- il y a 2 jours
SGH Medical Pharma est un concepteur-fabricant de matériel médical en plastique. Son défi pour réduire son impact environnemental est de réussir à faire de l’écoconception un réflexe. Ce qui passe par l’élimination des plastiques inutiles, l’allongement de la durée de vie de ses produits et l’amélioration de la recyclabilité. Virginie Delay, la directrice RSE de l’entreprise et présidente du groupe RSE du syndicat Snitem, explique qu’il s’agit d’un enjeu stratégique.
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00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:08économie.
00:08Et je reçois aujourd'hui Virginie Delay, bonjour.
00:11Bienvenue, vous êtes la directrice RSE de SGH Medical Pharma et vous êtes également présidente du groupe RSE du Syndicat
00:18National de l'Industrie des Technologies Médicales.
00:20Alors je commence vraiment par la question de base, c'est quoi SGH Medical Pharma ?
00:24Alors SGH Medical Pharma, c'est un fabricant de dispositifs médicaux, c'est-à-dire des produits qui accompagnent directement
00:33le soin.
00:34Et nous, nous fabriquons de simples consommables jusqu'aux administrations de médicaments pour l'industrie pharmaceutique.
00:42On fabrique des produits de catalogue, par exemple des pipettes doseuses essentiellement pour le pédiatrique, comme vous pouvez imaginer,
00:48jusqu'à des produits beaucoup plus complexes, sur mesure, demandés directement par les laboratoires pharmaceutiques.
00:53Quand on parle de dispositifs médicaux, finalement c'est une gamme qu'on n'imagine pas, qui est très très
01:00vaste.
01:00Oui, oui. Le dispositif médical, déjà, qu'est-ce que c'est ?
01:04C'est un dispositif qui est utilisé pour un patient pour diagnostiquer, soigner ou prévenir une maladie.
01:11D'accord ? Alors ça va du plus simple au plus complexe.
01:14Par exemple, on a les pansements, on a les prothèses, les dispositifs d'injection, les implants pacemaker.
01:21Mais ça va jusqu'à l'IRM, au scanner.
01:25Vous fabriquez tout ça ?
01:26Alors nous, non, on ne fabrique pas tout ça.
01:28Mais c'est ce qu'on trouve dans les dispositifs médicaux.
01:31C'est vraiment une famille extrêmement vaste, avec un enjeu principal, évidemment, c'est donner accès aux patients,
01:38aux meilleurs dispositifs médicaux, de manière fiable et durable.
01:43Et à ce titre, c'est une industrie qui est un petit peu particulière, en fait.
01:46C'est pas... On ne fabrique pas du consommable alimentaire, pas du tout de jugement de valeur.
01:51Oui, oui, oui. Mais voilà, il y a quand même un enjeu, qui est évidemment un enjeu de santé publique
01:55majeur.
01:56Avec donc, vous êtes directrice RSE, la prise de conscience de ces enjeux, elle date de quand ?
02:03Est-ce qu'elle est récente ou pas ?
02:05Alors, pour SGH Medical Pharma, ça ne date pas d'hier.
02:09Ça fait plus de 20 ans, en fait, qu'on traite ce sujet-là.
02:13C'est pas de mon fait du tout, mais j'ai pris la succession, on va dire.
02:18Mais en gros, en 2006, on a déjà commencé à passer des normes environnementales.
02:22L'ISO 14001, le management de l'environnement.
02:25Très tôt, on a fait aussi un bilan carbone, d'accord, pour voir un peu ce que c'était.
02:29Alors, c'était le tout début avec l'ADEME.
02:31Bon, ils testaient un peu leur modèle, donc c'était très intéressant.
02:35Et puis, au sein de SGH, on a mis en place de fortes actions pour réduire notamment les impacts environnementaux,
02:46surtout process.
02:48Donc, par exemple, on substitue des presses à injection.
02:52Nous, notre métier, c'est de transformer le plastique.
