00:09Et la scène dans Zorba le grec, Anthony Quinn ça vous dit quelque chose d'Olivier Guenek ?
00:16C'était une immense star du cinéma américain qui est morte il y a 25 ans ou 30 ans.
00:23Qui a fait Laurence Darabie, il est dans Laurence Darabie avec Peter O'Toole.
00:28Avec Peter O'Toole, il est dans Laurence Darabie et Pascal lui est à Hérac-Lyon en Crète.
00:35Vous vivez dans une maison Pascal ? Vous vivez dans une maison, vous vivez dans un appartement ?
00:41Je suis dans un grand appartement, dans un condominium avec plusieurs appartements.
00:46Et tout est climatisé, c'est ça que vous nous disiez évidemment, les écoles sont climatisées.
00:52Alors j'imagine qu'on s'adapte aussi aux heures de travail, peut-être qu'on travaille plus tôt le
00:57matin
00:57et on reprend, et puis on travaille à l'Espagnol bien évidemment.
01:02Voilà, exactement, tout à fait.
01:04Vous savez M. Pro, je vais vous dire une chose, j'ai eu votre collègue il y a un mois
01:07à peu près, M. Deval,
01:09et je lui avais sorti une phrase d'un grand philosophe, vous savez,
01:13qui a dit que c'est quand on est dans le mur qu'on voit mieux le mur.
01:15Et je pense qu'en ce moment, la France est en train de bouffer du plâtre,
01:18parce que sur chaque truc on se plante, on est toujours à réaction et jamais en prévention,
01:22et c'est une catastrophe, voilà.
01:24Non mais c'est vrai que nous partageons tous un rapport avec la France en ce moment de tristesse,
01:33et de voir que cette France qu'on a aimée dans les années 70-80, nous la retrouvons moins.
01:39Simplement, il faut garder l'espérance, on ne va pas tous partir en Crète.
01:42Qu'est-ce que vous voulez que je dise ?
01:44Oui, j'ai de la place.
01:45Oui, on peut aller en Corse déjà avant d'aller en Crète, on reste beaucoup en France quand même quand
01:51on est en Corse.
01:52Parce que j'entends les expatriés, je ne connais pas d'expatriés au fond qui soient heureux d'avoir quitté
01:58la France.
01:59On a un tel attachement à la France, je ne sais pas si c'est votre cas ou pas,
02:03mais ça me manque tellement, ça me manque tellement.
02:06Moi je ne me vois pas vivre en dehors de France, parce qu'avec tous ces défauts,
02:09je suis tellement attaché à Paris, à cette ville, à tout ce qu'elle te permet de vivre.
02:15Vous ne pourriez pas vivre ailleurs qu'à Paris, même pas à la France, c'est Paris.
02:19Moi j'aurais du mal à vivre en permanence ailleurs, mais c'est vrai que j'aime bien voyager.
02:24Mais Paris est une ville formidable, la ville est à ta disposition.
02:28C'est-à-dire qu'il est minuit, tu veux dîner, tu y vas, tu veux retrouver une pharmacie, tu
02:32y vas,
02:32tu veux aller au cinéma, tu y vas.
02:34Je trouve que c'est une ville extraordinaire, évidemment que c'est une ville extraordinaire,
02:38et bien au-delà.
02:39Donc quand je dis la ville est à ta disposition, elle est à ton oui.
02:43Tu peux aller dans une librairie, il y a une librairie qui s'appelle l'écume des pages,
02:48c'est ouvert jusqu'à minuit.
02:50Donc je trouve ça formidable, une ville comme ça.
02:53C'est vrai que parfois tu vas dans des villes, je ne vais pas les nommer,
02:56mais le dimanche t'as l'impression que c'est le day after.
02:59Tu arrives après la bombe nucléaire, la ville est vide.
03:03Mais bien sûr, dans des villes, bien sûr.
03:06Et va dîner parfois après 22h, toi dans des villes en dehors de Paris, c'est très difficile.
03:13Avec les 35h, avec les 35h, les entreprises, etc.
03:20Les gens, ils te le disent d'ailleurs.
03:21Mais il n'y a que à Paris qu'on dîne parfois après 22h,
03:23et qu'on va aller au resto et trouver une table après 22h.
03:26Ça n'existe pas.
03:26Mais ce n'était pas vrai il y a 30 ans, c'est ce que je te dis.
03:30Ce n'était pas vrai il y a 30 ans.
03:32Il y avait un restaurant à Nantes qui s'appelait La Cigale, tu te disais, jusqu'à minuit.
03:36Il y a 35 ans.
03:37Il y en avait un.
03:38Il y en avait un ou deux dans la ville.
03:40Il y avait même des restos à Nantes où tu pouvais parler en plein milieu.
03:43Ça devait être extrêmement rare.
03:47Mais vous n'avez pas connu cette période.
03:50Arrêtez de...
03:51Vous ne savez pas comment était la France.
03:52Vous avez un exemple et je vous connais maintenant.
03:55Mais vous dîniez beaucoup plus tard avant.
03:58Maintenant, effectivement, avec le personnel.
04:00D'ailleurs, il te le dit, dans la restauration, c'est très difficile de trouver des gens, etc.
04:03Donc, faire travailler des gens jusqu'à 23h, ce n'est pas facile.
04:06Vous avez raison, parce que j'ai beaucoup de copains qui sont dans le théâtre.
04:09Ils font des tournées.
04:10Ils ont du mal à trouver un restaurant après le spectacle.
