00:00On est, Philippe, on est 21 ans après, quelle analyse faites-vous du résultat de ce vote et des conséquences
00:05?
00:07D'abord, je voudrais dire un mot sur la date qui était symbolique.
00:11Un jour, j'ai dit à Jacques Chirac, pourquoi vous avez choisi le 29 mai ?
00:14Il me dit, ben pourquoi pas ?
00:16Il me dit, mais le 29 mai, c'est le 29 mai 1453, la chute de Constantinople, la chute de
00:21Byzance, l'Éternel,
00:23la transformation de Sainte-Sophie en une mosquée, non ?
00:26C'est quelque chose de prémonitoire.
00:30Ensuite, sur le fond, ce que j'ai voulu expliquer avec d'autres,
00:36c'est que si on voulait sauver l'Europe du traité de Rome,
00:41il fallait prendre garde au chassé-croisé suivant.
00:45Nous allons passer, disais-je, d'une Europe de la préférence communautaire,
00:51ce qu'on appelait le marché commun, à une Europe du libre-échange mondialisé.
00:59Bien vu, non ?
01:00Deuxièmement, nous allons passer d'une Europe de la coopération inter-étatique
01:08à une Europe de l'intégration,
01:12avec la majorité qualifiée sur la plupart des grands sujets,
01:16y compris l'immigration.
01:20Et je suis très fier d'avoir mené cette campagne, un peu comme Don Quichotte à Lépente,
01:29parce qu'avec mes amis, Guillaume Pelletier, Christophe Baudouin, Georges Berthus,
01:37on a soulevé, on a levé deux lièvres, en fait.
01:41Le premier, c'est la directive Wolkenstein, le plombier polonais, c'est moi-même.
01:47En fait, c'était l'idée qu'un prestataire de service
01:51relevait des dispositions de son pays d'origine, et non pas du pays d'accueil.
01:55Donc, c'était la disparition des artisans français.
01:58Et deuxièmement, j'en parle devant Patrick Poivre d'Arvor,
02:03le grand journaliste français qui a organisé ce débat,
02:10la signature de la Turquie.
02:12Abdoulagul, qui signe en cachette le traité constitutionnel.
02:21Alors, quelle est la signification du nom à l'époque ?
02:26Elle est double.
02:28D'abord, elle est juridique.
02:32Il n'y aura pas d'État fédéral,
02:34puisqu'en fait, qui dit constitution dit État.
02:37C'était ça la nouveauté.
02:39C'était ça la novation.
02:42Une constitution pour un État, un État fédéral.
02:46C'était le passage à l'État fédéral.
02:50Donc, il n'y aura pas d'État fédéral.
02:52Et deuxième conséquence, ou plutôt deuxième observation,
03:00pendant toute la campagne,
03:03on a eu 95% des éditorialistes pour le oui,
03:1095% des médias pour le oui,
03:1695% des autorités morales, spirituelles, culturelles et autres pour le oui,
03:26le cercle de la raison s'était abattu sur nous,
03:30nous a désignés du doigt comme des brebis galeuses.
03:33Et la plupart des gens qui étaient pour le non
03:36partaient furtivement avant la fin de la campagne,
03:39parce qu'ils étaient désignés à la vindicte.
03:47Et donc, la conséquence,
03:49c'est qu'est né le mot souverainisme à ce moment-là.
03:53J'ai l'honneur de l'avoir porté le premier devant l'Académie des sciences morales et politiques.
03:58Le mot souverainisme, c'est-à-dire la définition du souverainisme,
04:01c'est-à-dire la défense de la souveraineté nationale face aux hégémonies et aux empires,
04:11et la défense de la souveraineté de l'État face aux féodalités.
04:16La définition du souverainisme.
04:20Je ne savais pas à l'époque que le souverainisme connaîtrait une telle fortune,
04:23puisqu'aujourd'hui, tout le monde se dit plus ou moins souverainiste.
04:27Et puis, il est apparu un autre mot, le mot populiste.
04:32C'est-à-dire que le cercle de la raison, à ce moment-là, nous a désignés en disant
04:35que c'est les populistes.
04:36En d'autres termes, s'est ouverte une fracture qui n'a cessé de s'agrandir
04:42entre les élites mondialisées,
04:45de plus en plus déconnectées et décrochées du peuple,
04:48et le peuple qui, lui, regarde cette Europe du traité de Rome,
04:53puisqu'ils ont remis ça.
04:55Est-ce que vous vous rendez compte ?
04:57Il faut que les téléspectateurs qui ne connaissent pas cette histoire
05:02m'écoutent avec la plus grande attention,
05:04téléspectateurs et auditeurs d'Europe 1.
05:07Donc, il y a le nom.
05:08Ils sont consternés, évidemment.
05:10Nous, on boit le champagne.
05:13Et on se dit, ça y est, rien ne sera plus comme avant.
05:17Et puis, en 2007, on nous dit, il y a un mini-traité.
05:23Et les deux chambres se réunissent à Versailles.
05:26J'y étais.
05:27C'était horrible.
05:29Et vote le fameux mini-traité,
05:31qui était en fait la Constitution refourguée,
05:35avec la supériorité du droit européen sur le droit national,
05:40et toutes les compétences qui arrivaient,
05:42dont la compétence immigration,
05:44plus la charte des droits fondamentaux,
05:47qui impose la discrimination positive,
05:49et qui empêche toute critique de la politique migratoire, etc.
05:55Donc, un coup d'État légal.
05:58Et c'est, à mon avis, de ce moment que date
06:03la grande incompréhension, le fossé,
06:06qui n'a cessé de s'élargir.
Commentaires