02:54Donc, on substitue des presses à injection hydraulique par des presses hybrides ou électriques
03:01qui font diminuer jusqu'à 40% les consommations à la fois d'énergie, de matières premières, de rebuts, donc
03:07de déchets, etc.
03:08Donc, vous avez démarré, j'imagine, par une sorte de bilan, d'audit, pour savoir sur quoi on pollue le
03:15plus,
03:15où on a des émissions de gaz à effet de serre les plus importantes.
03:19Les premiers leviers sont souvent les plus simples à activer.
03:22Comment ça s'est passé ?
03:23Donc, au tout début, ça a été l'environnement.
03:24C'est le plus facile, on ne va pas se mentir.
03:26En 2020, on a créé un poste, mon poste.
03:28Donc, c'était une volonté forte de la direction, le poste de responsable RSE.
03:34Pourquoi ?
03:34Parce qu'en fait, on voulait avoir une démarche structurée.
03:38Beaucoup d'entreprises font de la RSE sans le savoir, d'accord ?
03:40Ça ne s'appelait juste pas comme ça avant.
03:42Maintenant, ça s'appelle comme ça.
03:44Et simplement, le but, c'est de la structurer.
03:46Effectivement, vous l'avez dit, il faut bien savoir de quoi on part, d'accord ?
03:49Pour pouvoir mettre des actions en place, faisons un bilan.
03:52Donc, la première des choses, c'est le bilan carbone.
03:54C'est basique, mais voilà.
03:55Donc là, on a nos émissions, on sait où sont nos problématiques.
03:58Pour les industriels tels que nous, je ne vais pas vous mentir en vous disant que c'est le scope
04:033, d'accord ?
04:04C'est celui de nos achats, essentiellement nos achats et en ce qui nous concerne, nos achats de matières premières,
04:10le plastique toujours, qui sont les plus importants.
04:14Et une fois qu'on a fait notre bilan, ça nous permet de définir notre trajectoire.
04:20Donc, on s'équipe d'outils pour mesurer le plus finement possible.
04:24Et puis après, on définit une trajectoire avec des actions et puis évidemment des budgets.
04:30Ça passe par des labels.
04:32Vous nous avez parlé de la certification ISO 14001.
04:36Il y a le label Lucy 26000 aussi.
04:39Pourquoi c'est important ?
04:40Pourquoi ça aide à structurer et peut-être aussi à progresser un label ?
04:43Oui.
04:44Alors, un label, quand on part de la page blanche, je dirais, c'est important parce que justement, ça permet
04:49de structurer, de rentrer dans des cases.
04:52Donc, on sait ce qu'on doit faire en clair.
04:54Le label Lucy, nous, nous a beaucoup aidés parce que ça m'a permis, moi, de voir, ok, là, on
04:59n'y est pas.
05:00Sur le côté social, on a des choses, mais elles ne sont pas structurées ou on n'a pas de
05:04procédure rédigée.
05:06Donc, ça nous a permis vraiment de cadrer les choses.
05:08Donc, on l'a fait pendant un cycle.
05:10Un cycle, c'est combien de temps ?
05:11Trois ans.
05:12Trois ans.
05:12Voilà.
05:13Donc, c'était très bien parce que ça nous a vraiment mis le pied dedans, je dirais.
05:18Et ça nous a permis de structurer la démarche.
05:20Après, les labels, le problème, souvent, c'est qu'ils sont pour une typologie d'entreprise.
05:28Nous, on est une entreprise qui a beaucoup grossi rapidement.
05:31Et c'est vrai qu'après, on se sentait...
05:33L'avantage d'être dans des casiers, c'est aussi son inconvénient, c'est qu'il faut rentrer dedans.
05:38Donc, on a eu envie de voler de nos propres ailes et puis de dire, ok, voilà notre démarche maintenant.
05:44Et puis, on a vraiment notre...
05:45On déroule, en fait, une feuille de route RSE qu'on a validée.
05:50Voilà.
