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La Philharmonie de Paris, c’est un paradoxe fascinant : une institution qui accueille les plus grands orchestres du monde, tout en co-créant avec la fondation Louis Roederer un festival de musiques expérimentales. Comment trouver l’équilibre entre l’excellence classique et l’audace de la création contemporaine ? Comment toucher le grand public sans renoncer à prendre des risques ? Ce sont les questions centrales de notre grande interview d’Experiences, avec deux invités qui incarnent ce défi : Edouard Fouré Caul-Futy, directeur artistique de la Philharmonie de Paris, et Audrey Bazin, directrice de la fondation Louis Roederer.
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00:04La Philharmonie, c'est un paradoxe fascinant.
00:07Une institution qui accueille les plus grands orchestres du monde,
00:10mais aussi qui co-crée avec la Fondation Roderère, un festival de musique expérimentale.
00:15Comment trouver l'équilibre entre l'excellence classique et l'audace de la création contemporaine ?
00:20Comment toucher un grand public sans renoncer à prendre des risques ?
00:23C'est la question centrale de notre grande interview d'expérience,
00:26aujourd'hui avec deux invités qui incarnent ce défi.
00:30Edouard Fauret-Colfutti, bonjour.
00:31Bonjour.
00:32Vous êtes co-directeur du département Concerts et Spectacles de la Philharmonie de Paris.
00:36Et Audrey Bazin, bonjour.
00:37Bonjour.
00:38Vous êtes directrice de la Fondation Roderère.
00:41Tout d'abord, je me tourne vers vous, Edouard.
00:43La Philharmonie, comme on la connaît aujourd'hui dans le nord de Paris,
00:47c'est un lieu qui a été inauguré en 2015.
00:50Mais entre concerts, expositions, c'est vraiment un lieu de vie.
00:53Comment est-ce que vous définiriez la Philharmonie entre tous ces événements qui ont lieu presque tous les jours ?
00:59C'est la plus grande plateforme autour de l'objet musique au monde, sans aucune arrogance.
01:05C'est-à-dire que vous avez quasiment deux millions de personnes qui passent à la Philharmonie, qui passent, qui
01:10y restent.
01:11C'est des concerts, évidemment.
01:12450, 500 concerts par an.
01:15C'est des ateliers pour les enfants, un énorme service d'éducation.
01:19C'est des expositions, trois par an, plus le musée de la musique, collection permanente,
01:24qui était un cabinet de curiosité absolument hallucinant.
01:28C'est une école, c'est un orchestre, l'Orchestre de Paris, avec maintenant l'ensemble intercontemporain.
01:34C'est des orchestres résidents, l'Orchestre des Chambres de Paris, l'ONDIF, l'Orchestre National d'Île-de-France,
01:39les Arts Florissants.
01:41Donc c'est en fait une gigantesque plateforme dédiée à la musique et qui est visitée de plus en plus.
01:50Vous avez parlé de 450, 500 concerts.
01:53La programmation a été annoncée pour 2026, 2027.
01:57Comment ça se prépare, une programmation comme ça ?
02:00C'est combien de temps de travail ?
02:03Comment est-ce qu'on peut visualiser cette préparation ?
02:06C'est sûr qu'il y a un mode de cuisine un peu en anticipation.
02:09C'est deux ans à l'avance, deux, trois ans à l'avance.
02:11Donc là, je travaille déjà sur 27, 28 et 28, 29.
02:15Alors, c'est un rythme qui est un peu imposé, pour être tout à fait honnête,
02:18par la musique dite classique, parce que les orchestres ont besoin de beaucoup anticiper.
02:24Donc on s'est un peu calqué sur la rythmique des tournées internationales.
02:30Et ça nous donne le tempo.
02:31Évidemment, quand on parle des musiques amplifiées, jazz, musique actuelle,
02:35c'est plus tardif, c'est généralement un an.
02:37Donc en fait, tout l'intérêt et la difficulté aussi parfois,
02:41c'est de livrer une saison où moi, avec les équipes, fin janvier,
02:45on doit tout envoyer à l'impression, pour septembre d'après.
