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Après onze jours d'un épisode exceptionnel de canicule, on recense déjà 1 000 décès de plus que la normale en France d'après Santé publique France. Les autorités craignent une forte surmortalité et les hôpitaux restent sous tension. Mobilisée dans son hôpital du Val d'Oise, où le plan blanc a été déclenché, comme dans tous les hôpitaux d'Ile-de-France, la médecin urgentiste Agnès Ricard-Hibon, porte-parole du Samu-Urgences de France, est l'invitée de Thomas Sotto dans RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 29 juin 2026.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 29 juin 2026.
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00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:02Elle est médecin urgentiste dans un hôpital du Val-d'Oise et porte-parole de SAMU Urgence de France.
00:07Agnès Ricaribon est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Agnès Ricaribon.
00:11Bonjour et merci.
00:13Merci à vous d'être en direct avec nous depuis le Val-d'Oise où vous travaillez comme urgentiste.
00:16D'autant que vous avez été mobilisé tout le week-end et que ce n'est pas terminé.
00:19Peut-être pouvez-nous, docteur, pour commencer, nous donner votre ressenti, vos impressions sur ce que vous avez vécu ces
00:26dernières heures, ces derniers jours.
00:27Où en est-on ?
00:29Alors, on a une augmentation très importante des appels au niveau du SAMU, mais cette augmentation d'appels, elle est
00:35non seulement attendue, souhaitée,
00:37puisqu'on souhaite que les personnes malades nous appellent pour être bien orientées dans le système de soins.
00:43Et s'ils sont graves, et c'est vrai qu'on a de plus en plus de patients graves, on
00:46envoie les ambulances de réanimation pour aller directement dans les services de réanimation.
00:51Et s'ils n'ont pas de signe de gravité, on fait beaucoup de conseils à domicile ou on les
00:58envoie vers les médecins traitants.
00:59Ce qui permet de réserver les urgences aux patients qui ont vraiment besoin du plateau technique hospitalier.
01:04Donc la régulation de ce que j'entends s'est plutôt pas mal passée.
01:07Mais est-ce qu'en termes de volume, on est arrivé au point de rupture, de saturation, ou est-ce
01:11que tout est resté jusqu'à présent sous contrôle ?
01:15Alors, c'est qu'on est sous contrôle.
01:16La médecine d'urgence, la gestion de crise sanitaire, ça fait partie de notre métier.
01:20On sait s'adapter à l'augmentation d'activité.
01:24Les professionnels sont très sous tension, c'est vrai, mais on n'est pas à un point de rupture au
01:29niveau du SAMU.
01:30On est à un plateau aujourd'hui qui est à peu près de plus de 50-60% des appels.
01:36Mais on sait renforcer nos effectifs et s'organiser de façon à ce qu'on est certes sous tension, mais
01:44tout à fait opérationnel.
01:46Et au niveau des urgences, c'est vrai qu'on avait demandé juste avant le week-end le déclenchement du
01:52plan blanc.
01:53Qui a été activé dans plusieurs régions, notamment en Ile-de-France.
01:57Tout à fait.
01:58Et là, on est en capacité d'accueillir plus de patients pour les diagnostiquer et initier les traitements.
02:07Mais la difficulté, c'est de pouvoir les faire sortir des urgences vers l'hospitalisation.
02:11Et il nous faut plus de lits, puisqu'on a plus de patients fragiles à hospitaliser.
02:17Et c'est là où le plan blanc nous aide à avoir cette capacité augmentée d'hospitalisation.
02:24Le plan blanc, pour faire simple, c'est une mobilisation générale.
02:26C'est le retour des personnels qui sont en congé.
02:29Juste pour qu'on précise bien quelque chose.
02:30Quand on dit qu'on manque de lits, on ne manque pas de lits avec un matelas.
02:34On manque de personnes pour s'occuper de la personne qui serait de la chambre.
02:37Donc il y a aujourd'hui des chambres vides, avec des lits qui sont inoccupés, faute de personnel.
02:41C'est ça la situation ?
02:43Alors, oui et non, ça dépend des territoires.
