- il y a 9 heures
- #sudradio
Avec Pierre Gentillet, avocat
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NewsTranscription
00:01Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, Perico-Légas, Maud Koffler.
00:08Le meurtre de Liana va-t-il relancer le débat sur la peine de mort ?
00:11Hier, un sondage révélait que 68% des Français étaient favorables au rétablissement de la peine de mort pour les
00:16crimes qui touchent les enfants.
00:18Nicolas Dupont-Aignan souhaite un référendum, l'ERN est prêt à suivre.
00:22Mais concrètement, la peine de mort peut-elle vraiment être rétablie ?
00:25Et quels en seraient les garde-fous ?
00:27On en parle avec l'avocat Pierre Gentillet. Bonjour Maître.
00:30Bonjour.
00:31Bonjour Pierre Gentillet, merci d'être en direct avec nous sur Sud Radio.
00:34Oui, sujet épineux, vous êtes un spécialiste de la question.
00:38On va procéder par ordre pour ceux qui nous écoutent.
00:41Étape 1, volonté des Français hypothétiques de rétablir la peine de mort,
00:48éventuellement d'une majorité de la classe politique et de la représentation nationale.
00:52Quelle serait aujourd'hui, juridiquement parlant, la marge de manœuvre pour ces tenants d'un rétablissement de la peine de
00:58mort
00:59adapté à une...
01:00Ensuite, on discutera quel type de peine de mort, quel type de sanction.
01:03Est-ce que sur le plan institutionnel, c'est quelque chose qui est envisageable
01:07ou c'est du fait de l'inscription, de l'interdiction de la peine de mort dans la Constitution, tout
01:13à fait inenvisageable ?
01:15Alors non, en droit, rien n'est inenvisageable.
01:18C'est simplement qu'il y a des échelles de difficultés.
01:20Et en l'occurrence, la peine de mort, pour être rétablie, doit faire l'objet d'une modification de la
01:27Constitution.
01:28Parce que je vous rappelle que l'interdiction de la peine de mort est inscrite dans la Constitution.
01:34Aussi, une simple loi qui serait votée, même à l'unanimité du Parlement, ne suffirait pas.
01:39Alors, il faut soit un référendum, ça c'est la voie de l'article 11 de la Constitution.
01:45A l'initiative de qui ?
01:46A l'initiative du Président de la République, à l'initiative du Président de la République.
01:50Donc il faudrait que lui soit d'accord.
01:51L'article 11, c'est uniquement le Président.
01:53Voilà, donc s'il y avait une majorité à la Sommet Nationale en cohabitation, ça ne suffirait pas.
01:56Il faut que le Président de la République soit d'accord.
01:59Alors, ça c'est pour la première voie.
02:01C'est la voie de l'article 11, c'est la voie du référendum présidentiel.
02:03Il existe, puisque l'enjeu c'est de modifier la Constitution,
02:06Une autre voie, qui est la voie de l'article 89 de la Constitution,
02:11concrètement, cela supposerait de réunir le Congrès à Versailles.
02:15Et le Congrès se prononce à une majorité plus importante que la majorité 5,
02:21c'est la majorité des 3 5e.
02:23C'est la majorité des 3 5e.
02:25Et c'est une procédure, vous vous en doutez, qui est assez exigeante.
02:30Donc oui, il est bien sûr possible de modifier l'état de notre droit,
02:35et en l'occurrence ici de modifier la Constitution,
02:38mais modifier la Constitution, ce n'est pas tous les 3-4 matins.
02:41Je crois que la dernière fois qu'on a fait une révision constitutionnelle, c'était en 2008.
02:44Donc autant vous dire que ça ne va peut-être pas arriver tout de suite, tout de suite.
02:49En tout cas, ce n'est pas évident.
02:50En tout cas, sous Emmanuel Macron, ça me paraît complètement exclu.
02:54Pour des raisons politiques, et pour des raisons juridiques évidentes.
02:57Non mais là, ça ne serait pas là.
02:58On est un an à la présidentielle, ce n'est pas maintenant que ça va se faire.
03:00C'est s'il y avait une nouvelle majorité politique en France,
03:03très nettement affirmée,
03:06qui envisagerait de reprendre le dossier de la peine de mort,
03:09vous nous dites bien, c'est soit l'article 11 par le Président de la République,
03:12qui lui est, bien sûr, qui s'appuierait peut-être sur une majorité,
03:16ou alors, la voie parlementaire, réunion de l'Assemblée nationale et du Sénat en congrès à Versailles,
03:21et là, à trois cinquièmes des élus parlementaires,
03:24une loi organique, modifier la Constitution.
