00:00Quand j'étais vice-procureur à Epinal, pour que les citoyens qui sont là ce soir comprennent,
00:06par rapport au parquet d'Oche, c'est un petit peu plus grand, c'est un petit parquet de province.
00:10On était six, en vérité on n'était que cinq, puisqu'il y avait un poste vacant.
00:16Et voyez ce que vous montrez là, les parquetiers avaient la même chose,
00:22il fallait tomber la pile sur une semaine.
00:27On ne va pas breuver les citoyens qui sont là de chiffres.
00:30Moi ce soir, si je suis là, ce n'est pas un exercice facile pour un magistrat.
00:34Vous parlez de justice depuis très longtemps, je ne sais pas, depuis 21h vous avez commencé sans magistrat.
00:40Donc voilà, j'interviens, il doit être bientôt 23h.
00:44Ce que je veux dire, c'est qu'il faut que les citoyens comprennent qu'il va y avoir une
00:48rupture
00:49au sein de la justice entre le ministère et le terrain.
00:53Et il y a une vraie coupure, parce que je pense qu'il y a une vraie déconnexion.
00:58Alors je suis d'accord dans ce qu'a dit M. Darmanin aujourd'hui sur l'exigence de vérité,
01:02mais pour que tout le monde soit d'accord, et je vais profiter que le porte-parole du ministère soit
01:07là ce soir,
01:08l'exigence de vérité, il va falloir qu'ils disent aux Français qui sont là,
01:13pourquoi depuis 15 ans, et ce n'est pas la faute de M. Darmanin himself, c'est les autres avant,
01:18pourquoi la chancellerie cache aux citoyens français et aux magistrats
01:25un rapport qui a été fait sur l'évaluation de la charge de travail des magistrats.
01:30Ça fait 15 ans qu'on l'attend, il y a eu un groupe de travail qui a été mis
01:33en place.
01:34Ce groupe de travail, juste après le Covid, a sorti des conclusions intermédiaires.
01:39Les syndicats qui ont participé, je ne suis pas syndiqué moi, mais les syndicats qui ont participé
01:43nous ont fait la retransmission de ce qui a été dit.
01:46Dans ce qui a été dit, il est mis en avant que, alors l'évaluation de la charge de travail
01:52des magistrats,
01:52pour que vous compreniez bien, c'est qu'est-ce qu'on a à faire et combien on est pour
01:56le faire
01:56et qu'est-ce qu'un magistrat doit faire dans sa fonction, quand il est juge d'instruction,
02:01quand il est parquetier, voilà.
02:03Tout ça, ça a été fait et depuis 2021, on attend chaque année que la chancellerie sorte ce référentiel.
02:10Il ne sort pas le pourquoi.
02:12Et alors attendez, et je finis parce que comme ça, M. le porte-parole pourra répondre
02:15parce que c'est vraiment une question et c'est, comment dire, le débat s'arrêtera en France
02:20si on a ces chiffres-là.
02:21Ces chiffres objectivent le fait que dans certaines fonctions, il faut deux fois plus de magistrats,
02:26dans d'autres fonctions, trois fois plus.
02:28Vous vous rendez compte ? Et on ne sort pas.
02:29Et là, dernièrement, on a dissous le groupe de travail et on a nommé une entreprise en la personne de
02:35Capgemini
02:36qui ne connaît rien à la justice et qui va vouloir venir donner son avis
02:40et nous dire combien on doit avoir de dossiers par magistrat.
02:44C'est important parce que…
02:45Il faut que le porte-parole du ministre de la Justice vous réponde, Sacha Stompkane.
02:48Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
02:49On cache la quantité de travail sous laquelle croulent les magistrats en France ?
02:53Bonsoir à tous.
02:54Peut-être préciser que je suis moi-même magistrat,
02:57c'est-à-dire que je suis porte-parole de la chancellerie depuis maintenant quelques mois,
03:01mais moi aussi, je sais ce que c'est un dossier et la réalité de terrain.
03:05Pour répondre sur cette question précise de l'évaluation de la charge de travail,
03:08c'est très technique, je rassure tout le monde,
03:10il n'y a pas de cabinet de conseil qui est payé par le contribuable.
03:13Ça, pour le coup, c'est objectivement faux.
03:16Effectivement, il y a un cabinet qui est associé.
03:18Écoutez, c'est objectivement faux.
03:21Je ne peux pas vous dire autre chose, là, pour le coup.
03:22Je ne peux pas vous dire autre chose.
03:23C'est une autre chose qui commence.
03:25Selon l'union syndicale des magistrats, c'est financé par la Commission européenne
03:27et mis en œuvre par un prestataire extérieur qui est effectivement Capgemini.
03:32C'est la Commission européenne qui paye, si vous voulez.
03:34Non, mais moi, je veux bien.
03:36Mais là, on fait croire.
03:37Je n'ai pas parlé de financement.
03:38J'ai parlé de personnes qui donnent son avis pour l'édiction.
03:41Moi, je veux bien.
03:41Mais si vous voulez, soit on dit les choses.
03:44Ce que vous dites, c'est que la Commission européenne finance Capgemini.
03:47Là, vous nous dites, c'est le ministère de la Justice.
03:50Excusez-moi, la Commission européenne...
03:51Pas dit ça, monsieur le porte-parole.
03:52J'ai dit que Capgemini était associé à ce travail
03:55et qu'il n'avait aucune expérience en matière juridique.
03:57Mais en l'occurrence, est-ce que vous, vous avez des statistiques
04:00pour corroborer le fait que les magistrats croulent sous le boulot ?
04:03Je sais bien que...
04:04On va peut-être reprendre les choses à la base.
04:06Je sais bien que ce soir, le ministre a pu s'exprimer.
04:09Je suis là depuis 21 heures, je vous entends.
04:11Et je sais que, et je vous le dis en toute franchise,
04:15ça me fait beaucoup de mal parce que ce soir,
04:17c'est un réquisitoire contre la justice, clairement.
04:20Et ce que je me dis, de façon générale,
04:22ce que je me dis...
04:23Non, non, mais laissez-moi parler.
04:26Ce que je me dis, c'est qu'en fait,
04:28c'est un échec pour l'institution que je représente
04:30parce qu'on vous a tous collectivement perdus, en fait.
04:33Honnêtement, vous n'avez plus confiance en nous.
04:35Et objectivement, en tant que magistrat...
04:37Oui, mais je l'entends.
04:37Je vous ai tous entendus.
04:39Là, ça fait quelques...
04:41On va dire une vingtaine de minutes que je suis sur le plateau,
04:43mais ça fait une heure et demie, deux heures que je vous écoute.
04:45Et objectivement, je me rends compte
04:47qu'on vous a tous collectivement perdus.
04:49Et donc, laissez-moi quand même vous dire
04:51qu'en tant que magistrat et en tant que représentant d'une institution,
04:54ça me fait mal.
04:55Parce que je vais vous dire une chose,
04:56c'est qu'objectivement, je n'ai pas été touché par la grâce
04:59et mon collègue non plus à la naissance.
05:01La seule légitimité qu'on a à rendre la justice au nom du peuple français,
05:04en votre nom à tous,
05:05c'est parce que vous nous déléguez ce pouvoir.
05:07Et le jour où vous décidez de nous retirer ce pouvoir,
05:10en vérité, on ne l'a plus.
05:11Et donc, à partir du moment où vous n'avez plus confiance en nous,
05:14en vérité, on n'a plus aucune légitimité à l'exercer.
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