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Le 5 décembre 1933 marque la fin du "Volstead Act", qui interdit aux Américains de boire, d'importer ou de vendre de l'alcool. Pendant douze ans de prohibition, la plaque tournante du trafic en Amérique du Nord, la petite colonie de Saint-Pierre-et-Miquelon, connaît un essor incroyable. Les produits français, champagne en tête, ont la cote outre-Atlantique. Cette manne providentielle profite à l'économie hexagonale. Les gouvernements français qui se succèdent durant cette période font tout pour favoriser ce commerce, au grand dam des Américains.

Réalisé par : Xavier Fréquant, Yassir Guelzim
Transcrição
00:30Atlantique Nord, archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
00:38Dans Saint-Pierre, seule ville française à proximité du Canada et des États-Unis,
00:45un cortège de camionnettes sillonne les rues, comme pour une procession funéraire.
00:52Les quelques Saint-Pierrés qui assistent à la Seine ont la mine grave.
01:00Nous sommes le 5 décembre 1933.
01:02Après 13 ans d'abstinence, le Congrès des États-Unis vient d'abroger la loi qui interdit de consommer de
01:08l'alcool.
01:10Cette période, connue sous le nom de Prohibition américaine, est terminée.
01:16Tournons la page des jours heureux de la plus ancienne colonie française.
01:27Si en cette fin d'année 1933, à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'heure est à l'affliction,
01:31à New York, Chicago, Los Angeles, l'ambiance est à la fête.
01:36On se lâche enfin au grand jour, dans les clubs, au son du swing.
01:41Plus besoin de se cacher pour boire un verre.
01:47Depuis 1920, l'alcool était strictement interdit aux États-Unis,
01:51créant ainsi le plus grand marché noir de l'histoire.
01:58Durant 11 ans, l'archipel français a servi de base logistique à la contrebande.
02:05Une pluie de dollars s'est abattue sur la petite colonie et tout le monde,
02:09du simple pêcheur au gros commerçant, a profité de ce juteux business.
02:14Au premier rang des bénéficiaires, l'Hexagone, qui a tout fait pour l'encourager.
02:19Une aubaine pour la France endettée par la Première Guerre mondiale.
02:41Les États-Unis d'Amérique ont beau avoir aidé les alliés à remporter la victoire sur l'Allemagne,
02:46la fête n'est que de courte durée.
02:50En ce début 1919, c'est la tempérance qui s'installe au pays des Samhizes.
02:56L'alcool est vu comme l'ennemi à abattre.
03:01Depuis le siècle précédent, pour les conservateurs américains,
03:04l'endroit maudit, c'est le Saloon, où se côtoient alcool, débauche et prostitution.
03:11En 1908, on en compte un pour 300 habitants.
03:18Autre force de ce combat politique, les femmes, dont les maris dépensent leurs dollars
03:23dans ce qu'on appelle alors les orifices de l'enfer.
03:27Elle crée un mouvement féministe, le WCTU, l'Union des femmes chrétiennes pour la tempérance.
03:36Outre le droit de vote, elle revendique une protection des foyers.
03:43Parmi celles qui s'attaquent à l'alcool, Pauline Morton Sabine.
03:49Née à Chicago, cette femme élégante a baigné très jeune dans les hautes sphères américaines.
03:56Mère de deux garçons, elle est la première femme élue au comité national républicain
04:00et y mène son combat contre l'alcool.
04:05Je me dois de soutenir la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis, car cela va aider mes deux fils.
04:10Je pense qu'un monde sans alcool sera un monde magnifique.
04:15Si Pauline est si convaincue, c'est que les opérations de propagande de l'Anti-Saloon League
04:20portent enfin leurs fruits.
04:26De leur côté, les grandes fortunes industrielles apportent un soutien financier au mouvement.
04:32Terrorisés par ces saloons, endroit malsain où naît, selon eux, la dangereuse parole syndicale.
04:38Grâce à cet argent, les prohibitionnistes ont les coups des franches.
04:45En janvier 1920, il triomphe enfin.
04:50Le Congrès, qui a modifié la Constitution, impose le Volstead Act.
04:55S'en est terminé de la fabrication, de la commercialisation et de la consommation d'alcool aux Etats-Unis.
05:10Dans cette Amérique du Nord prohibitionniste, Saint-Pierre-et-Miquelon fait figure d'exception.
05:16Situé aux portes des Etats-Unis et du Canada, colonie française depuis le XVIe siècle,
05:20le petit archipel n'est pas concerné par la loi américaine, malgré sa proximité géographique.
05:26Ici, c'est la France et on est loin d'être aussi radical avec l'alcool.
05:34Car dans l'Hexagone, l'ivresse publique est certes interdite,
05:38mais on y décompte tout de même un demi-million de débits de boissons.
05:42Les célèbres bistrots.
05:44Soit un pour trente adultes.
05:48Pas vraiment de quoi aider à la tempérance, malgré de vaines tentatives des ligues françaises anti-alcool.
05:56Après la victoire, on a surtout besoin d'oublier les horreurs de la guerre,
06:00chez le premier producteur mondial de vin.
06:02On clame, plus jamais ça.
06:05C'est le début des années folles.
06:08Au son du jazz, cette nouvelle musique débarquée avec les soldats afro-américains,
06:13les dadaïstes et surréalistes s'installent à Montparnasse.
06:17On est trop heureux d'avoir survécu à l'enfer des tranchées.
06:23Alors que la France s'enivre en toute liberté,
06:26aux États-Unis, on est condamné à l'abstinence.
06:31Pour contrer la fermeture des saloons,
06:33les adeptes des Roaring Twenties,
06:35pendant Américains des années folles françaises,
06:37se rendent en secret dans les speakeasy.