03:27Est-ce que malgré tout, le Conseil constitutionnel en place
03:31pourrait, et au niveau de l'article 11, et au niveau du Congrès de Versailles,
03:36alors, c'est quelque chose d'ambiguïe,
03:37retoquer cette loi dans la mesure où la Constitution,
03:42est-ce que le Conseil constitutionnel pourrait dire dans un état,
03:43mais non, c'est interdit, je ne peux pas l'autoriser,
03:46est-ce qu'on peut modifier la règle du jeu ?
03:48C'est une très bonne question.
03:50Il faut faire, effectivement, le distinguo,
03:52donc je rappelle pour nos éditeurs,
03:53effectivement, la première fois, c'est le référendum présidentiel,
03:56et la deuxième fois, c'est le passage par congrès,
03:58l'article 89, pour faire simple.
03:59S'agissant du passage par congrès,
04:02le Conseil constitutionnel n'a pas son mot à dire,
04:06si vous voulez.
04:06Il n'est pas consulté ?
04:07Dans cette forme, non, absolument.
04:09Même s'il est saisi par une...
04:10Il peut être consulté,
04:11il peut être consulté,
04:13mais son...
04:14Son avis.
04:14Comment dirais-je ?
04:15Son avis n'en restera en l'occurrence.
04:17Il ne sera pas l'accent.
04:18Non, c'est une certitude ici.
04:20Pour le coup, c'est le congrès qui est souverain en la matière.
04:24Ensuite, là où il y a un peu plus d'ambiguïté,
04:28effectivement, c'est si on décide de recourir au référendum présidentiel,
04:32c'est-à-dire à l'article 11.
04:34Il existe une jurisprudence ambiguë du Conseil constitutionnel
04:37au début des années 2000,
04:38qu'on appelle la jurisprudence Hochmaï,
04:40pour les étudiants en droit qui s'en souviendraient,
04:42et qui peut laisser douter, effectivement,
04:45sur la compétence du Conseil constitutionnel
04:48à intervenir ici,
04:49et par exemple à considérer
04:51que, tout basement,
04:53le peuple ne peut pas être consulté par référendum sur ce sujet.
04:57Puisque les domaines du référendum présidentiel,
05:01de l'article 11 donc,
05:02sont énumérés de manière limitative.
05:04Ce sont des référendums
05:06qui ont attrait à tout projet de loi
05:08portant sur des réformes de nature économique,
05:11sociale, environnementale,
05:12ou tendant la ratification des traités, etc.
05:15Donc, effectivement,
05:17il y a une ambiguïté,
05:19il y a une possibilité
05:20que le Conseil constitutionnel
05:22dans le cadre précis de l'article 11
05:25vienne à émettre un avis contraire.
05:28Là où c'est plus flou,
05:31c'est quelle est la portée
05:33de l'avis du Conseil constitutionnel.
05:36Et là, on entre dans un débat très technique,
05:38mais maintenant,
05:38sur la question plus philosophique,
05:40si j'ose dire,
05:40c'est certain que
05:41c'est d'un côté la volonté populaire,
05:44initiée par le président de la République,
05:46avec ce référendum,
05:47et de l'autre côté,
05:48la vision du droit constitutionnel,
05:51la vision de la Constitution,
05:53que les neuf,
05:54puisqu'ils sont neufs,
05:55membres du Conseil constitutionnel ont.
05:57Et c'est cette tension, évidemment,
05:59en un seul mot,
06:00qui est tout à fait fondamentale.
06:02Nous sommes bien d'accord,
06:02Pierre Gentilier,
06:03que sur l'article 11,
06:05le Conseil constitutionnel
06:06est habilité à se prononcer
06:07sur la validité,
06:08non pas du fond,
06:09mais du référendum lui-même.
06:11Est-ce qu'il pourrait considérer
06:12que l'administration
06:14n'appelle de moins ?
06:15Là, il n'y a pas de problème.
06:16Non, je vous coupe.
06:17C'est plus technique.
06:17Non, excusez-moi,
06:18encore une fois,
06:19c'est un sujet technique,
06:20mais il faut être très précis là-dessus.
06:21Pour être très précis,
06:23le Conseil constitutionnel,
06:24dans le cadre d'un référendum
06:25de l'article 11,
06:26ne se prononce pas
06:27sur le référendum en lui-même.
06:29Il se prononce
06:30sur la validité
06:31du décret de convocation
06:32des électeurs.
06:33D'accord, d'accord.
06:34Et c'est ce décret-là
06:35qu'il peut annuler.
06:36En revanche,
06:37là, il n'y a absolument
06:38aucune ambiguïté sur ce point.
