qu'on peut dire que Nadia Comaneci a été faible et fragile
02:19face à un pouvoir qui l'a instrumentalisé ?
02:21Alors, faible et fragile, je ne dirais pas jusque-là,
02:23je pense qu'elle n'avait tout simplement pas le choix.
02:25En fait, comme la plupart des athlètes de l'époque dans les régimes communistes,
02:29il faut se souvenir qu'on avait la Roumanie, on avait la Yougoslavie,
02:32on avait l'Union soviétique.
02:33Tous ces régimes avaient pour objectif d'utiliser le sport
02:36pour montrer que leur modèle communiste du sport
02:39était supérieur au modèle capitaliste du sport
02:41et donc au modèle capitaliste tout court.
02:43Évidemment, les États-Unis en figure de proue, bien sûr,
02:46c'était les ennemis et donc on avait une guerre froide du sport.
02:49Cette guerre froide du sport, bien entendu,
02:52elle entraînait un certain nombre de moyens très importants
02:54à l'échelle internationale.
02:55Et quand vous êtes une athlète aussi jeune que Nadia Comaneci à l'époque,
03:00c'est très difficile de s'opposer à un régime de cette façon-là.
03:03– Oui, est-ce qu'on peut dire qu'elle a été faible et fragile,
03:07instrumentalisée par Ceausescu, on peut le dire comme ça ?
03:09C'est vraiment ce que nous dit ce film, on en sort de là avec cette idée,
03:12cette conviction.
03:13– Je pense qu'on aurait tort de considérer qu'il n'y avait qu'un bloc,
03:17c'était bloc contre bloc, parce que le bloc soviétique est une chose,
03:21mais enfin, quand on n'était pas nazi et qu'on ne voulait pas lever le bras,
03:24en 1932-33, comme Sine-Lard, l'Autrichien,
03:27on était tout simplement assassiné par la Gestapo.
03:29Donc les choses, y compris même d'ailleurs dix ans avant, on en reparlera,
03:32dix ans avant Nadia Comadeci, lorsque Tommy Smith lève le poing,
03:36il fait ses valises le lendemain et les gens ne savent pas,
03:39il faut l'expliquer, que celui qui le vire,
03:41le président du comité olympique américain s'appelle M. Brandedge,
03:45c'est un nazi qui portait les valises de Hitler en 1936
03:48et qui finira toujours jusqu'en 1974 ou 1975, raciste, antisémite,
03:53en fait il avait tout le CV, il était donc en charge du sport.
03:56Et donc les blocs ne sont pas nouveaux.
03:59Mais c'est vrai que Nadia Comadeci, bon, moi j'ai trouvé le film merveilleux.
04:02Peut-être parce qu'il s'arrête sur ce que, bien sûr on les voit mourir comme des chiens,
04:09les deux là, contre un mur de salpêtre en 90,
04:12mais c'est quand même merveilleux de voir cette fille, sa volonté.
04:16J'aime bien l'entraîneur aussi, parce que l'entraîneur,
04:19bon il était sans doute aux ordres de la securitate,
04:21mais il l'accompagne pendant l'adolescence, il remet ça.
04:25Et puis elle, excusez-moi, c'était en temps réel dans le film,
04:27on l'a revue comme une plume à 14 ans avoir sa note de 10.
04:33Moi j'étais bon public, j'ai trouvé que c'était, bien sûr qu'à la politique,
04:38mais je crois que ce film est beau pour autre chose.
04:41– Béatrice Barbus, on voit, oui, une jeune fille qui est instrumentalisée par le pouvoir
04:45et puis qui rend fière tout un peuple aussi,
04:47et puis on sent toute une population, tout un pays qui s'approprie l'athlète,
04:52j'allais dire même jusqu'à son corps, jusqu'à sa vie.
04:54– Ce qui est certain, et le documentaire, je vous rejoins,
04:57moi j'ai beaucoup aimé parce qu'il est écrit aussi à la première personne,
05:00c'est Naga Komanetsi qui derrière parle et qui dit,
05:03voilà, il y a plusieurs façons de raconter une histoire,
05:05et là c'est moi qui vous la raconte l'histoire,
05:08et donc là ça fait écho à son livre qu'elle a écrit bien évidemment,
05:10et pourquoi ça a été un trésor national, comme il est dit dans le documentaire,
05:16parce que c'est aussi, ça arrive dans un certain contexte,
05:20il y a un contexte d'abord qui est très bien expliqué dans le documentaire d'expansion,
05:25et puis après c'est un contexte un peu plus compliqué pour les Roumains,
05:30pour y avoir été à plusieurs reprises juste après la chute et la mort de Ceausescu,
05:36pour ma part, pour y avoir enseigné plusieurs années consécutives,
05:38je peux, j'ai, en regardant le documentaire, j'ai des souvenirs qui me sont revenus,
05:45et je peux vous dire que j'avais beaucoup d'empathie pour ces Roumains,
05:49parce que je vois vraiment ce qu'ils ont pu vivre,
05:51et c'est vrai que quand l'actrice témoigne qu'elle revoit les images de l'exploit de Nadia Comaneci
06:00lorsqu'elle fait 10,
06:01et que, je ne sais plus, je n'ai pas calculé, mais 50 ans, 60 ans après,
06:04elle revoit ces images et qu'elle pleure,
06:07on se rend compte de ce que ça peut représenter pour un peuple,
06:10un peuple qui souffrait, qui ne mangeait pas à sa faim,
06:13qui ne pouvait pas rouler à sa faim non plus,
06:15il n'y avait pas d'essence, qui n'était pas logé forcément dans les meilleures conditions,
06:19moi je l'ai vu des années après, des décennies après,
06:22et c'était encore le cas, voire même pire,
06:25donc oui, ça a représenté quelque chose d'important,
06:29on parle de fierté nationale, de trésor national,
06:31elle a été tout ça, Nadia Comaneci.
06:33J'ai envie de vous dire que son exploit a marqué au-delà de la Roumanie.
06:39Largement, très largement, la preuve, on est là pour en parler encore une fois.
06:42Moi je peux parler à titre personnel, j'étais petite,
06:45et j'avais donc 11 ans,
06:48et je me souviens très très bien de cet exploit de Nadia Comaneci,
06:53devant ma télé, à avoir vu ça.
06:54Laurie de l'Hostel, c'est votre cas aussi, elle vous a marqué ?
06:58Non, c'est amusant.
07:00Elle est plus jeune que moi, c'est pour ça.
