00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:02Elle est médecin urgentiste dans un hôpital du Val-d'Oise et porte-parole de SAMU Urgence de France.
00:07Agnès Ricaribon est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Agnès Ricaribon.
00:11Bonjour et merci.
00:13Merci à vous d'être en direct avec nous depuis le Val-d'Oise où vous travaillez comme urgentiste.
00:16D'autant que vous avez été mobilisé tout le week-end et que ce n'est pas terminé.
00:19Peut-être pouvez-nous, docteur, pour commencer, nous donner votre ressenti, vos impressions sur ce que vous avez vécu ces
00:26dernières heures, ces derniers jours.
00:27Où en est-on ?
00:29Alors, on a une augmentation très importante des appels au niveau du SAMU, mais cette augmentation d'appels, elle est
00:35non seulement attendue, souhaitée,
00:37puisqu'on souhaite que les personnes malades nous appellent pour être bien orientées dans le système de soins.
00:43Et s'ils sont graves, et c'est vrai qu'on a de plus en plus de patients graves, on
00:46envoie les ambulances de réanimation pour aller directement dans les services de réanimation.
00:51Et s'ils n'ont pas de signe de gravité, on fait beaucoup de conseils à domicile ou on les
00:58envoie vers les médecins traitants.
00:59Ce qui permet de réserver les urgences aux patients qui ont vraiment besoin du plateau technique hospitalier.
01:04Donc la régulation de ce que j'entends s'est plutôt pas mal passée.
01:07Mais est-ce qu'en termes de volume, on est arrivé au point de rupture, de saturation, ou est-ce
01:11que tout est resté jusqu'à présent sous contrôle ?
01:15Alors, c'est qu'on est sous contrôle.
01:16La médecine d'urgence, la gestion de crise sanitaire, ça fait partie de notre métier.
01:20On sait s'adapter à l'augmentation d'activité.
01:24Les professionnels sont très sous tension, c'est vrai, mais on n'est pas à un point de rupture au
01:29niveau du SAMU.
01:30On est à un plateau aujourd'hui qui est à peu près de plus de 50-60% des appels.
01:36Mais on sait renforcer nos effectifs et s'organiser de façon à ce qu'on est certes sous tension, mais
01:44tout à fait opérationnel.
01:46Et au niveau des urgences, c'est vrai qu'on avait demandé juste avant le week-end le déclenchement du
01:52plan blanc.
01:53Qui a été activé dans plusieurs régions, notamment en Ile-de-France.
01:57Tout à fait.
01:58Et là, on est en capacité d'accueillir plus de patients pour les diagnostiquer et initier les traitements.
02:07Mais la difficulté, c'est de pouvoir les faire sortir des urgences vers l'hospitalisation.
02:11Et il nous faut plus de lits, puisqu'on a plus de patients fragiles à hospitaliser.
02:17Et c'est là où le plan blanc nous aide à avoir cette capacité augmentée d'hospitalisation.
02:24Le plan blanc, pour faire simple, c'est une mobilisation générale.
02:26C'est le retour des personnels qui sont en congé.
02:29Juste pour qu'on précise bien quelque chose.
02:30Quand on dit qu'on manque de lits, on ne manque pas de lits avec un matelas.
02:34On manque de personnes pour s'occuper de la personne qui serait de la chambre.
02:37Donc il y a aujourd'hui des chambres vides, avec des lits qui sont inoccupés, faute de personnel.
02:41C'est ça la situation ?
02:43Alors, oui et non, ça dépend des territoires.
02:46Mais on a aussi beaucoup de chambres qui ont les personnels,
02:49mais qui sont occupés par des patients qui ont été programmés.
02:54Et c'est vrai que là, il est nécessaire de déprogrammer.
02:58Ce d'autant qu'il n'est pas pertinent aujourd'hui de se faire opérer d'une prothèse de hanche,
03:03une prothèse de genou, avec une hospitalisation derrière, dans des chambres surchauffées.
