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Bruno Retailleau, Marine Tondelier, Sarah Knafo, Olivier Faure, Mathilde Panot, Gabriel Attal et Jean-Philippe Tanguy sont les invités de notre émission "Autorité, justice: quelles réponses au fiasco?". Près d'une semaine après que le corps de la jeune Lyhanna a été retrouvé sur fond de défaillances judiciaires, ces personnalités politiques apportent leurs réponses à cette affaire sur BFMTV à partir de 21 heures.
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00:00Marine Tondelier, secrétaire nationale des écologistes et candidate, elle aussi, à l'élection présidentielle.
00:05Bonsoir Marine Tondelier, merci d'être là.
00:07Je rebondis sur ce que disait à l'instant Bruno Rotaillot.
00:11Vous, chez les Verts, c'est la culture de l'excuse, de l'excuse sociale.
00:15Voilà ce que disait Bruno Rotaillot à l'instant.
00:17Moi écoutez, je suis venue pour parler des enfants et de comment on les protège dans cette société.
00:21Parce que, en réalité, cette affaire Liana est terrible, c'est l'injustice de trop.
00:26Moi je pense très fort ce soir à ses parents, à sa famille.
00:29Et en réalité, à toutes celles et ceux chez qui cette histoire, ce qu'ils voient à la télé,
00:33réveille des choses dont ils ont parlé, pour lesquelles justice n'a pas été faite,
00:38des choses dont ils n'ont peut-être jamais su parler, des parents qui s'en veulent pour leurs enfants.
00:42Ça réveille beaucoup de souvenirs traumatiques à tout le monde.
00:44Mais la réalité, c'est que les enfants ne sont pas protégés dans cette société.
00:49Pas que sur le plan pénal.
00:50Ils ne sont pas protégés parce qu'on ne les forme pas à l'école à ces sujets.
00:54Ils ne sont pas protégés parce qu'ils sont aujourd'hui beaucoup dans la pauvreté,
00:58mal logés, mal nourris, avec des enfants qui ne mangent pas à leur faim.
01:01Ils ne sont pas protégés parce que la santé mentale est un vrai sujet chez les jeunes.
01:05Ils sont maintenant, y compris, exclus des wagons de train.
01:08La dernière fois qu'on avait parlé des enfants dans notre société,
01:09c'était pour dire qu'on allait faire des wagons SNCF où ils seraient interdits.
01:12Vous voyez, il y a quand même un continuum du fait que les enfants et les femmes,
01:16en réalité, il y a un continuum sur le fait que notre société ne traite pas bien les enfants,
01:22ne traite pas bien les femmes, ne les considère pas à l'écale.
01:25Il y a vraiment un contexte patriarcal et peut-être que ça fera rire certains.
01:29Moi, ça ne me fait pas rire parce que ce n'est pas une question de posture, d'idéologie.
01:32Ce que je vous dis, c'est une réalité.
01:34Ce sont des faits qui ont des conséquences graves, parfois très graves.
01:38Mais le discours que l'on vient d'entendre, c'est un discours de toujours plus de fermeté,
01:42de peine plus longue, de peine plus lourde ou peine plus systématique,
01:46de peine définitive que l'on vient d'entendre.
01:49Pour vous, ce chemin-là que vient d'écrire Bruno Retailleau,
01:51ce n'est pas le bon pour protéger les enfants.
01:53Mais il ne vous échappera pas que la différence entre Bruno Retailleau
01:56ou M. Darmanin et moi, c'est que c'est eux qui ont été responsabilités.
02:00Et ils le sont depuis dix ans.
02:02Depuis dix ans.
02:03Et donc, depuis dix ans, parce qu'il y a eu MeToo, parce que la parole s'est libérée,
02:07parce que des femmes et des enfants ont eu le courage de parler
02:10et d'en entraîner d'autres dans les sillages,
02:11il y a eu beaucoup plus de plaintes.
02:13Sur les viols, on est passé de 17 000 plaintes à 50 000, pratiquement fois trois.
02:18Mais le nombre de condamnations, lui, n'a pas augmenté,
02:20parce que les moyens pour instruire n'ont pas augmenté,
02:22parce que les magistrats et les enquêteurs le disent,
02:25ils sont démunis, ils n'arrivent pas à faire face.