05:50Alors, je l'ai dit en point de temps, vous présidez aussi le groupe RSE du SNITEM, le syndicat du
05:54secteur.
05:55Est-ce que toutes les entreprises sont aussi mûres que la vôtre ?
05:59Comment le secteur est en train d'évoluer en matière de, notamment, d'action environnementale, par exemple ?
06:05Alors, ce groupe a été créé il y a 4 ans.
06:08Et il y a 4 ans, le secteur était un tout petit peu en retard, si on compare, par exemple,
06:14aux médicaments.
06:15Mais depuis lors, on a vraiment énormément progressé.
06:19Et beaucoup d'entreprises sont investies, puisque le groupe, aujourd'hui, il y a à peu près 200 entreprises qui
06:27adhèrent à notre groupe.
06:28C'est le deuxième groupe le plus important au sein du SNITEM.
06:31Il y a un peu plus de 600 entreprises adhérentes.
06:35Et certaines entreprises sont, évidemment, très en amont.
06:38Et puis d'autres, un petit peu plus en retard.
06:40Mais justement, elles viennent au sein du SNITEM pour s'outiller, avoir des conseils, discuter avec les personnes.
06:46Oui, voir ce qui fonctionne et dupliquer les bonnes pratiques.
06:49Tout à fait.
06:50Ça ne sert à rien de réinventer la roue à chaque fois.
06:52Quand on voit qu'une action fonctionne, essayons de l'appliquer.
06:55D'ailleurs, c'est ce que vous disiez lors d'un colloque du SITEM.
06:58C'était en avril dernier.
07:00L'éco-conception, c'est du bon sens avant tout.
07:03Alors, je lis cette citation, je me dis, OK, assez d'accord avec vous, mais avec de la R&D
07:09et de l'innovation au service du bon sens, quand même, j'imagine.
07:12Oui, oui.
07:14Alors, l'éco-conception peut être vue comme une contrainte.
07:16D'accord ?
07:17Bon, voilà, c'est quelque chose qui est un peu complexe.
07:19On se dit, oulala, il va falloir réfléchir à tout.
07:21Mais en fin de compte, qu'est-ce que c'est l'éco-conception ?
07:24En ce qui nous concerne, c'est d'abord optimiser la matière.
07:27Mettre le moins de matière possible.
07:29D'accord ?
07:30Pourquoi ?
07:30Plus le dispositif est petit, moins on utilisera de matière, moins il y aura de rebuts, de déchets, etc.
07:36C'est donc éviter le gaspillage.
07:39Et puis, c'est penser dès le début à la fin de vie du dispositif.
07:44Est-ce qu'on va pouvoir le recycler ?
07:45Est-ce qu'on va pouvoir réutiliser une partie des matériaux, etc. ?
07:50Tout à fait.
07:50Dans notre, si je reviens à SGH, pour nous, penser éco-conception, ce n'est pas forcément sortir du plastique.
07:59Je suppose qu'on parlera plus tard du plastique.
08:00On parlera du plastique, évidemment.
08:01Mais c'est mieux le choisir.
08:04D'accord ?
08:04C'est-à-dire, réduire la matière, ça on l'a vu pour les plastiques de base.
08:08Et puis, substituer ceux qui sont problématiques, problèmes de recyclabilité, problèmes de filières pas existantes.
08:18Et utiliser des matériaux de haute performance, par exemple, pour augmenter la durabilité ou la durée de vie des matériaux.
08:27Donc, c'est ça, en fait, l'éco-conception.
08:29Et c'est aussi, il ne faut pas l'oublier, l'éco-conception, ce n'est pas que d'un
08:32point de vue environnemental.
08:34C'est aussi le côté social.
08:36C'est-à-dire, je réfléchis aussi à mes fournisseurs.
08:40Mes fournisseurs de matières premières, si tant est qu'on puisse avoir un poids sur eux,
08:45on privilégie ceux qui sont le plus proches possible.
08:48On crée de vrais partenariats avec nos fournisseurs.
08:51On leur assure du travail et eux, en échange, nous assurent nos dispositifs.