06:40Ces bars clandestins tenus par la pègre,
06:42où l'on peut danser et boire à volonté,
06:44se répandent rapidement dans tout le pays.
06:56Mais les stocks d'alcool sont vides,
06:58ou saisis par la police,
07:00qui les détruisent systématiquement.
07:03Pour pallier à la pénurie,
07:05la contrebande s'organise.
07:09De la Pennsylvanie jusqu'au Mississippi,
07:12des distillers clandestins,
07:14les Moonshiners,
07:15fabriquent pour les populations les plus pauvres
07:17des eaux de vie à partir de maïs,
07:19ou de pommes de terre,
07:20dans des alambics bricolés.
07:24En 1921,
07:26le Bureau de la Prohibition saisira près de 100 000.
07:29Ces alcools de mauvaise qualité,
07:31souvent frelatés,
07:33provoquent de nombreux décès.
07:35Pour proposer aux clients américains
07:37des produits de qualité,
07:38la mafia choisit plutôt de se tourner vers l'étranger.
07:45Parmi les premiers à se lancer dans la contrebande internationale,
07:49un aventurier n'ayant pas froid aux yeux,
07:51l'américain Bill McCoy,
07:53ouvre la voie avec les Bahamas.
08:01Alors qu'il remonte vers l'est de l'Amérique,
08:04une avarie le contraint à se dérouter vers le Canada.
08:10Impossible pour lui d'accoster aux Etats-Unis,
08:12au risque de finir en prison.
08:16Arrivé à Halifax,
08:18les autorités canadiennes
08:19refusent l'entrée du port à son navire,
08:21qui doit rester au large.
08:26McCoy ne sait plus quoi faire
08:28lorsque la Providence lui sourit.
08:32Dans son hôtel où il tourne en rond,
08:34espérant trouver une solution,
08:36il rencontre un certain Folquet,
08:38un agent maritime Saint-Pierré
08:40qui lui fait découvrir l'existence
08:41du petit archipel français,
08:43situé à trois jours de navigation.
08:50Stupéfait,
08:50l'Américain se rend à Saint-Pierre,
08:52où il fait réparer son navire
08:54dans l'entreprise de son nouvel ami.
08:57Très vite,
08:58McCoy entrevoit tout le potentiel
09:00qu'il peut tirer de ce village gaulois
09:01dans la zone d'influence américaine.
09:05Folquet lui présente alors
09:07les commerçants importants de l'archipel.
09:09Tous écoutent avec attention
09:11le récit de McCoy
09:13et les profits faramineux
09:14de ce nouveau business
09:15auquel ils sont prêts à participer.
09:17Surtout,
09:18il leur apprend que les Américains,
09:20privés d'alcool,
09:22sont férus de whisky.
09:24Un problème de taille
09:25demeure néanmoins.
09:29La petite colonie
09:30de Saint-Pierre-et-Miquelon
09:31fait partie de l'Empire français
09:33obéissant à un protectionnisme colonial.
09:39Pour protéger les Roms des Antilles,
09:42les importations d'alcool étrangers
09:44sont interdites dans les colonies
09:45depuis 1919.
09:50Pour que Saint-Pierre-et-Miquelon
09:52importe des produits
09:53comme le whisky,
09:53en plus des alcools français,
09:55il faut trouver le moyen
09:56de faire sauter le verrou.
10:01Les pressions politiques
10:02des commerçants de l'archipel
10:03et des députés
10:04des régions viticoles
10:05permettent la levée
10:06de l'interdiction.
10:09Le gouvernement comprend très vite
10:10les bénéfices
10:11qu'il peut tirer de la situation.
10:13Pour sa petite colonie,
10:14mais aussi pour la métropole.
10:18Un coup de pouce discret
10:20mais néanmoins efficace
10:21est décidé en haut lieu.
10:24Le décret,
10:25signé par le président
10:26de la République,
10:27Alexandre Milleron,
10:28en avril 1922,
10:29est un blanc-seing
10:30à l'importation d'alcool étranger
10:32à Saint-Pierre-et-Miquelon.
10:41À peine entré en application,
10:43le décret porte ses fruits.
10:47Une première cargaison
10:49de 12 000 caisses de whisky
10:50débarque à Saint-Pierre,
10:52suivie très vite
10:52par des produits hexagonaux.
10:56C'est le début du grand rush
10:58et d'un ruissellement d'argent
10:59sur l'archipel.
11:04Des dizaines de bateaux
11:05se présentent chaque semaine
11:06et bientôt chaque jour
11:08à l'entrée du port.
11:13Les pêcheurs Saint-Pierre-et-Miquelonais
11:15se transforment en dockers.
11:17Il faut décharger tous ces navires
11:19et stocker la marchandise
11:20avant qu'elles ne repartent
11:21vers les Etats-Unis.
11:29Sur les quais,
11:30l'activité est intense.
11:32Un jeune homme d'à peine 20 ans
11:34surveille l'accastillage
11:36de sa goélette
11:36qui s'apprête pour le départ.
11:40Son nom ?
11:41Henri Morazé,
11:43fils d'un commerçant
11:44de l'archipel.
11:46Henri rêve d'aventure.
11:49Plutôt que d'attendre
11:50que la marchandise arrive
11:51à Saint-Pierre,
11:52il a décidé d'aller la chercher,
11:54là où elle se trouve,
11:55et de livrer lui-même
11:56les clients américains.
12:01Il entre ainsi
12:02dans le club très fermé
12:03des contrebandiers d'alcool
12:04qui naviguent de Terre-Neuve
12:05au Caraïbe,
12:07ce qu'on appelle
12:07les bootleggers.