07:01Je me suis intéressée, beaucoup plus tard,
07:04c'est en lisant le livre, le roman de Lola Lafon,
07:07La petite communiste qui ne souriait jamais,
07:09je crois que c'est ça le titre,
07:11que je me suis intéressée à son histoire,
07:13je n'avais pas saisi avant ça toutes les subtilités de son histoire,
07:18et moi ce que j'aime dans l'histoire de Nadia Comaneci,
07:21c'est qu'elle est encore pleine de mystères,
07:24on ne sait pas tout,
07:24ce que j'aime dans ce documentaire,
07:25c'est qu'elle se réapproprie son histoire,
07:27pour moi c'est vraiment important.
07:28C'est son point de vue.
07:29C'est sa voix, c'est son point de vue.
07:31Mais voilà, ça garde plein de mystères,
07:34cette jeune fille, elle a été, dès ses 14 ans,
07:38effectivement récupérée par le régime,
07:40il y a quelque chose qui m'a toujours marquée,
07:41vous savez, cette histoire de médaille qu'on lui remet,
07:42quand elle revient au pays,
07:44elle est acclamée,
07:44on lui remet la médaille du mairie,
07:47du travail socialiste,
07:47et c'est vraiment, pour moi,
07:49c'est vraiment le moment où on lui met le saut du régime,
07:51c'est, tu nous appartiens,
07:53tu es à nous et tu représentes notre puissance,
07:58notre réussite,
07:59et tout au long de sa vie,
08:01parce qu'elle a 14 ans en 76,
08:05elle arrête sa carrière,
08:06elle a 20 ans seulement,
08:07je ne sais pas si vous vous rendez compte,
08:08après elle fuit,
08:09on lui fait tout un tas de reproches,
08:10et toute sa vie on lui a fait des reproches,
08:12et quand vous dites qu'elle est faible et fragile,
08:16ça arrangait bien le régime à ce moment-là,
08:17qu'elle ait cette image de fragilité,
08:19de faiblesse,
08:20je trouve qu'on était déjà dans une guerre de com',
08:23il y avait ces images d'elle,
08:25cette jeune fille toute frêle,
08:26face à ce régime, lui, surpuissant.
08:30Et au fond, elle ne l'était pas tant que ça.
08:31Et au fond, elle ne l'était pas tant que ça,
08:32et elle a montré tout au long de sa vie
08:33pour résister à toutes les pressions qu'elle a subies,
08:37et puis pour prendre sa liberté
08:38et s'échapper vers les Etats-Unis.
08:41Plus que Nadia Comaneci,
08:42c'est toute l'équipe roumaine de gymnastique
08:45qui va subir la pression de ce pouvoir.
08:47Et est-ce qu'au fond,
08:48ce ne sont pas des équipes entières
08:50qui servent de vitrine idéologique,
08:52hier, aujourd'hui encore,
08:54peut-être d'ailleurs demain ?
08:55Je vais vous poser la question
08:56après la description de la situation
08:58d'une ancienne membre de cette équipe de Roumanie,
09:01de cette équipe de gymnastique,
09:02dans le film.
09:03Écoutez.
09:04Nicolas et Ceausescu faisaient pression sur nous.
09:07La gymnastique avait rendu la Roumanie célèbre
09:10dans le monde entier,
09:11et nous étions donc censés gagner
09:13toutes les compétitions.
09:15Nous payons le prix
09:16de toutes leurs manœuvres politiques.
09:18Nous n'étions que des petites filles,
09:20et ils avaient fait de nous des pions
09:22dans leur jeu d'échecs.
09:25On s'aperçoit que ce n'est pas juste
09:27une jeune fille,
09:27c'est toute une équipe.
09:28Est-ce que c'est souvent arrivé,
09:30ça, dans l'histoire du sport ?
09:31Alors moi, je suis le plus ancien de la bande.
09:34Je ne dis pas que je suis le plus légitime,
09:35pas du tout,
09:36mais je suis le plus ancien.
09:37Et en plus,
09:38gosse de coco,
09:39une famille de communistes.
09:40Père-prof de gym,
09:41Nanterre,
09:42enfin j'ai tout,
09:42je tiens à tout.
09:43Donc,
09:44mais j'avais le regard déjà,
09:45il y a un geste dans l'histoire olympique
09:47qui est formidable,
09:48qui sort du cadre de Nadia Comaneci,
09:51mais qui, je trouve,
09:51résume tout.
09:52C'est le geste de Kozakiewicz,
09:54en 1980,
09:55contre les kassiques soviétiques,
09:57au saut à la perche.
09:58Parce que le type,
09:59il est champion olympique du saut à la perche
10:00et il fait un bras d'honneur
10:02à tous ceux qui le sifflent.
10:03Et donc,
10:04c'est une vraie révolte
10:05contre ce régime.
10:07Pour revenir à Nadia Comaneci,
10:09oui, une équipe, bien sûr,
10:10mais une équipe,
10:11oui,
10:11c'est toute une équipe qui souffre
10:12et puis c'est aussi la surveillance,
10:14la grande surveillance.
10:15Vous savez,
10:15moi,
10:16j'allais enfin,
10:16donc,
10:17j'allais,
10:18je faisais le tour des,
10:19avec une touriste,
10:21je regardais,
10:22la Bulgarie,
10:22la Roumanie,
10:23Constanza,
10:24tout ça.
10:24Et bien plus tard,
10:26quand j'étais à Europe 1,
10:26il se trouve que j'ai été peut-être
10:28le dernier à commenter
10:29un grand événement de sport
10:30en RDA,
10:3115 jours avant la chute du mur.
10:33Et puis,
10:33j'y allais aussi
10:34parce que j'aimais bien aller en RDA
10:35parce qu'on était avec des gens
10:36qui rêvaient de partir
10:39mais qui n'étaient pas en même temps
10:40dans le grand marché.
10:41Et ce que je veux dire,
10:42c'est que aujourd'hui encore,
10:44quand vous retournez dans ces coins-là,
10:45les gens vous donnent des rendez-vous
10:46dans des cafés
10:47parce qu'au téléphone,
10:49ils étaient écoutés.
10:50Voilà,
10:50pour répondre à votre...
10:51Donc,
10:52l'équipe toute entière,
10:53en effet,
10:53et tout un pays,
10:55était écouté.
10:56était écouté en permanence
10:57par les gens de la Sheikaruita.
11:00Et encore une fois,
11:00ce que je trouve de merveilleux
11:01dans ce film,
11:02c'est que tout ça,
11:03c'est une chose,
11:04mais on n'en oublie pas,
11:05vous avez raison,
11:07cette jeune fille
11:09qui quand même,
11:10attendez,
11:10il faut bosser quand même.
