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  • il y a 1 jour
Chaque semaine, nos critiques commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, le onzième film de Ryūsuke Hamaguchi, “Soudain”, récompensé au Festival de Cannes 2026.

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Transcription
00:00Et soudain, qu'est-ce qui se passe ?
00:01Soudain sort un des films les plus dingues de l'année, c'est Soudain.
00:33On l'a découvert en compétition au dernier Festival de Cannes, où il a valu à son tandem d'actrices,
00:40Virginie Efira et Tao Okamoto, un double prix d'interprétation largement mérité.
00:46Soudain, c'est le nouveau film du réalisateur japonais Ryuzuke Hamaguchi, cinéaste de la rencontre, de la parole, qui fait
00:56des films constamment étonnants.
00:58Et qui là se réinvente encore une fois, en faisant un voyage plus fou encore qu'à l'accoutumée, puisqu
01:04'il tourne à Paris, ce nouveau long métrage, Soudain, qui s'inspire d'une correspondance entre deux femmes.
01:12L'une était philosophe, l'autre anthropologue. La philosophe était atteinte d'un cancer du sein métastatique, qui l'a
01:21emporté.
01:21Et donc ces deux femmes ont eu des échanges de hautes volées qui ont été publiées et qui ont servi
01:28de trame et de point de départ à ce scénario tout à fait étonnant.
01:33C'est un cinéaste de la parole. Hamaguchi, vraiment, ce sont des films où on parle beaucoup, mais pas pour
01:38rien dire.
01:39C'est ça qui est formidable, c'est-à-dire que le film dure trois heures et quart, on ne
01:41les voit pas passer parce qu'il se passe énormément de choses, en fait, dans ce film, et tout passe
01:45par la parole.
01:46Les paroles sont passionnantes et la mise en scène de cette parole l'est tout autant.
01:49Et puis, il y a ces performances d'actrices. Évidemment, Virginie Effiral est formidable, mais sa partenaire, Tao Okamoto, l
01:55'est tout autant.
01:55Les deux sont vraiment dans une démarche d'interprétation qui est complètement dingue, puisqu'elles ont appris une langue dont
02:01elles ne connaissaient pas le moindre mot pour faire ce film.
02:04Dieu sait que les dialogues, c'est des tartines de textes parfois vraiment très impressionnantes dans le film.
02:08Elles ne le disent pas en phonétique, c'est vraiment, on sent qu'elles ont appris la langue.
02:12C'est un film qui est vraiment passionnant pour ça aussi, c'est ce travail sur les actrices.
02:16Et puis, c'est un film qui est très surprenant de bout en bout.
02:19Le film arrive constamment à surprendre par des indications de mise en scène, par des séquences assez folles avec les
02:25patients même,
02:27qui font que c'est un film extrêmement singulier, peut-être le film le plus singulier de l'année.
02:31Ce qui est très beau, c'est qu'en fait, Amaguchi sort de tous les formats qu'on connaît.
02:37Ça ne ressemble à rien, ça sort de tous les canons.
02:39Alors, il y a effectivement cette séquence où tout à coup, on est absolument sidéré d'entendre Virginie Effiral faire
02:46un lien,
02:48un pont entre la dénatalité, le vieillissement de la population et le capitalisme.
02:53Et ça devient une sorte de leçon d'économie d'assez haute tenue, je dois dire, et qui désarçonne complètement.
03:00On est constamment chamboulé, on est constamment chamboulé et voire agacé aussi.
03:05Quand on a eu peu de près ou de loin à faire à la maladie dans sa vie, par exemple,
03:11moi, je ne suis pas toujours à l'aise avec les représentations des morts idéales au cinéma
03:17et des soins merveilleux apportés aux cancéreux, etc.
03:20Parce que dans la vraie vie, c'est dur en fait, l'hôpital.
03:23Et donc, ça mêle plein de choses et puis tout à coup, ça mêle le théâtre.
03:25Et c'est là qu'on se dit qu'Amaguchi est dingue et que c'est sa liberté qui rend
03:31le film si singulier.
03:32C'est que tout à coup, il y a un acteur japonais qui va le jouer pendant, je ne sais
03:37pas, peut-être 30 minutes,
03:39une pièce de théâtre qu'on a l'impression de voir in extenso.
03:42Cette fameuse pièce de théâtre qui, effectivement, je trouve, est une idée formidable.
03:46Et en même temps, je ne suis pas sûr que mes collègues spécialisés en théâtre à Télérama
03:51mettraient beaucoup de thé à la pièce qu'on nous montre dans le film,
03:54qui a l'air un peu, pour le coup, assez didactique aussi, pas très, très bien interprétée.
03:59Et en même temps, dans cette pièce, il y a l'irruption d'un personnage qui, en fait, va traverser
04:05un peu tout le film.
04:05Un personnage d'un jeune, d'un adolescent autiste, voilà, qui est là et qui est accepté par tout le
04:11monde
04:11dans le cadre de cette compagnie théâtrale. Il est même là sur scène et il bouscule un petit peu la
04:17représentation.
04:17Il amène de l'inattendu, il amène de la surprise.
04:20C'est vraiment l'image de ce film qui est prêt à accueillir tout ce qui se passe.
04:24C'est un film, on va dire, très inclusif, avec la présence de ce jeune homme.
04:28Et puis aussi, la place qui est faite aux patients de cet EHPAD,
04:32qui pour beaucoup sont en situation de dépendance très avancée.
04:35Ce sont beaucoup des malades d'Alzheimer ou d'autres maladies neurodégénératives.
04:39Et tout le monde a sa place dans ce film.
04:42Et en fait, c'est aussi ce qui est surprenant dans le film,
04:45c'est qu'on se rend compte que Hamaguchi fait un cinéma extrêmement politique,
04:49voire radicalement politique.
04:50Le discours, il est assumé, il est parfois un peu trop didactique,
04:54mais il est là, il est fort, il est puissant et il fait du bien à entendre.
04:57Quand Hamaguchi part en voyage, il réinvente l'idée même de voyage. C'est très bien.
05:03Soudain, une expérience de cinéma comme on en voit assez peu et c'est très bien.
05:07J'ai dit qu'il n'y a pas besoin.
05:09J'ai dit qu'il n'y a pas besoin.
05:11Sous-titrage Société Radio-Canada
05:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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