02:51Mais la difficulté, c'est d'arriver à concilier tous ces calendriers.
02:54Et notamment, ça a été un objet assez important pour livrer cette première édition du festival Explore.
03:03Oui, on va en parler tout de suite.
03:04Audrey, avant, comment est-ce que vous pouvez nous raconter ?
03:07Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?
03:08Comment est-ce que la Fondation Roderer rencontre la Philharmonie ?
03:11Comment est-ce que la Philharmonie rencontre la Fondation Roderer ?
03:13Je suis de ceux qui connaissaient la Philharmonie parce que je m'y rendais pour les concerts.
03:19Et puis après, il y a des liens d'amitié qui s'installent, qui se développent.
03:23Et quand moi, j'ai eu envie de défendre la composition contemporaine,
03:28je me suis tout de suite tournée vers la Philharmonie pour commencer un dialogue
03:34et voir ensemble ce qui pourrait être fait.
03:37parce que ce que j'ai beaucoup aimé dès le départ, c'était l'audace de dire
03:41« Ah bah oui, tiens, on va développer cet aspect de la musique ».
03:45Et voilà, c'est tous ces chants qui sont défendus à la Philharmonie.
03:50Ça ne pouvait être que ce lieu-là pour le prix Pichon-Comtesse et pour le festival Explore.
03:55Est-ce que vous pouvez nous redonner quelques éléments de contexte du coup
03:57et nous décrire ce que c'est que ce festival Explore ?
04:00Le festival, il est né, enfin, Édouard pourra en parler un peu mieux que moi,
04:07mais dans ma tête, il est né autour justement de ce prix de la composition
04:11de musique expérimentale, musique exploratoire.
04:15Moi, je me suis basée sur ma connaissance du terrain
04:19où il y avait nécessité d'accompagner les artistes de la musique expérimentale exploratoire.
04:26Et avec Édouard, on a justement pensé au-delà de ce prix de composition
04:32et d'avoir des têtes d'affiches, d'avoir des artistes émergents.
04:37Voilà, c'était un pur équilibre entre le contemporain,
04:42le plus déjà réputé, reconnu.
04:46C'était une belle aventure.
04:49Est-ce que quand vous souhaitiez soutenir cette musique expérimentale,
04:54comment est-ce que ça venait de vous ?
04:57Parce que c'est vrai que la Fondation Roderère est aussi présente
05:00sur beaucoup d'autres différents secteurs culturels.
05:05Cet intérêt pour la musique exploratoire, d'où ça venait ?
05:10Alors, moi, je crée des actions culturelles dans les domaines viticoles
05:15qui constituent le groupe Roderère Collection.
05:18Je crée des actions culturelles qui sont faites sur mesure
05:21et qui sont faites aussi pour répondre à mon envie de décentraliser la culture
05:26et de la rendre accessible.
05:29Donc, je suis partie du domaine Pichon-Comtesse, qui est à Pauillac,
05:33qui est dirigé par Nicolas Glumineau,
05:35qui a une formation dans la musique et dans l'art lyrique, plus précisément.
05:41Et puis, après, ma connaissance du terrain,
05:43je sais que la musique classique est quand même assez soutenue,
05:47valorisée par des prix.
05:49Et j'avais envie, moi, par la Fondation,
05:52d'aller du côté de la musique expérimentale, exploratoire,
05:56qui nécessite plus de soutien, de valorisation.
06:00Donc, c'est le cumul des deux, de deux envies,
06:04l'accessibilité, la décentralisation
06:06et cette nécessité du côté des compositeurs.
06:10Et donc, Edouard, quand Roderère est venue vers vous,
06:12comment ça s'est passé ?
06:13Qu'est-ce qui vous a convaincu tout de suite ?
06:16En fait, grâce à cette collaboration,
06:19on a mis autour de la table des gens qui ne se parlaient pas, déjà.
06:22C'est la grande vertu des musiques expérimentales,
06:24des musiques de recherche,
06:25des musiques qui ne sont pas standardisées.