11:12Et puis,
11:12ce qu'elle fait,
11:13elle revient même au plus haut niveau
11:14en 80,
11:15en 78.
11:16Alors qu'elle s'est transformée.
11:17Alors qu'elle s'est transformée.
11:19Lucas Aubin,
11:19est-ce qu'on peut généraliser ?
11:20Est-ce qu'on peut se dire
11:21que les pouvoirs,
11:22d'ailleurs dictatoriaux
11:23ou pas dictatoriaux,
11:24ont souvent utilisé
11:26les sportifs
11:27à des fins idéologiques
11:28et comme des vitrines,
11:29comme des trophées ?
11:30Bien sûr,
11:31mais depuis le début
11:31en fait du sport moderne,
11:33quand on regarde
11:33les discours de Pierre de Coubertin,
11:36en fait,
11:36donc français,
11:37aristocrate,
11:38qui avait sa propre vision
11:39du monde,
11:40au moment où il décide
11:41de créer le comité international
11:42olympique
11:43et les premiers Jeux olympiques,
11:45lui en fait,
11:45ce qu'il dit,
11:46c'est qu'on va faire
11:47des Jeux apolitiques,
11:48neutres, etc.
11:49mais en fait,
11:49il va les construire
11:50à son image
11:50avec ses propres représentations
11:52du monde
11:52et ses propres représentations
11:54du monde,
11:54quelles étaient-elles ?
11:55Les femmes ne font pas
11:57de sport de haut niveau
11:58donc il les exclut
11:59lors de la première compétition.
12:01Les pays colonisés
12:02ne peuvent pas non plus
12:03participer à la compétition
12:04parce que le sport
12:06a supposément
12:07des vertus émancipatrices
12:09et il fait participer
12:10principalement
12:11des pays occidentaux
12:11lors de cette édition-là.
12:13Donc en fait,
12:13il avait sa vision
12:14et aujourd'hui,
12:15évidemment,
12:16cet héritage,
12:17il existe toujours.
12:18Alors,
12:18ce qui est intéressant,
12:19c'est qu'au lendemain
12:20de la Seconde Guerre mondiale,
12:21on a un bloc
12:21qui s'oppose
12:22au bloc occidental capitaliste
12:24qui est le bloc de l'Est
12:25communiste
12:26et qui va apporter
12:27un certain nombre
12:27de nouvelles représentations
12:29et ce qui est
12:29d'autant plus intéressant,
12:30c'est que depuis 1991
12:31et la chute de l'URSS,
12:33on est rentré
12:34dans un nouveau monde
12:35qui est lui maintenant
12:36non plus bipolaire
12:37mais multipolaire
12:38et on a énormément
12:39de modèles très différents
12:40qui cherchent
12:41d'instrumentalisation du sport
12:42qui cherchent
12:43à s'affirmer,
12:43à instrumentaliser le sport,
12:44bien sûr.
12:45Alors,
12:45on utilise le mot instrumentaliser
12:46mais en fait,
12:47c'est ni plus ni moins
12:48que de faire
12:48de la communication,
12:50du marketing.
12:51Selon les époques,
12:52en fait,
12:52on n'utilise pas
12:53les mêmes mots.
12:53On appelle ça
12:54soft power aujourd'hui,
12:55c'est la façon douce
12:56de le dire,
12:57mais c'est la même chose.
12:58On appelait ça
12:58la propagande avant.
13:00Je voudrais juste
13:01pour continuer là-dessus,
13:02je voudrais dire
13:02que le sport,
13:03c'est un outil.
13:05Souvent,
13:06on dit,
13:06il a des vertus.
13:07Non,
13:07il n'a pas des vertus
13:08en soi intrinsèque,
13:09c'est un outil.
13:10Donc,
13:10il est bon ou mauvais
13:11en fonction de ce que
13:12l'être humain en fait.
13:13Donc là,
13:14il est effectivement
13:14utilisé comme un outil
13:16de propagande politique
13:17par un certain nombre
13:18de pouvoirs
13:18et on le voit aujourd'hui
13:20par,
13:20tu l'as dit,
13:21je voudrais revenir
13:22sur 2024,
13:23Paris 2024.
13:24D'ailleurs,
13:25tu parlais d'un médaille
13:25de travail,
13:26c'était une manière
13:26de se réapproprier.
13:28Moi,
13:28j'ai été profondément marquée
13:30après la cérémonie
13:32de clôture
13:33quand notre président
13:34de la République
13:34a remis
13:36les insignes
13:36de la Légion d'honneur
13:37ou de l'Ordre national
13:38du Mérite.
13:39Qu'est-ce que vous y avez vu ?
13:40Qu'est-ce qui vous a choqué ?
13:42Moi,
13:42ça m'a choqué
13:43parce que j'ai eu
13:43ce sentiment
13:45qui se réappropriait
13:47les victoires
13:48de ces sportifs.
13:50Ça ne s'était jamais fait
13:51de manière aussi
13:52symboliquement
13:53forte,
13:54ostentatoire.
13:55Je ne sais plus
13:55où c'était
13:56sur le lieu de Paris,
13:57dans un grand lieu de Paris.
13:58C'est vrai qu'on a toujours
13:58on a tendance à croire
14:00que ce ne sont que
14:00les dictatures
14:01qui utilisent les sportifs
14:02mais au fond,
14:03à notre manière,
14:05nous aussi,
14:05en démocratie.
14:06Absolument.
14:07Moi, ça m'a profondément marquée
14:09et là aussi,
14:10il y a une instrumentalisation.
14:11On ne séquestre pas
14:13les athlètes.
14:14On parle de propagande
14:16quand on parle
14:16évidemment
14:17de régimes autoritaires
14:18et on parle de communication
14:20quand on parle
14:21de pays
14:22comme la France,
14:23par exemple.
14:24Là,
14:24tout bêtement,
14:25l'équipe de France,
14:26avant de partir
14:27à la Coupe du Monde,
14:29a rencontré
14:29le président
14:30Emmanuel Macron
14:32qui, de toute évidence,
14:34rendra visite
14:34aux joueurs
14:34de l'équipe de France
14:35s'ils sont en demi-finale,
14:37quand ça devient sexy
14:38finalement,
14:39en demi-finale
14:40ou en finale,
14:41ça s'est reproduit
14:43à chaque...
14:44On se sert toujours
14:45des sportifs
14:46pour briller
14:47à côté d'eux.
