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David Graeber pose une question dérangeante dans Il n’y a jamais eu d’Occident : pourquoi, alors que la technologie pourrait nous permettre de travailler moins, continue-t-on à multiplier des emplois, des tâches et des procédures dont beaucoup ne voient plus le sens ?

Dans son texte sur le phénomène des “jobs à la con”, Graeber ne critique pas simplement le travail. Il critique une société qui transforme le temps humain en obligation permanente, même quand cette obligation devient absurde.

La vraie question est simple : est-ce qu’on travaille encore pour vivre… ou est-ce qu’on vit pour justifier le travail ?

#DavidGraeber #Travail #JobsALaCon #Sociologie

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Pourquoi tant de métiers semblent inutiles ?
00:03Et si le problème, ce n'était pas le travail en tant que tel,
00:06mais tous les faux travaux, j'ai envie de dire,
00:09qu'on invente pour nous garder occupés, vous comprenez ?
00:11En 1930, par exemple, l'économiste John Maynard Keynes
00:16imaginait un futur assez simple.
00:18Pour lui, grâce au progrès technologique,
00:20on travaillerait beaucoup moins.
00:22Et ça paraît logique.
00:23Il pensait qu'un jour, dans des pays comme par exemple
00:25la Grande-Bretagne, la France ou les États-Unis,
00:28on pourrait peut-être travailler 15 heures par semaine.
00:31Vous imaginez le rêve ?
00:33Parce que les machines, l'automatisation, la productivité
00:37devaient, normalement je dis bien devaient, nous libérer du temps.
00:40Mais un siècle plus tard, regardez juste autour de vous.
00:42On n'a pas libéré le temps, on l'a rempli.
00:45On a créé des réunions inutiles,
00:47des tableaux Excel que personne ne regarde,
00:49des postes où des gens passent leur journée à faire
00:52semblant d'être occupés,
00:54des métiers où, au fond d'eux-mêmes,
00:56certains savent que si leur poste disparaissait demain,
00:59le monde ne s'effondrerait pas.
01:00Et c'est exactement ce que dit David Graeber dans son ouvrage
01:03Il n'y a jamais eu d'Occident
01:05publié aux éditions Les Liens qui Libèrent.
01:07Il dit ceci à la page 126.
01:08Des jobs à la con.
01:10Ce passage est violent parce qu'il pose une question
01:13que beaucoup n'osent même pas poser.
01:14Pourquoi alors que la technologie pourrait nous permettre
01:16de travailler beaucoup moins,
01:18continue-t-on à organiser nos vies
01:20autour du travail permanent ?
01:22Graeber explique que
01:23les emplois vraiment productifs
01:26ont été automatisés en partie.
01:28Mais, au lieu de réduire massivement
01:30le temps de travail,
01:32on a fait exploser
01:33tout un univers administratif,
01:36c'est-à-dire le management,
01:37le reporting,
01:38les réunions,
01:39les services internes,
01:40les procédures,
01:41les évaluations,
01:42les communications,
01:44le contrôle.
01:45Et là, Graeber va encore plus loin.
01:46Pour lui, le problème,
01:48encore une fois dans l'ouvrage,
01:49n'est pas seulement économique.
01:51Il écrit par exemple à la page 127, je cite,
01:53« L'explication n'est pas économique,
01:54mais bien morale et politique ».
01:56Et cette phrase est centrale dans l'ouvrage.
01:57Parce qu'elle veut dire quoi exactement ?
02:00Elle veut dire que
02:01notre société
02:02ne supporte pas l'idée
02:04que des gens
02:04puissent avoir l'idée
02:06d'un temps libre.
02:07C'est-à-dire
02:08du temps pour penser,
02:10du temps pour créer,
02:11pour s'organiser,
02:12pour vivre tout simplement autrement.
02:14Alors, on continue
02:15de glorifier le travail.
02:17Même quand
02:17il vide les gens,
02:19même quand
02:19il n'a plus de sang,
02:20même quand
02:21il produit plus
02:22d'épuisement
02:23que d'utilité.
02:24Graeber
02:24ne dit pas que
02:25tous les métiers sont inutiles,
02:26non.
02:27Il dit que
02:27beaucoup de personnes
02:28sont coincées
02:29dans des fonctions
02:30dont elles-mêmes
02:32ne voient même plus le sang.
02:33Et c'est peut-être ça
02:34le plus brutal.
02:34Ce n'est pas seulement
02:35d'avoir un travail difficile,
02:37c'est d'avoir un travail
02:38qui te prend la vie
02:39sans que tu comprennes
02:41vraiment à quoi il sait.
02:42Alors la question,
02:43comme j'aime en fin de vidéo,
02:44ce n'est pas, je pense,
02:45est-ce que les gens
02:46veulent travailler ?
02:47Non.
02:47La question, selon moi,
02:48c'est pourquoi
02:48une société aussi riche,
02:50aussi technologique,
02:51aussi productive,
02:52continue-t-elle à voler
02:53autant de temps
02:54à ceux qui la font tourner ?
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