02:46Mais on a aussi beaucoup de chambres qui ont les personnels,
02:49mais qui sont occupés par des patients qui ont été programmés.
02:54Et c'est vrai que là, il est nécessaire de déprogrammer.
02:58Ce d'autant qu'il n'est pas pertinent aujourd'hui de se faire opérer d'une prothèse de hanche,
03:03une prothèse de genou, avec une hospitalisation derrière, dans des chambres surchauffées.
03:07Donc non seulement la déprogrammation, elle est utile pour libérer des lits pour les urgences,
03:13mais elle est aussi utile pour protéger la population.
03:15Et il vaut mieux décaler les interventions non urgentes.
03:18Agnès Ricard-Ribon, est-ce que vous avez été surprise d'entendre la ministre de la Santé, Stéphanie Riste,
03:22parler d'au moins 1000 morts supplémentaires ces derniers jours par rapport à la moyenne habituelle ?
03:27Est-ce que ça, c'est quelque chose auquel vous vous attendiez malheureusement ?
03:31Alors, cette surmortalité ne nous étonne pas, parce que l'organisme a été mis à rude épreuve.
03:38Et c'est vrai qu'au bout d'un certain temps, il y a des défaillances d'organes.
03:42On sait que la canicule, ça augmente la surmortalité.
03:46Mais ce qu'on veut surtout nous dire, c'est qu'il y a certaines surmortalités,
03:51mais il y a quand même surtout beaucoup, beaucoup de patients que l'on prend en charge
03:54et pour lesquels on arrive à sauver des vies.
03:56Et il y a un message très important à faire passer, c'est qu'il faut nous appeler tôt.
03:59Parce que dès le début des symptômes, parce que lorsqu'on arrive à limiter la hausse de température,
04:05on limite la défaillance d'organes.
04:09Et c'est beaucoup plus facile finalement de soigner les gens et les faire rentrer chez eux
04:13quand on n'a pas encore la défaillance d'organes que quand la défaillance d'organes est installée.
04:18Donc il faut vraiment appeler le 15 au début des symptômes, le médecin traitant ou le 15.
04:24Mais cette surmortalité, elle est inévitable ou elle aurait été évitable
04:29avec une meilleure organisation, plus de moyens.
04:31C'est qu'on se pose forcément la question.
04:35Alors, c'est difficile d'analyser cette surmortalité en temps réel.
04:39Parce qu'il y a des décès qui sont attendus liés à l'évolution de la maladie
04:44et il y a des décès qui sont inattendus.
04:47Alors, on a eu des 40-50 nerfs qui ont fait des arrêts cardiaques.
04:50Là, on se dit que c'est vraiment une surmortalité liée à la canicule.
04:54Ou des jeunes sportifs qui se sont retrouvés en coup de chaleur d'exercice.
04:59Ça, c'est de la surmortalité qui est liée à la canicule.
05:02Mais après, il y a des patients qui ont des pathologies chroniques
05:06pour lesquels le décès est attendu dans les 2-3 mois.
05:10Et la canicule a peut-être été un accélérateur.
05:16Mais voilà.
05:17Donc, l'analyse de cette surmortalité, elle nécessite quelques mois pour l'interpréter.
05:23Mais nous, on préfère finalement, pour la population,
05:27parler des patients vivants pour lesquels on va sauver des vies.
05:30parce que là, effectivement, ils sont déjà beaucoup plus nombreux que les décès.
05:35Et ça permet de passer des messages de prévention sur quand on nous appelait.
05:41Parce que les premiers symptômes aussi...
05:42C'est quoi les premiers symptômes dont vous parlez ?
05:44Qu'est-ce qui doit nous alerter ?
05:47Ça ressemble un petit peu à l'ivresse chez les jeunes.
05:51Ce qui nous a surpris cette année, c'est...
05:53On a eu des jeunes quand même en état de déshydratation
05:56parce qu'en pleine période de Coupe du Monde, ils prennent de la bière.
06:00Et ils pensent que la bière, ça hydrate.