02:27Et donc, le signal qu'on envoie, c'est est-ce que ça vaut la peine d'aller porter plainte
02:32?
02:32Moi, je le dis oui, oui et re-oui.
02:33Oui, mais j'étais, en l'occurrence, encore cet après-midi avec une amie
02:38qui me racontait le drame de sa fille.
02:40Sa fille qui, en 2012, est violée par son prof de sport.
02:45Elle met 12 ans à en parler à sa mère.
02:47C'est-à-dire que sa mère vit, comme beaucoup de parents dans ce pays,
02:50la descente en enfer d'avoir une fille qui, premièrement,
02:52développe une phobie scolaire, ne veut plus à l'école,
02:54qui va très mal, qui tombe dans l'addiction,
02:56qui fait des tentatives de suicide,
02:57sans savoir ce qui se passe et comment aider sa fille.
03:0012 ans après, sa fille lui avoue ce viol auprès de son prof de sport.
03:03Elles vont voir France Victime, qui leur explique avec beaucoup d'attention
03:06quelles sont les différentes possibilités.
03:08France Victime, c'est une association qui vient en aide justement.
03:10Exactement, et qui explique, elle m'a dit, ils ont été super.
03:12Donc, qui explique à cette jeune femme, que la maman ne sait pas trop comment aider,
03:16les possibilités qu'elle a et ce qu'elle veut porter plainte.
03:18Sa maman se bat pendant des semaines, des mois,
03:20pour qu'elle prenne la bonne décision pour l'accompagner.
03:22Elle prend rendez-vous comme France Victime lui avait conseillé de le faire,
03:24appelé avant au commissariat.
03:26Comme ça, ils vous prévoient un rendez-vous, ils vous accueillent un peu à part,
03:29ils feront en sorte qu'il y ait une femme qui la reçoive.
03:31Elle arrive le jour dit, avec beaucoup d'enquieté, vous l'imaginez,
03:34et à l'accueil, elle dit au guichetier,
03:38« Moi, j'ai rendez-vous, je m'appelle comme ça,
03:40je viens pour déposer plainte pour un viol. »
03:43Ils disent, vous pouvez répéter, il y a beaucoup de monde,
03:45c'est très bruyant, et devant tout le monde,
03:46elle doit répéter en haussant la voix,
03:48avec tout le monde qui entend dans une petite ville,
03:49qu'elle vient déposer plainte pour viol,
03:51qu'elle s'appelle untel, et plusieurs fois.
03:53Il dit, « Votre rendez-vous n'est pas inscrit, il y a dû avoir une erreur,
03:56donc on va trouver quelqu'un. »
03:57Elle dit, « Moi, je ne me sens pas capable d'en parler à un homme,
04:00je voudrais une femme, et je ne suis pas sûre d'y arriver. »
04:03Ils finissent, au bout d'une demi-heure, par trouver une femme,
04:06qui n'a pas de bureau, donc qui va dans une sorte d'open space
04:08où des hommes passent tout au long de l'entretien.
04:10Et quand elle explique très douloureusement ce qui s'est passé,
04:13et la dame finit évidemment par lui demander le nom de la personne,
04:16elle le dit, « Est-ce que vous pouvez les plier ? »
04:18Elle dit, « Je ne suis plus sûre de l'orthographe. »
04:19Elle dit, « Écoutez, pour être sûre, je vous sors. »
04:20Elle avait ramené toutes ces pièces, elle sort le butin scolaire,
04:22en disant, « Voilà, c'est mon prof de sport, son nom est là. »
04:25Réponse de la policière, « Vous aviez des bonnes notes pourtant au sport. »
04:31Cette jeune fille s'est effondrée, elle est repartie,
04:34elle n'a jamais porté plainte,
04:36et sa maman m'en parle encore tout à l'heure en disant,
04:38« Je vis dans la peur permanente, je suis cette personne. »
04:41« Je suis cette personne. »
04:42« Tous les ans, je vois si elle est en corde d'alicé, etc. »
04:44« Je ne sais pas quoi faire, ma fille, je ne pourrais plus la faire porter plainte. »
04:47Elle est traumatisée de ce qui s'est passé,
04:49mais de sa réception par la police.
04:50Et on voit bien, ce ne sont pas des responsabilités individuelles.
04:53Il y en a sûrement, comme dans tous les métiers.