08:56Mais vous dépendez aussi, alors effectivement, de vos fournisseurs de matières premières
09:00ou peut-être de matières premières déjà en partie transformées.
09:03Donc, il faut les convaincre, parfois, d'intégrer l'éco-conception.
09:07Parce que si vous récupérez un dispositif qui n'est pas terminé, mais qui est ultra complexe
09:13et qui est impossible à recycler, vous avez perdu.
09:15Oui.
09:15Alors, nous, on n'a pas ce point-là, puisque nous, on achète la matière première sous forme de granulés
09:20plastiques.
09:21C'est nous qui transformons.
09:22Et ça peut faire gagner jusqu'à combien en pourcentage sur le bilan carbone d'un dispositif médical ?
09:30Ah ben, ça peut être vraiment très important.
09:32On a fait l'exercice pour un de nos clients qui est venu nous voir avec cet angle éco-conception.
09:39On sait que vous faites ça.
09:40Aidez-nous.
09:42Son dispositif était à usage unique, il n'était pas recyclable, il avait une durée de vie limitée,
09:49il utilisait une technologie bimatière, donc très difficilement recyclable, de la tempographie.
09:56On l'a complètement transformée et on a gagné jusqu'à 75% en émissions carbone.
10:03Donc, c'est énorme.
10:05Mais pourquoi ça ? Parce qu'on a recréé complètement le dispositif médical.
10:09Et est-ce que ça rend forcément le dispositif médical moins cher à produire ?
10:13J'aurais tendance à dire oui, parce qu'on va utiliser moins de matière, mais c'est peut-être plus
10:16compliqué que ça,
10:17parce que parfois, il faut remplacer du plastique qui ne coûte pas cher par du plastique qui coûte un peu
10:20plus cher, c'est ça ?
10:21Donc, la réponse, c'est une réponse de Normand, c'est oui et non.
10:24D'accord, oui.
10:25D'un point de vue...
10:26Alors, tout va dépendre comment on fait.
10:28Effectivement, si on dit qu'on substitue un matériau très bon marché, comme le polyéthylène, par un matériau beaucoup plus
10:36cher, recyclé, biosourcé, etc.,
10:40où on a une augmentation, on va dire, entre 20 et 40% du prix d'achat, donc ce n
10:44'est pas rien.
10:45Mais si on diminue la quantité dont on a besoin, ça s'équilibre à la fin.
10:51Voilà. Et donc, le but, c'est ça, c'est d'essayer d'être à minima isoprix, et quand on
10:58peut moins cher, bien entendu,
10:59mais très honnêtement, c'est un challenge, puisqu'il ne faut pas oublier, le dispositif médical, on est dans un
11:05cadre extrêmement réglementé.
11:07Est-ce que c'est un investissement stratégique, l'éco-conception ?
11:11C'est-à-dire, est-ce que vous dites que de toute façon, ceux qui ne le font pas verront
11:16des marchés leur échapper à terme ?
11:18Oui, oui, tout à fait, c'est un enjeu d'économie aussi, et de concurrence.
11:24Donc, c'est tout à fait, l'intégrer dès le départ, surtout dans le dispositif médical, c'est primordial.
11:33On ne peut pas, dans le dispositif médical, facilement changer une matière par une autre,
11:38ou dire, tiens, on va juste passer du plastique au carton.
11:43Ça, ça ne marche pas forcément.
11:45Pourquoi ? Parce qu'en fait, on est dépendant du réglementaire et du dossier technique qui est complexe.
11:50C'est pour ça que l'important, c'est de le penser au départ.
11:54Et tant qu'on est au départ, on est compétitif, il n'y a rien à faire.
11:58Alors évidemment, on va parler de plastique.
12:01Plastique qui est produit à base de pétrole, produit de l'industrie pétrochimique.
12:08Vous ne pouvez pas vous en passer ?