06:40Et ça, c'est une jurisprudence
06:41ancienne du Conseil constitutionnel
06:43qui date de 1962.
06:44Dès l'instant que le souverain,
06:46c'est-à-dire le peuple,
06:47s'est exprimé par voie de référendum,
06:48le Conseil constitutionnel
06:50n'a aucune compétence
06:51pour annuler un référendum.
06:52La souveraineté populaire est sauve.
06:54C'est quand même qu'il y a
06:55le dernier mot,
06:56même si neuf personnalités
06:57non-élus, quelquefois,
06:59depuis, on l'a vu il y a quelques temps,
07:01aiment bien contrarier
07:02la volonté populaire.
07:03C'est un autre sujet,
07:04on en parlait une fois.
07:04Alors maintenant,
07:06Maître Pierre Gentillet,
07:07on va rentrer dans le vif du sujet.
07:09La peine de mort,
07:10ça veut dire quoi ?
07:11Aujourd'hui,
07:12sur l'affaire Liana,
07:13est-ce qu'on peut,
07:14une fois pour toutes,
07:15neutraliser définitivement
07:16des pédocriminels,
07:17des gens qui tuent des enfants,
07:19qui pourraient être
07:20des récidivistes ?
07:21Est-ce qu'on peut mettre
07:22de côté sang,
07:23sans tuer la personne ?
07:24J'utilise des mots
07:25un peu crus.
07:25Est-ce qu'on peut neutraliser
07:27aujourd'hui juridiquement
07:28une personne dont on considère
07:29qu'elle doit être définitivement
07:30isolée de la société ?
07:33Écoutez,
07:33je pense que là,
07:34encore une fois,
07:35il faudrait qu'on ait
07:35un débat plus général,
07:37parce que le but de la prison,
07:39c'est de rééduquer,
07:40c'est aussi de punir,
07:41mais dans le cadre
07:43de crimes d'enfants,
07:44je ne vois pas très bien
07:45quelle rééducation
07:46on peut obtenir ici,
07:48puisqu'il s'agit
07:49d'une peine à perpétuité.
07:51Simplement,
07:51le problème en France,
07:52c'est que les peines
07:53à perpétuité
07:54ne sont quasiment jamais
07:57des vraies peines
07:58à perpétuité.
07:59Ce sont des gens
08:00qui vont faire
08:0120 ans,
08:0130 ans,
08:02c'est considérable,
08:03mais c'est toute chose
08:05à côté de la gravité
08:06de l'acte.
08:06Je vous interromps
08:07deux secondes,
08:07Pierre Gentil,
08:08vous voulez dire
08:08que fournirait
08:09à un moment donné,
08:10s'il n'était pas mort
08:10en prison,
08:11il serait sorti ?
08:12Ça,
08:13je ne veux pas me prononcer
08:14sur un cas particulier,
08:15mais ce qui est sûr,
08:16c'est qu'il y a
08:17de plus en plus,
08:18aussi pour des raisons
08:19que vous vous en doutez,
08:19de surpopulation carcérale,
08:21bien que je précise
08:22en même temps mon propos
08:23s'agissant des crimes,
08:24on libère moins facilement,
08:26bien évidemment,
08:27mais il y a un sujet
08:28de surpopulation carcérale
08:29qui ne peut que favoriser
08:31l'arrivée de peines alternatives
08:33ou l'aménagement
08:35ou l'allègement
08:36effectivement
08:36de certaines peines.
08:37Ce que je crois,
08:38c'est que s'agissant
08:39des pédophiles,
08:40s'agissant des criminels,
08:42des criminels d'enfants,
08:44des pédocriminels,
08:45tout à fait,
08:46je pense qu'il y a
08:47deux mesures assez simples,
08:49c'est la perpétuité réelle
08:50et incompressible.
08:51Réclusion,
08:52aperpétuité,
08:53voilà.
08:54Absolument,
08:54aperpétuité incompressible,
08:56intransigeante.
08:57Et de l'autre côté,
08:58probablement aussi
08:59une autre mesure
09:00que nous pourrions expérimenter
09:01en France,
09:02c'est la question
09:03de la castration chimique.
09:04Bien sûr.
09:04Est-ce qu'en cas de récidive,
09:06on peut poser cette question
09:09de la castration chimique ?
09:10Alors bien sûr,
09:11ça pose des questions juridiques,
09:12mais la question politique,
09:14me semble-t-il,
09:14peut-être posée.
09:16Maître,
09:16la castration chimique,
09:17elle aura peut-être
09:18un effet sur la pollution sexuelle.