12:11En 15 jours depuis Saint-Pierre,
12:13avec de bonnes conditions météo,
12:15une goélette peut charger
12:16une boisson connue
12:17depuis longtemps au Canada
12:18et aux Etats-Unis,
12:19le rhum.
12:25Dans un premier temps,
12:26les Saint-Pierre le font venir
12:28de la Guadeloupe
12:28et de la Martinique,
12:30avant de rapidement
12:31changer de fournisseur.
12:35En effet,
12:37si les Nord-Américains
12:38apprécient ces boissons exotiques,
12:39le rhum des Antilles françaises
12:41fait office de petit joueur
12:43avec ses 45 degrés en moyenne.
12:48Henri, financé par son père,
12:50descend alors plus bas,
12:51en Guyane anglaise,
12:52à Demerara.
12:54Il faut dire que le rhum
12:55qu'on y produit
12:57affiche 78 degrés.
12:59Un galon de Demerara
13:00rapporte 10 fois la mise.
13:03Les Morazés,
13:04père et fils,
13:04n'hésiteront pas
13:05à créer leur propre marque
13:06de ce produit prisé
13:07en Amérique du Nord.
13:11L'expédition n'est toutefois
13:13pas sans danger.
13:14Il faut affronter
13:15les tempêtes tropicales
13:16et les gardes-côtes
13:17américains et canadiens
13:19qui patrouillent
13:19le long des côtes.
13:38A Saint-Pierre-et-Miquelon,
13:39on bénit le ciel
13:40de cette manne providentielle.
13:44En 1923,
13:46500 000 caisses
13:47transitent par l'archipel
13:48et 1 000 navires
13:50de contrebande
13:51font escale
13:51dans le port.
13:55Une révolution
13:56pour cette petite colonie
13:57qui,
13:58au sortir de la Grande Guerre,
13:59périclitait lentement.
14:02Le chômage
14:03n'est plus qu'un souvenir.
14:05On manque
14:05même de main d'oeuvre.
14:07La contrebande
14:08s'industrialise
14:09et la France
14:10ne compte pas passer
14:11à côté de revenus potentiels.
14:14Le trafic est étendu
14:15et important.
14:17La puissante administration
14:18du ministère des colonies
14:19décide d'y envoyer
14:20un inspecteur,
14:21Georges Gaillet.
14:22Il y établit un rapport.
14:26Six sociétés étrangères
14:28gèrent les trois quarts
14:29de l'importation d'alcool
14:30sur l'archipel.
14:33Parmi les sociétés françaises,
14:35on retrouve notamment
14:36M. Morazet
14:37et la Morue française.
14:44Opérant dans la pêche,
14:46la Morue française
14:47possède une flotte
14:48de navires
14:48et la banque locale.
14:51Elle diversifie
14:52ses activités
14:53et ouvre une agence
14:54pour les alcools hexagonaux,
14:56champagne en tête.
14:59Avec la bénédiction
15:00de la métropole,
15:01des sociétés étrangères
15:02s'installent sur l'île.
15:05Elles importent
15:06leurs produits
15:06à Saint-Pierre,
15:07notamment du whisky,
15:08produit le plus demandé
15:10par les consommateurs américains.
15:13Si le gouvernement français
15:14les laisse faire,
15:15c'est que chaque caisse
15:16importée sur l'île
15:17est taxée par la douane.
15:20Ce sont bientôt
15:20des millions de francs
15:22qui entrent
15:22dans les caisses de l'État.
15:24On voit débarquer
15:26sur le caillou
15:26des individus
15:27de toute nationalité.
15:29Canadiens,
15:30grecs,
15:31yankees,
15:31libanais,
15:32le whisky,
15:33c'est notre mine d'or.
15:46Au premier rang
15:47de ces pays
15:47qui exportent
15:48de l'alcool
15:48à Saint-Pierre,
15:49un acteur surprenant,
15:51le Canada.
15:53Précédant les États-Unis,
15:55le pays
15:55à la feuille d'érable
15:56instaure la prohibition
15:57durant la Première Guerre mondiale.
16:00Il interdit
16:00la consommation
16:01d'alcool
16:01à l'intérieur
16:02du pays,
16:02mais pas sa fabrication
16:05ou son exportation.
16:08Et pour cause,
16:09le Canada
16:09est un important producteur
16:11d'un whisky bon marché,
16:12très prisé
16:13des consommateurs américains,
16:15le rye whisky.
16:17Saint-Pierre-et-Miquelon
16:18devient alors
16:19le partenaire idéal
16:20pour les distilleries canadiennes
16:21qui exportent
16:22en toute légalité
16:23leurs marchandises.
16:27Les whisky
16:28viennent surtout
16:29du Canada,
16:30des distilleries
16:30de l'Ontario
16:31et du Québec.
16:32On constate aussi
16:34que nos produits français
16:35sont bien présents
16:36dans la contrebande.
16:38Saint-Pierre
16:40devient la plaque tournante
16:41du plus vaste marché
16:42illégal d'alcool
16:43jamais organisé.
16:45La marchandise
16:45arrive de France,
16:46d'Europe,
16:47du Canada,
16:48des Caraïbes.
16:51Elle est stockée
16:52sur l'archipel
16:52en attendant
16:53d'être acheminée
16:54clandestinement
16:55aux États-Unis
16:56par les bootleggers.
17:02pour le whisky canadien,
17:04les trafiquants américains
17:06se rendent à Montréal
17:06et passent directement
17:08commande
17:08auprès des grandes distilleries.