04:54Le métier de journaliste, c'est le métier de politique aussi.
04:57Mais la question, c'est comment on accueille ces victimes.
04:59Comment on leur donne confiance dans le fait qu'elles sont bien accueillies.
05:02On a développé des formations, mais pas assez, ça se voit.
05:04Et donc, je pense que, moi en tout cas, si vous voulez bien qu'on en parle,
05:07j'ai des propositions très précises à faire là-dessus,
05:09qui seront utiles et qui ont fait leur preuve.
05:11Pas comme ça, des choses très fortes,
05:14mais qui ne marchent pas dans les fiancés.
05:16C'est effroyable, raté, et même le mot raté est faible.
05:21Enfin, ce déshonneur face à une jeune fille qui vient porter plainte.
05:29Au fond, on pourrait dire le même mot pour la maman de Rosa.
05:33La maman de Rosa qui a fini par aller déposer plainte avec sa fille.
05:37Qui, devant le silence des enquêteurs, a tous les lundis,
05:42parce que sa fille souffrait, été frappée à la porte du commissariat,
05:45au point qu'on lui a dit, mais écoutez, madame, laissez-nous tranquille.
05:47On l'a menacé de...
05:48On lui a parlé de harcèlement.
05:49Et si vous continuez, on parlera de harcèlement.
05:51Avant de vous poser la question sur les réponses,
05:54une question quand même, parce que depuis le début,
05:55vous parlez beaucoup de la question des hommes et des femmes.
05:57De la question du...
05:58Je crois que le mot que vous avez utilisé, c'est virilisme, c'est patriarcal.
06:01Et en même temps, vous dites que la policière, c'était une femme policière.
06:05Et en même temps, on a ces chiffres.
06:0672% des auteurs d'agressions, 99% des viols sont commis par des hommes.
06:12Et la manière dont les policiers reçoivent les plaintes.
06:14Mais vous avez utilisé le terme virilisme à propos des responsables politiques.
06:17Faisant donc, j'imagine aussi, un lien sur la façon dont ces questions-là sont traitées.
06:22Je vous pose la question.
06:2372% des magistrats sont des magistrates.
06:26Ce sont des femmes.
06:27La mère de Paris, c'était une femme.
06:30J'ai bien vu que M. Truchot, adepte de votre antenne, m'a répondu ça.
06:32Je ne vois pas le rapport.
06:33Anne Hidalgo, sous sa responsabilité en tant que mère de Paris, il y a eu le drame de...
06:39Est-ce que c'est un problème parce qu'il y a trop d'hommes au pouvoir ?
06:43Ou est-ce que ça n'a rien à voir ?
06:44Ce qui est un problème, c'est que, imaginez, vous êtes une femme et sûrement que ça vous est, comme
06:50beaucoup de femmes arrivées, vous avez vécu quelque chose de traumatique.
06:53Vous avez un président de la République qui, à propos de Depardieu, nous explique en gros que c'est un
06:58monstre sacré.
06:59Que vous comprenez, il a peut-être fait des choses terribles, mais il fait la fierté de la France.
07:02Donc vous comprenez que si votre agresseur est acteur et qu'il fout beaucoup d'entrées à ses films, ce
07:07n'est pas grave.
07:08Imaginez, vous êtes maquilleuse et en 2019, vous dénoncez ce que Patrick Bruel vous a fait soubire.
07:13En 2019, on explique, dans la presse, partout, que vous êtes en gros en quête de notoriété et assoiffé d
07:20'argent.
07:21Que c'est ça que vous cherchez.
07:22Et c'est parce que 30 femmes finissent, les uns entraînant la parole des autres et les unes entraînant la
07:26parole des autres par parler,
07:27que ce soir, des années après, après avoir fait tant de victimes, il est sur le point d'être mis
07:33en examen peut-être.
07:34Vous voyez, ça a du sens.
07:36Et même la première dame qui, elle, explique que maintenant les femmes qui soutiennent d'autres femmes sont, le mot
07:42est terrible, des sales connes.
07:44C'est son expression et à aucun moment je n'ai entendu s'en excuser.
07:47Vous imaginez quand même qu'on a un petit problème.
07:50C'est ça l'image qui est renvoyée en permanence aux victimes, aux femmes et aux enfants dont la parole
07:54n'est pas écoutée, dont la parole n'est pas respectée.