04:13Ce qui n'était pas le cas du tout avant.
04:14Parce que les brasseurs, ils trouvaient toujours des tavernes ouvertes.
04:17C'est évident.
04:17Et voilà.
04:18Par contre, j'ai toujours eu un doute sur les gens qui vivent, par exemple, au Portugal
04:22ou qui sont des expatriés.
04:24Si ça climate vraiment au pays ou si ce n'est pas par dépit un peu, parfois.
04:29On peut poser la question à Pascal.
04:33Pascal, est-ce que vous ne regrettez pas, parfois, de ne pas être en France ?
04:38Non, alors, simplement.
04:39Moi, j'habite six mois de l'année en Crète.
04:42Et j'ai les six mois d'autre de l'année en France, parce que j'ai mes enfants qui
04:45habitent
04:46à mon frère.
04:46Ah, c'est pas du tout.
04:48Ah oui, mais vous ne lâchez pas le morceau à la fin de l'interview.
04:51Ah oui, mais ça n'a rien à faire.
04:54Oui, parce qu'en fait, vous savez que vous revenez.
04:57Je viens de déconner là.
04:59Vous savez que vous revenez, donc ça change tout.
05:02Non, tu sais que tu reviens.
05:04Bah si.
05:05Non, non, c'est exactement la merde.
05:09Hé, je sais que je fais rien.
05:11Hé, vous y en a pas.
05:14Jean-Rier, vous êtes un fou de potrier.
05:17Jean-Rier, je sais que je repars.
05:2045 minutes de polio.
05:21Ah, mais c'est pas du tout.
05:23Mais c'est exactement le contraire, monsieur Proulx.
05:26C'est exactement le contraire.
05:27Je sais que je repars.
05:29C'est différent.
05:31C'est pour des raisons fiscales que vous êtes parti.
05:37Pas du tout, parce que je paye encore mes impôts en France.
05:39Ah, et qu'est-ce que vous faisiez avant d'être en retraite ?
05:43J'étais dans une société qui travaillait pour le militaire.
05:47Vous travaillez pour le militaire ?
05:49Oui.
05:50Vous étiez quoi, industriel ?
05:51Je vous ai bien connu, monsieur Proulx.
05:53Je vous ai bien connu.
05:54Vous avez bien connu.
05:54Oh là là, vous avez des décisions sur moi.
05:56Ça commence comme ça.
05:57Je vous ai fait des soirées.
06:00Vous étiez industriel, Pascal ?
06:04Dans les vestiaires du Parc des Princes.
06:06Vous m'avez connu dans les vestiaires du Parc des Princes ?
06:09Souvent, oui.
06:09Très souvent.
06:10C'est normal, puisque là, franchement, c'est pas un scoop.
06:13J'étais journaliste de foot, donc c'est plutôt logique.
06:15Vous m'auriez dit...
06:15Moi, j'étais avec le speaker du parc.
06:17C'est pour ça.
06:18D'accord, mais j'aimais bien.
06:19D'abord, à l'époque, on pouvait aller dans les vestiaires du parc.
06:22Exactement.
06:23Aujourd'hui, c'est plus difficile.
06:24Mais j'ai eu peur.
06:24Si vous aviez visité un autre endroit, je n'aurais pu être ennuyé.
06:28Mais bon.
06:28Et il était comment, Pascal, à l'époque, alors ?
06:30Je vous rassure.
06:32Comment ?
06:32Il était comment, Pascal, à l'époque ?
06:34Beaucoup plus jeune.
06:35Bah oui.
06:37Mais vous aussi, hein ?
06:39Mais vous aussi, Pascal.
06:40Rassurez-vous.
06:43On est tous là.
06:44Ça vous fait rien, Pascal, tout ça.
06:46Non, mais...
06:47Bon, en tout cas, ce qui est bien, c'est pas la même chose de savoir qu'on ne reviendra
06:52jamais en France.
06:54On est expatriés définitivement.
06:56Je pense que ça, tu peux le faire.
06:57À 18, 19 ans, 20 ans, tu peux partir...
07:00Pascal.
07:01Oui.
07:01Moi, j'ai quitté la France, j'avais deux ans.
07:05Deux ans, mes parents sont partis en Belgique.
07:06Ils ne sont jamais revenus, ils sont toujours en Belgique.
07:08J'ai toujours dit à mes parents, même petit, je rentrerai en France.
07:10À 18 ans, j'ai eu le bac.
07:11Le 1er septembre, j'étais dans un train pour Paris.
07:14C'est-à-dire que c'était...
07:14Je ne me suis jamais senti belge, alors que ma soeur a pris maintenant les franco-belges,
07:19elle a pris la nationalité belge.
07:21J'étais appelé le camembert en permanence au lycée.
07:24Et quand je revenais en France, on m'appelait...
07:26Non, c'était pour l'odeur.
07:28Non, mais je comprends ce que veut dire l'outil.
07:34Et quand je revenais en France, c'était la double pleine.
07:36J'étais le belge de service, donc c'était insupportable.
07:38Et ça s'est arrêté avec les années.
07:40Mais vos parents, ils n'ont pas envie de rentrer en France.
07:42Ils sont bien à Bruxelles.
07:43Oui.
07:44Ils ont une maison, ils ont un jardin.
07:46Ils ne peuvent pas voir ça à Paris.
07:47Mon père, il aurait pu rentrer plusieurs fois, mais il n'est jamais rentré.