17:11De là,
17:12un télégramme codé
17:13parvient à leurs agences
17:14Saint-Pierrez
17:15autorisant l'envoi
17:16de la marchandise
17:17sur des bateaux
17:18de contrebande.
17:22Pour les autres alcools,
17:24la mafia s'adresse
17:25aux commerçants
17:26Saint-Pierrez.
17:27Il n'est pas rare
17:28non plus
17:28que ses représentants
17:29se rendent directement
17:30sur l'archipel
17:31pour négocier
17:32d'importantes commandes.
17:47En à peine deux ans,
17:48le trafic
17:49international d'alcool
17:50dispose avec le petit
17:52archipel français
17:52d'une véritable base
17:54logistique.
17:58Pour stocker
17:59ces quantités phénoménales
18:00qui débarquent chaque jour,
18:02tous les espaces
18:03sont bons à prendre.
18:13Cave, grenier,
18:15garage,
18:16chaque mètre carré
18:17est loué
18:18aux sociétés
18:18d'importation.
18:26Rapidement,
18:27les gros commerçants
18:28de Saint-Pierre
18:29investissent
18:30et font construire
18:31des magasins
18:32ultra-modernes
18:33qu'ils louent
18:34jusqu'à 2500 dollars
18:35par mois.
18:39certains sauront même
18:40chauffer l'hiver
18:41pour ne pas altérer
18:43les produits fragiles
18:44comme le champagne.
18:46qui s'est passé.
18:47Musique de générique
19:02...
19:04Toute cette activité
19:05à Saint-Pierre-et-Miquelon
19:06ne passe pas inaperçue
19:08aux Etats-Unis.
19:11Le New York Herald
19:12publie une série
19:13de reportages
19:14consacrés
19:14à l'ampleur
19:15du trafic
19:15sur ces îles françaises.
19:21Musique de générique
19:38A peine débarqué,
19:40il est subjugué
19:41par l'ampleur
19:42du trafic
19:42et l'effervescence
19:43qui règne
19:44dans cette petite colonie.
19:47Musique de générique
19:49...
19:50Voyageant tous
19:51sous des noms d'emprunts,
19:52le petit groupe
19:53de trafiquants
19:54passe la douane
19:54sans difficulté
19:55et est accueilli
19:56avec bienveillance
19:57par une cinquantaine
19:58de marchands
19:59Saint-Pierre-et.
20:01Musique de générique
20:04...
20:04On leur propose
20:06du cognac,
20:06du champagne,
20:07de visiter les entrepôts.
20:095 000 caisses
20:10de Hennessy par ici,
20:122 000 caisses
20:12de Piper Hatzigou
20:13américain par là.
20:16En prime,
20:18on vous offre
20:18la livraison
20:19à bord de votre bateau.
20:22Durant une quinzaine
20:23de jours,
20:24le journaliste
20:25ne rate rien
20:25des dessous du business.
20:28Il rapporte
20:29dans ses papiers
20:30les profits gigantesques
20:31générés
20:32par la contrebande.
20:34A Saint-Pierre,
20:35une caisse
20:36de spiritueux
20:37se négocie
20:37entre 20 et 25 dollars.
20:41Une fois en haute mer,
20:43le prix
20:43de la caisse
20:44double.
20:47Arrivé
20:48sur le sol américain,
20:49il est multiplié
20:50par 6.
20:53La bouteille
20:54vendue
20:5425 dollars
20:55pièce
20:55passe alors
20:56chez les petits
20:57vendeurs
20:57clandestins
20:58qui n'hésitent pas
20:59à couper le produit
20:59avec de l'eau
21:00pour multiplier
21:01encore les profits.
21:04Dans ses articles,
21:05le journaliste
21:06dénonce également
21:07ouvertement
21:08le gouvernement français
21:09qui ferme les yeux
21:10sur le trafic.
21:17Dans les couloirs
21:18de la Maison-Blanche,
21:20ces révélations
21:20heurtent
21:21au plus haut point.
21:23Les nombreuses
21:24sollicitations américaines
21:25auprès de l'ambassade
21:26de France,
21:27du gouverneur
21:28de Saint-Pierre
21:28ou du ministère
21:29des colonies
21:30restent lettres mortes.
21:33Alors que le gouvernement
21:34connaît parfaitement
21:35l'état des importations
21:36à Saint-Pierre,
21:37Aristide Briand,
21:38ministre des Affaires étrangères,
21:40assure aux Américains
21:41que la colonie
21:42n'est pas en capacité
21:43de fournir de chiffres
21:44car, dit-il,
21:46les statistiques
21:47ne sont pas tenues.
21:55Washington,
21:56qui n'en croit rien,
21:57ordonne à son consul
21:58au Canada
21:59de se rendre discrètement
22:00sur la colonie française
22:02pour rapporter
22:03des preuves
22:03du trafic.
22:06Arrivé sur place,
22:08le consul est reconnu
22:09et se voit répondre
22:10que les hôtels
22:11sont complets.
22:14Le gouverneur
22:15trouve des excuses
22:17pour ne pas le recevoir.
22:19Furieux d'être
22:20ainsi éconduit,
22:21le diplomate américain
22:23est convaincu
22:23que les autorités françaises
22:25font tout
22:25pour encourager
22:26la contrebande.
22:29Il préconise à son gouvernement
22:30d'envoyer un espion
22:32à Saint-Pierre,
22:33précisant toutefois
22:34que la mission
22:35pourrait se révéler dangereuse
22:36tant les retombées économiques
22:38semblent importantes
22:39pour la population.
22:53Si les boissons
22:54les plus fortement
22:55alcoolisées
22:55sont les plus demandées,
22:56la plus chic,
22:58le nec plus ultra
22:59des Specklisi
22:59reste le champagne,
23:02synonyme de richesse
23:03et de savoir-vivre
23:04à la française.