07:56Mais encore une fois, vous dites que Macron est une femme.
07:57Donc je veux dire, vous avez...
07:58Oui, mais moi je vous parle des victimes qui, très essentiellement, sont des femmes.
08:02Et donc, ce que je vois quand même, c'est qu'au lieu de s'excuser, ce qui en politique
08:07devrait être beaucoup plus courant que ça ne l'est,
08:10M. Dormanin, je ne l'ai pas entendu dire, moi j'ai ces circulaires sous les yeux, on peut les
08:14montrer, est-ce que c'était prioritaire ou pas ?
08:15Je ne l'ai pas entendu se remettre en question.
08:18Il aurait dû démissionner.
08:20Peut-être que Macron aurait refusé sa démission en disant, écoutez, j'ai besoin de lui à bord, c'est
08:25une responsabilité politique collective.
08:27Mais il aurait dû au moins avoir cette dignité de dire, écoutez, je suis là depuis des années, à l
08:31'intérieur, parce que s'il n'y a pas que la justice qui a déconné, il y en a, il
08:34y a aussi le côté police.
08:35Mais qu'est-ce que ça aurait changé ?
08:38Ben, excusez-moi, on se sentirait un peu respecté, parce que le problème, ce n'est pas juste qu'il
08:41ne démissionne pas, c'est ce qu'il dit.
08:42C'est la vindicte populaire qui lance, comme M. Retailleau d'ailleurs, sur les magistrats.
08:49D'ailleurs, on voit bien dans ces parties-là, attendez, dans ces parties-là, moi j'ai bien compris maintenant.
08:55Quand c'est pour n'importe quel cas, les magistrats ne sont pas assez durs et sont gauchistes, mais quand
09:00c'est pour juger Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen, là les magistrats sont beaucoup trop durs.
09:04C'est-à-dire que la justice doit être dure avec tout le monde, sauf avec eux-mêmes. Et l
09:08'exemplarité, ça compte en politique.
09:09Mais les magistrats aussi peuvent faire des erreurs. Les gendarmes peuvent faire des erreurs.
09:12Et les journalistes, et les politiques aussi.
09:14Et donc, moi ce que je dis, c'est que dans les autres pays d'Europe, je ne parle même
09:17pas de l'Union Européenne, je parle des 44 pays du continent européen,
09:21la France, en nombre de procureurs par habitant, est 43ème sur 44.
09:25Les magistrats sont 4 fois plus nombreux, les procureurs sont 3 à 4 fois plus nombreux dans les pays qui
09:31sont autour de nous.
09:32Et donc, à l'impossible, nul n'est tenu.
09:34C'est comme si vous faisiez travailler un routier 3 jours de suite sans dormir et qu'à la première
09:40fois, il passe la bande parce qu'il s'endort à moitié au volant, vous l'appeliez à sa responsabilité
09:44individuelle.
09:45À un moment, c'est intenable. On le sait. Ça fait des années qu'ils alertent.
09:48M. Darmanin a eu sur son bureau, et M. Retailleau aussi, des rapports qui disaient que ça craquait, qu'il
09:53n'y arrivait pas.
09:53Donc, d'abord, les moyens. Vous nous disiez à l'instant, il y a des solutions très concrètes à mettre
09:58en application.
10:00La première, quelle est-elle pour vous ? La mesure la plus urgente pour vous ?
10:04Je vais faire de l'ordre chronologique. Premièrement, il faut que les enfants comprennent ce qui leur arrive.
10:08Vous voyez, dans le périscolaire, c'est une autre histoire qu'il y en a, mais la plupart des victimes,
10:12elles ont entre 3 et 4 ans. Pourquoi ?
10:14Parce que les agresseurs, ils savent qu'à cet âge-là, c'est plus difficile, que les enfants ne sont
10:17pas sensibilisés.
10:18Mais nous, nous nous battons pour avoir des cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, dès la
10:24maternelle.
10:25Non pas pour leur apprendre ce que certains projettent là-dessus et fantasment complètement, mais pour leur dire une chose
10:29simple.
10:30Ça, c'est ton corps. Personne ne doit toucher, leur expliquer.
10:34Je sais bien qu'il y a des gens qui disent « Oh là là, la maternelle ! »
10:37Mais oui, mais en fait, tant que vous ne le faites pas, les enfants ne comprennent pas ce qui se
10:39passe.