06:27Je crois que dans la recherche du vin,
06:29dans toutes les discussions absolument passionnantes
06:31qu'on a eues avec Audrey et Nicolas Glumineau,
06:33en fait, c'était presque une évidence
06:36que ces mondes un peu en silo,
06:38qui avaient cette notion de laboratoire,
06:40mais pas de laboratoire fermé sur soi,
06:43de laboratoire ouvert,
06:43c'est-à-dire qui étendent le champ de nos perceptions,
06:48que ce soit gustatives, olfactives,
06:50mais aussi sonores.
06:51C'est-à-dire,
06:52donc, ça a été très évident depuis le départ,
06:56et les musiques expérimentales,
06:57pour être tout à fait honnêtes,
06:58alors c'est un mot, c'est une définition,
07:01mais c'est beau,
07:01ça va au-delà de ça.
07:03Par rapport aux grosses industries musicales,
07:07c'est la forêt qui est cachée par l'arbre,
07:08mais c'est une forêt.
07:10C'est-à-dire que c'est un terrain à explorer
07:13qui est encore énorme ?
07:14Mais ça représente déjà un gros public.
07:16C'est un public qui venait peu à la philharmonie,
07:19parce que, de tradition,
07:21on était plutôt sur des musiques dites contemporaines,
07:26enfin, musiques modernes,
07:27qui étaient plus sérieuses.
07:29On a une histoire particulière,
07:31liée aussi, bien sûr, à Pierre Boulez.
07:33Donc, on a cet ensemble intercontemporain
07:35et cette grande tradition de la musique contemporaine.
07:37Et puis, on avait ce chant-là,
07:39qui était comme une espèce de trou noir,
07:41qui n'existait pas à la philharmonie.
07:43Donc, on se revendique, nous,
07:45d'une culture vraiment œcuménique,
07:46à 360 degrés,
07:47de toutes les cultures musicales,
07:49en maniant les grandes industries,
07:51mais aussi les choses plus niches.
07:54Mais l'agrégation de niches,
07:56déjà, tout simplement,
07:58je ne veux pas ramener ça à une mission de service public,
08:01mais en tout cas, une mission,
08:02pas que de service public,
08:04mais de découverte.
08:06Ça active quelque chose,
08:08et ça a activé, on l'a vu,
08:09au sein de cette soirée de musique promenade,
08:12où le prix Pigeon-Comtesse a été décerné.
08:14C'est-à-dire que ce n'est pas réservé
08:17à une catégorie de curieux
08:20qui sont plus curieux que d'autres.
08:21C'est littéralement du très grand public.
08:25La seule chose qu'on demande au public,
08:27c'est d'être un tout petit peu curieux.
08:29Oui, d'être quand même ouvert à l'idée d'être surpris.
08:30Exactement.
08:31Comment ça s'est passé, le festival, concrètement ?
08:33C'était sur trois jours.
08:35Comment est-ce qu'on décide
08:37qu'on va faire trois jours,
08:39que ce soir-là, ce sera le concert promenade,
08:42ce soir-là, ce sera quelque chose d'autre ?
08:43Alors moi, en tant que mécène-philanthrope,
08:46je laisse complètement libre
08:48les institutions que je soutiens.
08:50Donc la question, elle est plus pour Edouard,
08:53parce que moi, à aucun moment,
08:55j'ai demandé d'avoir un œil sur la programmation.
09:00Je me suis livrée à leur champ d'expertise
09:02et j'ai fait totalement confiance.
09:07C'est quatre jours.
09:08Alors, en fait, c'est un festival.
09:09Donc on a plusieurs festivals aussi
09:11au sein de la Philharmonie.
09:12Donc c'est vrai qu'on a un volume de projets
09:14qui est assez important.
09:15Donc à chaque fois qu'on lance une nouvelle initiative,
09:18ce n'est pas tous les ans,
09:19ça veut dire que ça crée une responsabilité.
09:20Là, pour le coup, il a été décidé aussi
09:23avec Audrey Bazin, la question de la biennale,
09:26c'est-à-dire que tenir ce rythme tous les ans,
09:28ça aurait été très compliqué.
