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  • il y a 3 mois
Antoine Alibert, adjoint à la mairie de Paris chargé de la santé, publique et environnementale, était l’invité du "8h30 franceinfo", samedi 27 juin 2026. Canicule : hôpitaux, écoles, annulation d'évènements... Il répondait aux questions d'Hadrien Bect et de Camille Vigogne Le Coat.


Les hôpitaux parisiens font face à une "saturation exceptionnelle" dans un contexte de canicule, a affirmé Antoine Alibert, adjoint à la maire de Paris chargé de la santé, évoquant une situation "jamais vue" à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). "Les chiffres qui nous ont été partagés confirment une saturation exceptionnelle. On n’a jamais vu ça au niveau de l’AP-HP", a-t-il déclaré. Selon lui, plusieurs indicateurs sont au plus haut : "Les appels au Samu, les passages aux urgences, mais aussi les lits-brancards qui s’accumulent dans les couloirs. C’est un indicateur qui n’a jamais été aussi élevé".

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00:08Bonjour Antoine Allibert, et merci d'être avec nous ce matin sur France Info, vous êtes adjoint écologiste au maire
00:12de Paris, chargé de la santé et de la lutte contre les pollutions.
00:16On va évidemment parler de la canicule avec vous, de ses conséquences aussi pour les villes et notamment pour Paris,
00:24mais d'abord on va parler de la situation dans les hôpitaux, sujet que vous connaissez bien parce que vous
00:29gérez les relations entre la ville de Paris et la PHP, les hôpitaux parisiens.
00:36Le préfet de police a parlé ces derniers jours d'hôpitaux saturés, est-ce que ce matin c'est le
00:42constat que vous aussi vous pouvez faire ?
00:44Oui, c'est le constat que je fais, je confirme les propos du préfet de police. Hier on était en
00:49conseil de surveillance de la PHP, c'était le hasard du calendrier, mais on a pu du coup avec le
00:53directeur général et l'ensemble de la communauté du conseil faire un point d'actualité et les chiffres qui nous
00:58ont été partagés confirment la saturation et la saturation exceptionnelle. On n'a jamais vu ça au niveau de la
01:03PHP.
01:04Quand vous parlez de saturation de façon très concrète, qu'est-ce que ça veut dire ? Ce sont les
01:08services d'urgence, ce sont les services de médecine, c'est l'intégralité en fait de tous les services des
01:13hôpitaux ?
01:14C'est l'intégralité des services des hôpitaux parce que les urgences sont toujours la porte d'entrée, hélas, de
01:20beaucoup de cas et de suivis, mais c'est les appels au SAMU, c'est les passages aux urgences, ce
01:25sont aussi hélas les libres encarts qui s'accumulent.
01:28C'est un indicateur qui n'a jamais été aussi haut, qui s'accumule dans les couloirs et ça c
01:32'est aussi la démonstration que les hôpitaux, qui sont la première ligne essentielle, doivent aussi travailler avec la médecine de
01:38ville.
01:38Est-ce qu'il y a le risque aujourd'hui, dans les prochains jours, qu'il y ait des difficultés
01:43de prise en charge des patients à l'hôpital ?
01:45C'est déjà le cas, c'est déjà le cas, les soignants sont H24 mobilisés, c'est pas pour rien
01:53qu'hier l'agence régionale de santé a déclenché le plan blanc sur l'intégralité de l'île de France.
02:00Un plan blanc qui, on le rappelle, permet de rappeler les médecins, les soignants à l'hôpital, quasiment pas réquisitionnés,
02:07mais en tout cas avec des mesures incitatives d'appeler ces soignants à venir à l'hôpital.
02:11On en manque aujourd'hui de médecins ?
02:13On en manque, dans le plan blanc, l'ARS a pris une bâtie de mesures, c'est l'agence régionale
02:17de santé, ils mobilisent aussi les internes, les étudiants en médecine, le personnel paramédical, c'est vraiment une mobilisation générale,
02:25c'est le propre d'un plan blanc.
02:26Vous utilisez l'expression de crise sanitaire ou elle est exagérée ?
02:31Non, non, non, on est en plein dans une crise sanitaire, c'est un phénomène de canicule exceptionnel et extrême.
02:37Je rappelle par ailleurs, c'est passé au second plan de l'information, c'est normal, mais que ça fait
02:41près d'une dizaine de jours qu'on est en pic de pollution à l'ozone,
02:44qui est un facteur aggravant pour les publics qui souffrent déjà des conséquences de la chaleur, qui sont déjà fragilisés,
02:49et c'est à quasiment les mêmes publics.