12:10Est-ce que, vous vous êtes dit, dans cette logique d'éco-conception,
12:14est-ce qu'il y a certains de nos dispositifs sur lesquels on pourra dire,
12:18ah tiens, on évite complètement le plastique, ou est-ce que c'est tout simplement impossible ?
12:23Alors, comme tout, en fait, il ne faut pas raisonner tout ou rien.
12:27Il y a des usages dans le plastique qui ne sont absolument pas nécessaires.
12:31Mais il faut garder à l'esprit pourquoi on a autant de plastique.
12:35Si vous regardez dans votre studio, il y en a partout.
12:38Pourquoi on utilise le plastique et en particulier en santé ?
12:44Pour ses raisons primaires, en fait.
12:46Sa plasticité, les modulaires, on peut le tordre dans tous les sens.
12:50Souvent, on a besoin de transparence.
12:51Dans une pipette doseuse, si vous ne voyez pas la graduation, ça va être problématique.
12:56On a besoin de stérilisation aussi.
12:59Il n'y a pas beaucoup de matériaux qui permettent ça.
13:02On a besoin également que ça soit recyclable facilement, transformable le renforcement.
13:08Et puis surtout, c'est l'hygiène.
13:09Donc, en fait, c'est toujours un pendant entre la santé, qui est au cœur du sujet.
13:16Oui, c'est ce que vous produisez.
13:18Et puis, les impacts environnementaux.
13:20Donc, le but, c'est toujours d'être le maximum protecteur pour le patient, tout en réduisant au minimum l
13:29'impact.
13:30Donc, nous, on challenge, en fait, nos clients.
13:32Nos clients, ce sont les laboratoires pharmaceutiques, puisque nos dispositifs vont en complément du médicament.
13:38On les challenge.
13:39Quand ils nous disent, nous, votre pipette, on veut qu'elle ait un emballage, un sur-emballage, on leur dit,
13:45pourquoi ?
13:46Est-ce que vraiment c'est utile ?
13:47Parce qu'il va être utilisé une fois, jeté, et après, la pipette, elle va être utilisée au quotidien.
13:53Elle ne va pas être remise dans un paquet stérile, etc.
13:55Donc, on essaye de les challenger sur ces sujets-là.
13:59C'est difficile.
14:01On est très marqués, surtout en France.
14:03Oui. Alors, est-ce que c'est une question d'état d'esprit, un peu d'habitude, une question culturelle,
14:08ou est-ce que c'est quand même beaucoup lié aux exigences de sécurité sanitaire,
14:13tout simplement même d'autorisation de mise sur le marché ?
14:16Il fait que vous êtes bien gentil, vous arrivez avec un dispositif où il y a beaucoup moins de plastique,
14:19mais ça ne passe pas le cut, quoi.
14:21Oui. Alors, il y a les deux.
14:23Il y a des habitudes, surtout des services qualité qui ne veulent pas prendre de risques,
14:28parce qu'il y a eu des scandales sanitaires, et voilà.
14:31Et c'est d'ailleurs pour ça que la réglementation s'est durcie.
14:34Là, le dispositif médical répond à un nom un petit peu barbare, le MDR 2017-745,
14:41qui est un règlement européen, qui est supervisé en France par la NSM,
14:45qui en gros, si je caricature, en gros, il y a trois grosses exigences.
14:49C'est avoir le marquage CE, qui est le KIDAM, l'autorisation de mise sur le marché,
14:54par la rédaction, la production d'un dossier technique hyper documenté,
14:58dans lequel, entre autres, on va démontrer la sécurité d'usage et la performance
15:05par différents tests, y compris des tests cliniques.
15:09Et puis ensuite, on a cette fameuse post-surveillance, post-commercialisation, pardon,
15:15qui est un suivi.
15:16Une fois que le dispositif est sur le marché, est-ce qu'il y a des effets secondaires ?
15:20Est-ce qu'on est capable de le rappeler tout de suite en cas de problème, etc. ?
15:23Donc, on est quand même très encadré, d'accord ?
