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  • il y a 11 minutes
Bruno Mégarbane, médecin réanimateur spécialisé en toxicologie à l'hôpital Lariboisière, à Paris, et Ophélie Labelle, représentante de la fédération santé et action sociale de la CGT, dénoncent l'impréparation du gouvernement face à l'été caniculaire vécu dans les établissements de santé.

Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:01France Inter, le 6-9
00:04Il est 7h44, ça va faire deux mois qu'il fait chaud presque en continu en France et souvent très
00:10chaud.
00:11Comment l'hôpital français traverse cette crise des canicules ?
00:14Bonjour Bruno Mégarban.
00:15Bonjour.
00:16Vous êtes chef de service réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris.
00:20Et bonjour à vous Ophélie Labelle.
00:22Bonjour.
00:23Vous êtes représentante de la Fédération Santé et Action Sociale de la CGT.
00:27Bruno Mégarban, fin juin, vous décriviez une situation proche de la saturation dans les services des hôpitaux.
00:33Qu'en est-il ces tout derniers jours ?
00:35Alors la situation va mieux parce que d'abord les périodes de canicule actuelles sont beaucoup plus courtes en termes
00:43de durée
00:44et beaucoup moins intenses que ce que nous avons connu dans les dernières semaines de juin.
00:49Juin c'était plus intense mais là en termes de durée on est sur la vague de chaleur la plus
00:52longue.
00:53Alors c'est long mais quand même c'est entrecoupé de périodes de récupération.
00:57Et ça c'est important pour les organismes les plus faibles.
01:00Par ailleurs évidemment on a reçu un certain nombre d'appareils notamment à l'hôpital d'air conditionné
01:07quand même facilitant à la fois la vie des soignants et le confort des patients.
01:12On va parler de ces climatisations dans quelques instants.
01:16Vous avez beaucoup de patients encore aujourd'hui qui arrivent pour des coups de chaleur.
01:19Le dernier bulletin sanitaire national parlait de 150 à 200 passages quotidiens aux urgences pour hyperthermie, déshydratation ou hyponatrémie.
01:28Alors je dirais aux urgences très clairement il y a une certaine augmentation du nombre de patients qui sont admis
01:35pour ce type de problématique.
01:37Mais dans le service de réanimation nous n'avons pas eu sur les derniers jours de patients admis pour une
01:42forme grave de coup de chaleur.
01:44Contrairement à ce qui s'était passé dans les derniers jours de juin où là nous avons eu y compris
01:50des décès liés à la chaleur.
01:52Qu'est-ce que vous recensez de votre côté, Ophélie Labelle, du côté de la Fédération Santé et Action Sociale
01:57de la CGT, les remontées de terrain ?
01:59Alors sur la question des remontées de terrain, suite à la première vague de canicules, en effet il y a
02:04eu beaucoup de difficultés dans les établissements.
02:07Vous parliez des climatiseurs.
02:10Les climatiseurs, pour rappel, ils n'ont été que budgétés par le gouvernement et c'est aux établissements de les
02:15commander.
02:16Et par exemple, à Auxerre, il y a eu des livraisons de climatiseurs au propane avec une interdiction bien sûr
02:22des services de sécurité pour les utiliser et aussi une aberration en aura où le président de région avait proposé
02:29et avait fait acheter du matériel disant que c'était du matériel français.
02:33Au final c'était du matériel chinois incompatible avec des prises.
02:37En Auvergne-Rhône-Alpes.
02:39Pardon ?
02:39En Auvergne, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.
02:41C'est ça, exactement.
02:42Et après la question de la chaleur, il y a aussi les conséquences sur les professionnels et on s'aperçoit
02:50qu'aujourd'hui les professionnels sont à bout de souffle au bout de 3-4 vagues de canicules.
02:56Donc si je résume sur ces climatiseurs, 33 000 climatiseurs mobiles commandés fin juin qui ont été livrés.
03:02Vous les avez vus arriver vous Bruno Megarban ?
03:04Oui tout à fait.
03:05Mais ce sont des climatiseurs, on comprend que ce n'est pas des systèmes professionnels de climatisation qu'on a
03:09pensé, qu'on a étudié, on a installé un peu la va-vide, ça veut dire qu'il y a
03:12parfois ces fameux tuyaux qui dépassent par la fenêtre qui du coup restent ouvertes ?
03:16Ben effectivement, on va dire comme ça a été précisé, ce sont plutôt les hôpitaux qui ont acheté avec des
03:21budgets de l'État.
03:22L'État a donné l'argent et l'hôpital a commandé.
03:24Après, je ne peux pas vous dire que ce sont des climatiseurs d'un écrit que nous avons reçu.
03:29En tout cas, ils ont permis de passer ce cap difficile des jours de canicule avec plus de simplicité, plus
03:41de confort pour les patients.