02:52Ce qu'on redoute évidemment, c'est une augmentation du nombre de décès. Est-ce que vous avez de la
02:56visibilité ?
02:57Pour rappel, en 2023, on avait 1500 décès qui ont été imputables à la canicule. Vous, en ce qui concerne
03:03Paris, la PHP, quelle remontée avez-vous en termes de chiffres ?
03:07Je ne vous donnerai pas de chiffres, parce que de toute façon, le propre d'une canicule, c'est d
03:11'abord, hélas, de susciter des décès assez rapidement,
03:14mais c'est aussi l'impact au long cours sur les corps. Et ça, on sera en capacité de le
03:18mesurer dans un, deux, trois mois.
03:19C'est Santé publique France qui pourra faire un état global de ce que ça a impacté. Et au-delà
03:24des morts et de la mortalité, ça abîme les corps.
03:27Et ça, on a du mal à le mesurer immédiatement.
03:29Malgré tout, sur les décès, on entend parler, c'est ce qu'on voit, c'est ce que disent les
03:34pompiers qu'il y a dans des personnes qui ne vont pas à l'hôpital,
03:40qui ne vont pas chez le médecin, mais qu'on découvre décédé chez elles. Est-ce qu'à Paris, là
03:45-dessus, la ville, on imagine, a des éléments, agit peut-être aussi là-dessus ?
03:51J'imagine que c'est une préoccupation.
03:53C'est une préoccupation et c'est l'angle mort qui a été celui de la gestion de cette crise
03:57au niveau de l'État, je pense,
03:59et sur lequel, nous, on a beaucoup agi et on a alerté au niveau de la ville de Paris.
04:03Puisqu'effectivement, le propre de ce phénomène caniculaire, contrairement à 2003, qui avait fait principalement beaucoup de morts dans les
04:09EHPAD,
04:10et je crois qu'on peut souligner que les EHPAD ont été préparés ces dernières années,
04:15c'est effectivement toutes les personnes qui ne sont pas forcément en EHPAD, qui ne sont pas dans le fichier
04:18réflexe, par exemple, de la ville de Paris.
04:20C'est quoi le fichier réflexe ?
04:21Le fichier réflexe, c'est un fichier qui a été créé dans la continuité, justement, des conséquences qu'on avait
04:26tirées de la canicule de 2003.
04:28C'est 10 000 personnes âgées de plus de 60 ans, isolées, avec des facteurs de vulnérabilité, qu'on appelle.
04:35C'est la cinquième fois qu'on lance le cycle d'appel, là, c'est inédit, déjà, quand on...
04:39Et ça fonctionne bien, ça ?
04:41Ça fonctionne très bien. Le problème, c'est que ça fonctionne pour les personnes qui sont inscrites de plus de
04:4560 ans.
04:45Et il y a effectivement toutes les personnes que vous évoquiez qui sont potentiellement chez elles, isolées.
04:51Et cette canicule, ce qu'on constate, on en discutait hier avec l'Agence régionale de santé, la PHP,
04:55c'est qu'elle fait mourir, hélas, des personnes qui ne devraient pas mourir dans des périodes de canicule de
05:0040, de 50 ans,
05:01et qui, typiquement, sont chez elles, isolées.
05:04Et on a vu, effectivement, hélas, remonter des aides à domicile.
05:09Et j'ai une forte pensée pour tout ce personnel essentiel qui sont souvent oubliés,
05:13qui découvrent des personnes qu'elles accompagnent chez elles décédées.
05:17Est-ce que votre fichier ne devrait pas être élargi, peut-être, à d'autres classes d'âge ?
05:21C'est le cas, on y réfléchit.
05:23Les personnes handicapées aussi, isolées, sont dessus, derrière la question qui se pose.
05:28Et on est en train d'y travailler, échelle ou l'abnégation des services de la ville, des bénévoles et
05:32du personnel hospitalier, naturellement.
05:35Il nous faut les bénévoles, derrière, pour appeler toutes ces personnes quotidiennement.
05:39On rappelle, vous faites le lien entre la ville de Paris et la PHP, les hôpitaux de Paris.
05:44La canicule, elle a mis en évidence le manque de climatisation aussi à l'hôpital.
05:49Concernant la PHP, qu'en est-il ? Combien de services sont climatisés ?
05:53Est-ce que toutes les urgences le sont ?
