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Avec Philippe Bilger, magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole
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NewsTranscription
00:00La mort de l'Iyana provoque une onde de choc en France et dans le débat politique.
00:04Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a immédiatement ciblé les défaillances de l'institution judiciaire
00:09qui s'est attiré les foudres des magistrats.
00:12Pour rappel, Gérald Darmanin leur donne jusqu'au 14 juillet pour examiner les 70 000 plaintes concernant des enfants.
00:18On fait le point avec Philippe Bilger, magistrat honoraire et président de l'Institut de la Parole.
00:22Bonjour Philippe.
00:22Bonjour.
00:23Bonjour Philippe Bilger, merci d'être en direct avec nous sur ce studio.
00:26Vous êtes habitué de ce studio de la maison et là je vous réinvite, je vous ai déjà invité plusieurs
00:33fois
00:34parce que vous êtes quelqu'un qui parle les vrais sur les enjeux de la justice, notamment de la magistrature
00:39que vous avez été.
00:40Je vais peut-être vous demander de passer du parquet au barreau, peut-être pour défendre l'incitation notamment de
00:45la magistrature qui est montrée du doigt, qui est vilipendée.
00:48Il est vrai que l'affaire, la tragédie, il y en a, est gigantesque, qu'elle révèle le cumul des
00:56carences, des défaillances avec les impuissances de l'État pour arriver à cette aberration.
01:02Le garde des Sceaux a dit lui-même dans une interview à Darius Rochemin, oui, normalement cette petite fille devrait
01:07être en vie aujourd'hui.
01:09Pour autant, est-ce qu'il n'y a pas une précipitation, comme toujours, peut-être sur les médias, dans
01:14l'anathème sur la justice,
01:15est-ce qu'il y a peut-être des informations dont on aura besoin d'avoir confirmation avant d'être
01:19aussi sévère avec la magistrature ?
01:21D'abord, si vous me le permettez, Péricault, un mot, si Gérald Darmanin, ceux qui réclament sa démission, c'est
01:28une absurdité.
01:30Comme il l'a dit, il n'a rien fait qui puisse permettre de le considérer comme responsable des dégâts.
01:37Philippe Bilger, dans d'autres démocraties, le même situation, le ministre démissionne parce qu'il considère qu'il est responsable
01:42politique.
01:42C'est une histoire de dignité et de morale.
01:44On a suffisamment, notamment dans le domaine politique, de gens qui sont en réalité consolés de leur échec et promus
01:54grâce à leur échec,
01:56pour que je n'ajoute pas, en ce qui concerne Gérald Darmanin, cette pierre-là, parce que je considère qu
02:02'on a miraculeusement un bon garde des sceaux.
02:06Il a eu tort, à mon avis, de viser l'institution.
02:09Il aurait mieux fait d'attendre le résultat des inspections, si elle désigne des coupables, à tous les niveaux.
02:19Il demande qu'on contrôle 70 000 cas, 70 000 dossiers.
02:22Est-ce qu'il n'aurait pas pu le faire avant ?
02:24Bien sûr.
02:25Est-ce qu'il faut la mort de l'IANA pour qu'un garde des sceaux ?
02:27Et ça, mon cher Péricault, il aurait fallu le faire depuis longtemps, dans tous les domaines judiciaires.
02:33Bien sûr, bien sûr.
02:34Dans tous les domaines judiciaires.
02:36Est-ce qu'on a les moyens ? Est-ce qu'on a les moyens techniques de cette vérification ?
02:39Écoutez, franchement, lorsqu'on a des objectifs clairs, lorsqu'on a du volontarisme,
02:46lorsqu'on a des hommes ou des femmes d'autorité mobilisés au service du public,
02:52c'est un service public, on atteint tout ce qu'on veut.
02:57Malheureusement, je ne pourrais plus le démontrer de mon fait.
03:01Mais j'ai eu des exemples dans ma vie judiciaire, où je constatais qu'au lieu de se battre contre
03:09les recats,
03:10les retards et l'accumulation des procédures, en quelque sorte, on en prenait hâte.
03:16On les regardait.
03:19Personne ne partira en vacances.
03:20Je ne partirai pas en vacances.
03:22Aucun magistrat concerné ne partira en vacances à voir d'avoir rempli sa mission.
03:26C'est une formule qui vous semble étrange pour un ministre de la Justice ?
03:28Pas du tout.
03:29Je pense que l'un des moyens auxquels on n'a pas songé pour réduire les retards,
03:37ce serait en effet d'imaginer un système qui, durant les vacances,
03:42des modalités à déterminer, ferait qu'on continuerait à travailler.
03:47Parce qu'on ne peut pas laisser de tels retards s'accumuler
03:51en se disant simplement « mais ils existent et il nous faut des moyens ».
03:56Je ne voudrais pas que l'augmentation des moyens, il en faut, c'est une évidence,
04:02personne ne protestera si le budget augmente.