09:30D'accord.
09:30Donc on devait aussi tirer les enseignements de ça.
09:32La prochaine édition sera en avril 28.
09:34Toujours au printemps.
09:35D'ailleurs, il y a un peu cette métaphore
09:37de la Renaissance, c'est-à-dire d'un monde qui naît.
09:39Donc vraiment, on a voulu positionner ça là.
09:43Et en gros, on est toujours confronté
09:45à une espèce de courant eau chaude, eau froide.
09:49Une grande utopie.
09:50On veut tout faire.
09:51Il y a un côté exhaustif.
09:52On veut faire le plus possible.
09:54Mais on est quand même rattrapé
09:55par une activité très, très, très importante.
09:58Donc c'est de créer un événement qui a un impact
10:00sur trois, quatre jours.
10:02Donc un peu plus qu'un week-end.
10:04Il y avait une quinzaine de concerts.
10:06Au final, à peu près 7000 personnes sont venues
10:10pour donner quelques chiffres.
10:11C'est beaucoup.
10:12Et donc, le point de départ de tout ça,
10:14c'est de dire quel cahier des charges on se fixe.
10:16On veut toucher toutes les strates de population.
10:19Donc il y avait des projets pour les enfants.
10:21Projet éducatif, projet famille, projet participatif.
10:24Il y avait figure de proue, on va dire, cheval de Troie,
10:28des grandes affiches.
10:29Laurie Anderson, Katerina Barbieri.
10:33Il y avait des choses un peu au milieu,
10:37des choses en extérieur,
10:38des balades zinzin avec Maxime Lemoyne.
10:40Il y avait des choses qui étaient du domaine du gratuit aussi.
10:43Parce qu'on voulait avoir une offre qui était payante,
10:45mais très accessible.
10:47C'est toute la clé.
10:48Et aussi, grâce à cette collaboration vertueuse,
10:50on a pu aussi garder des prix de place
10:52qui étaient vraiment archi-accessibles.
10:55Il y avait des concerts gratuits en extérieur.
10:57On se rappelle d'une espèce de boom
10:59avec deux 205 chargés dans le coffre d'enceinte
11:05qui sont arrivés le soir à 10h du soir,
11:07qui ont ouvert le coffre.
11:09Et ça a été une espèce de boom techno, électro,
11:12mais très très bon esprit jusqu'à 1h du matin.
11:15Donc ça nous permet de tester des formats.
11:18de nouveaux rapports au public.
11:20Oui, parce que la promenade,
11:22c'était aussi ça qui était intéressant.
11:23C'était un spectacle, on était debout,
11:25on pouvait se balader,
11:26les artistes étaient dans toute la salle.
11:29Donc ça, c'est aussi des formats qui sont chouettes,
11:32qu'on voit quand même pas souvent.
11:34Bien sûr.
11:35Et on pourrait se dire,
11:36c'est un peu du domaine du papier peint,
11:38c'est un peu le rapport artiste-public.
11:43Mettre des gens debout ne crée pas l'expérience de musique.
11:46Par contre, effectivement,
11:47de faire que dans une salle,
11:48vous avez l'habitude d'être en frontal
11:50avec une scène qui est là,
11:52situation relativement fixe,
11:53vous cassez ça complètement,
11:55vous déshaussez la salle,
11:57vous enlevez les sièges au parterre,
11:58et vous avez quatre scènes
11:59qui activent ce volume
12:02d'une manière originale,
12:03et qui créent littéralement
12:07des expériences d'écoute différentes.
12:09Plus proches, plus éloignées,
12:11ce sentiment de liberté,
12:13ce sentiment d'être actif avec son corps
12:15pour aller à la rencontre.
12:16On est assez alerte, quand même,
12:17parce qu'on en a presque trois.
12:18On ne sait pas d'où va venir le prochain son.
12:19Vous voulez vous asseoir une demi-heure
12:21parce que vous vous êtes crevé,
12:22vous pouvez le faire.