10:40Et beaucoup de parents ne sont pas non plus formés.
10:42Alors, à chaque fois que j'en parle, j'ai des parents qui me disent « Merci, du coup, j
10:45'ai acheté le livre, c'est mon corps.
10:48Je l'ai lu à mon enfant, c'est simple, en fait, quand on s'y met, mais je n
10:51'aurais jamais osé si je ne vous avais pas entendu le dire. »
10:52Donc, je le dis et je le redis.
10:54Si on veut protéger les enfants, il faut, dans toutes les familles en parler, ce livre, on devrait l'envoyer
10:58à toutes les familles en France, celui-là ou un autre.
10:59Et dans les familles qui ont elles-mêmes un problème avec le sujet, si on veut les toucher, ces enfants,
11:04il faut les former à l'école.
11:05Ça, c'est la première mesure.
11:05Donc, ça, c'est en parler à tout âge, de manière adaptée.
11:09Deuxièmement, c'est quand un acte survient.
11:13Normalement, la personne, du coup, est consciente, quel que soit son âge, que ce n'était pas OK.
11:17Il faut qu'il y ait des personnes de confiance à qui en parler.
11:19Ça, c'est très dur.
11:20Parce que des fois, les parents ne sont pas une personne de confiance, surtout quand les violences sont infamiliales.
11:24Parce que parfois, la maîtresse n'est pas une personne de confiance si c'est arrivé à l'école.
11:27Donc, il y a des cas différents.
11:28Ça, c'est un sujet.
11:29Et puis ensuite, vient le moment où, là, je parle des enfants ou des femmes qui ont courage d'aller
11:35porter plainte.
11:36Parce qu'aujourd'hui, il faut beaucoup de courage pour le faire.
11:38Je suis désolée, on a un problème dans comment ça se passe en France.
11:41Le nombre de témoignages que je reçois tous les jours de personnes victimes de viol, qui vont au commissariat, qui
11:45sont mal reçus.
11:46Je parle de même la nuit même.
11:47Elles viennent de se faire violer, qui sont mal reçus.
11:49Elles font la queue des heures.
11:50Après, on leur dit qu'il faut aller à l'Institut de médecine légale.
11:54C'est un parcours du combattant.
11:57Moi, je veux qu'on s'inspire des exemples qui marchent.
11:59Je ne sors pas des propositions qui n'ont jamais fait leur preuve.
12:03Je vous sors des exemples qui marchent.
12:05En Belgique, il y a des centres de prise en charge des violences sexistes et sexuelles.
12:11La Belgique s'est engagée par une secrétaire d'État écologiste à ce qu'il y en ait un à
12:14une heure de chez vous.
12:16Chaque victime en Belgique en a un à une heure de chez elle.
12:17Il y en a 13 aujourd'hui.
12:19Ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
12:21Ces centres ne sont non pas dans des commissariats, mais dans des hôpitaux.
12:24Vous arrivez dans cet hôpital, vous avez tout ce qu'il faut.
12:26Vous avez un des équipes pour les soins d'urgence.
12:29Si vous avez des lésions, si vous avez besoin de contraception d'urgence, si vous avez été violenté, vous êtes
12:34pris en charge médicalement en urgence.
12:36Puis, vous pouvez, si vous le souhaitez, aller voir justement la médecine légale.
12:39Parce qu'on sait que dans les cas d'agression sexuelle, ils reçoivent beaucoup, beaucoup d'enfants, ces centres.
12:44Si dans les 72 heures, les prélèvements, ADN notamment, ne sont pas faits, vous ne pourrez jamais prouver ce que
12:49vous avancez.
12:50Et que les classements sans suite, pour ça, sont très nombreux.
12:53On précise à ce moment-là qu'il y avait eu, avant la plainte de Rosa, une autre petite fille
12:57dans l'affaire Diana.
12:58Exactement.
12:59Elle avait porté plainte, qui avait 7 ans, et ça a été classé sans suite, faute de preuve.
13:02Donc là, vous avez un enfant, par exemple, qui rentre d'une garde chez son papa.
13:07Et la maman, parfois, elle le sait des années après, mais parfois, elle comprend tout de suite.
13:11Qu'est-ce que vous faites ?