03:07Donc non seulement la déprogrammation, elle est utile pour libérer des lits pour les urgences,
03:13mais elle est aussi utile pour protéger la population.
03:15Et il vaut mieux décaler les interventions non urgentes.
03:18Agnès Ricard-Ribon, est-ce que vous avez été surprise d'entendre la ministre de la Santé, Stéphanie Riste,
03:22parler d'au moins 1000 morts supplémentaires ces derniers jours par rapport à la moyenne habituelle ?
03:27Est-ce que ça, c'est quelque chose auquel vous vous attendiez malheureusement ?
03:31Alors, cette surmortalité ne nous étonne pas, parce que l'organisme a été mis à rude épreuve.
03:38Et c'est vrai qu'au bout d'un certain temps, il y a des défaillances d'organes.
03:42On sait que la canicule, ça augmente la surmortalité.
03:46Mais ce qu'on veut surtout nous dire, c'est qu'il y a certaines surmortalités,
03:51mais il y a quand même surtout beaucoup, beaucoup de patients que l'on prend en charge
03:54et pour lesquels on arrive à sauver des vies.
03:56Et il y a un message très important à faire passer, c'est qu'il faut nous appeler tôt.
03:59Parce que dès le début des symptômes, parce que lorsqu'on arrive à limiter la hausse de température,
04:05on limite la défaillance d'organes.
04:09Et c'est beaucoup plus facile finalement de soigner les gens et les faire rentrer chez eux
04:13quand on n'a pas encore la défaillance d'organes que quand la défaillance d'organes est installée.
04:18Donc il faut vraiment appeler le 15 au début des symptômes, le médecin traitant ou le 15.
04:24Mais cette surmortalité, elle est inévitable ou elle aurait été évitable
04:29avec une meilleure organisation, plus de moyens.
04:31C'est qu'on se pose forcément la question.
04:35Alors, c'est difficile d'analyser cette surmortalité en temps réel.
04:39Parce qu'il y a des décès qui sont attendus liés à l'évolution de la maladie
04:44et il y a des décès qui sont inattendus.
04:47Alors, on a eu des 40-50 nerfs qui ont fait des arrêts cardiaques.
04:50Là, on se dit que c'est vraiment une surmortalité liée à la canicule.
04:54Ou des jeunes sportifs qui se sont retrouvés en coup de chaleur d'exercice.
04:59Ça, c'est de la surmortalité qui est liée à la canicule.
05:02Mais après, il y a des patients qui ont des pathologies chroniques
05:06pour lesquels le décès est attendu dans les 2-3 mois.
05:10Et la canicule a peut-être été un accélérateur.
05:16Mais voilà.
05:17Donc, l'analyse de cette surmortalité, elle nécessite quelques mois pour l'interpréter.
05:23Mais nous, on préfère finalement, pour la population,
05:27parler des patients vivants pour lesquels on va sauver des vies.
05:30parce que là, effectivement, ils sont déjà beaucoup plus nombreux que les décès.
05:35Et ça permet de passer des messages de prévention sur quand on nous appelait.
05:41Parce que les premiers symptômes aussi...
05:42C'est quoi les premiers symptômes dont vous parlez ?
05:44Qu'est-ce qui doit nous alerter ?
05:47Ça ressemble un petit peu à l'ivresse chez les jeunes.
05:51Ce qui nous a surpris cette année, c'est...
05:53On a eu des jeunes quand même en état de déshydratation
05:56parce qu'en pleine période de Coupe du Monde, ils prennent de la bière.
06:00Et ils pensent que la bière, ça hydrate.
06:02Alors que la bière, ça désaltère, mais ça déshydrate
06:04parce que ça favorise le fait d'uriner.
06:07Et donc, les premiers symptômes, c'est les maux de tête,
06:11c'est des vertiges, c'est la lenteur de l'idée,
06:16c'est de la confusion, ce sont des nausées, des vomissements.