03:43Mais c'est vrai qu'on regrette que ces mesures n'aient pas été prises, on va dire, plus tôt,
03:49et que ces achats n'aient pas été faits à des moments où les prix sont plus bas, avec du
03:54matériel plus professionnel.
03:57C'était un pansement, on va dire, dans une situation de catastrophe, décidé au pied du mur.
04:04Mais effectivement, je crois que maintenant, vu cette expérience, malgré le fait que la surmortalité observée ait été moindre évidemment
04:11qu'en 2003,
04:13il faut prendre des décisions à plus long terme avec la modification du bâti hospitalier, la végétalisation et l'équipement
04:21quasi systématique des hôpitaux avec des climatiseurs.
04:25Puisque aujourd'hui, on estime que seuls 50% des chambres qui accueillent des patients à risque de faire des
04:32coups de chaleur le sont.
04:34En fait, il est clairement établi que dans cette période de transition vers un réchauffement climatique important,
04:43la climatisation permet de sauver les vies, notamment dans les lieux comme les EHPAD et les hôpitaux où il y
04:49a des personnes fragiles.
04:50Ophélie Labelle, est-ce que climatiser intégralement les hôpitaux, c'est souhaitable et c'est techniquement possible ?
04:56Alors, le problème est qu'aujourd'hui, on a 60% du bâti hospitalier qui sont des passoires hospitalières
05:03et que les budgets aujourd'hui ne permettent pas d'avoir des constructions avec une réflexion à long terme.
05:12Aujourd'hui, il y a une annonce de 6 milliards d'investissements pour la reconstruction, sauf qu'il n'y
05:17a aucun bilan.
05:19La situation des climatiseurs aujourd'hui, on ne sait pas si l'ensemble du budget initial alloué a été mis
05:26en œuvre,
05:27puisque nous n'avons aucun bilan du ministère sur la question des livraisons et des commandes.
05:32Et nous, ce qu'on porte, la CGT, c'est que, par exemple, il y ait un accompagnement des reconstructions,
05:39notamment à partir de près à taux zéro.
05:42Sauf qu'aujourd'hui, vu le financement de la sécurité sociale,
05:45et pour cela, on appellera la journée d'action et de grève le 15 septembre,
05:49justement pour avoir un budget au niveau des besoins,
05:53que ce soit en termes de reconstruction,
05:56pour permettre une prise en charge des patients
05:58et pour que les professionnels puissent travailler correctement et dignement.
06:02Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est pas possible.
06:04Donc, il y a un gros travail à faire de recensement des structures,
06:08déjà aujourd'hui, qui sont climatisées,
06:10puisque déjà dans les nouvelles reconstructions,
06:12parfois, il n'y a pas la climatisation,
06:14notamment dans les secteurs et les départements du nord de la France ou de la Bretagne.
06:18Quelle décision, Bruno Mégarban, il faudrait prendre dès septembre
06:22pour ne pas se retrouver dans la même situation en mai-juin 2027 ?
06:27J'allais dire d'abord, effectivement, à mon avis,
06:30essayer de faire un état des lieux.
06:32Parce qu'en fait, on donne des chiffres...
06:33On ne l'a pas déjà fait, l'état des lieux ?
06:35Je ne crois pas, en tout cas...
06:36Là, vous parlez d'un état des lieux du bâti.
06:38Oui, mais exactement.
06:39Quelles sont les températures exactes dans chaque pièce, dans chaque bâtiment ?
06:44Comment évolue cette température au cours du temps ?
06:47Y a-t-il des aménagements à faire particuliers ?
06:49Et puis, évidemment, acheter ces fameux appareils de climatisation,
06:55voir s'il faut installer des appareils à demeure de rafraîchissement,
07:01de bâtis un peu plus anciens,
07:02et ou, bien sûr, réaménager certains bâtiments
07:05qui sont jugés incompatibles avec la montée des températures
07:10que nous attendons dans les étés à venir.
07:12Donc, il y a toute une réflexion, déjà...
07:14Vous avez le sentiment que ça ne fait plus débat, aujourd'hui,
07:17dans le monde des soignants ?
07:18Oui, je crois. En tout cas, les directeurs des hôpitaux
07:21en ont pris conscience.
07:22J'ai été surpris que, évidemment,
07:25les directions étaient vraiment en appui des soignants
07:28pour exiger et pour faciliter
07:31la mise à disposition de ces appareils
07:33au cours des derniers jours.
07:34Parlons un peu des patients.
07:36Bruno Megarban, vous aviez dû déprogrammer
07:38certains soins ou opérations en juin.
07:40Est-ce que c'est à nouveau le cas ?
07:41Et puis, pour ceux qui ont été déprogrammés,
07:43quelles peuvent être les conséquences ?
07:44Alors, je dirais, actuellement,
07:46il y a peut-être une petite tension
07:48sur les services d'urgence et de réanimation,
07:50mais ça n'est pas un niveau suffisant
07:52pour décider de déprogrammer
07:54ou de modifier certaines consultations non urgentes.