23:09Autant importé
23:10que les autres vins,
23:11le champagne
23:12engrange pourtant
23:1325 fois plus de recès.
23:16Des espèces sonnantes
23:17et trébuchantes
23:18n'ont avait bien besoin
23:19le champenois.
23:22Au sortir
23:23de la Première Guerre mondiale,
23:24les domaines viticoles
23:25de la région
23:26sont exsangues.
23:27Les combats
23:28extrêmement violents
23:29qui s'y sont déroulés
23:30ont réduit
23:31de 40%
23:32les parcelles
23:32de production.
23:35Les vignes
23:36qui restent
23:36se remettent
23:37à peine
23:38du phylloxéra.
23:39Le commerce international
23:41est bouleversé
23:42par la révolution russe,
23:43la défaite allemande,
23:45les taxes élevées
23:46de pays importateurs
23:47et maintenant
23:48la prohibition
23:49en Amérique.
23:56Pourtant,
23:57le vin pétillant
23:58le plus célèbre
23:58du monde
23:59n'a rien perdu
24:00de sa réputation.
24:02notamment aux Etats-Unis
24:03qui importaient
24:04à eux seuls
24:05plus de 10%
24:06de la production française
24:07avant la guerre.
24:09La demande est forte
24:10malgré l'interdiction.
24:13Une bouteille
24:14vendue 50 francs
24:15dans l'Hexagone
24:15s'achète sous le manteau
24:16six fois plus cher
24:18à New York.
24:20Le vin français
24:21doit faire face
24:22également
24:22à l'apparition
24:23de faux champagnes
24:24qui lui font concurrence
24:26dans les speckisings.
24:33Pour se maintenir
24:34sur le marché,
24:35les maisons de champagne
24:36vont se révéler
24:37novatrices.
24:39Afin de préserver
24:40une présence
24:40aux yeux du grand public
24:41malgré l'interdiction,
24:43Piper Hatsik
24:44va décliner
24:45des produits dérivés
24:46au goût de champagne
24:47comme du tabac
24:48à mâcher
24:48ou des chewing-gums.
24:54Pour renforcer
24:55les exportations,
24:56c'est un véritable
24:57comité secret
24:58présidé par Marcel Hatsik
25:00qui organise
25:01une filière
25:01de distribution.
25:04Un agent clandestin
25:05est recruté
25:06pour les Etats-Unis
25:07et s'occupe
25:08de répartir
25:08la marchandise.
25:14Transportés
25:15par camion
25:16ou en train
25:16depuis Reims
25:17au Havre,
25:18les caisses
25:18sont ensuite
25:19déchargées
25:19à Saint-Pierre-et-Miquelon
25:20avant d'être livrées
25:22par les bootleggers.
25:34Saint-Pierre devient
25:35l'île au champagne.
25:41A tel point
25:42que certains clients américains,
25:44en fait des membres
25:45de la Pègre,
25:45profitent des inventaires
25:46de leurs stocks
25:47sur l'archipel
25:48pour organiser
25:49des soirées mémorables.
25:50Le champagne
25:51coule à flot
25:52jusqu'à remplir
25:53les baignoires
25:54de leurs chambres d'hôtel.
26:06Si le comité secret
26:07s'occupe du réseau
26:08de distribution,
26:09à Reims,
26:11le plus officiel
26:12syndicat de commerce
26:13des vins de champagne
26:14opère, lui,
26:15sur le plan politique.
26:17Il est à l'initiative
26:19de la Ligue internationale
26:21contre les prohibitions.
26:26À sa tête,
26:27le comte Bertrand Demain,
26:29qui dirige
26:30la célèbre maison
26:31Clicquot-Pontsardin.
26:33Député de la Marne,
26:35il s'active
26:35à développer la Ligue
26:36à grand renfort
26:37de publicité.
26:40Le gouvernement français
26:42lui accorde
26:42une aide discrète
26:43d'un million de francs
26:44pour augmenter les exportations,
26:46notamment aux Etats-Unis.
26:51Malgré l'interdiction
26:52en cours
26:53chez l'oncle Sam,
26:54le champagne français
26:55n'a jamais quitté
26:55la table
26:56des dîners mondains
26:57de la haute bourgeoisie
26:58américaine.
27:05Ainsi,
27:06à New York,
27:06alors qu'il est
27:07en peigne noire de bain
27:08dans sa chambre
27:08du très chic
27:09Hôtel Savoy Plaza,
27:11le comte Maxence
27:12de Polignac,
27:13représentant
27:14de la maison Pommery,
27:15se fait arrêter
27:16par des agents fédéraux.
27:22Dans sa suite,
27:23plusieurs caisses
27:23de champagne
27:24et de liqueur.
27:27un revolver,
27:28mais aussi
27:28des carnets
27:29avec des centaines
27:30de noms,
27:31ceux de ses riches
27:32clients new-yorkais.
27:38Le scandale
27:39est retentissant,
27:40même si celui
27:41qui deviendra
27:42l'aïeul du prince
27:43Albert de Monaco
27:43pourra quitter
27:44les Etats-Unis
27:45et sera blanchi
27:46de l'affaire
27:47des années plus tard.
27:58Si la jet-set américaine
28:00réussit à se procurer
28:01du champagne,
28:02pour le grand public,
28:03l'accès aux produits
28:04reste compliqué.
28:07Afin de résoudre
28:08ce problème,
28:08les grandes maisons
28:09vont profiter
28:10d'une exception
28:11dans la loi américaine.
28:13La consommation
28:14d'alcool
28:15est interdite
28:15aux Etats-Unis,
28:16sauf
28:17pour raisons religieuses
28:20et médicales.