14:48C'est intéressant
14:48que vous preniez
14:48cet exemple
14:49parce qu'on a eu
14:49des réactions
14:50avant ce débat
14:51de la part
14:52de téléspectateurs
14:52et on a cette question
14:53de Lucas de Poissy
14:55qui dit
14:55comment est-ce que
14:55la France tire partie
14:56de la réussite
14:57de son équipe de football ?
14:58Donc, voyez,
14:59les Français se posent
15:00aussi cette question
15:00est-ce que les bleus
15:02vont être instrumentalisés ?
15:03On peut se poser la question.
15:05Oui, bien sûr.
15:06Ça a pu servir
15:08à différentes choses,
15:10notamment parfois
15:11pour juste passer
15:12à autre chose
15:13quand on a des...
15:14Des affaires embarrassantes.
15:16Des affaires embarrassantes
15:17ou des moments politiques,
15:18des séquences politiques
15:19difficiles.
15:20Ça sert tout bêtement,
15:21voilà.
15:21On se rapproche de la lumière
15:23donc on brille avec eux.
15:24On est plus beau
15:25quand on est à côté
15:26d'une équipe
15:26qui est championne,
15:27quand on est à côté
15:28des athlètes.
15:28Donc, voilà,
15:29il y a eu plein
15:30d'exemples
15:31et pas seulement
15:32avec Emmanuel Macron.
15:34Pour le coup,
15:34je pense qu'aucun président
15:35n'a échappé
15:36à cette tentation
15:38même quand il n'y pippait rien
15:39en football.
15:40Alors, ce n'est pas
15:40un phénomène nouveau
15:41en effet,
15:42y compris en négatif
15:43puisqu'en 1998,
15:44rappelez-vous,
15:45Le Pen,
15:45il y a trop de noirs
15:46dans les équipes,
15:47enfin bon,
15:47le refrain habituel,
15:49donc ce n'est pas...
15:50Cet aspect...
15:50Là, il n'est pas nouveau
15:51mais j'aimerais bien
15:52dire un mot
15:52sur ce qu'on peut appeler
15:53l'illibéralisme,
15:55c'est-à-dire
15:56une défiguration du sport
16:00absolument hallucinante
16:01aujourd'hui.
16:02C'est-à-dire qu'on a eu
16:04l'avare
16:04qui est l'invention
16:07de la vidéo
16:07avec...
16:08Si on m'avait dit
16:08qu'un jour,
16:08mon sport préférait
16:09verrait les arbitres
16:10faire ce geste
16:11de la télévision...
16:11Donc le football.
16:12Le football.
16:13Pour aller vérifier...
16:13En permanence,
16:16déresponsabiliser les arbitres
16:17et donner la place
16:18à l'image.
16:19C'est-à-dire...
16:20C'est ça,
16:21l'illibéralisme.
16:22C'est...
16:22On parlait de la dictature.
16:24Vous avez une romancière
16:26prix Nobel,
16:27Vietlana Aleksevitch,
16:28qui a dit
16:28une très belle chose,
16:28un peu violente,
16:30mais elle doit avoir raison.
16:31La dictature,
16:32c'est terrible,
16:33mais on peut la transgresser.
16:34Sous la torture, peut-être.
16:36Mais l'illibéralisme,
16:37on ne peut plus le transgresser.
16:38On est libre.
16:39On est libre.
16:40On est absolument libre.
16:42Libre de voir
16:42qu'il y a maintenant
16:43des pauses fraîcheurs
16:44dans des matchs.
16:45Oui, alors on s'éloigne
16:46un petit peu de notre sujet,
16:47mais...
16:48On est tout à fait dans le sujet,
16:49parce qu'on est en train
16:50d'assister.
16:51Est-ce que vous avez regardé
16:51les cérémonies
16:53d'ouverture des matchs ?
16:55Ce sont les gladiateurs.
16:56Hier.
16:57Là aussi,
16:57il y a du message politique.
16:59Il faut quand même
16:59regarder un petit peu,
17:00parce qu'au moins
17:01d'un derrière-distrait,
17:03comme disait l'accord.
17:04Mais quand même
17:04regarder un petit peu,
17:05parce que vous êtes maintenant,
17:06là je m'adresse aux spécialistes,
17:08dans quelque chose,
17:09une chorégraphie
17:09qui fait quand même penser
17:11aux gladiateurs.
17:12Il n'y a pas encore
17:13le pouce baissé,
17:14mais ça viendra.
17:15Et donc on est là,
17:16on vit un moment,
17:18on vit un moment quand même,
17:19moi je trouve...
17:21Même les changements de règles,
17:22vous y voyez
17:23un message politique ?
17:24J'y vois une défiguration
17:26d'un sport.
17:27J'y vois surtout,
17:27je vais vous dire quelque chose,
17:28je ne suis plus en charge
17:29de mon métier
17:30comme journaliste,
17:31j'écris toujours mes livres,
17:32mais j'ai mal
17:33pour les confrères.
17:34Quand je vois,
17:34parce qu'il faut voir,
17:36il faut voir l'ennemi
17:36pour pouvoir bien le comprendre,
17:38quand je vois
17:39à la mi-temps des matchs
17:40sur M6,
17:41des gars sympas,
17:42c'est des bons journalistes,
17:43bouffer des parts
17:44de caprices des dieux,
17:46faire de la pub
17:46pour les caprices des dieux,
17:48je me dis,
17:49on a quand même passé
17:50un cap extraordinaire.
17:52Il est journaliste le gars,
17:53c'est un bon journaliste.
17:54Lucas Aubin.
17:55Mais il bouffe des parts
17:56de caprices des dieux,
17:57tous les...
17:57Écoutez...
17:58Bon, là vous êtes
17:59dans une logique économique
18:00que politique.
18:00Je suis dans une logique
18:03du spectacle.
18:04Lucas Aubin va nous recentrer
18:05sur le débat.
18:06La question du libéralisme,
18:07c'est très intéressant
18:08parce qu'en fait,
18:09c'est la dérive
18:10du, je dirais,
18:11des modèles capitalistes
18:12à l'extrême.
18:13Absolument.
18:14Incarné en fait,
18:15en premier lieu par Donald Trump.
18:16On le dit avec plus de...
18:18Exactement.
18:18Et Donald Trump en ce moment,
18:19en fait,
18:20quand on le voit,
18:21on voit la façon
18:21dont il utilise l'événement,
18:23on se rend compte déjà
18:24que c'est beaucoup plus compliqué
18:25que les gentils et les méchants
18:27parce que là,
18:28on a en fait,
18:29le héros a eu,
18:31évidemment,
18:31du monde libre,
18:32entre guillemets,
18:33qui est censé représenter
18:34la liberté
18:35face au régime autoritaire,
18:36etc.