12:23Ça dure trois heures.
12:24Et ça permet aussi de travailler
12:25sur un temps long.
12:27C'est-à-dire que quand on parle
12:27d'expérience sonore,
12:29pas parce que vous allez faire un marathon
12:30que ça va être une expérience en soi,
12:32c'est comment on habille
12:33par le contenu et par le narratif,
12:35un fil narratif,
12:37des expériences qui créent
12:38une sorte d'odyssée
12:39de trois heures,
12:40mais comme vous avez
12:41quand vous regardez
12:42cinq séries d'affilée
12:43ou un film un peu long,
12:44c'est-à-dire une grande odyssée sonore.
12:46Et pourquoi est-ce que
12:47c'est important pour vous
12:48de vous tourner vers une fondation
12:50pour créer ce genre d'événement ?
12:52Parce que c'est vrai qu'on peut se dire
12:53que la Ville Harmonie,
12:53c'est quand même une institution,
12:55une très grande institution.
12:57Le soutien d'une fondation,
12:58ça vous aide en quoi ?
13:00On n'aurait pas pu le faire
13:02sans le soutien de la fondation Roderère
13:03parce qu'on est sur un modèle économique
13:06à la Philharmonie
13:06où, à la fin de l'année,
13:09les recettes artistiques,
13:11ce qui est généré par la billetterie,
13:14couvrent l'ensemble
13:15des dépenses artistiques.
13:17Donc, il y a des concerts
13:18où vous gagnez un petit peu d'argent,
13:20des concerts où vous perdez
13:20un peu d'argent.
13:21Donc, bénéfice, recettes.
13:23Il se trouve que dans le cadre
13:25d'un festival avec une quinzaine
13:26de concerts,
13:27avec des prix qui sont
13:30forcément accessibles,
13:31parce que ce chant
13:32des musiques expérimentales,
13:33en dehors de la Philharmonie,
13:34existent,
13:35dans toute la France,
13:36dans toute l'Europe,
13:36c'est énorme,
13:37mais sur une politique tarifaire
13:39qui est très très très basse.
13:42Très très basse.
13:43Et donc, du coup,
13:44pour pouvoir produire
13:45tous ces concerts,
13:46c'est un coût
13:47qui est assez conséquent.
13:48Oui, d'accord.
13:49Et donc, du coup,
13:50le soutien de la fondation
13:51en dehors du prix
13:52Pichon-Comtesse,
13:54en fait,
13:54c'est une expérience
13:55extrêmement vertueuse
13:57de rapprochement
13:57entre privé et public
13:59au service d'un projet.
14:01Audrey, justement,
14:03tous vos projets,
14:04parce que la fondation,
14:05quand même,
14:05c'est beaucoup de projets,
14:07tous ceux-là sont conçus
14:09dans l'idée
14:09de toucher différents publics,
14:12d'une volonté
14:13de démocratisation
14:15de la culture ?
14:17Oui, toujours.
14:18Ça m'anime.
14:19Moi, je suis une enfant
14:20de l'école publique.
14:22J'ai beaucoup profité
14:23des musées publics.
14:25Donc, il y a un soutien
14:27à l'institution publique
14:28qui m'est chère.
14:29Et puis, après,
14:30il y a cette envie aussi
14:31d'ouvrir le champ culturel
14:35partout en France.
14:36Et donc,
14:36ce prix Pichon-Comtesse,
14:37il y aura un concert,
14:39justement,
14:39dans le domaine
14:40à Pauillac
14:41qui sera ouvert
14:43à tous et toutes
14:43et gratuit
14:45sur inscription.
14:46Donc, c'est vraiment
14:48une mission.
14:49On parlait de mission
14:50tout à l'heure,
14:50aussi,
14:51de la fondation.
14:53C'est important
14:54de permettre à tous
14:55d'avoir accès
14:56à cette culture.
14:57Pour aller un peu
14:57au-delà de la Philharmonie,
14:58vous soutenez
15:00quel autre type
15:01d'événements
15:03et de causes ?
15:04Alors,
15:05elles sont nombreuses.
