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  • il y a 21 heures

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00:01Le carrefour de l'info sur Arabelle
00:07Et dans votre carrefour de l'information, je vous le disais tout à l'heure dans les titres,
00:10les inquiétudes des secteurs à profit social dans un contexte particulièrement préoccupant
00:15pour l'avenir du non-marchand face à la réforme des aides à l'emploi
00:18et aussi aux économies budgétaires annoncées par les pouvoirs publics.
00:22Pour nous en parler, nous avons le plaisir de recevoir Frédéric Possemier,
00:26secrétaire général de l'IPSO, l'Union des entreprises à profit social.
00:29Frédéric Possemier, bonjour.
00:30Bonjour.
00:30Merci d'être avec nous sur Arabelle.
00:32Alors, une première question si vous le voulez bien Frédéric Possemier.
00:35Pourquoi avoir décidé de mobiliser maintenant, d'une manière aussi claire,
00:42les fédérations d'employeurs du secteur profit social ?
00:44Vous avez raison de poser cette première question parce que c'est particulièrement inédit dans l'histoire du NIPSO.
00:49C'est la première fois en 25 ans d'existence que nous menons un tel type d'action symbolique
00:56parce que nos modes d'action et d'expression d'ordinaire sont différents, sont plus feutrés,
01:00sont plutôt dans la concertation sociale et autour de tables de réunion.
01:06Si on a décidé aujourd'hui de marquer le coup, c'est pour plusieurs raisons.
01:11La première, c'est la convergence à la fois, vous l'avez dit très bien, d'une réforme des aides
01:16à l'emploi
01:16qui pèse quand même pour près de 1,3 milliard d'euros et à la fois des économies en Wallonie
01:22qui sont annoncées à hauteur de 2 milliards d'euros.
01:26Et donc, si on fait la somme de cela, c'est autant de moyens qui sont généralement alloués à nos
01:31différents secteurs
01:32pour lesquels, dans les concertations que nous avons avec les gouvernements aujourd'hui,
01:35on a des inquiétudes parce qu'on a des manques de garantie certaines
01:39qu'il n'y aura pas de casse sociale et qu'il n'y aura pas d'impact pour les
01:43populations,
01:44les bénéficiaires de nos différentes actions.
01:46Vous parlez aussi d'une période charnière entre juin et octobre.
01:49Disons, quelles sont les décisions qui vous préoccupent le plus dans les semaines à venir ?
01:53Oui, donc on entre dans une pièce en trois actes.
01:56Il y a celle du 11 de juin qui vient de se passer,
02:02qui était un gouvernement conjoint de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles
02:06qui devait définitivement fixer des orientations politiques sur l'avenir de ces aides à l'emploi
02:12et de la manière dont elles allaient demain, ces aides à l'emploi, être affectées aux différents secteurs
02:18puisque ça va quitter finalement les moyens alloués aux politiques d'emploi
02:23pour aller renforcer des politiques fonctionnelles, des politiques sectorielles.
02:28Ça c'était le premier enjeu.
02:31Le deuxième pièce, le deuxième moment, le deuxième acte, ce sera cet été
02:36puisque à la fois on a ces moyens qui vont quitter le ministre de l'Emploi
02:38mais pour la mi de cet été, mi-juillet, ils doivent, les ministres fonctionnels,
02:43nous informer sur la manière dont ils veulent réceptionner ces différents moyens
02:48et ce qu'ils veulent en faire dans le futur.
02:50Et le troisième acte, le troisième moment de cette pièce qui se joue, c'est à l'automne,
02:55c'est dans le cadre des conclaves budgétaires
02:57et comme partout, le nerf de la guerre, on le sait, ce sont les moyens.
03:02Et donc, derrière ces moyens-là, en fait la particularité du secteur à profit social,
03:08c'est essentiellement des moyens qui vont à de l'emploi
03:11pour être aux côtés de publics parfois très fragilisés
03:14mais aussi le secteur de l'éducation, la culture, le secteur du handicap, des maisons de repos, etc.
03:20Donc c'est très très varié.
03:22Alors, vous évoquez aussi une hausse constante des besoins sociaux.
03:27Quel constat vous faites, Frédéric Possemier, aujourd'hui sur le terrain concrètement ?
03:32Alors, pour le moment, sur le terrain, ce qu'on voit, fatalement,
03:36et les chiffres le disent chaque semaine,
03:38c'est que nous avons une augmentation significative des personnes de plus de 80 ans.
03:43Or, aujourd'hui, si on regarde les populations de cet âge-là,
03:48au regard des différents services que nous sommes en capacité d'offrir,
03:51il y a un gap, il y a un différentiel relativement important
03:54et nous craignons que toutes les personnes âgées ne puissent pas être accompagnées comme il se doit.