13:12Là, vous allez à l'hôpital, vous avez les soins d'urgence, le médico-légal qui fait son travail.
13:18Puis, vous avez des psychologues, des équipes psychologues.
13:20Vous prenez soin des gens, et les soins psychologiques, pour les personnes victimes de violences, qu'elles aient porté plainte
13:25ou pas, doivent être pris en charge gratuitement partout.
13:28Et puis, vous avez une autre étape, c'est que vous pouvez porter plainte sur place, avec des policiers formés.
13:33Certains pour les adultes, certains pour les enfants.
13:34Tout est au même endroit, et vous pouvez faire tout le parcours dans des lieux sécurisés, chaleureux, non anxiogènes,
13:41avec pas tout le monde qui se mélange, et vous croisez des auteurs de délits, des victimes de délits, de
13:46tout type de délits.
13:46Vous êtes pris en charge, et c'est sécurisé.
13:49Tant qu'on ne sera pas capable de faire ça en France, on n'y arrivera pas.
13:51Et donc, moi, je suis en train de programmer un déplacement dans les jours qui viennent en Belgique pour aller
13:54visiter un tel centre.
13:56Celles et ceux qui veulent venir avec moi, je les emmène.
13:59Une question aussi de ce que l'on fait des pédocriminels.
14:04Deux propositions qui sont avancées par les uns et par les autres.
14:07L'exemple de la Grande-Bretagne, de la Pologne, des États-Unis, où là, pour le coup, il y a
14:11une sorte de fichier public, plus ou moins public.
14:13Il faut aller demander, mais pour savoir si quelqu'un qui est en relation avec notre enfant a déjà été
14:19condamné.
14:20Et la deuxième question, c'est la castration chimique.
14:22Est-ce que vous considérez que des pédocriminels qui ont purgé leur peine peuvent se réintégrer dans la société ?
14:28Ou est-ce qu'il faut mettre en place une castration chimique obligatoire ?
14:32Alors, sur votre première question, sur le fichage.
14:38Moi, j'en discutais avec l'adjointe à la mairie de Paris, l'adjointe écologiste,
14:42qui, depuis les élections municipales, est en charge des affaires scolaires,
14:44qui récupère un dossier explosif, qui est elle-même une jeune maman, comme moi,
14:47et qui, toutes les semaines, reçoit des témoignages accablants.
14:53Elle, elle me dit, aujourd'hui, dans le périscolaire,
14:56on peut maintenant solliciter des fichiers pour savoir si la personne a été condamnée,
15:01mais quelqu'un qui a fait l'objet de plusieurs condamnations,
15:04et pour qui tout aurait été classé sans suite, nous ne le saurons jamais.
15:08Et par ailleurs, du coup, non.
15:10Elle dit, en fait, on a des fichiers internes.
15:12Qu'est-ce qu'on fait ?
15:13On demande, on appelle l'arrondissement d'à côté, il était chez toi,
15:17qu'est-ce qui s'est passé, pourquoi il est parti ?
15:18Donc, informellement, en se débrouillant et en bricolant,
15:21ils arrivent à arrêter des choses,
15:22mais quand la personne vient d'un autre endroit, ils ne le savent pas.
15:24Donc, ça, c'est un vrai problème.
15:27Je discutais avec des gens qui gèrent des foyers pour l'ASE,
15:29parce que vous savez que dans les foyers de l'aide sociale à l'enfance,
15:31un enfant sur deux de l'ASE est victime de violence sexuelle
15:33dans la famille d'accueil ou dans son parcours.
15:35Et là encore, dans toute la chaîne de dyslexionnement,
15:37une petite fille a signalé avoir été victime de Jérôme Barrella,
15:41alors qu'elle était elle-même...
15:43Mais ce n'était pas dans le foyer, je pense que c'était à son domicile comme les autres.
15:46Mais ce que me dit quelqu'un qui travaille dans ces centres,
15:49c'est que quand ils ont demandé ce qu'on appelle les certificats d'honorabilité,
15:52c'est-à-dire la preuve, il faut dire, moi j'ai certificat, voilà,
15:55ils ont demandé à tout le monde, il y en a 3500 qui ne l'ont jamais donné.
15:59Donc, ça veut dire que des 3500 personnes qui travaillaient dans ces centres-là,
16:03en fait, n'ont pas été cherchées parce qu'ils savaient qu'ils ne l'auraient pas.