15:25Et de ce fait, il y a des choses qu'on ne peut juste pas faire, d'accord ?
15:29Donc, voilà, c'est toujours très compliqué.
15:31C'est un équilibre entre les deux.
15:32Voilà, tout à fait.
15:33Il y a un principe dans cette émission, c'est que l'invité du Grand Entretien
15:36pose une question à celui ou celle qui lui succède.
15:39La semaine dernière, on avait Nicolas Ponçon,
15:41qui est l'un des fondateurs associés du groupe immobilier.
15:44Renman, on l'écoute.
15:46Bonjour Virginie.
15:47Alors, la question que j'ai envie de vous poser,
15:48c'est de savoir comment vous arrivez à faire coexister
15:53les contraintes économiques, les engagements que vous avez
15:57et la notion de souveraineté.
16:00Parce qu'effectivement, aller, j'imagine, faire des...
16:04et proposer des dispositifs médicaux.
16:07On a vu ce qu'il en était lors des dernières crises sanitaires.
16:10Il ne faut pas dépendre de tout le monde, pas dépendre de trop de monde.
16:13Et est-ce que vous arrivez à concilier ces trois enjeux ?
16:17Merci à Nicolas Ponçon.
16:18Cette notion de souveraineté et d'accessibilité des matières premières,
16:24comment vous le...
16:26Et puis, je peux le relier à l'actualité du détroit d'Hormuz
16:29qui est quasi fermé depuis trois mois.
16:33Quelles conséquences ça peut avoir pour vous ?
16:35Alors déjà, souveraineté sanitaire, il ne faut pas se mentir.
16:39On ne pourra pas en France aujourd'hui avoir 100%, être 100% en souveraineté.
16:44Pour la raison première, des matières premières déjà.
16:48Évidemment, en ce qui concerne le plastique, il n'y a pas de production en France,
16:52voire très peu en Europe.
16:54Donc c'est un vrai problème.
16:58Donc pour nous, il faut qu'on choisisse nos combats en fait.
17:00Le fait de dire un dispositif médical fabriqué 100% en France, non.
17:05En revanche, il faut qu'on sécurise nos sources, d'accord ?
17:13Et il faut que certaines activités soient soutenues par l'État
17:18par une vraie volonté de reconstruction de la filière.
17:20Si je reprends l'exemple du Covid, au moment du Covid, on s'est rendu compte
17:23oups, on ne s'est plus fabriqué de masques, de gants en France.
17:27Donc vite, vite, vite, de l'argent a été mis sur le terrain,
17:30des usines sont sorties de terre,
17:31elles ont commencé à produire, et puis là, il n'y a plus de commandes en fait.
17:37Donc elles ferment les unes après les autres.
17:41Donc ça serait pas mal quand même que les hôpitaux, par exemple,
17:45qui sont soumis au code de commande publique,
17:48lui-même sous l'influence de la directive européenne,
17:55qui imposent déjà quelques règles, non-discrimination,
18:00égalité de traitement dans les candidats, transparence, anticoncurrence, etc.
18:03Mais un hôpital français, aujourd'hui, ne peut pas choisir un distributeur
18:08ou un fabricant français uniquement parce qu'il est français.
18:12D'accord.
18:13C'est dommage ?
18:13Ben oui, la loi l'interdit.
18:14Et alors ce détroit d'Ormousse fermé, ou quasi fermé depuis trois mois,
18:18ça provoque quoi ? Une hausse déjà du prix des matières premières ?
18:22Alors oui, ça provoque une grosse hausse des matières premières.
18:26En ce qui concerne SGH, 40% au mois d'avril, 60% en mai.
18:31Voilà.
18:34Évidemment, ça engendre des pénuries.
18:38C'est un tout petit...
18:39Alors en ce qui nous concerne pour l'instant,
18:42on passe à travers parce que nous, on a l'obligation en fait
18:46de faire du stock de matières premières, juste voilà.
18:50Mais si ça dure plus longtemps, on sera comme les copains.