05:55On rappelle que la PHP, c'est quand même 38 établissements qui accueillent chaque année 8 millions de patients.
06:00À peu près 50% du bâti de la PHP est rafraîchi.
06:05Donc on voit que ce n'est pas suffisant.
06:07C'est-à-dire que la moitié seulement des hôpitaux parisiens ont la clim ?
06:11Ce n'est pas la clim, c'est des systèmes différents.
06:13Pardonnez-moi, faisons la distinction entre rafraîchissement et climatisation.
06:15Tout à fait.
06:16Par exemple, typiquement, on avait anticipé, nous, la ville de Paris, on a un réseau fraîcheur de Paris
06:21qui permet de refroidir grâce à de l'eau de la Seine.
06:23C'est un réseau en sous-sol, effectivement, créé sous Jacques Chirac, je crois.
06:27Et ça, c'est typiquement le genre de solution à long cours de rafraîchissement
06:31sans consommation démesurée d'électricité.
06:35Donc on a raccordé deux hôpitaux, deux établissements de la PHP.
06:39Il faudra qu'on en fasse plus.
06:40C'est d'ailleurs l'objet de...
06:41Le maire de Paris avait déjà prévu, avec son adjointe à l'Istim-Site en charge du climat,
06:46une réunion ce lundi sur la trajectoire d'adaptation.
06:48La PHP en fait partie d'autres services essentiels.
06:50Mais pour revenir à la question de la climatisation,
06:54l'année dernière, on avait déjà connu un phénomène de forte chaleur au mois de juin,
06:58avec une forte mortalité en France, mais aussi en Europe.
07:01Et la PHP en avait tiré les conclusions et avait commandé 800 climatisations.
07:07Mais ce n'est pas suffisant et on sait que...
07:09Sébastien Lecornu vient d'annoncer qu'il en a commandé 30 000.
07:13C'est déjà mieux que rien ?
07:14C'est mieux que rien, ça sera une solution d'urgence, ça ne sera pas une solution de long cours.
07:18Et la solution de long cours, ça sera dès la rentrée, mais je pense qu'on y reviendra plus tard
07:23sur les conséquences politiques à tirer de cette crise.
07:25C'est le mur d'investissement à la fois dans l'offre de soins, la révélisation du personnel, les moyens
07:29pour les hôpitaux.
07:30C'est 6 milliards d'euros, c'est l'inspection générale des affaires sociales de l'État qui le préconise.
07:36Et c'est 2 milliards pour la rénovation intégrale du bâti et son adaptation aux nouvelles conditions météorologiques et climatiques
07:44de la France.
07:45Hier à Paris, la vente d'alcool était interdite à partir de 18 heures,
07:49tout comme la consommation sur la voie publique à l'occasion du match pour éviter justement cette saturation des hôpitaux.
07:55Est-ce que cette mesure a été efficace ? Quel retour vous en faites ?
07:59Écoutez, toute mesure de message de santé publique, de précaution,
08:04qui permet de rappeler qu'aujourd'hui, tout comportement individuel qui nous mettrait nous-mêmes en risque
08:09et qui irait saturer collectivement nos premières lignes de défense, les hôpitaux, les systèmes d'urgence sont bonnes.
08:14On entendait aussi sur l'antenne de France Info ce matin des Parisiens qui racontaient qu'ils avaient fait leurs
08:19emplettes avant 18 heures, etc.
08:20On n'est pas sûr que la mesure ait été extrêmement bien suivie ?
08:24Non, je n'ai pas d'élément pour vous dire, mais il est vrai que moi aussi je suis rentré
08:30en vélo et j'ai rejoint des amis pour regarder le match.
08:32Les terrasses étaient pleines.
08:34En même temps, c'était autorisé sur les terrasses.
08:37D'un mot encore sur l'annulation à la fois du Festival Solidez et à la fois de la Marche
08:43des Fiertés aujourd'hui.
08:44Et en même temps, on en parlait ce matin sur France Info, le match ce soir de la finale du
08:49Top 14,
08:49alors ce n'est pas à Paris, c'est à Saint-Denis, mais à lieu.
08:52Est-ce que vous comprenez ces annulations ? Est-ce que la mairie de Paris les a accompagnées ?
08:59Ou est-ce que vous dites qu'il peut y avoir un deux poids deux mesures ?
09:03Non, je ne mettrais pas de deux poids deux mesures entre ce qui va se passer dans un stade
09:07où on peut surveiller une population, des participants particuliers,
09:12et des grands événements dans l'espace public, comme la Marche des Fiertés et le Festival Solidez.