28:25Et si le champagne
28:27n'était plus considéré
28:28comme une boisson de fête,
28:29mais comme un simple médicament
28:31prescrit sur ordonnance
28:33et délivré
28:33dans les drugstores ?
28:36L'idée paraît saugrenue.
28:39Et pourtant,
28:40une simple ordonnance
28:41et votre pharmacien
28:43vous remet votre dose
28:44de XO
28:44ou de vin pétillant.
28:48Winston Churchill,
28:50célèbre homme politique
28:50britannique
28:51en voyage
28:52aux Etats-Unis,
28:53supporte mal
28:54les effets
28:55de la prohibition.
28:57Pour se remettre
28:59d'un léger accident,
29:00il se procure
29:01une ordonnance spéciale.
29:03La prescription précise
29:04que la quantité
29:05d'alcool
29:06est indéfinie,
29:07mais que les exigences
29:08minimales
29:09doivent être
29:10d'au moins
29:10250 cl par jour.
29:15cette stratégie
29:16de l'alcool
29:17médicament
29:17va être utilisée
29:19par de nombreuses
29:20marques françaises
29:21pour tirer
29:21leur épingle
29:22du jeu.
29:25Elles vont aussi
29:26bénéficier
29:26de l'essor
29:27de la cocktail culture
29:28dans les speckisies.
29:31Pour masquer
29:32le goût désagréable
29:33des alcools
29:33fabriqués
29:34par les moonshiners,
29:35les barmen américains
29:36font preuve
29:37de créativité
29:38en y associant
29:39du cointreau,
29:40du cognac,
29:41du cherry brandy
29:42ainsi que d'autres
29:43alcools français
29:44de qualité,
29:45mais aussi
29:46des jus de fruits frais
29:47et des sirops sucrés.
29:51Ainsi naissent
29:52le sidecar
29:52ou le daisy,
29:54des cocktails
29:54d'un nouveau genre
29:55qui vont inscrire
29:56l'utilisation
29:57des liqueurs françaises
29:58dans la durée.
30:00A Saint-Pierre,
30:02Moraes et Père
30:03ne comptent d'ailleurs
30:03pas passer à côté
30:04de cet aspect
30:05du business,
30:05plus chic
30:06et surtout
30:07beaucoup plus lucratif
30:08que le rhum
30:09d'Emerara.
30:12Il ordonne
30:13à son fils,
30:13Henry,
30:14de se rendre
30:14à Chicago
30:15pour rencontrer
30:16un certain
30:16monsieur Torrio
30:17qui souhaite
30:18passer une importante
30:19commande.
30:24Ce monsieur Torrio,
30:26qui reçoit
30:27fort aimablement
30:28le jeune Frenchy
30:28dans la modeste
30:29salle de restaurant
30:30de Lothron Inn,
30:32a l'air
30:32d'un bon père
30:33de famille,
30:34malgré la cicatrice
30:35qui balafre
30:36sa joue gauche.
30:39Henri le trouve
30:40même sympathique.
30:41Pourtant,
30:43Torrio n'est pas
30:43son vrai nom,
30:45mais celui
30:45de son ancien patron.
30:49Le bootlegger
30:50Saint-Pierré
30:51vient de rencontrer
30:52Al Capone
30:53en personne.
30:55Le célèbre gangster
30:56qui terrorise Chicago
30:57entretient un business
30:59avec Saint-Pierre
31:00et Miquelon.
31:01Celui que l'on surnomme
31:02Scarface
31:03impose sa loi
31:04dans le trafic
31:05de l'alcool
31:06de contrebande
31:06grâce à des fournisseurs
31:08diversifiés,
31:09une violence sans limite
31:10et un système
31:11de corruption
31:12quasi généralisé.
31:14Selon un procureur
31:15américain,
31:16on estime presque
31:17à 2 milliards
31:18de dollars actuel
31:19le chiffre d'affaires
31:20de son organisation,
31:21qui inclut également
31:22casinos
31:23et réseaux de prostitution.
31:26Le jeune Saint-Pierré
31:27l'a échappé belle.
31:28Le lendemain
31:29de leur rencontre,
31:30alors qu'Henri
31:31est dans le train
31:31qui le conduit
31:32vers Halifax,
31:33le maître de Chicago
31:34échappe au même endroit
31:36et à la même heure
31:37à une attaque
31:38à la mitraillette.
31:39Plus de 1000 douilles
31:41de balles
31:42seront retrouvées
31:42sur place
31:43et deux employés
31:44du restaurant
31:45y laisseront la vie.
31:55À Saint-Pierre-et-Miquelon,
31:56on est confronté
31:57à un problème de taille.
32:00Les billets verts
32:02s'accumulent tellement
32:02qu'on ne sait plus
32:03comment les stocker.
32:06Deux banques
32:07se partagent le marché.
32:09L'une est métropolitaine,
32:10la Banque des îles,
32:12propriété
32:12de la Morue française.
32:14Malgré l'augmentation
32:15considérable
32:16des volumes d'espèces,
32:17elle ne subira
32:18aucune inspection
32:19de la Banque de France
32:20durant toute la période
32:21de la prohibition.
32:24La deuxième,
32:26la Canadian Bank
32:27of Commerce,
32:28gère avec son agence
32:29Saint-Pierre-et-S
32:30les plus grosses affaires
32:31du temps du whisky.
32:34Toutefois,
32:35pour ne pas mécontenter
32:37les Etats-Unis,
32:37chez qui la banque
32:38a de nombreuses agences,
32:40les dirigeants
32:41maquillent les comptes
32:42avec de farfelus bénéfices
32:44extraordinaires
32:44de la pêche
32:45qui a pourtant
32:46drastiquement diminué.
