00:00Bientôt, 50 festivals d'Avignon à mon compteur.
00:03J'ai commencé très jeune, mais toujours la même fièvre, la même joie de m'y engouffrer.
00:08Dans le Festivaline, bien sûr, mais aussi dans la forêt du Hof.
00:12Plus de 1700 spectacles jusqu'au 24 juillet.
00:16Pour ne pas se décourager, mais au contraire trouver l'élan du festivalier prêt à tous les étonnements,
00:23trois premières perles à découvrir d'urgence.
00:26Je me suis enfoncée avec surprise et émotion dans cette adaptation sophistiquée du premier roman de Léna Gare.
00:36Musique, vidéo, animation et même mathématiques, nous y font partager le cheminement d'une gamine de 3 à 27 ans
00:45au sein d'une famille apparemment normale.
00:48Un monstre intérieur pourtant la dévore.
00:51Mais pour le détruire, le cerner, il lui faut sortir du vocabulaire des adultes, impuissants à décrire ce qu'elle
01:00ressent vraiment.
01:01Alors elle se crée, en guerrière, une langue différente.
01:06Tout en noir, vraie diablesse, jamais dans un jeu réaliste, mais au contraire plein d'insolence, d'insolite.
01:12La comédienne et metteuse en scène Émilie Faucheux l'incarne de tout son corps.
01:17Cette orfèvre en monologue, patronne de la compagnie bourguignonne Hume Théâtre, aime à explorer le langage sous toutes ses facettes.
01:26Et à travers la voix de sa narratrice narguant les mots, c'est aussi tous ceux qui défient notre langue
01:32et nos conventions sociales qu'on entend.
01:35Ils nous aident à nous en libérer, comme s'en libère son héroïne, mais en nous ayant fait rudement réfléchir
01:43sur les violences familiales ordinaires.
01:46J'ai pris un plaisir de vieille gosse émerveillée, j'avoue, devant cette comédie farce inspirée par le théâtre de
01:53foire et la comédia des l'artes.
01:56Six jeunes comédiens musiciens retracent en une trépidante heure et demie la vie et la mort de Molière.
02:03Sur des traiteaux où pendent à vue des costumes, où la scène n'est séparée de la salle que par
02:08un pauvre rideau blanc,
02:09Simon Falguer ne fait pourtant pas dans la facilité.
02:12Il raconte davantage la relation de Molière au pouvoir que sa vie sentimentale mouvementée.
02:20Il montre son travail d'écriture, il témoigne de sa mélancolique lucidité envers lui-même et la société.
02:28Reprenant des scènes célèbres du maître comme d'authentiques moments d'histoire,
02:34il réussit un spectacle étonnant de verve, comme de gravité et de profondeur sous ses masques grotesques.
02:43En ces temps de crise budgétaire où sont si menacées les compagnies,
02:47il glorifie la vie de troupe et le besoin de théâtre, d'itinérance par les villages,
02:53comme au joyeux temps de la décentralisation d'après-guerre dont il se revendique l'héritier.
02:58Son dispositif léger et économe est pensé pour ça, joué partout,
03:04et y suscitait la joie d'être ensemble, petits et grands, jeunes et vieux.
03:08Une œuvre bien plus politique qu'elle ne semble.
03:11Râle-bol des couples ratés, des adultères moches qui envahissent nos scènes.
03:18Or voilà que le dramaturge allemand Marius von Mayenburg revisite avec acidité le genre.
03:26Ouf !
03:28Au cœur de l'attachement légitime des femmes à leur carrière et à leur indépendance,
03:33qu'en est-il du couple, de la répartition des tâches, de la vie de famille ?
03:39s'interroge-t-il, imaginant avec un humour très noir un duo dont il intervertit les professions à mi-temps
03:47du spectacle.
03:48Et c'est un jeu de massacre ! Au milieu d'une montagne de paquets cadeaux jamais ouverts parce que
03:55fer est reçu dans une indifférence réciproque,
03:58superbe scénographie, Marilyn Fontaine et Hassan Thimbo enchaînent à la mitraillette des répliques qui tuent.
04:06Robin Ormond les dirige avec une précision démoniaque dans le champ de ruines qui est devenu leur couple.
04:12Si leur pacte était louable, changer les rôles traditionnels dévolus au mari ou à l'épouse,
04:20les rivalités professionnelles, la jalousie amoureuse, la charge mentale domestique l'ont détruit.
04:27Preuve que l'organisation de notre monde du travail capitaliste fragilise autant les couples que les revendications des épouses et
04:36des mères.
04:36Beaucoup s'y retrouveront, j'en suis sûre, 52 ans après celle iconique du cinéaste Ingmar Bergman,
04:47enfin des scènes de la vie conjugale d'aujourd'hui.
04:51Bon festival !
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