18:36Qui en fait,
18:37s'approprie lui-même l'événement.
18:38On fait un événement
18:40hyper capitaliste,
18:41hyper libéral
18:42avec des publicités
18:43à chaque pause fraîcheur,
18:44vous l'avez dit,
18:44et c'est très intéressant quand même.
18:46C'est nouveau.
18:46On a une pause fraîcheur,
18:47en plein match,
18:48on va avoir des publicités
18:48comme lorsqu'on regardait
18:50le Super Bowl aux Etats-Unis.
18:51Donc on a eu une américain
18:52nation du football
18:52qui était née
18:54en Grande-Bretagne.
18:55C'est quand même
18:55très intéressant.
18:56Et dernier point,
18:58il a reçu,
18:59Donald Trump,
19:00un prix créé pour lui-même
19:01de la paix
19:02de la part
19:03de Gianni Fantino.
19:04Il lui a dit,
19:05voilà,
19:06Donald,
19:07vous êtes le patron de la FIFA,
19:09vous êtes le...
19:10Oui, d'ailleurs,
19:11très beau lapsus.
19:12Vous êtes le héros
19:14du monde libre,
19:15etc.
19:15De quoi n'est-il pas le patron ?
19:17Et on va vous caresser
19:17dans le sens du poil.
19:18Et en fait,
19:19ce qui est intéressant,
19:19c'est que je crois
19:20que Gianni Fantino
19:21lui-même
19:21se retrouve dépossédée
19:22de son propre événement
19:23face à un Donald Trump
19:24qui fait du Donald Trump.
19:26Un petit élément
19:27et après je ferme ma bouche.
19:29C'est aussi...
19:30C'est pas ce que je vous demande.
19:30C'est aussi la victoire,
19:32en tout cas pour l'instant,
19:33de l'image contre le réel.
19:34Et moi,
19:35je pense à la jeunesse,
19:36à nos enfants et petits-enfants.
19:37C'est la victoire.
19:39L'image posséderait donc
19:41la vérité
19:41au dépend du réel.
19:43C'est ça qu'il y a derrière.
19:44L'image qui domine partout.
19:47Au nom de...
19:47L'arbitre va faire des erreurs,
19:48donc on va aller voir le vin.
19:49Et ça,
19:50ça c'est...
19:51Il y a des points,
19:52des petits signes d'espoir.
19:54Je vais être un petit peu...
19:55C'est-à-dire qu'il y a des sportifs
19:57et surtout des sportives
19:58qui résistent.
19:59Absolument.
20:00Je pense à l'équipe américaine
20:01de football féminine
20:02qui, lorsqu'elle a gagné
20:03le titre
20:04d'une Coupe du Monde
20:05en 2019,
20:07si mes souvenirs sont bons,
20:08a refusé,
20:09via la parole de Mégane Rabineau,
20:10d'aller...
20:11d'être reçue...
20:12On va en venir
20:12à ce que peuvent faire
20:13les sportifs.
20:14Et dernièrement,
20:15il y a une autre équipe
20:16qui a refusé,
20:16je ne me souviens plus,
20:17mais il y a quand même
20:18quelques fois,
20:19heureusement,
20:19quelques lueurs de résistance.
20:21Je vous parle de la domination.
20:22Oui, oui,
20:22et même plus que ça.
20:23Il y a même des types,
20:24des garçons et des filles
20:25qui, on ne le sait pas,
20:26et là c'est très individuel,
20:27font des choses formidables.
20:29Je pense à Rashford
20:30qui a créé des fondations
20:31pour les gosses,
20:31à Londres,
20:32et d'autres,
20:33Mbappé,
20:34qui ne la ramène pas.
20:35Donc il y a une révolte individuelle,
20:37bien sûr.
20:37Il y a quand même
20:38des sportifs
20:39qui osent aujourd'hui
20:40refuser
20:41d'être instrumentalisés,
20:42et en tout cas,
20:43d'aller trop
20:44vers l'instrumentalisation
20:45de leur image.
20:46Eh bien, on y va,
20:46c'est notre troisième partie.
20:48Effectivement,
20:48parfois les athlètes
20:49reprennent le contrôle,
20:50vous avez raison,
20:51ce sont eux
20:52qui se servent
20:52de leur statut d'athlète
20:54pour diffuser
20:55leur propre message.
20:56En l'occurrence,
20:57une soif de liberté
20:58pour ce qui est
20:58de Nadia Comaneci,
20:59toujours elle,
21:00qui a fui la Roumanie
21:02clandestinement.
21:02Sa fuite a d'ailleurs
21:03été très médiatisée.
21:04Petit extrait
21:05de sa conférence de presse
21:06aux Etats-Unis.
21:08I wanted to have a free life.
21:10Nadia, could you just tell us
21:11when you planned
21:12your escape,
21:13how long you've been
21:14thinking of leaving?
21:15Long time ago.
21:17I had in my mind
21:18a few years.
21:20Were you aware
21:21of the impact
21:22this would have
21:23on the Romanian
21:23government right now?
21:25It's not my business.
21:28It's not my business.
21:32I want to say
21:33just a few words.
21:35I'm very happy
21:36because I'm here
21:37in America
21:37and I wanted
21:38from a long time
21:40to come here.
21:42It's interesting
21:42this passage
21:43Lori de Lostal.
21:44On voit
21:44une athlète
21:44qui reprend
21:45son destin
21:46en main,
21:46qui reprend
21:47le pouvoir.
21:47On ne se rend
21:48peut-être pas bien
21:48compte aujourd'hui
21:49mais ce qu'elle dit
21:49est très très fort.
21:50Elle dit
21:51je suis très heureuse
21:52d'être ici
21:52aux Etats-Unis.
21:53Elle prend des risques.