06:02Alors que la bière, ça désaltère, mais ça déshydrate
06:04parce que ça favorise le fait d'uriner.
06:07Et donc, les premiers symptômes, c'est les maux de tête,
06:11c'est des vertiges, c'est la lenteur de l'idée,
06:16c'est de la confusion, ce sont des nausées, des vomissements.
06:21Ça ressemble un peu au premier signe de l'ivresse.
06:24Et donc, ce qu'on dit, c'est...
06:27Alors, je sais que dire à des jeunes de ne pas boire de la bière
06:30pendant une Coupe du Monde, c'est difficilement appliqué.
06:33Donc, au moins, alterner une pinte de bière et deux pintes d'eau
06:37de façon à compenser la déshydratation.
06:39Alors que les températures rebaissent un peu,
06:41on en parlait avec Louis Baudin tout à l'heure,
06:42est-ce que vous diriez que le plus dur est passé ou pas encore ?
06:44J'entendais ce week-end le docteur Philippe Juvin,
06:47votre collègue des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris,
06:49qui disait qu'il redoutait un bilan très, très lourd.
06:52Vous êtes d'accord avec ça ?
06:53Il y a un effet retard, entre guillemets, de la canicule à redouter ?
06:57Alors, il y a tout à fait raison.
06:59Il y a un effet retard.
07:00Nous, on s'attend à recevoir beaucoup de patients cette semaine
07:03qui ont des défaillances d'organes.
07:05En fait, le corps humain, il s'adapte pendant les premiers jours.
07:07C'est pour ça que les tout premiers jours de la canicule,
07:10on n'était pas surchargés aux urgences
07:11parce que le corps humain s'adapte.
07:14Et puis, au bout d'un certain temps,
07:16les capacités d'adaptation sont dépassées.
07:18Et quand la température monte comme ça,
07:20ça entraîne des défaillances d'organes.
07:22Donc, on a le cerveau, le cœur, le foie, le rein,
07:25le tube digestif, la coagulation qui commencent à défaillir.
07:29Et quand ces atteintes d'organes sont installées,
07:32c'est beaucoup plus difficile de revenir à une restitution d'intègreur.
07:38Mais c'est pour ça qu'on dit qu'il faut nous appeler
07:40dès les procédures et les symptômes
07:42parce que quand les défaillances d'organes sont installées,
07:46c'est plus compliqué de les traiter.
07:48Et là, donc, oui, on va recevoir des patients
07:50qui ont des pathologies chroniques qui décompensent.
07:53Et puis, des patients dont les organismes ont été mis à rude épreuve.
07:58Notamment ceux qui sont dans des appartements surchauffés.
08:01Il faut continuer à boire beaucoup d'eau dans les jours qui viennent
08:03ou pas ? Est-ce qu'il faut continuer à s'hydrater plus que d'habitude,
08:05même si on en ressent moins le besoin ?
08:08Alors, bien sûr, il faut continuer à s'hydrater
08:12parce que ce que l'on nous explique,
08:13d'un part des climatologues,
08:15c'est que ce n'est plus le canicule,
08:16mais ça reste quand même une situation chaude
08:19et le temps de se rétablir.
08:23Alors, il faut également réadapter les traitements,
08:26notamment les gens qui ont de l'hypertension,
08:28de l'insuffisance cardiaque,
08:29avec des traitements qui favorisent le fait d'uriner.
08:32Ça doit être réadapté par les médecins traitants
08:35et ne pas oublier que la chaleur,
08:38elle peut revenir la semaine prochaine
08:40de ce que l'on nous prévoit.
08:42Agnès Ricaribon, certains disent qu'il y a eu impréparation,
08:45impréparation dans les écoles, impréparation dans les hôpitaux.
08:48Est-ce que vous, vous l'avez ressenti ?
08:52Alors nous, c'est vrai qu'on aimerait bien avoir
08:54des hôpitaux climatisés,
08:56il faut le reconnaître.
08:59Tous les services d'urgence ne sont pas climatisés.