15:07Après,
15:07elles sont...
15:07Vous faites vos 15 ans
15:09cette année.
15:09En fait,
15:10nos 15 ans,
15:11disons qu'il y a
15:13un soutien
15:13à l'institution publique.
15:15Il y a toutes les actions
15:16que je crée
15:17et bien d'autres choses.
15:19Mais si on doit parler
15:20de soutien
15:20à l'institution publique,
15:21c'est le jeu de paume
15:23sur le Festival
15:24de la Photographie,
15:25mais également
15:25la salle de cinéma.
15:28C'est la Bibliothèque
15:29Nationale de France
15:30avec une bourse
15:31de recherche,
15:32les Rencontres d'Arles
15:33avec le prix Découverte,
15:35la Semaine de la Critique
15:36avec le prix Révélation,
15:38la Villa Médici
15:39avec des bourses
15:39de production.
15:41Et donc,
15:41c'est un soutien,
15:42mais un soutien
15:43très...
15:44comment dire...
15:45dans le détail,
15:46c'est-à-dire
15:46toujours tourné
15:47vers la valorisation
15:48de l'institution,
15:50mais aussi des artistes
15:51et des chercheurs.
15:52Et à chaque fois,
15:53vous arrivez à avoir
15:53un retour sur le public
15:55que vous touchez.
15:56C'est peut-être une question
15:57que je vais vous poser
15:57à tous les deux
15:58parce que vous avez
15:58des angles différents
15:59de vue.
16:00Comment est-ce que vous savez
16:01si vous arrivez
16:01à toucher le public
16:03escompté
16:03et la largesse
16:05qu'on souhaite ?
16:06Là, pour parler justement
16:07du Festival Explore,
16:09tu parlais tout à l'heure
16:10de 7000 visiteurs,
16:11mais aussi,
16:13ce qui est intéressant,
16:14c'est le taux de remplissage.
16:15Le taux de remplissage,
16:16c'était de 97%
16:19sur l'ensemble
16:20du festival.
16:21Donc, ça montre
16:22à quel point
16:22la mission
16:24de ce festival Explore
16:26est accomplie.
16:29S'agissant des autres,
16:31j'ai un retour direct
16:35quand je peux rencontrer
16:36le public,
16:37quand je suis présente
16:38sur les événements.
16:40Mais après,
16:41c'est de faire surtout.
16:43Moi, c'est le faire
16:44qui m'intéresse
16:46et qui me motive.
16:48les impacts,
16:50la rentabilité,
16:51l'image,
16:52je mets toujours ça de côté.
16:53C'est vraiment faire
16:54pour dire,
16:55la fondation,
16:56elle est auprès
16:56de la création,
16:58mais aussi de manière
16:59complètement détachée.
17:01Et ça,
17:01je tiens à le redire.
17:03Oui, mais vous pouvez quand même
17:04proposer des formats
17:05qui pourraient être intéressants
17:07selon vous
17:07ou vous laissez vraiment
17:08carte blanche ?
17:09Je laisse complètement
17:11carte blanche.
17:12Moi, je suis actrice
17:13de mes propres actions.
17:15Par exemple,
17:16j'ai créé un programme
17:17qui s'appelle
17:17Thinking Sustainability
17:18où il y a plusieurs volets.
17:20Un volet prix photo,
17:22un volet recherche,
17:23un volet résidence
17:24et maintenant
17:24un volet involvement.
17:26Et là, oui,
17:27je suis décideur
17:29des personnalités
17:31que j'associe,
17:32des chercheurs
17:33que je sollicite,
17:34etc.
17:35Mais pour le reste,
17:36non,
17:36c'est une liberté
17:37qui me semble essentielle
17:38justement à respecter
17:40pour faire la différence
17:42entre un mécénat
17:43d'entreprise
17:43et un mécénat
17:44de fondation d'entreprise.
17:46D'accord.
17:46Et Edouard,
17:48cet équilibre
17:49toujours entre
17:50découverte,
17:52grand public,
17:53c'est quelque chose
17:54qui est vraiment
17:55au cœur de votre métier,
17:57c'est ce qui vous anime
17:57tous les jours ?