16:05Vous vous rendez compte quand même ?
16:06Est-ce que ces fichiers doivent être publics ?
16:09C'est-à-dire qu'en Grande-Bretagne, on en donnait l'exemple tout à l'heure,
16:12je pense qu'il y a quand même des sujets des données personnelles.
16:13Votre enfant, vous pouvez aller, voilà, est-ce que ce fichier doit être public ?
16:16Et ensuite, est-ce qu'il faut une castration chimique ?
16:19Ou est-ce qu'une fois que la perne est purgée, ils peuvent repartir dans la société ?
16:23Alors, sur le fichage, aujourd'hui c'est fait dans la PJJ,
16:27ce n'est pas encore assez systématique et simple et fluide dans le périscolaire,
16:31surtout quand il y a des gens qui déménagent,
16:32et c'était le cas de Jérôme Barilla, mais ça ne couvre pas tous les enfants.
16:38Par exemple, quand vous prenez une assistante maternelle,
16:40quand vous prenez un baby-shitter, en fait, on devrait systématiser,
16:43non pas mettre les fichiers en open source sur Wikipédia,
16:46ça n'existe pas de faire ça pour des tas de raisons,
16:48mais que ce système de certificat d'honorabilité soit élargi
16:51à toutes les personnes qui sont en contact avec des enfants,
16:54y compris dans le milieu sportif où les écologistes, Sabrina Sébailly,
16:57ont mené une commission d'enquête très courageuse sur les abus.
16:59Et en fait, c'est quoi aujourd'hui ?
17:00On s'inquiète pour son enfant quand il va au sport,
17:02quand il va à une soirée pyjama, quand il va au périscolaire,
17:04quand il est chez la santé maternelle, toute la journée, en fait.
17:07Donc, on a besoin de systématiser ces procédures.
17:08Pour ce qui est de la castration chimique, je n'utiliserai pas les questions.
17:12Moi, je suis simple dans la vie.
17:15Je veux qu'on me dise ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
17:19Sur la castration chimique, je ne vois pas aujourd'hui,
17:22dans ce qu'on me met sous les yeux,
17:24le fait que ce soit efficace, et en tout cas, que ce soit efficace seul.
17:27Et c'est ça, le problème avec la droite.
17:29C'est qu'il faut des mesures très démonstratives,
17:32très chocs, qui seront reprises,
17:33qui feront une dépêche à effet que tout le monde lira.
17:35Mais là, moi, je ne vous parle pas de la politique.
17:35Je vous demande juste, ça veut dire que, concrètement,
17:37quelqu'un, un homme qui a été condamné pour pédocriminalité,
17:40qui a purgé sa peine, repart dans la société.
17:42Avec vous, il repart dans la société.
17:43Je n'ai pas du tout dit ça.
17:45Ce que je vous dis, c'est que la castration chimique,
17:47qu'elle soit à la demande de la personne,
17:49ou obligatoire, sans traitement psychologique,
17:53sans accompagnement de cette nature,
17:54parce qu'il y a peut-être un lien hormonal,
17:57c'est ce que vise la castration chimique,
17:59mais il y a aussi un problème de santé mentale,
18:02quand même assez large dans le pays,
18:03sur des tas d'aspects, et qu'on ne sait pas prendre en charge.
18:05Et tant qu'on ne prendra pas mieux en charge la santé mentale,
18:08ce n'est pas une question d'être bisounours,
18:09de voir la prévention, je ne sais pas quoi.
18:11Ça ne marche pas.
18:12Tout le monde le sait, tout le monde le voit,
18:13tous les chiffres en attestent.
18:14Les taux de récidive à la sortie de prison,
18:16on est le pays qui met le plus en prison depuis 10 ans.
18:19Les autres pays autour de nous mettent de moins en moins en prison.
18:21Nous, on en fait de plus en plus.
18:22C'est un choix, c'est un parti pris.
18:24Est-ce qu'il y a moins de récidive ? Non.
18:25Donc moi, je veux, quand on prend des décisions politiques,
18:29qu'on les prenne sur des faits et sur des choses qui marchent.
18:31C'est pour ça que je vous prends un exemple qui marche en Belgique.
18:32Merci beaucoup Marine Tandoni d'avoir été avec nous ce soir en direct.
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