06:21Ça ressemble un peu au premier signe de l'ivresse.
06:24Et donc, ce qu'on dit, c'est...
06:27Alors, je sais que dire à des jeunes de ne pas boire de la bière
06:30pendant une Coupe du Monde, c'est difficilement appliqué.
06:33Donc, au moins, alterner une pinte de bière et deux pintes d'eau
06:37de façon à compenser la déshydratation.
06:39Alors que les températures rebaissent un peu,
06:41on en parlait avec Louis Baudin tout à l'heure,
06:42est-ce que vous diriez que le plus dur est passé ou pas encore ?
06:44J'entendais ce week-end le docteur Philippe Juvin,
06:47votre collègue des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris,
06:49qui disait qu'il redoutait un bilan très, très lourd.
06:52Vous êtes d'accord avec ça ?
06:53Il y a un effet retard, entre guillemets, de la canicule à redouter ?
06:57Alors, il y a tout à fait raison.
06:59Il y a un effet retard.
07:00Nous, on s'attend à recevoir beaucoup de patients cette semaine
07:03qui ont des défaillances d'organes.
07:05En fait, le corps humain, il s'adapte pendant les premiers jours.
07:07C'est pour ça que les tout premiers jours de la canicule,
07:10on n'était pas surchargés aux urgences
07:11parce que le corps humain s'adapte.
07:14Et puis, au bout d'un certain temps,
07:16les capacités d'adaptation sont dépassées.
07:18Et quand la température monte comme ça,
07:20ça entraîne des défaillances d'organes.
07:22Donc, on a le cerveau, le cœur, le foie, le rein,
07:25le tube digestif, la coagulation qui commencent à défaillir.
07:29Et quand ces atteintes d'organes sont installées,
07:32c'est beaucoup plus difficile de revenir à une restitution d'intègreur.
07:38Mais c'est pour ça qu'on dit qu'il faut nous appeler
07:40dès les procédures et les symptômes
07:42parce que quand les défaillances d'organes sont installées,
07:46c'est plus compliqué de les traiter.
07:48Et là, donc, oui, on va recevoir des patients
07:50qui ont des pathologies chroniques qui décompensent.
07:53Et puis, des patients dont les organismes ont été mis à rude épreuve.
07:58Notamment ceux qui sont dans des appartements surchauffés.
08:01Il faut continuer à boire beaucoup d'eau dans les jours qui viennent
08:03ou pas ? Est-ce qu'il faut continuer à s'hydrater plus que d'habitude,
08:05même si on en ressent moins le besoin ?
08:08Alors, bien sûr, il faut continuer à s'hydrater
08:12parce que ce que l'on nous explique,
08:13d'un part des climatologues,
08:15c'est que ce n'est plus le canicule,
08:16mais ça reste quand même une situation chaude
08:19et le temps de se rétablir.
08:23Alors, il faut également réadapter les traitements,
08:26notamment les gens qui ont de l'hypertension,
08:28de l'insuffisance cardiaque,
08:29avec des traitements qui favorisent le fait d'uriner.
08:32Ça doit être réadapté par les médecins traitants
08:35et ne pas oublier que la chaleur,
08:38elle peut revenir la semaine prochaine
08:40de ce que l'on nous prévoit.
08:42Agnès Ricaribon, certains disent qu'il y a eu impréparation,
08:45impréparation dans les écoles, impréparation dans les hôpitaux.
08:48Est-ce que vous, vous l'avez ressenti ?
08:52Alors nous, c'est vrai qu'on aimerait bien avoir
08:54des hôpitaux climatisés,
08:56il faut le reconnaître.
08:59Tous les services d'urgence ne sont pas climatisés.
09:02Alors dans les nouveaux bâtiments,
09:03parfois c'est climatisé,
09:04mais il y a beaucoup de bâtiments anciens
09:06où il n'y a pas la climatisation.