32:51Notre archipel
32:52gagne une réputation
32:53croissante
32:53de centre principal
32:54de la fraude.
32:56La contrebande
32:57apporte une richesse
32:58inespérée
32:59au budget.
33:02L'argent n'a pas
33:03d'odeur
33:03et celui de l'alcool
33:05encore moins.
33:06Après des déficits
33:08annuels récurrents,
33:09le budget de la colonie
33:10devient excédentaire.
33:12La métropole
33:13autorise l'archipel
33:14à se constituer
33:15une caisse
33:15de réserve conséquente.
33:17L'activité commerciale
33:18à Saint-Pierre-et-Miquelon
33:19atteint les 300 millions
33:21de francs.
33:34L'argent coule à flot
33:36et la colonie
33:37se transforme.
33:43Les recettes supplémentaires
33:44permettent
33:44de nombreux investissements
33:46comme l'aménagement
33:47du port.
33:49On creuse
33:50des égouts,
33:51l'hôpital
33:52et les bâtiments
33:53administratifs
33:53sont rénovés.
33:58On construit
33:59un barrage
34:00pour l'adduction
34:00d'eau en ville
34:01et les routes
34:02sont enfin bitumées.
34:09Saint-Pierre-sambéli.
34:12Aménagement
34:13de la place
34:13du gouvernement
34:14en square.
34:16Monument aux morts
34:17dignes de ce nom.
34:19La ville
34:20n'a jamais autant
34:20ressemblé
34:21à la métropole.
34:24La vie des habitants
34:26s'améliore
34:26et l'on en profite
34:27enfin.
34:31Automobiles,
34:32gramophones,
34:33TSF,
34:34le rêve américain
34:36est à portée de main.
34:39Les loisirs
34:40ne sont pas oubliés
34:41comme en témoigne
34:43la construction
34:43de cours de tennis.
34:48Certains se constituent
34:50de véritables fortunes.
34:52On dépasse
34:52le million
34:53de caisses d'alcool
34:54vendues
34:55en un an.
35:01Le procès
35:02s'est bien rodé.
35:03Dans les entrepôts
35:04de Saint-Pierre,
35:05l'alcool
35:06qui arrive
35:06dans des caisses
35:07de bois
35:07ou des barriques
35:08est reconditionné
35:09par d'anciens pêcheurs
35:11souvent pauvres
35:11qui voient
35:12leur salaire décuplé.
35:23payés en dollars,
35:25ces petites mains
35:26du trafic
35:26passent des nuits
35:27entières
35:28à vider les caisses
35:29et à emmailloter
35:29les bouteilles
35:30une par une
35:31avec de la paille
35:32dans des sacs de toile
35:33pour faciliter
35:34les transferts
35:35en mer.
35:39plus discrets
35:40plus faciles
35:41aussi à dissimuler
35:41dans les cales
35:42des bateaux
35:42ce reconditionnement
35:44de la marchandise
35:45va fournir
35:46de l'emploi
35:46à des centaines
35:47de personnes.
35:57Insulaire,
35:58les Saint-Pierret
35:59ne jettent rien.
36:00Les planches
36:01des caisses de bois
36:02servent à fabriquer
36:03les planchers
36:04et les murs
36:04des maisons.
36:09Les chutes
36:10non exploitables
36:11finissent dans les poils
36:12des salons
36:12et des cuisines
36:13pour chauffer
36:14les intérieurs.
36:19Sur les quais
36:19c'est un balai
36:20incessant
36:21de va-et-vient.
36:22On charge
36:23ou décharge
36:24des bateaux
36:24à l'aide
36:24de charrettes à cheval
36:25puis bientôt
36:26grâce à des camions
36:28Ford
36:28achetés spécialement
36:29pour transporter
36:30la marchandise
36:30des quais
36:31aux entrepôts.
36:44Si Saint-Pierre
36:45est le cœur
36:45logistique du trafic
36:48la plupart des échanges
36:49ont lieu
36:50en haute mer
36:51au-delà
36:51des 12 000
36:52nautiques
36:53des côtes
36:53américaines
36:54le long
36:55d'une ligne
36:55appelée
36:56ironiquement
36:56par les bootleggers
36:58le Rum Row
36:59ou
36:59boulevard du Rum.
37:17Les bateaux
37:18Saint-Pierré
37:19quittent l'archipel
37:20les cales
37:20pleines de marchandises
37:21pour rejoindre au large
37:23des points de rendez-vous
37:24fixés à l'avance
37:24par des messages
37:25radiocodés.