09:20elle n'empêche pas
09:20un assassin d'enfant
09:22de sortir de prison
09:22castré chimiquement
09:23et d'étrangler une petite
09:25ou un petit
09:25parce qu'il en a eu la pulsion.
09:26C'est un autre problème.
09:27Et effectivement,
09:28c'est une solution.
09:29Est-ce qu'aujourd'hui,
09:30en France,
09:30maître Pierre Gentillet,
09:33un tribunal peut décider,
09:35est-ce que l'appareil législatif
09:36prévoit
09:36qu'une instance juridique
09:40décide de la perpétuité absolue
09:42où ce n'est pas conforme
09:43aux droits ?
09:45Alors,
09:45c'est toujours compliqué.
09:46C'est-à-dire que,
09:47je vais préciser mon propos
09:48par rapport à ce que j'ai dit avant.
09:49Qu'est-ce que l'arsenal permet ?
09:51L'arsenal prévoit
09:52une peine à perpétuité.
09:53Ça, oui.
09:55Incompressible.
09:55Est-ce que la peine
09:57incompressible ?
09:57Non,
09:58c'est là où c'est plus compliqué.
10:00C'est-à-dire que,
10:01ce qu'on peut prévoir,
10:03alors tout ça,
10:03je vous le dis,
10:04bien sûr,
10:04de mémoire,
10:04parce que là,
10:05c'est du droit pénal
10:05un peu plus poussé,
10:07c'est une peine de sûreté
10:09d'un minimum de 20 ans
10:11ou de 30 ans,
10:11si ma mémoire est tout à fait exacte.
10:13Donc,
10:14effectivement,
10:14bien sûr qu'il y a
10:16des criminels
10:17qui purgent leur peine
10:18à perpétuité,
10:20mais nous n'avons
10:21aucune garantie
10:22aujourd'hui
10:22que toutes les personnes
10:23qui sont aujourd'hui
10:24en prison
10:26sur des peines
10:26à perpétuité
10:27vont rester
10:28jusqu'à la fin
10:30de leur jour
10:30en prison.
10:31Et ça,
10:32effectivement,
10:33ça pourrait être
10:34l'objet
10:34d'une loi
10:36sur une perpétuité
10:38incompressible,
10:39définitive,
10:40sans aménagement possible.
10:42Parce qu'encore une fois,
10:43bien souvent aussi,
10:45on oublie autre chose.
10:46C'est que
10:47la peine de prison,
10:48ça paraît étrange,
10:49mais parfois,
10:51alors ça,
10:51je parle pour ce que je connais,
10:52s'agissant des délits,
10:54exercée hors de la prison.
10:55C'est ce qu'on appelle
10:56le bracelet,
10:58les peines alternatives,
10:59c'est-à-dire ici,
11:00le fait d'être condamné
11:01à porter un bracelet
11:01avec une obligation
11:03effectivement d'astreinte,
11:04mais ce n'est pas
11:05le même...
11:06Vous doutez bien
11:06que ça n'a rien à voir
11:07avec la prison,
11:08vous êtes dans une cellule
11:09de 10 mètres carrés à 3.
11:11Voilà.
11:11Écoutez,
11:12Maître Pierre Gentil,
11:13je pense que le débat
11:14est ouvert par ce sondage
11:16et que de toute manière,
11:16le législateur
11:17et la classe politique
11:19devront répondre
11:20à l'opinion publique française.
11:21Est-ce qu'on a
11:22les moyens
11:22de neutraliser définitivement
11:23les pédocriminels
11:24et les assassins d'enfants
11:26à l'arsenal juridique
11:27de se doter des moyens
11:28pour aboutir
11:29à cette solution ?
11:30Merci,
11:31mais Pierre Gentil,
11:31Vous savez,
11:33si je peux juste
11:33une dernière chose
11:35en un mot,
11:36ce qui est intéressant
11:37c'est qu'on parle
11:37de ce sujet aujourd'hui
11:38parce qu'il y a eu
11:39des meurtres
11:39et des viols d'enfants
11:41et en l'occurrence,
11:42sur les 10 derniers
11:43condamnés à mort,
11:447 l'ont été
11:46dans les années 70
11:47jusqu'à 82,
11:4981
11:49pour des crimes d'enfants.
11:51Vous voyez,
11:51c'est intéressant
11:52parce que ça revient
11:53pour cette question-là.
11:54Sujet d'actualité
11:55qui sera inévitablement
11:56traité,
11:57en tout cas,
11:57l'opinion publique,
11:58elle,
11:58elle a donné un avis
11:59assez précis.
11:59Merci Maître
12:00et je vous dis à très bientôt.