17:58Complètement,
17:59c'est exactement ça.
18:01C'est ce qui nous anime
18:01tous les jours
18:03et qui nous rappelle
18:04la mission
18:04qu'on peut avoir
18:05dans des institutions
18:07comme ça.
18:08C'est peut-être pas
18:08le bon mot d'ailleurs,
18:09institution,
18:09c'est parce que c'est
18:10vraiment une œuvre ouverte,
18:10c'est une plateforme
18:12génialissime
18:12au service
18:13d'une démocratisation
18:15de la culture.
18:15et c'est pas un mot politique
18:19démocratisation,
18:20c'est dans le fer
18:22dont Audrey parlait.
18:25On a un nouveau public,
18:27en fait c'est quoi
18:28une institution ?
18:28C'est des murs,
18:29des murs qui accueillent
18:30un public pour des concerts,
18:32donc on est très heureux
18:33d'avoir ce taux
18:34de remplissage incroyable.
18:36Mais c'est aussi
18:37des nouveaux publics,
18:38une institution,
18:39mais comme une langue,
18:40elle se renouvelle
18:41avec des nouveaux publics.
18:42Et quand je dis
18:43nouveau public,
18:44je pense à plusieurs paramètres,
18:47je pense à des paramètres
18:48d'âge,
18:49de jeunesse,
18:49à des paramètres sociaux
18:51ou sociologiques,
18:52c'est-à-dire des gens
18:53qui ne venaient pas
18:54et qui viennent.
18:55On l'a vu dans ce festival
18:56Explore,
18:56je crois que les équipes
18:58d'accueil de la Philharmonie
18:59étaient vraiment
19:01absolument impressionnées
19:02par des publics
19:03qu'on avait l'impression
19:04de ne jamais avoir vus.
19:05Donc ça,
19:06pour avoir des chiffres,
19:07c'est compliqué.
19:07On a des études d'impact
19:09de publics
19:10mais qui sont
19:11des grosses entreprises
19:13qui analysent ça
19:14sur un an.
19:15Là, sur Explore,
19:16je dirais en tout cas
19:17que le sentiment
19:17était très fort
19:18d'un nouveau public.
19:20Et puis,
19:20on a travaillé
19:21pour cette dernière soirée
19:23Musique Promenade
19:24avec les centres nationaux
19:26de création musicale
19:27qu'on appelle les CNCM
19:28qui sont en toute la France.
19:29Et donc,
19:30je rappelle aussi
19:30qu'une institution
19:32comme la Philharmonie
19:33qui est prescriptrice,
19:35qui est un instrument
19:36pour les Parisiens,
19:37pour les Franciliens,
19:39et pour tout le monde
19:40et tous les publics,
19:42elle doit aussi se connecter
19:44au niveau national.
19:45Et c'est pour ça
19:46qu'on a fait appel
19:47à ces huit centres
19:50de création musicaux
19:51qui fêtaient d'ailleurs
19:52leurs 30 ans aussi
19:53en leur disant
19:54on ne peut pas faire
19:55le truc tout seul.
19:56On a envie d'avoir
19:57ce sens du collectif
19:58qui est d'ailleurs...
19:58Il faut avoir des publics régionaux aussi
19:59parce que c'est vraiment...
20:00Alors, publics régionaux
20:01et puis aussi
20:01des antennes
20:02qui peuvent faire vivre,
20:04explore en région
20:06à Reims,
20:07à Dijon,
20:08à Marseille,
20:09à Lyon.
20:10Donc, c'est une force de frappe
20:11très forte
20:12mais souvent,
20:13dans, on va dire,
20:14le paradigme culturel,
20:16on fait les choses
20:17pour soi,
20:18pour son endroit
20:18et tout ça.
20:19Ça,
20:21dans le modèle
20:22de la culture,
20:23du développement culturel,
20:24je ne dis pas
20:25que c'est fini.