04:08Les moyens ne doivent pas devenir l'alibi de notre impuissance.
04:13Je vais vous poser une question très concrète, Philippe Bilger.
04:16Il s'agit de dénigrer ni de jeter un anathème sur personne,
04:18ce n'est pas une question morale.
04:20Est-ce que, oui ou non, je vous ai une question technique,
04:22vous êtes bien placé pour le savoir,
04:24est-ce que, oui ou non, Clémence Meyer, procureur de la République à Auch,
04:29aurait pu, au vu des dossiers qu'elle détenait,
04:32prendre son téléphone, son SMS, envoyer un message
04:35au commandant de la gendarmerie de Lectour,
04:38dont dépend la gendarmerie de Florence,
04:42pour signaler qu'il y avait un cas à traiter en particulier,
04:44où c'est un protocole qui n'existe pas, ça ?
04:47Où est-ce que c'est faisable ? Est-ce que vous, vous l'auriez fait ?
04:49Je ne sais pas si je l'aurais fait.
04:51Elle aurait pu le faire.
04:52Elle aurait pu le faire.
04:53Ce n'est pas interdit qu'elle le fasse.
04:55De la même manière que le parquet de Toulouse aurait pu constater,
04:58en regardant Cassiopée,
05:01qu'il fallait signaler,
05:02en plus de l'envoi du dossier par le courrier ordinaire,
05:06il fallait signaler ça à la procureur d'Osh.
05:10Vous aurez remarqué que je ne voudrais pas
05:13que pour rien au monde,
05:15elle ne devienne le bouc émissaire d'une multitude de...
05:19Oui, mais déjà, c'est pour ça que je le cite,
05:21parce que c'est elle qui était là.
05:23C'est la fonction que...
05:24Oui, mais n'empêche, Péricault,
05:26que la justice voudrait qu'on ne lui imputât pas
05:30tout ce qu'on savait bien avant la tragédie d'Illiana.
05:33Elle pourrait devenir un bouc émissaire, vous pensez ?
05:35Absolument.
05:36Et les politiques, j'allais dire, m'amusent amèrement
05:40lorsque je les vois faire semblant de découvrir
05:42ce qu'on leur dit depuis des années
05:45et sur quoi ils ferment les yeux.
05:47J'en ai... Franchement, j'allais presque m'abandonner
05:50à une grosse fierté, Péricault.
05:52On l'advigne, on l'advigne.
05:54La magistrature, si elle est coupable,
05:56doit être ciblée et sanctionnée.
05:58Clairement, attendons les inspections.
06:01Pas de responsabilité collective.
06:03Cette phrase, toute cette,
06:05comme celle du procureur général d'hier
06:07chez Léa Salamé.
06:09Mais les politiques, malheureusement,
06:12n'ont aucune leçon à donner.
06:14C'est curieux comme les magistrats se défendent mal.
06:16Ils accusent bien et se défendent mal.
06:18C'est, enfin, en général...
06:20Mais parce qu'en réalité, paradoxalement,
06:22je crois que les magistrats
06:26manquent parfois de courage
06:28pour leur métier et pour se défendre.
06:31Alors, je vous pose une question simple.
06:34Est-ce que, vu la masse de travail
06:37ou la routine,
06:38je parle à l'homme d'expérience, vous avez dit,
06:40est-ce qu'une information,
06:42un élément aussi grave
06:43que cette affaire de pédophilie
06:44peut vous passer sous les yeux
06:46et finalement, on ne fait pas la hiérarchie des valeurs,
06:49on le classe et elle sera traitée en son temps
06:52comme tenu d'un protocole ?
06:53Ou est-ce que tout être humain que vous êtes,
06:55en disant, attendez, là,
06:56je viens de lire 20 ou 5 dossiers,
06:58dans la journée, j'en ai eu 20 dossiers,
07:00ça, c'est pas possible,
07:01il faut que je le mette à part, je le signale.
07:03C'est un réflexe qui est possible
07:04où la masse de travail, la routine est telle
07:06que finalement, ça passe comme un dossier.
07:08Je suis tout inquiet
07:10lorsque j'entends dire
07:11qu'on est débordé,
07:12qu'on est surchargé.
07:14Ceci étant dit,
07:15si la procureur d'Ec,
07:17Doche, pardon, Perico,
07:19a négligé les éléments
07:21qui lui permettaient de constater
07:24que cette affaire était totalement prioritaire,
07:27évidemment, ça a pu rester
07:29sur le tas des procédures.
07:31Autre hypothèse,
07:33et là, on dédouane un peu la magistrature,
07:35vous ne serez peut-être pas habilité à répondre,
07:37est-ce que le dossier Barrella
07:39était bien sûr un bureau de gendarmerie
07:41soit à Lectours, soit à Florence,
07:43et que les gendarmes l'avaient là,
07:47attendaient qu'il soit traité
07:48dans la hiérarchie chronologique,
07:51et n'avaient pas pris conscience
07:52qu'il y avait dans leur dossier
07:53quelque chose de plus grave que d'autre.