21:57On a pu reprocher
21:59de ne pas s'être
21:59finalement engagée plus
22:00mais ce qu'elle dit
22:01déjà est très très fort
22:02et symboliquement
22:03et puis le fait
22:03d'être partie
22:04comme ça
22:05au péril de sa vie
22:07c'est très fort
22:08c'est très touchant
22:08et là encore une fois
22:10elle est encore
22:10très très jeune
22:11elle a 25 ans
22:12je crois
22:13c'est très fort
22:15mais c'est intéressant
22:16parce que
22:18effectivement
22:18tout ce qu'on a dit
22:19avant
22:19moi je crois
22:21que ce qui peut
22:22tout changer
22:23c'est effectivement
22:24que les athlètes
22:24reprennent le pouvoir
22:26reprennent la parole
22:27mais pour ça
22:28il faut qu'ils aient
22:28l'espace de le faire
22:29aussi
22:29c'est très difficile
22:30pour les athlètes
22:31aujourd'hui
22:32de s'engager
22:33on voit que
22:33dès qu'un athlète
22:34s'engage
22:34parfois pour des choses
22:35comme
22:37je suis contre le racisme
22:38c'est quand même pas
22:39absolument incroyable
22:40mais ils se font
22:41littéralement
22:42mais démonter
22:43à la fois
22:44bon par ce qu'il se dit
22:45sur les réseaux sociaux
22:46qui moi m'importe peu
22:47parce que
22:48mais aussi par des gens
22:51sur les plateaux de télévision
22:52par beaucoup trop de gens
22:54donc c'est vraiment difficile
22:56pour eux
22:56de s'engager
22:58et de prendre la parole
22:59sur Nadia Comanetti
23:00on peut juste
23:00pardonnez-moi
23:01se demander
23:01si elle n'est pas
23:02à nouveau
23:02au service
23:03d'une autre propagande
23:03et cette fois
23:04celle des Etats-Unis
23:05c'est la question
23:05qui s'est posée
23:06évidemment
23:06et ça fait partie
23:07des mystères
23:08dont je parlais tout à l'heure
23:09à l'époque
23:10on peut se poser la question
23:11mais moi aussi
23:11pour avoir connu
23:12des roumaines
23:12qui sont partis
23:13de leur pays
23:13avant l'amant
23:14de Ceausescu
23:15en handball
23:15on en a qu'élu
23:16dans mon équipe
23:17à l'époque
23:19quel courage il faut
23:20on se rend absolument
23:21pas compte
23:21et c'est pour ça
23:22qu'aujourd'hui
23:22dans le contexte actuel
23:23quand je vois
23:24certaines personnes
23:25parler de gens
23:26qui sont obligés
23:26de partir de leur pays
23:27pour des raisons
23:28X ou Y
23:28on ne se rend même pas compte
23:30à quel point
23:30il faut avoir du courage
23:32on quitte tout
23:33c'est des personnes
23:34qui arrivent sans rien
23:36ils arrivent sans rien
23:37si on doit faire un parallèle
23:39avec des pays
23:39aujourd'hui
23:40ce seraient lesquels
23:40qui mettent ces athlètes
23:41dans ce genre de situation
23:42je ne sais pas
23:43je pense à la Chine
23:43instinctivement
23:44peut-être que je me trouve
23:44à l'Iran
23:45Afghanistan
23:46c'est les pays par exemple
23:47qu'on a vu représenter
23:48dans l'équipe des réfugiés
23:51aux Jeux Olympiques
23:52avec une grosse représentation
23:54des Afghans
23:55et des Iraniens
23:56et des Iraniens
23:58ça fait partie des athlètes
23:59en tout cas
24:00qu'on entend
24:00aujourd'hui
24:02qu'on entend
24:04c'est quand on veut bien
24:05les rendre visibles
24:06parce que
24:06sur les Afghans
24:07il y a plein d'Afghans
24:08qui sont partis
24:10qui ont été reçus en France
24:12en tout cas
24:13on ne les entend pas
24:14ou alors il faut qu'elles gagnent
24:15une médaille
24:15comme la taekwondo
24:17je ne me souviens plus
24:18la Zakia je crois
24:21pardon si elle m'écoute
24:23mais sinon on ne les entend pas
24:25on ne les entend pas suffisamment
24:26parce que c'est vrai
24:27mais ça peut permettre
24:28de porter des voix
24:29le sport de ce point de vue là
24:30et c'est bien que des sportives
24:32arrivent à s'engager
24:33et on a régulièrement
24:34des athlètes
24:35qui ne reviennent pas
24:36dans leur pays
24:36on en parle assez rarement
24:38moi j'ai retrouvé
24:38quelques cas dans l'histoire
24:39et on s'aperçoit
24:40que c'est quand même
24:40assez fréquent
24:41en 1956
24:4345 athlètes hongrois
24:44profitent des JO de Melbourne
24:45pour demander l'asile politique
24:46à l'Australie
24:481996
24:48JO d'Atlanta
24:49la quasi-totalité
24:50de l'équipe féminine
24:51de basket du Zahir
24:52fuit le régime de Mobutu
24:542010
24:55coupe du monde
24:56d'Afrique du Sud
24:574 joueurs nord-coréens
24:59désertes
24:59et récemment
25:00les footballeuses iraniennes
25:01qui ont demandé
25:02l'asile à l'Australie
25:03c'est encore une situation
25:04qui se répète
25:05qui est fréquente
25:05Lucas Aubin
25:06oui bien sûr
25:07c'est fréquent
25:08et ça en fait
25:09c'est intéressant
25:09parce que c'est vraiment
25:10la guerre froide
25:11qui a ouvert la porte à ça
25:12c'est à dire qu'à un moment
25:13où le sport s'est mondialisé
25:15et que les compétitions
25:16réunissaient de plus en plus
25:17de pays
25:18évidemment vous aviez
25:19des pays qui étaient
25:20autoritaires
25:20verticaux etc
25:21et donc beaucoup de sportifs
25:23de sportifs se disaient
25:24bon bah en fait
25:24là j'ai une opportunité
25:25je vais pouvoir fuir
25:26ce qui s'est passé en URSS
25:28par exemple
25:28dans les années 80
25:29c'est qu'au moment
25:29de la perestroïka
25:30et de la glasnop
25:31donc la restructuration
25:32et la transparence
25:34on a vu de plus en plus
25:35d'athlètes fuir
25:36à ce moment là
25:37et en fait
25:37ça a fait un appel d'air
25:39qui est hyper intéressant
25:40parce qu'on a appelé ça
25:41rétrospectivement
25:42la fuite des cerveaux
25:43et des muscles
25:44parce qu'il y avait aussi
25:45des entraîneurs
25:45des cerveaux donc
25:47et ça a permis
25:48en fait de comprendre
25:49via ces athlètes
25:50qui étaient partis
25:50comment ça fonctionnait
25:52là-bas en fait
25:52et donc on a eu