07:58Par contre, ça a été fait
08:00au cours des derniers jours de juin
08:03à hauteur de 15 à 20 %
08:06en fonction des hôpitaux
08:07dans le cadre de plans blancs.
08:10Alors, bien sûr,
08:11les patients qui ont été déprogrammés
08:13ont été choisis
08:15de telle sorte
08:17que cette déprogrammation
08:19n'ait pas de conséquences
08:21sur leur prise en charge
08:22que ce retard de diagnostic
08:24ou retard d'administration,
08:27de traitement ou de monitoring
08:28ne modifie pas
08:30leur morbid mortalité et leur suivi.
08:32Ce qui peut être compliqué
08:33à établir de façon certaine.
08:34Alors, quand même, on va dire,
08:36c'est plutôt des personnes
08:37qui étaient connues
08:38des services de consultation
08:40pour lesquelles le fait
08:42de décaler de un mois
08:43ou deux mois
08:44le rendez-vous
08:45était su par les médecins
08:47comme n'ayant aucune conséquence.
08:49En tout cas,
08:49les décisions de décalage
08:50n'ont été prises
08:51que par les médecins
08:52responsables de ces patients.
08:54Ophélie Labelle,
08:54est-ce que vous avez
08:55des inquiétudes aujourd'hui
08:56pour vos collègues,
08:58les soignants,
08:59leurs conditions de travail ?
09:00Est-ce que vous avez
09:01des remontées d'établissements
09:02en particulier
09:02où la chaleur mettrait en péril
09:04depuis deux mois maintenant
09:05l'activité normale
09:07des soignants ?
09:08Oui, on a des exemples concrets.
09:10Vous parliez d'adaptation.
09:11Aujourd'hui,
09:12l'adaptation,
09:12elle est bien loin
09:13puisque dans les offices,
09:14par exemple,
09:15là où on prépare
09:16les plateaux repas,
09:17on a pu constater
09:18des montées de température
09:19jusqu'à 40 degrés.
09:20Donc, avec des situations
09:22des personnels,
09:23bien sûr,
09:24totalement difficiles
09:26et des mises en danger.
09:28Il y a également,
09:30et ce n'est pas que
09:31dans des établissements
09:32du nord de la France,
09:33on a eu des retours,
09:34par exemple,
09:35au CHU de Toulouse
09:36avec l'hôpital des enfants
09:37avec des services
09:39non climatisés
09:40allant jusqu'à 30 degrés
09:41et avec des climatiseurs mobiles
09:43comme on disait tout à l'heure
09:45avec des évacuations
09:46directement dans les pièces
09:47donc qui surchauffent
09:48en plus les pièces
09:49avec des situations,
09:52des températures
09:53dans des chambres
09:53d'hôpital,
09:55par exemple,
09:55l'hôpital de Dinan
09:56où il y a eu
09:57une température
09:58allant jusqu'à 40 degrés.
09:59Donc ça,
10:00on en a énormément.
10:02On les a signifiés
10:03au ministère de la Santé
10:05dès fin juin
10:06avec une réponse
10:07absolument pas
10:09à la hauteur
10:10de la part de la ministre.
10:11Aujourd'hui,
10:12on a des professionnels
10:13qui,
10:14déjà,
10:14pendant la perte du Covid,
10:16avaient été applaudis
10:17et considérés
10:17comme des héros.
10:18Aujourd'hui,
10:19il n'en est absolument pas
10:20le cas dans l'effectif
10:22puisque,
10:22je rappelle,
10:23aujourd'hui,
10:23il y a plus de 900 000 agents
10:25dans la fonction publique,
10:26que ce soit les trois versants,
10:28qui étaient en dessous du SMIC
10:29et il y avait
10:30qu'une revalorisation
10:32pour,
10:32justement,
10:33être au-dessus.
10:34Il y a,
10:35aujourd'hui,
10:35des attaques
10:36sur les fonctionnaires
10:37qui n'ont jamais eu lieu
10:38depuis très longtemps,
10:39notamment concernant
10:40le gel du point d'indice
10:41et des situations
10:43concernant les arrêts maladie.
10:45Donc,
10:45aujourd'hui,
10:46oui,
10:46les agents hospitaliers
10:48ne vont pas bien
10:49et il est important
10:51que le gouvernement
10:52et les prochains gouvernements
10:53le prennent en compte
10:54pour avoir
10:55un service public
10:56de santé
10:57à la hauteur
10:58pour l'ensemble
10:59de la population.
11:00Et il y a,
11:01d'ores et déjà,
11:01ces journées de mobilisation
11:02qui sont annoncées
11:04pour la fin septembre
11:05dans toute la fonction publique.
11:06Merci,
11:07Ophélie Labelle
11:07et merci à vous,
11:08Bruno Mégarban,
11:09d'avoir été
11:10tous les deux
11:10ce matin
11:11sur France Inter.
11:12Merci.
11:12– Sous-titrage FR 2021
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