09:19C'était des mesures de santé publique évidentes, il aurait peut-être fallu les prendre un petit peu plus tôt
09:23pour accompagner les organisateurs, faire plus de pédagogie,
09:26puisqu'effectivement la crainte, c'est que quand c'est fait au dernier moment,
09:30et notamment pour la Marche des Fiertés, des personnes ne puissent ne pas comprendre.
09:34Et puis par ailleurs, c'est quand même un peu la double peine, parce qu'on en reparlera peut-être,
09:38mais on annule ce genre d'événements, et encore une fois, je pense que c'était la bonne décision à
09:44prendre,
09:44mais en parallèle, il y a des événements indécents qu'on voit au niveau de la ville de Paris,
09:49tels que le défilé LVMH qui consomme des tonnes de litres d'eau,
09:53et ça, je crois que c'est vraiment le deux poids deux mesures symboliques.
09:57C'est peut-être symbolique, mais pas sur des questions de santé publique.
09:59Tout à fait, mais je pense que dans des périodes comme ça, particulières,
10:04qui nécessitent la pleine mobilisation de toute la société pour prendre soin les uns des autres,
10:08les symboles ont leur importance.
10:09On va voir comment les villes peuvent ou pas mieux se préparer à ce type d'épisodes,
10:14c'est juste après, l'info en une minute, il est de 9h moins le quart, et voici Diane Ferchit.
10:20La canicule se déplace vers l'est du pays, la vigilance rouge concerne ce matin 37 départements
10:25du nord au puits d'Aume et jusqu'à l'Alsace, mais ce matin, la fin de ce pic caniculaire
10:29se précise.
10:30Selon Météo France, il n'y aura demain soir plus aucun département en vigilance rouge,
10:34et dans ce contexte, le bilan du nombre de noyades depuis le début des très fortes chaleurs
10:39s'alourdit à 56 après qu'un homme est mort noyé hier soir dans le canal Saint-Martin,
10:44dans le 10e arrondissement de Paris.
10:46Selon les autorités, il se baignait en dehors de l'espace autorisé et surveillé.
10:51Onze conducteurs portent plainte contre X après avoir été victimes de freinages fantômes
10:56sur leur véhicule.
10:56Ils décrivent des situations inquiétantes sur autoroutes,
10:59le système de freinage qui se déclenche sans aucune action de leur part.
11:03La France affrontera la Suède mardi soir en 16e de finale de la Coupe du monde de foot.
11:08Les Bleus restent sur la côte Est après avoir terminé en tête de leur groupe.
11:11Les Français, un vaincu depuis le début de la compétition.
11:14Ils ont battu la Norvège 4 à 1 hier soir avec un triplé d'Ousmane Dembélé.
11:29Et nous sommes toujours avec Antoine Alibert, adjoint chargé de la santé à la mairie de Paris.
11:33On va continuer de parler de la façon dont les villes s'adaptent à la canicule.
11:37Et ce qui saute aux yeux justement dans cette période,
11:39c'est plutôt notre degré d'impréparation à ces épisodes malgré leur régularité.
11:43Est-ce que vous, à Paris, vous considérez avoir été au rendez-vous ?
11:47Alors on peut toujours faire mieux, c'est ce qu'on va faire.
11:49Je vous l'évoquais, le maire de Paris et son adjointe au climat
11:52vont organiser une grande réunion pour faire plus vite et mieux.
11:56Mais oui, ça fait depuis 2001 que la majorité socialiste, écologiste, communiste,
12:02adapte, alerte, a pris la mesure de ce que dit la science tout simplement.
12:05J'ai quand même souvenir, pardonnez-moi, d'Emmanuel Grégoire,
12:08alors premier adjoint d'Anne Hidalgo il y a quelques années,
12:11dire Paris est prêt à affronter des grandes canicules.
12:15De toute évidence, on n'y est pas complètement.
12:18On n'y est pas complètement, mais je pense que sur l'espace public,
12:21son rafraîchissement, son adaptation, force est de constater quand même
12:24que la ville de Paris a fait énormément la transition des mobilités,
12:27les pistes cyclables, la diminution.
12:30Je parlais, on est dans un pic caniculaire et un pic de pollution,
12:33et ce sont des facteurs aggravants.
12:34La diminution des pollutions, c'est 40% en moins.
12:37La végétalisation massive de l'espace public,
12:39ce sont 150 000 arbres qui ont été plantés.