04:00On voit aussi qu'aujourd'hui, le nombre de jeunes qui vivent dans l'anxiété,
04:05qui sont accompagnés par des services de santé mentale,
04:07ne cessent d'augmenter et nous n'arrivons pas, nos services n'arrivent pas
04:11à rencontrer l'ensemble des besoins.
04:14Aujourd'hui, dans le secteur de l'aide à la jeunesse,
04:17on a 4000 enfants et adolescents qui attendent une prise en charge.
04:21Aujourd'hui, on a dans le secteur des personnes en situation de handicap,
04:252000 personnes en Wallonie qui attendent toujours d'être prises également en charge
04:30par un accompagnement adapté.
04:33Pareil, au niveau des crèches, il y a des besoins.
04:37Donc, en fait, les besoins, ils sont en permanence présents et ils ne vont pas aller en diminuant
04:42puisque notre démographie augmente, les besoins augmentent et malheureusement,
04:46les inégalités sociales aussi.
04:47Or, nous, on est là pour cette fonction de cohésion sociale,
04:50de garantir une place pour chacun et chacune de notre société.
04:53Alors, vous alertez aussi sur ce que vous appelez un triple risque.
04:56Est-ce que vous pouvez nous expliquer, disons brièvement,
04:59qu'est-ce que cela signifie pour une association ou, par exemple, un service de proximité ?
05:03Mais oui, donc, à la fois, on a le risque de voir clairement, dans le cadre des économies,
05:10les frais de fonctionnement, les moyens alloués pour soutenir nos frais de fonctionnement diminués.
05:15Un. Deux, c'est un premier risque.
05:17Le deuxième, c'est que le ministre de l'Emploi pourrait en même temps diminuer l'enveloppe globale
05:21des aides à l'emploi, lui-même contribuant du coup à ce qu'ils appellent
05:25l'effort de guerre.
05:26Mais en même temps, si dans une association, on vous diminue vos frais de fonctionnement
05:30et vos moyens et vos aides à l'emploi, inévitablement, à un moment donné,
05:36on va se retrouver en tension, d'autant plus que le troisième risque, c'est quoi ?
05:40C'est que le gouvernement, les gouvernements, n'excluent pas l'idée de considérer
05:45qu'il pourrait y avoir des secteurs prioritaires, entendez, qui pourraient être immunisés,
05:47et d'autres, du coup, comme les enveloppes sont fermées, voire diminuées,
05:51devraient faire de très gros efforts, de très grosses économies.
05:54Et ça nous interpelle, parce qu'en fait, tous les services que nous rendons à la population
05:59répondent d'une même chaîne et d'une même dynamique.
06:03Ce que je disais tout à l'heure, c'est d'offrir une place pour chacun dans la société,
06:06c'est des enjeux de dignité, c'est des enjeux d'émancipation et d'éducation,
06:09mais c'est aussi des enjeux, clairement, où on offre des services,
06:13où on permet de prendre soin de la société.
06:16Et on a du mal à se dire que le gouvernement peut considérer que,
06:18dans cette approche-là, il y aurait des acteurs et des secteurs
06:21qui seraient prioritaires et non prioritaires.
06:23Et justement, quels seraient les impacts les plus visibles pour les citoyens
06:28si les moyens du secteur venaient finalement à diminuer drastiquement ?
06:31Ils sont déjà visibles aujourd'hui, malheureusement,
06:34parce qu'il y a déjà des économies, alors à plus petite échelle, qui se font.
06:37Mais dans le secteur, par exemple, de services de santé mentale,
06:40on a des directeurs qui nous disent aujourd'hui,
06:42on ne sait même plus remplacer des ampoules,
06:44on ne sait même plus réparer notre porte d'entrée,
06:46on doit faire entrer nos bénéficiaires par une porte de garage.
06:51On a des opérateurs dans les maisons de repos, dans des hôpitaux,
06:54mais dans des institutions de handicap qui recalibrent leurs projets d'infrastructures,
06:59de rénovation, qui reportent.
07:01Mais du coup, tous les bénéficiaires n'ont pas le plaisir d'être dans des cadres
07:07qui sont rénovés.
07:09On voit aussi clairement qu'il y a des emplois à durée déterminée
07:12qui aujourd'hui ne sont plus renouvelés.
07:13Ça a des impacts inévitablement sur l'offre qui diminuent,
07:17des heures d'ouverture, des non-prises en charge,
07:20des files d'attente qui sont de plus en plus importantes.
07:24Ça peut avoir aussi un impact malheureusement sur la qualité
07:28parce que, mine de rien, on essaye, quand on a moins de personnel,
07:31d'essayer de malgré tout combler les absences.