18:54Et on a déjà beaucoup de nos confrères,
18:57alors pas forcément en santé, mais en plasturgie en général,
19:00qui eux souffrent énormément, effectivement, de ces ruptures-là.
19:04Alors vous publiez avec le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales de SNITEM
19:08un baromètre.
19:09La dernière édition a été présentée le 2 avril dernier.
19:14C'est quoi déjà l'objectif de ce baromètre ?
19:16De faire quoi ? Une sorte de bilan des actions RSE dans le secteur ?
19:21C'est quoi votre objectif ?
19:22L'objectif, c'est d'aider les acheteurs des établissements de santé
19:26à intégrer une obligation qui leur est faite là, très prochainement, au mois d'août,
19:32d'intégrer une question RSE au sein de leur questionnaire.
19:36Ça devient un des critères d'achat et de sélection.
19:39Tout à fait.
19:40Et ce ne sont pas des spécialistes, les acheteurs.
19:43Donc ils ont besoin...
19:45La plupart étaient perdus ou ils posaient des questions multiples.
19:49Donc l'idée, c'était de se dire, ok, on veut poser...
19:54Enfin, on veut avoir un cadre qui permet aux acheteurs de choisir
19:58et donc de discriminer deux dispositifs médicaux sur des critères précis.
20:03et qui leur permettent donc de comparer...
20:05J'achète ce pansement à X ou ce pansement à B,
20:09sur la même typologie évidemment,
20:12en fonction aussi de ce que leur hôpital avait choisi comme priorité,
20:18eh bien de choisir de manière éclairée un dispositif.
20:21Mais alors le critère RSE, il va peser pour quoi ?
20:24Pour 4%, 4%, 5% ?
20:27Ça peut aller jusqu'à combien ?
20:29Alors ça, c'est à la discrétion des hôpitaux évidemment,
20:32mais jusqu'à maintenant, moi je remplissais beaucoup de questionnaires RSE
20:36et à la fin c'était 1%.
20:39Donc c'est en train d'augmenter, ça va autour de 5 à 10%
20:44et même certains acheteurs commencent à dire que ça va prendre beaucoup plus d'ampleur.
20:49Mais cet index, c'est vraiment...
20:51L'avantage de cet index, c'est qu'on l'a construit en intelligence collective,
20:55c'est mon grand dada,
20:59entre acheteurs, établissements de santé,
21:03mais aussi fabricants de dispositifs médicaux.
21:06Et ça nous a pris à peu près 18 mois pour se mettre d'accord
21:10parce qu'on ne parlait pas la même langue au départ.
21:12Oui, là ça vous permet d'avoir un référentiel commun en fait.
21:15Voilà.
21:15En ayant les contraintes de chacun,
21:19donc nous d'un côté fabricants,
21:21on voulait quelque chose qui ne vienne pas en plus
21:23du fameux dossier technique du MDR qui est déjà une usine à gaz.
21:28Donc on voulait avoir des informations qui soient disponibles rapidement,
21:32facilement et surtout qui aient un sens en fait
21:35et qui permettent de dire,
21:36ok, mon dispositif il est fabriqué avec, je ne sais pas,
21:41de l'or et du métal, de l'alu.
21:44Mon concurrent, lui, il le fabrique en plastique par exemple,
21:48ça donne à l'acheteur le poids réel de son dispositif
21:53et à lui de choisir ce qu'il veut.
21:55Et donc ça doit permettre, maintenant que vous parlez le même langage,
21:59de voir la part de ces critères RSE,
22:03mécaniquement augmentée, c'est le pari que vous faites ?
22:05Vous disiez, ça peut être 1%,
22:09l'idée c'est que ça monte à 5 ou 10% déjà ?
22:11Oui, il y a deux objectifs.
22:12Effectivement que la partie RSE augmente dans les appels d'offres,
22:16ça c'est évident.
22:17Et l'autre partie, c'est de faire progresser les fabricants également,
22:20en RSE.
