00:00Mort à laquelle il s'était préparé pour la France, comme soldat déjà blessé au front 29 ans plus tôt.
00:10Mort dont son ami Lucien Fèvre dira qu'elle fut une sainte mort, mort infligée parce que Marc Bloch a
00:18résisté à la barbarie nazie et à son complice, le gouvernement de Vichy.
00:26Quand l'ennemi occupe la France à partir de juin 1940, quand le gouvernement de l'État français aux mains
00:32de Pétain et Laval entre dans la voie de la collaboration, le destin de Marc Bloch bascule comme celui de
00:38tous les Juifs.
00:41De cœur et de raison authentiquement républicain, défenseur ardent et inlassable de la laïcité, Marc Bloch endure les conséquences de
00:52l'antisémitisme d'État initié par le gouvernement du maréchal Pétain.
00:59Qu'importe, aux yeux des hommes de Vichy, la vie est l'œuvre de Marc Bloch. Pour eux, rien ne
01:08compte plus que sa judéité.
01:12Il était pourtant de ceux de 14, croix de guerre, chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire, vétéran
01:20de la campagne de France de 39-40, réengagé à plus de 50 ans pour défendre sa patrie.
01:27Historiens, normaliens, professeurs à l'université de Strasbourg, puis à la Sorbonne, fondateurs avec Lucien Fèvre de l'école des
01:35Annales, auteurs des rois Thomaturges ou de la société féodale.
01:40Qu'importe, cette vie de grandeur et de labeur, les hommes au service de l'État français ne voient en
01:51Marc Bloch que le Juif.
01:53Le Juif malfaisant, funeste, nocif, coupable parce que juif, à exclure, persécuté et effacé parce que juif.
02:06Dès la fin de 1940, Marc Bloch subit, comme tant de nos compatriotes, les conséquences de cette politique menée au
02:14nom de la France.
02:16Et sa famille avec lui, infernal enchaînement.
02:21Il est exclu de l'université au bout d'un processus bureaucratique unique.
02:26Ses traitements et pensions sont supprimés, ses comptes bancaires bloqués, son appartement parisien réquisitionné.
02:36Il est alors obligé de quitter, avec les siens, la zone nord occupée par les nazis, ne pouvant plus partir
02:43pour l'Amérique, tous se réfugient en zone sud qui n'a de libre que le nom.
02:46De là, Marc Bloch, qui se proclame juif qui ne se cache pas, se bat comme il peut contre ce
02:57régime où l'antisémitisme est d'État,
03:00après l'adoption des deux statuts des Juifs et la loi de juillet 1941.
03:08Et Marc Bloch mène alors une première bataille contre Vichy et les nazis.
03:16Devenu nomade entre sa maison de Fougères, Montpellier et Lyon, il lui faut sauver sa bibliothèque.
03:24Oui, sa bibliothèque.
03:27Que le gouvernement de Vichy, comme l'occupant, veulent lui confisquer.
03:31Cinq mille livres, patiemment rassemblés par Marc Bloch tout au long de sa vie.
03:37Livres de l'étudiant, du professeur, du républicain.
03:41Cinq mille livres qui disent la vérité d'un homme, son amour de la littérature, son appétit de savoir, sa
03:47soif de transmettre.
03:49Alors Marc Bloch résiste à cette persécution inepte.
03:55Ne veut pas renoncer à ses livres, à sa vie, à ce qui donne sens à son existence.
04:02Alors il se bat.
04:03Demande à Lucien Fèvre d'activer tous les réseaux possibles.
04:06Sollicite Fernand de Brinon, représentant de Vichy en zone occupée.
04:10Écrit à Jérôme Carcopino, ancien élève de son père, désormais au service de Pétain.
04:15On lui a tout pris, mais au moins qu'on lui laisse ses livres.
04:18Il ne demande rien d'autre pour lui, pour ses enfants.
04:23Non, mais non, rien n'y fait.
04:28La lâcheté des uns et la méchanceté des autres se conjuguent.
04:33L'antisémitisme lui a volé son métier, son appartement, son argent.
04:40Il faut qu'il lui vole aussi ses livres.
04:44Ces derniers sont expédiés en Allemagne, dispersés et pour beaucoup perdus.
04:51Dans la France de la collaboration, avide de prendre sa revanche sur l'affaire Dreyfus.
04:56Le cas de Marc Bloch montre que dès qu'il faut s'en prendre à un juif,
05:00il se trouve toujours un préfet pour réquisitionner, un policier pour perquisitionner,
05:05un juge pour condamner, un universitaire pour justifier, un journaliste pour approuver,
05:10un voisin pour dénoncer et tant d'autres pour détourner le regard.
05:16Ne l'oublions jamais.
05:19Tout cela s'est passé et s'est mise en place une mécanique idéologique de haine
05:25conjuguée à une épidémie de lâcheté.
05:29Et dans le même temps,
05:32ils furent quelques-uns pour allumer les braises de ce que nous sommes
05:37et sauver l'honneur et l'âme de la France avant d'en hâter la victoire.
05:42Oui, quelques-uns auxquels nous nous raccrochons.