00:00Sud Radio, le grand matin week-end, 6h-10h, Maxime Liedot.
00:05Il est 7h45 sur Sud Radio. Est-ce qu'aujourd'hui le système que vous connaissez tous, auquel vous êtes
00:10tous confrontés,
00:10qui s'appelle le DPE, le diagnostic de performance énergétique, est-il totalement dépassé ?
00:16Pour ne pas utiliser un autre mot. Bonjour Corinne Jolie.
00:19Bonjour.
00:20Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes la directrice générale de PAP, qui est particulier à particulier.
00:25Commençons simplement notre discussion. Peut-être rappelons ce qu'est le DPE, le diagnostic de performance énergétique.
00:31Ça sert à quoi concrètement dans un logement, dans une maison, dans un appartement ?
00:35Alors le diagnostic de performance énergétique, en fait, il vise à mesurer la consommation d'énergie,
00:41enfin la performance énergétique du logement. Autrement dit, est-ce que ce logement consomme beaucoup, sous-entendu de chauffage ?
00:47Autrement dit, il est vraiment pensé pour l'hiver. La note que vous avez, elle va vous indiquer,
00:51elle dépend de combien le logement vous aurez à dépenser d'énergie pour le chauffer.
00:57Donc, en effet, ce n'est pas un outil pour l'été tel qu'il est conçu aujourd'hui.
01:01Quelque part dans les multiples pages de détails du diagnostic, il y a une mention sur le confort d'été,
01:06mais elle ne rentre pas dans la note. Et la plupart des gens se contentent évidemment de lire la note.
01:11Et donc, il faut bien être conscient que cette note-là, elle ne vous indiquera pas du tout la situation
01:15du logement pour l'été.
01:16Parce que la deuxième chose qui est importante à comprendre, c'est que traiter un logement pour l'hiver
01:20et traiter un logement pour l'été, ce n'est pas tout à fait la même chose.
01:24C'est possible de faire les deux. Il y a des logements qui sont performants dans les deux saisons,
01:28mais ce n'est pas du tout automatique. Et dans certains cas, c'est même contradictoire.
01:31Et cette situation que vous décrivez Corinne Joly, vous qui êtes la directrice générale de particulier à particulier,
01:36c'est que vous avez tapé du point sur la table cette semaine et ça a surpris d'ailleurs énormément
01:40de gens.
01:41Et vous venez de l'expliquer, c'est-à-dire qu'on peut avoir aujourd'hui un logement classé A,
01:44c'est-à-dire en théorie impeccable d'un point de vue énergétique,
01:47mais vivre en réalité dans une véritable bouilloire thermique.
01:51Comment c'est possible une telle chose ?
01:53Oui, parce qu'en fait, un logement classé A, donc il va peu consommer en hiver,
01:57ça veut dire qu'en fait, c'est un logement en général qui est d'une part bien isolé,
02:01donc il y a peu d'échanges entre l'intérieur et l'extérieur.
02:04Et d'autre part, et ça c'est vraiment le point qui n'est pas mesuré,
02:09il peut y avoir par exemple des grandes baies vitrées pour maximiser l'entrée de la chaleur.
02:14En hiver, ça va être un atout.
02:16Par le rayonnement, le soleil va taper sur les vides, ça va rentrer.
02:19Voilà, le problème c'est qu'en été, si le logement laisse rentrer la chaleur
02:24et qu'ensuite l'isolant qu'il a l'emprisonne,
02:27alors vous avez un logement performant d'un côté en hiver,
02:30mais qui est une vraie bouilloire en été.
02:32Et le chiffre qui résume parfaitement la situation absurde que vous décrivez,
02:36c'est que 30% des logements classés A aujourd'hui au DPE
02:39sont de véritables bouilloires thermiques.
02:41Qu'est-ce que ça veut dire, Corinne Jolie,
02:42qu'à l'aune de cette canicule à la lumière de tout ce qu'on a l'impression de découvrir
02:46encore et encore,
02:47faut-il revoir entièrement ce système de DPE ?
02:51Alors il faut effectivement tenir compte de la question du confort d'été.
02:57Alors la bonne nouvelle, c'est que dans les constructions récentes,
03:00la dernière norme de construction, la RE 2020, intègre l'été
03:04et on fait des logements qui sont traités pour l'hiver comme pour l'été.
03:08Le sujet en ce moment, ce sont les rénovations,
03:10parce qu'il y a des personnes pour améliorer leur classe énergie
03:13qui sont en train de mettre des isolants qui ne sont pas forcément adaptés pour l'été.