09:02Alors dans les nouveaux bâtiments,
09:03parfois c'est climatisé,
09:04mais il y a beaucoup de bâtiments anciens
09:06où il n'y a pas la climatisation.
09:08Et c'est difficile de soigner les gens
09:12en essayant de faire baisser la température
09:14quand on est dans des locaux qui sont à 38 degrés.
09:19Donc, ce n'est pas normal maintenant
09:22qu'on construise des hôpitaux
09:23sans prévoir d'emblée la climatisation.
09:28Et aussi, ce qu'on souhaiterait,
09:30ce qu'on alerte depuis des années,
09:32c'est qu'on n'est pas bien organisé
09:36pour avoir le nombre de lits disponibles tous les ans.
09:39On le dit, que ce soit en hiver, que ce soit en été,
09:41mais même au quotidien,
09:42il y a une stagnation des patients
09:44qui ont besoin d'être hospitalisés dans les urgences.
09:46Et c'est ce qui nous bloque, en fait.
09:49Quand tous nos blocs sont occupés
09:50par des patients qui doivent être hospitalisés,
09:52on n'a pas la capacité d'accueillir de nouveaux patients,
09:55ce qui est notre mission.
09:57Alors qu'on est en capacité,
09:59on sait s'adapter pour avoir plus de patients
10:02qui arrivent aux urgences.
10:03Ça, on sait faire, d'augmenter nos capacités.
10:06Mais quand on ne peut pas faire sortir les gens
10:09du service des urgences,
10:11ça bloque toute la chaîne de prise de soins.
10:14Rapidement, pour terminer,
10:15vous évoquiez la possibilité d'une nouvelle canicule.
10:18Hier soir, Météo France disait
10:19qu'un scénario de forte chaleur
10:21devenait plus probable pour la semaine du 6 au 13 juillet,
10:24même si leur intensité reste à ce stade incertaine.
10:27Est-ce que vous êtes prêts à encaisser
10:29une deuxième canicule aussi rapprochée
10:31ou est-ce que ça vous angoisse ?
10:34Alors, est-ce qu'on est prêts ?
10:36On n'en a pas envie, je ne vous cache pas,
10:38mais ça fait partie de notre métier.
10:40On a choisi une spécialité,
10:41c'est un peu une passion
10:43et on sait que la gestion de la crise sanitaire,
10:45ça fait partie de notre mission
10:47et on sait s'organiser pour ça.
10:50Alors, oui, on est prêts là aussi
10:53à réaugmenter les effectifs au SAMU
10:55et dans les services d'urgence
10:57sous réserve d'avoir la capacité d'hospitaliser.
11:00Et c'est ça, parce qu'en fait,
11:02les patients qui ont des défaillances d'organes
11:04restent à l'hôpital,
11:05on ne peut pas les faire rentrer chez eux aussi vite.
11:07Donc, la capacité d'avoir des lits,
11:10ce d'autant qu'il y a des services qui ferment
11:12parce que les températures sont trop élevées.
11:15Donc, là, les plans blancs,
11:17c'est vraiment le stade ultime,
11:19c'est lourd à mettre en place.
11:21Ça ne peut pas être le mode de croire.
11:24Louis Baudin, d'un mot,
11:25cette nouvelle canicule
11:27qui est plus probable du 6 au 13 juillet,
11:29on a une idée là-dessus ou pas ?
11:30Vous savez qu'au-delà de 7 jours,
11:32je ne me prononce pas, on ne sait pas.
11:34Mais en revanche, ce que l'on voit,
11:35c'est qu'effectivement,
11:35entre dimanche et lundi prochain,
11:36donc en limite de ces 7 jours,
11:38les températures pourraient de nouveau remonter.
11:40Donc, on ne peut rien exclure.
11:41Merci en tout cas Agnès Ricaribon
11:42d'avoir pris quelques minutes
11:43pour être en direct avec nous.
11:45Bon courage à vous,
11:45à tous vos collègues soignants
11:46et on peut peut-être rajouter un mot
11:48très très simple,
11:49c'est merci.
11:50Merci à vous tous.
11:51Merci à vous.
11:52Merci à vous.
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