20:26Ceux qui décident
20:27ou qui n'ont pas
20:28cette curiosité
20:28de trouver des partenaires,
20:30dans les 20 prochaines années,
20:32ça sera un petit peu compliqué,
20:32je pense.
20:33Et puis après,
20:34il y a le niveau européen
20:34et puis après,
20:35il y a le niveau mondial,
20:36c'est-à-dire l'impact
20:36dont on parle là,
20:37entre nous,
20:38c'est les 7000 personnes
20:39qui étaient là,
20:40nouveau public,
20:41mais c'est aussi
20:41l'impact,
20:42grâce évidemment aussi,
20:44je veux dire,
20:44à un impact médiatique
20:45qui se fait le relais de ça.
20:47Et d'ailleurs,
20:47je trouve ça formidable
20:48que nous soyons là aussi
20:49à en parler,
20:50d'un festival de musique expérimentale.
20:53Donc,
20:54pour nous,
20:56la notion d'expérience
20:57va bien au-delà
20:58des simples concerts
20:59et touche un point de rencontre
21:01avec vraiment la société.
21:04Voilà.
21:05Si vous aviez deux mots
21:05pour terminer,
21:06à dire à quelqu'un
21:07qui n'aura pas eu encore
21:09la curiosité
21:10de venir à la Philharmonie,
21:12vous lui diriez quoi ?
21:13Je dirais
21:16tous les chemins mènent à Rome,
21:18sauf celui du milieu.
21:19Ça veut dire
21:20ça veut dire
21:22qu'on est dans un monde
21:24de très grosses industries
21:25qui monopolisent
21:27beaucoup l'attention.
21:29Mais c'est l'arbre
21:31qui cache la forêt.
21:32Et c'est-à-dire,
21:34dans une société
21:35où l'intelligence artificielle
21:37et tous les débats
21:38qu'on peut avoir
21:38autour de ça,
21:41je dirais que
21:42la curiosité,
21:44l'écoute active
21:48va renforcer
21:49le maillage de la société,
21:50mais renforcer aussi
21:51le bonheur.
21:51Vous savez,
21:51le moment où on n'est pas heureux,
21:53c'est le moment où on écoute
21:53moins les gens,
21:54le moment où on est moins disponible,
21:55le moment où on est moins curieux.
21:57Voilà.
21:58Ce sont des signaux.
22:00Donc,
22:01revenons,
22:01préservons cette part de curiosité
22:04et surtout,
22:05n'ayons pas peur
22:06des choses qui ne sont pas
22:07trop standardisées.
22:08Moi, je rajouterais
22:09l'inattendu
22:10parce qu'on contrôle
22:11un peu trop nos vies
22:12et de faire place
22:14à l'inattendu.
22:15Restons ouverts
22:16à l'inattendu.
22:17C'est essentiel
22:18et puis surtout aussi
22:19changer peut-être
22:20les canaux
22:21d'information
22:22pour être au courant
22:24parce qu'on a beau
22:25faire le maximum,
22:27si en face,
22:28il n'y a pas aussi
22:29une manière
22:30de rechercher
22:31l'information
22:31qui bouge,
22:33beaucoup peuvent
22:34passer à côté.
22:35Merci beaucoup
22:36à tous les deux.
22:37Edouard Fouret,
22:38Colifotti,
22:38je rappelle,
22:39vous êtes co-directeur
22:39du département
22:40Concerts et Spectacles
22:41à la Fille Harmonie de Paris.
22:43Audrey Bazin,
22:43directrice de la Fondation Roderère.
22:45Merci à tous les deux
22:45d'avoir été présents.
22:47Expérience,
22:48c'est terminé
22:48pour ce mois-ci.
22:49Merci à tous les chroniqueurs,
22:51reporters de cette émission culturelle.
22:53Jem Al Ghoul,
22:54Anne Bassi,
22:55Laurent Meffre,
22:55Béatrice Constant,
22:57Alexandre Loré
22:57et Camille Rioal.
22:59Et merci à vous toutes et tous
23:00de nous avoir suivis
23:01cette expérience.
23:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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