03:17Par exemple, si vous êtes en train de mettre de la laine de verre ou du polystyrène,
03:22ce sont des isolants.
03:23C'est des isolants en fait, alors en soi, ce n'est pas eux qui vont poser problème,
03:27mais si en face, vous avez aussi des ouvertures qui laissent rentrer beaucoup de chaleur
03:31et aucun moyen de les occulter,
03:34alors vous êtes en train d'emprisonner la chaleur
03:37et ça, typiquement, ça va aggraver la situation pour l'été.
03:40Donc, il faut choisir les bons isolants.
03:42Il y a des isolants qui ont un grand déphasage thermique.
03:46On dit que le déphasage thermique, c'est le temps que la chaleur va mettre
03:49à passer de l'intérieur à l'extérieur.
03:51Un bon déphasage thermique, c'est un déphasage,
03:54c'est un isolant qui va permettre en fait que la chaleur qui tape le jour
03:58arrive la nuit au moment où on ventile.
04:00C'est-à-dire qu'elle va mettre du temps à passer
04:02et donc ce décalage de phase va permettre une meilleure gestion de l'été.
04:08Donc ça, c'est une caractéristique importante.
04:10Et puis, il ne faut absolument pas,
04:11enfin, c'est même la première chose à faire,
04:14oublier vraiment d'avoir des systèmes pour empêcher la chaleur de rentrer.
04:18C'est vraiment le plus important pour les bouillards thermiques.
04:21En hiver, on s'en moque, mais en été, le grand sujet,
04:24c'est qu'il faut empêcher la chaleur de rentrer.
04:26Donc, traiter les vitres, pas forcément des très grandes ouvertures
04:29et surtout des moyens de les occulter.
04:31La bonne nouvelle, c'est qu'il y a des solutions d'urgence.
04:34Aujourd'hui, la canicule.
04:35Corine Johnny, il nous reste une petite minute.
04:36Deux questions qui sont assez importantes.
04:38Vous parliez justement de la nécessité aujourd'hui de couvrir notamment les fenêtres.
04:42Hier, avec Juliette Rouffol, la personne avec laquelle on prépare les interviews politiques,
04:46on était avec le ministre du Logement et on lui posait cette question.
04:4840% des logements français n'ont même pas de volet.
04:51Est-ce qu'il faut assouplir certaines normes,
04:53notamment pour certains bâtiments, pour rendre cela obligatoire ?
04:55Et la deuxième chose, vous avez certainement dû voir que le ministre du Logement,
04:59on va dire, à condition que le propriétaire s'engage à faire des travaux via la signature d'un contrat
05:04avec une entreprise et le versement d'un incompte,
05:06il va permettre de louer à nouveau les fameuses 700 000 logements considérés comme des passoires énergétiques.
05:11Vous, la directrice générale de particulier à particulier, comment vous observez ces deux points ?
05:17Alors, pour la question de repermettre de louer des logements,
05:20moi, je ne peux qu'y être favorable parce que je constate tous les jours le manque d'offres,
05:26les demandes qui s'accumulent sur des annonces.
05:29Donc, je pense que c'était une énorme erreur d'empêcher des propriétaires de louer leurs logements.
05:35Et l'autre point, c'est que le calendrier est complètement irréaliste.
05:38Là, en fait, le calendrier sur les passoires thermiques demandait des travaux.
05:41On se rend compte aujourd'hui qu'on n'a même pas encore stabilisé ce qu'il faut faire sur
05:45les logements.
05:46On est en train de découvrir aujourd'hui le sujet de la canicule.
05:49Il y a des propriétaires, ils ont fait des travaux, ils ont créé des bouilloires thermiques.
05:52Donc, on se rend compte qu'on n'est pas stable.
05:54Et pourtant, on a des exigences extrêmement élevées sur les propriétaires.
05:57On leur demande d'avoir tout fait très vite.
05:59Là, même le décalage qui est proposé, il est irréaliste encore.
06:04C'est-à-dire que dans trois ans, je l'annonce et j'en suis absolument certaine,
06:07on n'aura toujours pas fini avec ce sujet.
06:09C'est un véritable problème de cohérence et c'est pour ça que je tenais à vous poser la question.
06:14Et en effet, le ministre, comme vous en doutez, n'était pas totalement de votre avis.
06:17Merci beaucoup Corinne Joly d'avoir été avec nous ce matin, directrice générale de Particuliers à Particuliers.