25:53des explications sur
25:55bah oui donc
25:55on était des pions
25:56on fonctionnait comme ça
25:57on gagnait très peu d'argent
25:58les conditions étaient difficiles
25:59etc
26:00ça a permis de montrer tout ça
26:01aujourd'hui
26:01c'est la même chose
26:02finalement en fait
26:03tous ces athlètes
26:04qui fuient le Zahir
26:05comme vous l'avez dit
26:06etc
26:06en fait ils profitent
26:07de cette mondialisation
26:08du sport
26:08pour pouvoir
26:09faire entendre leur voix
26:12mais c'est intéressant
26:13aussi de se rendre compte
26:14que malgré le fait
26:15qu'on voit tout
26:15en fait il y a encore
26:17beaucoup d'athlètes
26:18qui sont soumis
26:19à des régimes verticaux
26:20je pense notamment
26:21à la réussite
26:22Vladimir Poutine
26:22encore aujourd'hui
26:23on a beau le savoir
26:24au fond
26:25qu'est-ce que ça change
26:26en tout cas
26:27au moins on peut entendre
26:29certaines paroles
26:30parfois
26:30et ça peut
26:31sur la durée peut-être
26:33délivrer d'autres langues
26:34en tout cas ça nous informe
26:35deux choses sur le courage
26:36des athlètes
26:37vous avez tout à fait raison
26:38et c'est deux
26:38ce sont ceux qui produisent
26:41ce spectacle
26:42qui peut-être
26:44par moments
26:45ils le font d'ailleurs
26:46remettront en cause
26:47ce système capitaliste
26:48avec des rythmes effrayants
26:50une massification des matchs
26:52à l'identique
26:52et ça ne durera pas
26:54parce qu'il y a des compétitions
26:55qui n'intéressent plus personne
26:56et donc cette révolte
26:58pourra venir
26:59des joueurs
27:00on assiste de fait
27:01à une ligue fermée
27:03avec le football
27:05l'athlétisme
27:05c'est encore différent
27:06mais le ski y viendra
27:09des ultra-riches
27:10qui jouent ensemble
27:10Tottenham
27:11le Bayern
27:11le Real
27:12et Bastakosi
27:13quel intérêt
27:14quel rapport
27:15entre deux clubs
27:16entre un club comme Valenciennes
27:17et un club comme Paris
27:18qui a un budget
27:2032 fois supérieur
27:21ça c'était cet aspect-là
27:22l'autre aspect
27:23je suis allé voir
27:24Tommy Smith à Atlanta
27:25à la fin de mon roman
27:27quand j'ai écrit
27:2719 secondes 83 centièmes
27:29en 2005
27:30Tommy m'a
27:31je voulais le voir
27:32à la fin de mon livre
27:33parce que je voulais
27:33qu'il me raconte
27:34sa dernière ligne droite
27:35de Mexico
27:35c'est celui qui lève le point
27:36en 68
27:37qui lève le point
27:38avec Carlos
27:39on protestait
27:40contre la discrimination
27:41contre les lynchages
27:42aux Etats-Unis encore
27:44en 68
27:44et il y a eu Evans
27:45il y a eu des coureurs de 400
27:47il faut voir ce que c'était
27:47et c'est une histoire magnifique
27:49je veux dire pourquoi
27:50quand on parle de la révolte
27:51des athlètes
27:52il m'a montré sa médaille
27:53qu'il n'avait récupérée
27:53qu'en 2002
27:54sa médaille d'or
27:56vous vous rendez compte
27:5768
27:582002
27:58pendant des années
27:59à cause de ce point levé
28:00à cause de ce point levé
28:01pendant des années
28:02il a reçu en Amérique
28:03vous voyez que Trump
28:04c'est pas nouveau
28:05dans des boîtes de chaussures
28:06des étrons de merde
28:07pendant 25 ans
28:08il a reçu ça
28:09contre le
28:10par racisme
28:12le nom du racisme
28:12quand Norman
28:14l'Australien est mort
28:15il est mort
28:15il y a 7-8 ans
28:16il avait lui aussi
28:17il avait une famille
28:19qui s'était battue
28:19pour les aborigènes
28:20et il avait souhaité
28:21défendre ses camarades
28:23donc c'est une magnifique histoire
28:24en noir et blanc
28:25quand il est mort
28:27John Carlos
28:28et Tommy Smith
28:29sont allés
28:30porter son cercueil
28:31ensemble
28:31à Melbourne
28:32donc
28:33et c'était en 68
28:34on n'était pas en 67
28:35et c'était le monde libre
28:36pour ça que
28:37c'était le monde
28:39dit libre
28:39et est-ce que ça doit
28:40nous interroger
28:41nous
28:41public
28:43journaliste sportif
28:44commentateur sportif
28:45quand un athlète
28:46ou une athlète
28:48commet une performance
28:49absolument incroyable
28:50mais qu'on sait
28:50dans quelles conditions
28:51elle a pu avoir
28:53cette performance
28:55est-ce que
28:55ça doit nous remettre
28:56en question
28:56est-ce que les organisateurs
28:58des compétitions
28:58peuvent faire pression
28:59puisque vous le dites
29:00c'est presque des appels à l'aide
29:01que lancent
29:01ces sportifs
29:02et ces sportives
29:03est-ce que
29:04nous ça doit nous interroger
29:05bien sûr
29:06bien sûr que ça nous interroge
29:08vous parliez de la coupe du monde
29:09la raison pour laquelle
29:10je ne regarde quasiment pas
29:11la coupe du monde
29:11des Etats-Unis
29:12à vous c'est le boycott
29:13alors
29:14pas total
29:14parce que
29:15voilà
29:15j'y arrive pas
29:16en tant que passionné
29:17vous avez raison
29:18on est pareil
29:18mais la dernière
29:19c'est l'avant-dernière
29:20celle du Qatar
29:21oui j'ai réussi
29:22jusqu'à la finale
29:23mais
29:25c'est pas parce que
29:26je voulais la regarder
29:27c'est parce que
29:27tous mes amis la regardaient
29:28non mais on le dit
29:29en souriant
29:29mais c'est vrai
29:30mais non mais ça pose
29:31des questions
29:31en tout cas moi
29:32à titre d'individu
29:33en tant que citoyenne
29:34ça me pose des questions
29:35bien évidemment
29:35bien sûr qu'on a un rôle
29:36à jouer
29:37parce que qu'est-ce qui fait
29:38que ces compétitions
29:40continuent à perdurer
29:41etc
29:41au-delà
29:42mais parce qu'il y a
29:43de l'audimat
29:44parce que ça rapporte
29:45de l'argent
29:45etc
29:45donc oui on a un rôle
29:46à jouer
29:47on n'a pas parlé
29:47de la question
29:48de la transition écologique
29:49mais moi je suis désolée
29:50ça m'interroge
29:51y compris en tant que