07:38Mais mine de rien, la qualité malgré tout peut avoir un impact pour les bénéficiaires.
07:42Frédéric Possumier, vous insistez aussi sur le fait que les APE ne sont pas de simples lignes budgétaires.
07:47Pourquoi c'est important de le rappeler tout de même ?
07:49D'abord et avant tout, parce que derrière ces lignes budgétaires,
07:52il y a des hommes et des femmes qui se lèvent tous les matins
07:54pour aller rendre des services essentiels à la population.
07:58On parle de puéricultrices, on parle d'assistants sociaux,
08:00on parle de psychologues, on parle d'éducateurs, d'animateurs culturels,
08:04d'aides ménagères, d'aides soignantes, de gardes malades.
08:06Et la liste est extrêmement longue.
08:10D'abord, c'est des hommes et des femmes qui sont derrière.
08:12Ça touche 74 000 personnes.
08:15C'est une fois et demie le stade Roi-Baudouin qui serait rempli.
08:18Ça génère beaucoup d'insécurité dans ces familles-là aujourd'hui.
08:23Et donc, derrière aussi toutes ces familles et tous ces services à nos bénéficiaires,
08:28c'est aussi envoyer un signal d'un certain type de projet de société,
08:32soit qu'on veut encore défendre, soit qu'on n'a plus envie de défendre.
08:36Et nous, ce que l'on dit par rapport à ça, c'est que si à un moment donné ça
08:40devait se concrétiser,
08:41on estime que ce n'est pas qu'un débat budgétaire, c'est un débat de société.
08:44Et ça, alors, il faut ramener dans un espace plus démocratique ce type de décision.
08:49Et pour nous, alors, ça doit se décider au niveau du Parlement et pas au niveau du gouvernement.
08:54Je voudrais aussi rappeler que le secteur à profit social, c'est 230 000 travailleurs, c'est 12 000 employeurs.
09:01C'est en Wallonie aujourd'hui le premier secteur d'activité en termes d'emploi devant l'industrie,
09:09devant le secteur de l'énergie, devant la construction.
09:13C'est un secteur où il y a énormément de postes vacants.
09:16Et donc, est-ce qu'un gouvernement, est-ce que des gouvernements peuvent se...
09:19Enfin, le luxe d'aller s'abrer dans ce secteur qui, par ailleurs, est un véritable acteur partenaire du monde
09:28économique,
09:28de l'économie conventionnelle.
09:30Imaginez plus de crèches, imaginez que les personnes portées de handicap n'aient plus de structures qui les accompagnent.
09:36Voilà, on est bien content, toute la société est bien content d'avoir ces services-là.
09:40Je voudrais imaginer que le gouvernement et que chacun s'imagine une société dans laquelle tous ces services n'existeraient
09:46pas.
09:47Je pense que ce serait particulièrement dramatique en termes de cohésion et de solidarité.
09:52On va parler des contacts avec les politiques.
09:55Vous avez eu une rencontre avec les ministres le 29 mai dernier, je crois.
09:58Est-ce que vous avez obtenu des réponses ou des débuts de garantie ou des engagements concrets ?
10:02Ou c'est toujours la politique de la chaise vide ?
10:05Alors, ce n'est pas la politique de la chaise vide.
10:07Il y a une véritable écoute de la part des deux ministres présidents par rapport à nos réalités.
10:12Comme nous-mêmes, on doit écouter aussi le cadre budgétaire dans lequel ils sont et les responsabilités qu'ils veulent
10:18prendre par rapport aux générations futures.
10:20Mais il faut pouvoir réconcilier le court terme, le moyen et le long terme et des approches macro-budgétaires avec
10:26les réalités de terrain et les bénéficiaires pour lesquelles tous les matins nous nous levons.
10:32Et donc, par rapport à ça, il y a une compréhension mutuelle très claire.
10:36Ce que nous avons, nous, mis, ce qu'on a mis beaucoup l'accent, c'est l'importance de la
10:41concertation sociale.
10:42On a regretté qu'avec le ministre de l'Emploi, sur les trois à quatre derniers mois, il y a
10:45eu maximum de rencontres de travail un peu politiques.
10:50Alors oui, il y a eu des réunions techniques l'année dernière, mais les réunions politiques, elles ont commencé maintenant,
10:55on peut le regretter.
10:56Et donc, nous invitons vraiment l'ensemble des ministres fonctionnels, et c'est un engagement qu'ils ont pris, à
11:00ce que dès la rentrée en septembre, il y ait une concertation beaucoup plus structurée, beaucoup plus soutenue,
11:08avec des propositions sur la table, de manière telle à ce qu'on ne parle pas de page blanche, pour
11:13essayer de réconcilier cette ambition politique et les réalités de terrain, pour à la fois épargner les bénéficiaires et nos
11:19travailleurs.