07:54Mais c'est tout à fait possible.
07:55En réalité, les responsabilités,
07:58si on les cible,
08:00elles concernent bien sûr
08:02les pratiques judiciaires, peut-être,
08:04la gendarmerie de Lectours notamment,
08:08et puis bien sûr
08:09l'éducation nationale, peut-être.
08:12Mais donc, ça n'est pas uniquement
08:13la magistrature,
08:15mais le raisonnement que je tiens
08:16à l'égard de certaines pratiques judiciaires,
08:19il me semble totalement pertinent
08:21pour les autres instances
08:23et autres institutions.
08:25Alors, Philippe Bilger,
08:26on ne sort pas de cette émission
08:27sans apporter des solutions,
08:29c'est une de vos doctrines.
08:31Quand on critique,
08:31c'est qu'on a que je propose.
08:32Quelles sont les solutions que vous suggérez,
08:35vous, ancien magistrat,
08:36homme d'expérience,
08:37est-ce qu'un parquet national pédophile
08:39est quelque chose qui tient la route ?
08:40Je crois que non.
08:41C'est encore une fois
08:43une commodité,
08:44malgré la tragédie
08:46qu'elle concerne.
08:49Dominique de Villepin,
08:50à chaque fois qu'on est dépassé
08:52par un événement,
08:53qu'on est confronté
08:54à une tragédie,
08:56le réflexe,
08:57c'est de prétendre
08:58l'éradiquer
08:59par la création
09:00d'un parquet.
09:02Ça marche dans les autres cas,
09:03Philippe Bilger,
09:04les parquets nationaux,
09:05ceux...
09:05Parce qu'il y en a eu deux,
09:08véritablement,
09:09qui ont du sens.
09:10Mais sinon...
09:11Celui-là n'aurait pas de sens.
09:12Non, il n'aurait aucun sens.
09:14En réalité...
09:15Alors, en donnant du docteur Bilger.
09:17Non, mais je veux dire...
09:18Comment on soigne le mal.
09:19Vous avez bien idée, Philippe.
09:20Je ne souhaite pas, Péricault,
09:21qu'on noie
09:23les immenses retards
09:24des faillances de la justice
09:26au quotidien
09:28dans la création
09:29de parquets multipliés.
09:31Qu'est-ce que vous préconisez,
09:32monsieur le procureur ?
09:33Contrôle professionnel,
09:35mais absolu de toutes les...
09:37Si.
09:38Simplement,
09:39pourquoi ça ne marche pas ?
09:40Alors, dites-moi.
09:41Dites-moi pourquoi ça marche pas.
09:42Et dites-moi surtout
09:43comment ça peut marcher.
09:44Comment ?
09:45C'est-à-dire que ça marcherait
09:47si on appliquait
09:48le contrôle professionnel
09:50à l'ensemble
09:52des niveaux judiciaires.
09:53Avec sanctions ?
09:54Ah ben, si.
09:56Prenons l'exemple même
09:58de second personnage judiciaire
10:00dont je parlais tout à l'heure.
10:02On devrait immédiatement
10:04faire l'inventaire
10:06de ce que trouve
10:07un magistrat nommé
10:09lorsqu'il arrive en poste.
10:11et quand il part,
10:12on compare.
10:13Eh bien,
10:14on verra
10:15quels sont les magistrats
10:17qui ont accompli
10:18remarquablement
10:19leur travail ou non.
10:20Donc, vous instituez
10:21l'équivalent des bœufs-carottes,
10:22une IGS pour la police,
10:24une IGS pour la justice.
10:26Oui, mais mieux que l'IGF,
10:28j'intègre ça
10:30dans les pratiques judiciaires.
10:32Je n'attends pas
10:33les risques,
10:34les défis,
10:35les catastrophes.
10:36Je fais
10:37de la pratique judiciaire
10:40quelque chose
10:41qui doit
10:41devenir excellent
10:43et qui doit
10:46être contrôlé
10:47pour que
10:48la moindre faille
10:50ne se produise pas.
10:51appel très précis
10:52et courageux
10:52lancé par Philippe Bilger
10:54depuis les ondes
10:54de Sud Radio.
10:56Puissent les autorités
10:57vous entendre
10:58et peut-être que
10:58cette suggestion,
10:59elle est peut-être déjà
11:00partagée par d'autres.
11:01Il n'est pas nécessaire
11:02d'espérer pour entreprendre.
11:04Ni de réussir
11:04pour persévérer,
11:05disait Guillaume Dorange.
11:06Merci Philippe Bilger
11:07à m'arrêter avec nous
11:08en direct sur Sud Radio.
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