09:08Et c'est difficile de soigner les gens
09:12en essayant de faire baisser la température
09:14quand on est dans des locaux qui sont à 38 degrés.
09:19Donc, ce n'est pas normal maintenant
09:22qu'on construise des hôpitaux
09:23sans prévoir d'emblée la climatisation.
09:28Et aussi, ce qu'on souhaiterait,
09:30ce qu'on alerte depuis des années,
09:32c'est qu'on n'est pas bien organisé
09:36pour avoir le nombre de lits disponibles tous les ans.
09:39On le dit, que ce soit en hiver, que ce soit en été,
09:41mais même au quotidien,
09:42il y a une stagnation des patients
09:44qui ont besoin d'être hospitalisés dans les urgences.
09:46Et c'est ce qui nous bloque, en fait.
09:49Quand tous nos blocs sont occupés
09:50par des patients qui doivent être hospitalisés,
09:52on n'a pas la capacité d'accueillir de nouveaux patients,
09:55ce qui est notre mission.
09:57Alors qu'on est en capacité,
09:59on sait s'adapter pour avoir plus de patients
10:02qui arrivent aux urgences.
10:03Ça, on sait faire, d'augmenter nos capacités.
10:06Mais quand on ne peut pas faire sortir les gens
10:09du service des urgences,
10:11ça bloque toute la chaîne de prise de soins.
10:14Rapidement, pour terminer,
10:15vous évoquiez la possibilité d'une nouvelle canicule.
10:18Hier soir, Météo France disait
10:19qu'un scénario de forte chaleur
10:21devenait plus probable pour la semaine du 6 au 13 juillet,
10:24même si leur intensité reste à ce stade incertaine.
10:27Est-ce que vous êtes prêts à encaisser
10:29une deuxième canicule aussi rapprochée
10:31ou est-ce que ça vous angoisse ?
10:34Alors, est-ce qu'on est prêts ?
10:36On n'en a pas envie, je ne vous cache pas,
10:38mais ça fait partie de notre métier.
10:40On a choisi une spécialité,
10:41c'est un peu une passion
10:43et on sait que la gestion de la crise sanitaire,
10:45ça fait partie de notre mission
10:47et on sait s'organiser pour ça.
10:50Alors, oui, on est prêts là aussi
10:53à réaugmenter les effectifs au SAMU
10:55et dans les services d'urgence
10:57sous réserve d'avoir la capacité d'hospitaliser.
11:00Et c'est ça, parce qu'en fait,
11:02les patients qui ont des défaillances d'organes
11:04restent à l'hôpital,
11:05on ne peut pas les faire rentrer chez eux aussi vite.
11:07Donc, la capacité d'avoir des lits,
11:10ce d'autant qu'il y a des services qui ferment
11:12parce que les températures sont trop élevées.
11:15Donc, là, les plans blancs,
11:17c'est vraiment le stade ultime,
11:19c'est lourd à mettre en place.
11:21Ça ne peut pas être le mode de croire.
11:24Louis Baudin, d'un mot,
11:25cette nouvelle canicule
11:27qui est plus probable du 6 au 13 juillet,
11:29on a une idée là-dessus ou pas ?
11:30Vous savez qu'au-delà de 7 jours,
11:32je ne me prononce pas, on ne sait pas.
11:34Mais en revanche, ce que l'on voit,
11:35c'est qu'effectivement,
11:35entre dimanche et lundi prochain,
11:36donc en limite de ces 7 jours,
11:38les températures pourraient de nouveau remonter.
11:40Donc, on ne peut rien exclure.
11:41Merci en tout cas Agnès Ricaribon
11:42d'avoir pris quelques minutes
11:43pour être en direct avec nous.
11:45Bon courage à vous,
11:45à tous vos collègues soignants
11:46et on peut peut-être rajouter un mot
11:48très très simple,
11:49c'est merci.
11:50Merci à vous tous.
11:51Merci à vous.
11:52Merci à vous.
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