11:19Alors, vous parlez de concertation, de dialogue avec les politiques. Est-ce que, disons concrètement, les principales demandes, revendications formulées
11:26par l'ULIPSO, au nom des employeurs du secteur à profit social ?
11:30Ben oui, donc nous, on a quatre grandes attentes. Un, c'est la sécurité budgétaire. Ce ne sera pas une
11:36surprise, garantir l'étanchéité des enveloppes pour chacune de ces politiques, de chacun des secteurs que nous représentons.
11:44Deux, c'est une sécurité juridique, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de moyens de Wallonie qui
11:48vont aller transférer vers des politiques de la Fédération Lénie-Bruxelles.
11:52De nouveau, on va reparler de l'enseignement, de l'aide à la jeunesse, de la petite enfance, de la
11:56culture, de l'éducation permanente.
11:58Donc voilà, ce sont des très gros secteurs qui bénéficient beaucoup d'aides à l'emploi.
12:04Il y a un enjeu majeur de ne pas rater ce transfert et donc d'avoir des bonnes balises juridiques
12:10et administratives qui verront à garantir les moyens et une utilisation efficiente avec de la simplification administrative pour tout.
12:19Ça, c'est la deuxième attente. La troisième, c'est la garantie d'existence.
12:22Alors, qu'est-ce qu'il y a derrière ? En fait, il faut savoir que le secteur à profit
12:27social, tout le monde ne bénéficie pas d'agréments et de subventionnements.
12:30Il y a vraiment des entrepreneurs sociaux qui développent des activités assimilables à celles qui sont agréées et subventionnées.
12:36On en répertorie chez nous, dans nos fédérations, 560 qui fonctionnent avec des bouts de chandelles et un peu avec
12:43ces aides à l'emploi.
12:44Et nous, notre enjeu, c'est de trouver une solution pour ces secteurs-là pour qu'ils puissent maintenir durablement
12:50les moyens qu'ils ont aujourd'hui
12:52et qu'on puisse les retrouver une sécurité juridique en adaptant les réglementations pour les faire exister et pour les
12:58reconnaître
12:59et pour que, surtout, ils ne soient pas la variable d'ajustement demain.
13:03Et la quatrième attente, c'est celle que j'ai exprimée tout à l'heure, c'est celle d'une
13:06concertation sociale renforcée.
13:08Dernière question, avant de nous quitter, si vous avez un double message, rappelez en direction des politiques ce que vous
13:15attendez
13:15et du côté du secteur à profit social pour les rassurer un peu.
13:19Moi, le premier message que j'ai envie de dire, c'est d'aller relire l'article dans Le Soir
13:25d'Étienne de Calataille et de Bruno Collement
13:27qui, ce week-end, disaient qu'effectivement, il faut assainir les finances publiques, mais pas le faire à la USART
13:34et n'importe comment.
13:35Et s'il y a deux secteurs qu'il faut épargner, ce sont immunisés, ce sont les secteurs de la
13:40solidarité et de la cohésion sociale.
13:42Et ça, c'est nous, c'est le secteur à profit social, c'est le secteur non marchand, ça c
13:46'est le premier message que j'ai envie de dire.
13:49Et que le deuxième, c'est que, mais je pense qu'ils en sont conscients, mais faire des économies dans
13:54nos secteurs, ça ne diminuera pas les besoins de la population.
13:59Et donc, ce qu'on générera, c'est le transfert d'une dette sociale, voire d'une dette économique à
14:06moyen et long terme.
14:08Et donc, voilà, ça c'est le message que nous voulons. Donc, réfléchissez bien, mesurez bien les impacts et prenez
14:14les décisions en meilleure connaissance de cause.
14:16Et nous sommes là, partenaires, pour trouver les solutions qui, demain, permettront à chacune et chacun d'assurer, enfin, de
14:26continuer à donner du sens aussi
14:27aux métiers que nous exerçons pour le bien de la population.
14:30Voilà, on a compris un dossier crucial pour l'avenir du secteur à profit social, mais aussi pour les milliers
14:36de travailleurs et de travailleuses,
14:37et de citoyens et de citoyennes qui bénéficient chaque jour de ces services au combien essentiels.
14:42Frédéric Possomier, secrétaire général de l'IPSO, merci d'avoir été avec nous.
14:45Merci pour l'invitation.
14:46On se retrouve dans quelques instants pour la deuxième partie de votre Café de la Foua, tout de suite.
14:50Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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