22:21Parce que si au bout d'un moment,
22:23je perds l'appel d'offres face à mon concurrent
22:27et que mon acheteur est sympa et me dit
22:29« Écoute, là, tu vois, sur le côté social par exemple,
22:33ton concurrent direct, il est plus avancé »,
22:37je pense qu'aucun fabricant ne va pas être piqué
22:40et va se dire « Allez, il faut que j'y aille, quoi.
22:42On y va, on va travailler pour améliorer sa note
22:45et donc sa performance globale. »
22:48On est tous gagnants dans cette histoire.
22:50Oui, effectivement.
22:51Dans les leviers de transformation et d'action,
22:56il y en a plein d'autres.
22:57On a parlé évidemment de la matière première,
22:59il y a la question des transports, des sources d'énergie.
23:02Comment vous intégrez ça à la stratégie de votre entreprise ?
23:07Parce que les premiers choix sont souvent les plus simples.
23:09Et puis après, quand on va continuer de progresser,
23:11ça se complique.
23:13Nous, chez SGH, on a fait le plus simple jusqu'à maintenant.
23:16On a traité Scope 1 et 2,
23:18donc tout ce qui est énergie.
23:20Donc ça, c'est le plus facile.
23:21Le gros morceau pour nous, là, c'est les matières premières.
23:24Les matières premières et les emballages.
23:25Donc on est en train de voir comment on intègre cette politique-là,
23:31comment on va réduire nos émissions.
23:33Et une façon simple de le faire,
23:36c'est en faisant la fameuse matrice de double matérialité de la CSRD.
23:42et ça permet de mettre en avant quels sont réellement les impacts pour l'entreprise
23:48et donc, derrière, de mettre des actions en place.
23:52Et donc de construire sa feuille de décarbonation,
23:56notamment, nous, ça va passer par le SBTI.
23:58Oui, donc basé sur la science.
24:00Voilà, basé sur la science.
24:01C'est effectivement un critère qui est un critère, on va dire, ambitieux,
24:05ou en tout cas exigeant.
24:06Très ambitieux, oui.
24:07Très ambitieux, très exigeant.
24:10Et honnêtement, ça nous met vraiment une grosse pression.
24:13Mais alors qu'on n'est soumis à rien du tout,
24:15nous, on n'a aucune obligation.
24:16Oui, vous n'êtes pas une entreprise assez importante
24:20pour être tenue d'un rapport CSRD selon les nouvelles règles européennes.
24:26Néanmoins, on a pris la décision, la direction a pris la décision de le faire
24:30et ça, c'est vraiment important.
24:31Parce que, je reviens à ma question d'origine, c'est un enjeu stratégique.
24:34C'est-à-dire que vous vous dites, si on veut continuer de progresser,
24:38de grandir, de gagner des marchés, on a besoin d'afficher cette action.
24:43Oui, c'est un enjeu concurrentiel.
24:45La RSE est un enjeu concurrentiel stratégique.
24:48Si on met en place nous-mêmes des actions,
24:52on est alors en mesure d'accompagner nos clients.
24:56Et c'est exactement ce qu'on propose, en fait.
24:58On propose à nos clients,
25:00OK, plutôt que vous nous dites, disiez...
25:03Oui, attention, vous êtes en retard, faites ça,
25:08et dans l'urgence, vous prenez les devants, quoi.
25:09Voilà, c'est ça.
25:10Allons-y ensemble, travaillons ensemble, en fait.
25:13Parce que nos intérêts sont les leurs et vice-versa.
25:17Donc, si on travaille ensemble sur un sujet,
25:19sur leur dispositif,
25:21à réduire l'épaisseur, à réduire la taille,
25:23à diminuer le packaging,
25:25à être beaucoup plus efficace,
25:27on y gagne tous.
25:28Encore une fois, on y gagne tous.
25:29Donc, voilà.
25:31Merci beaucoup, Virginie Delay.
25:32À bientôt sur Bsmart4Change.
25:35On passe à notre rubrique start-up et innovation.
25:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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