12:41Les transformations en rues aux jardins, les rues aux écoles,
12:45les brumisateurs, les, pardonnez-moi, des espaces verts.
12:48Ce sont des mesures qui n'empêchent pas, vous le disiez d'abord,
12:50les pics de pollution depuis une dizaine de jours,
12:53une situation d'alerte au niveau des pollutions.
12:55Et par ailleurs, on entend les efforts pour la lutte contre le réchauffement climatique,
13:00mais aujourd'hui, concrètement, le fait d'avoir des points d'eau réfréchissants,
13:06des espaces climatisés pour chaque habitant à quelques centaines de mètres de chez soi,
13:11aujourd'hui, on est encore très loin du compte.
13:14Je ne suis pas sûr qu'on soit très loin du compte.
13:16En tout cas, on a quand même 1 400 îlots de fraîcheur qui ont été organisés,
13:20identifiés dans la ville de Paris.
13:21Alors, îlots de fraîcheur, je précise, parce qu'on est allé regarder la carte,
13:25c'est aussi bien les endroits avec de la végétalisation, des arbres pour pouvoir se rafraîchir
13:30qu'un commerce pour remplir sa gourde.
13:32Enfin, ce n'est pas non plus une salle climatisée, avec de l'espace, avec de l'eau fraîche, etc.
13:39Pour chaque Parisien, à quelques centaines de mètres, on est très loin de ça
13:42dans la carte des îlots de fraîcheur qui est proposée par la mairie de Paris.
13:45Chaque mairie d'arrondissement a une salle rafraîchie pour pouvoir accueillir
13:49une partie de nos bibliothèques, les établissements culturels,
13:52et notamment les musées de la ville de Paris, sont ouverts gratuitement et accessibles.
13:56Mais bien sûr qu'il va falloir faire plus.
13:57Je ne suis pas en train de dire qu'on était complètement prêts pour une canicule exceptionnelle.
14:02Mais force est de constater quand même que la ville de Paris
14:05et beaucoup de collectivités en France anticipent, se préparent, s'adaptent.
14:10Et ce qui manquera pour passer l'échelle, c'est l'accompagnement du gouvernement
14:14et des décisions fortes de l'État.
14:16Les villes ne pourront pas faire toutes seules et être en première ligne.
14:19Vous pensez vraiment que pour les parents d'enfants scolarisés dans les écoles,
14:23pour les parents d'enfants à la crèche, dire la ville a été en rendez-vous,
14:26c'est quelque chose qui est entendable quand on a eu 30, 35 degrés dans les établissements,
14:31quand on a dû sortir ces enfants des établissements.
14:33Est-ce que vous pensez que la ville est au rendez-vous de l'urgence
14:37et de la nécessité d'accélérer le calendrier sur la rénovation de ces établissements scolaires ?
14:42La ville, elle était au rendez-vous de l'anticipation, on a pris des mesures,
14:45on a commencé à rénover une partie de nos écoles, on a créé des cours Oasis,
14:48mais on n'a pas pu tout faire, je ne dis pas qu'on était.
14:51Et par ailleurs, sur la gestion de l'urgence, on a fait ce qu'on pouvait faire
14:55dans les moyens qui étaient les nôtres, et notamment sur la climatisation.
14:58Mais ça passe, je le dis, la rénovation du bâti, et notamment du bâti scolaire,
15:01aussi par la rénovation du bâti public.
15:03Il y a 1085 établissements qui doivent être rénovés d'ici 2050.
15:072050, juste que les gens comprennent bien, ça sera fini pour les enfants
15:11de ceux qui sont actuellement à l'école aujourd'hui, c'est la prochaine génération ?
15:15Oui, largement, voire même les enfants de leurs enfants.
15:17Non, 2050.
15:18Ah oui, pardonnez-moi.
15:19Non, non, ça sera pour nos petits-enfants.
15:21La marche est très haute pour que notre société, notre ville, les villes, les collectivités
15:26s'adaptent aux conséquences du dérèglement climatique,
15:29mais en termes d'anticipation, d'alerte et de trajectoire, nous en avons pris la mesure.
15:35Mais effectivement, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour être à la hauteur.
15:38Je ne nierai pas le contraire.
15:39Juste quand même, je vais donner un exemple.
15:42On parle du bâti public, et c'est très important.
15:44Mais il y a aussi le parc social de la ville de Paris.