29:52dirigeante sportive
29:53comment on peut être
29:54encore aujourd'hui
29:55avec ce qu'on vient
29:55de vivre en plus
29:56en train de se dire
29:57on va créer des compétitions
29:58et encore des compétitions
29:59je ne parle même pas
30:00du rythme et du bien-être
30:01des individus
30:02dont vous parliez tout à l'heure
30:03mais même au niveau
30:04de la transition écologique
30:05tout ça ça interroge
30:06donc oui en tant que citoyen
30:08en tant que spectateur
30:09et spectatrice
30:09on a un rôle à jouer
30:11on a une responsabilité
30:12individuelle
30:13et pas seulement collective
30:13parce qu'on le voit bien
30:14la politique
30:15la géopolitique
30:15tout ça n'est jamais bien loin
30:16d'une compétition sportive
30:17pour autant
30:18est-ce qu'on en fait quelque chose
30:21c'est un sujet compliqué
30:22moi j'ai couvert la Formule 1
30:23pendant quelques années
30:24sur place
30:26c'était un peu le tour du monde
30:29des régimes autoritaires
30:31c'était très spécial
30:34j'étais très mal à l'aise
30:36et aujourd'hui
30:37je ne pourrais plus couvrir
30:39des événements
30:41qui vont contre vos valeurs
30:42disons qu'aujourd'hui
30:43j'ai plus envie de donner
30:44moi je suis journaliste
30:45dans le sport
30:46je ne travaille que
30:47sur le sport uniquement
30:48mais par exemple
30:48je choisis de travailler
30:49uniquement quasiment
30:50sur le sport féminin
30:51et de donner la parole
30:53voilà à des sportives
30:54on a toutes
30:55je ne suis pas un exemple
30:57mais on a toutes
30:59et tous
31:00voilà évidemment
31:01le pouvoir
31:02de faire quelque chose
31:03et de résister
31:04à tout ça
31:05il y a des choix éthiques
31:06à faire
31:06oui oui oui
31:07quand on sait
31:08dans quelles conditions
31:08sont commises
31:10une petite résistance
31:11je vais vous en donner une
31:11moi
31:11comment ?
31:12je vais vous en donner
31:13une petite résistance
31:13petite parce que ça
31:14ne met pas en danger
31:15mais en 1994
31:16je suis aux Etats-Unis
31:17avec Saco
31:19et on doit commenter
31:20un quart de finale
31:22aux Etats-Unis
31:23un quart de finale
31:23de la Coupe du Monde
31:24et il me dit
31:25rendez-vous dans la chambre
31:26de 217
31:27on va commenter
31:28je prends l'accent marseillais
31:29parce que Eugène
31:30Eugène Sakomano
31:32on refait le match
31:33on va commenter
31:34ensemble le match
31:35tu es en train de me dire
31:36qu'on va aller commenter
31:37devant la télé
31:37le quart de finale
31:39Bulgarien-Roumanie
31:40je dis oui
31:40parce que tu comprends
31:41c'est cher maintenant
31:42les droits de diffusion
31:43on ne peut plus payer
31:44la radio
31:45je vais aller commenter
31:46dans ma chambre
31:47oui parce que Marco
31:48à Paris
31:49il va envoyer
31:50les faux supporters
31:50il va envoyer
31:52les faux supporters
31:53et les gens ne verront rien
31:54alors là je me suis dit
31:55c'est terminé pour moi
31:56je suis allé jusqu'en 98
31:58après c'est largement pire
32:01oui
32:01mais ce que je veux dire
32:02c'est que
32:03bien sûr
32:04mais ça démarrait
32:04il faut que les gens le sachent
32:06il faut que les gens le sachent
32:07commenter des matchs
32:08devant une télé
32:09alors que tu es à
32:11tu es à Boston
32:11ou à Détroit
32:13on t'a casqué le voyage
32:14et tu vas commenter le match
32:15en même temps c'est bon
32:16pour la transition
32:16alors là
32:17oui
32:17et puis là on parle des conditions
32:18c'est un exemple délirant
32:22Lucas Aubin
32:22est-ce qu'on doit tous
32:23s'interroger
32:24effectivement face à une compétition
32:25où on sait que les sportifs
32:26et les sportifs
32:27ne sont pas forcément
32:27très bien traités
32:28là où ils font leurs performances
32:29absolument
32:30et même au-delà de ça
32:31c'est ce que tu disais
32:32Béatrice
32:32en fait
32:34le sport
32:34on a cru
32:35à un moment donné
32:36qu'il appartenait
32:37à des organisations
32:38en fait non
32:39le sport il appartient
32:40à tout le monde
32:40en fait on est tous
32:42des acteurs et des actrices
32:43de ce sport
32:44de ces sports
32:46si on n'est pas d'accord
32:47sur la façon
32:48dont se déroule une coupe du monde
32:49on a le droit
32:49de faire entendre nos voix
32:50individuellement
32:51collectivement
32:51etc
32:52sur les questions
32:53des droits humains
32:53c'est d'une chose
32:54mais sur la question
32:55de l'écologie aussi
32:56en fait aujourd'hui
32:57on enchaîne les canicules
32:58on parle tout le temps
32:59de dire
32:59on dit on a trop chaud
33:00etc
33:01en l'occurrence
33:02peut-être que ce serait
33:02hyper intéressant
33:03d'organiser des compétitions
33:04sportives
33:05justement
33:05qui soient écologiques
33:07alors qui atteignent
33:07une forme de neutralité carbone
33:09enfin je laisse ça
33:10évidemment au spécialiste
33:11mais en tout cas
33:11ne serait-ce que l'imaginer
33:13il y a des gens
33:14qui travaillent sur ces sujets-là
33:15il y a des associations
33:15etc
33:16qui le font
33:16donc on peut tout à fait
33:17essayer de porter aussi
33:18leur voix en fait
33:19et de dire
33:19bon bah la FIFA
33:22ne rentre pas dans ce moule-là
33:23et bah très bien
33:24qu'elle se l'intienne
33:25organisons la première compétition
33:26de football
33:28neutre en carbone
33:29bah je peux vous dire
33:29que là
33:30Jenny Infantino
33:30il sera bien embêté
33:31et bah on s'arrêtera
33:32sur cet appel
33:33merci
33:34merci beaucoup à tous les quatre
33:35d'avoir participé à cette émission
33:36merci à vous
33:37de nous avoir suivis
33:38comme chaque semaine
33:39émission et documentaire
33:40à retrouver en replay
33:41sur notre plateforme
33:41publicsénat.fr
33:42à très vite
33:43merci beaucoup
Commentaires

Recommandations