15:46Le parc social de la ville de Paris, que souvent, par exemple,
15:49on le disait tout à l'heure, où des personnes peuvent mourir de chaud dans leur bouilloire thermique,
15:54on en a rénové déjà 25%.
15:56On est la collectivité de France qui avons mis 800 millions d'euros sur la table
16:01depuis maintenant 15 ans.
16:03Et là, pour le coup, nous aurons atteint la trajectoire en 2050 sur les copropriétés privées.
16:07On accompagne aussi, on a mis 60 millions d'euros dans le dernier plan pour accompagner.
16:12Mais il ne faut pas l'accélérer, cette trajectoire ?
16:13On continue de parler de 2050, c'est loin, 2050 ?
16:17On ne peut pas aller plus vite, c'est ça que vous dites ?
16:19Alors, si nous voulons aller plus vite, les collectivités ne pourront pas le faire seules.
16:25Pour une simple et bonne raison, les budgets des collectivités ne sont pas extensibles.
16:30L'État peut nous aider, les budgets des collectivités ne le sont pas.
16:33Et on le voit aujourd'hui, avec toutes les urgences qu'on doit gérer, il faut qu'on fasse des
16:37choix.
16:38Je vais donner un dernier exemple.
16:39Par exemple, dans cette période caniculaire, les personnes les plus vulnérables, ce sont aussi les personnes à la rue.
16:44La ville de Paris met énormément d'argent sur la table sur une compétence qui est celle de l'État.
16:48Nous avons 2000 personnes dans les centres d'hébergement de la ville de Paris,
16:51dans des gymnases que nous protégeons d'ordinaire et en particulier pendant cette canicule.
16:55Et ça, c'est de l'argent que la ville de Paris met sur la table à la place de
16:58l'État.
16:59Je voulais qu'on dise un mot d'un sujet qui a évidemment beaucoup occupé le débat public, le débat
17:03politique ces derniers jours.
17:05Et peut-être que beaucoup de Français, ou c'est un certain nombre en tout cas,
17:07se sont dit peut-être que ça pourrait être pas mal d'installer une clim chez soi.
17:11Le maire de Paris, lui, présente la climatisation individuelle comme une plaie. Pourquoi ?
17:17C'est une plaie parce que toutes les études démontrent qu'installer une climatisation individuelle,
17:22ça va permettre de protéger la personne, ça va nous permettre de nous protéger soi.
17:25Mais ça va faire augmenter la température globale.
17:29Si la ville, du jour au lendemain, tout le monde installe des clims,
17:32toutes les études démontrent qu'on prendra 4-5 degrés en extérieur.
17:35C'est plutôt 2 à 3, d'ailleurs.
17:37Dans les modèles nord-américains, moi j'ai plutôt lu 4 à 5.
17:40Mais quel que soit le pourcentage de degrés, ça illustre que ce n'est pas la bonne solution collective.
17:45Pardonnez-moi, quand les gens sont protégés à l'intérieur, ça change quoi d'avoir quelques degrés de plus dans
17:49la rue ?
17:50Parce que c'est des jeux de thermodynamique et de science.
17:52C'est le rafraîchissement extérieur impacte la chaleur extérieure, impacte le réchauffement intérieur.
17:59Et c'est en fait, on tombe dans un cercle vicieux, tout simplement.
18:03Plus on rafraîchit, plus on chauffe, donc plus on rafraîchit.
18:06Exactement.
18:06Et derrière, c'est les consommations énergétiques.
18:09Et donc, sur un modèle qui n'est pas extensible,
18:12on est dans une impasse énergétique aujourd'hui en France,
18:15on ne sait pas mener la transition énergétique et on en est réduit à devoir créer des nouvelles centrales nucléaires.
18:23Et la consommation énergétique, ce n'est pas juste de l'électricité qui passe dans nos réseaux.
18:29C'est tout l'impact que ça a sur l'environnement et sur des ressources qui sont finies.
18:32Et on voit bien que la climatisation, qui est une solution utile d'urgence individuelle,
18:37ne fonctionne pas pour les collectivités.
18:40La collectivité, et c'est les grandes rénovations du bâti et des logements qu'il faut qu'on mène d
18:45'urgence.
18:46Merci beaucoup Antoine Allibert d'avoir été avec nous ce matin.
18:48Vous êtes donc adjoint écologiste au maire de Paris,
18:51chargé de la santé et de la lutte contre les pollutions, notamment.
18:54Merci Camille Vigogne-Lequat.
18:56Restez sur France Info.
18:57Merci.
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