37:32
37:33les livreurs
37:34transbordent la marchandise
37:36sur des navettes rapides
37:37plus petites et plus discrètes
37:38les Rum Runners
37:40qui rejoignent ensuite
37:41le continent
37:54les gardes-côtes
37:55américains
37:55s'organisent
37:56et se dotent
37:56de patrouilleurs
37:57lourdement armés
38:05afin de les contrer
38:07dans ce jeu
38:07du chat et de la souris
38:08la mafia s'équipe
38:10elle aussi
38:10en rachetant à la Navy
38:12d'anciens chasseurs
38:12de sous-marins
38:13datant de la première
38:14guerre mondiale
38:15que l'on aménage
38:16spécialement
38:17pour le trafic
38:22un chantier naval
38:23de Nouvelle-Écosse
38:23au Canada
38:24se fait une spécialité
38:26dans la construction
38:27de navires
38:27pour trafiquants
38:33la course à la vitesse
38:35pousse certains
38:36à équiper
38:37leur embarcation
38:37de moteurs d'avion
38:38pour ne laisser
38:39aucune chance
38:40aux gardes-côtes
38:45ces navires
38:46de la contrebande
38:46sont tellement performants
38:48que beaucoup
38:49n'hésitent plus
38:50à venir s'approvisionner
38:51directement
38:52à Saint-Pierre
38:57Les navires de fraude
38:58donnent au port
38:59de Saint-Pierre
39:00une animation pittoresque
39:01de jour comme de nuit
39:02les vedettes
39:03du trafic
39:04entrent
39:04sortent
39:05chargent
39:06et déchargent
39:06en totale liberté
39:12Sur le continent
39:14les points d'entrée
39:15les plus importants
39:16sont ceux de la région
39:17de New York
39:18Boston
39:18de New Jersey
39:20et plus au nord
39:21des provinces
39:22maritimes du Canada
39:28Pour tromper les gardes-côtes
39:30les bootlegers
39:31se montrent inventifs
39:32ils changent
39:33les plaques
39:34d'identification
39:34des navires
39:35utilisant un nom
39:36à Saint-Pierre
39:37et un autre
39:38en haute mer
39:40Pour masquer
39:41leur fuite
39:42ils installent
39:43d'ingénieux systèmes
39:44de production
39:44de fumée
39:45dans la salle
39:45des machines
39:49Tout est bon
39:50pour échapper
39:51à la police
39:52c'est que le jeu
39:53est dangereux
39:55En cas de fuite
39:56les gardes-côtes
39:57qui peuvent ouvrir
39:58le feu
39:58à partir de 1925
40:00même dans les eaux
40:01territoriales françaises
40:02sont sans pitié
40:05Les navires contrebandiers
40:07sont criblés de balles
40:08et en cas de prise
40:09coulées
40:10dans les eaux internationales
40:13Pour les marins
40:14qui se font arrêter
40:15c'est la prison
40:16à coup sûr
40:20Certains Saint-Pierrets
40:21en feront
40:22la mer expérience
40:27Les bootleggers
40:28opèrent principalement
40:29de nuit
40:29et sous doigt
40:30les douaniers américains
40:31pour pénétrer
40:32dans les ports
40:33Quand l'affaire
40:34est impossible
40:35ils débarquent
40:36la marchandise
40:37directement sur les plages
40:47Si les contrebandiers
40:49craignent les gardes-côtes
40:50ils redoutent encore plus
40:52les cutters
40:53Ces véritables pirates
40:55pillent les cargaisons
40:57des bateaux
40:57en haute mer
40:58comme le Mulhouse
41:00un vapeur
41:01de la morue française
41:02qui subit
41:03un véritable abordage
41:08Alors qu'il est en attente
41:09pour écouler une cargaison
41:10de 36 000 caisses
41:11non loin de New York
41:13le cargo se fait braquer
41:14par une bande de gangsters
41:16particulièrement violent
41:23Pendant dix longues journées
41:25l'équipage maltraité
41:26est contraint
41:27de transborder
41:28sa précieuse cargaison
41:29à une flottille de pillards
41:32Le navire français
41:34est mis hors d'usage
41:35sa radio détruite
41:37et il dérive
41:38durant trois jours
41:39avant d'être secouru
41:42Cette affaire du Mulhouse
41:44fera grand bruit
41:45dans les ports français
41:46de Brest
41:46de Bordeaux
41:47et du Havre
41:54Loin des cutters
41:55et de la violence
41:56du trafic
41:57la très chic
41:58compagnie générale
41:59transatlantique
42:00société française
42:01basée au Havre
42:02possède des paquebots
42:03qui font la liaison
42:04avec New York
42:05la Nouvelle Orléans
42:06et San Francisco
42:10Les lignes vers New York
42:11représentent la moitié
42:13des recettes de la compagnie
42:16Dès 1926
42:18le nombre de passagers
42:19américains de première classe
42:21augmente de 20%
42:24C'est que sous pavillons français
42:26on peut boire sans contrainte
42:28les vins sont gratuits à bord
42:31Le paquebot Île-de-France
42:33sorti des chantiers navals
42:35de Saint-Nazaire
42:35est considéré alors
42:37comme le plus grand bar
42:38de l'Atlantique
42:43Véritable ambassadeur
42:44du savoir-vivre
42:45à la française
42:46les premières classes
42:47de ces palaces flottants
42:48proposent des soirées champagne
42:50où la jet set internationale
42:52s'amuse en toute discrétion
42:54comme sur cette photo
42:55où Buster Keaton
42:57et Maurice Chevalier
42:58profitent d'une traversée
42:59bien arrosée
43:00à bord de l'île de France
43:04Les magazines
43:05édités à bord
43:06voient apparaître
43:07des publicités
43:08pour les alcools français
43:10Parmi ces alcools promus
43:11le Cognac
43:12y tient une belle place
43:18L'une des marques
43:19qui s'exportent alors
43:20aux Etats-Unis
43:20comme médicament
43:21est le Cognac Monet
43:23une maison créée
43:24par le père de Jean Monet
43:26et dans laquelle
43:27le futur inspirateur
43:28de l'Europe
43:28va commencer à travailler
43:30très jeune
43:33après un parcours brillant
43:35de hauts fonctionnaires
43:35interalliés
43:36durant la guerre
43:37il devient secrétaire général
43:38adjoint de l'ancêtre
43:39de l'ONU
43:40la Société des Nations
43:41mais doit délaisser
43:43ses fonctions officielles
43:44en 1923
43:45pour redresser
43:46les affaires familiales
43:47le dépôt de bilan
43:48de la maison Monet
43:49n'est pas loin
43:52il obtient un prêt
43:54d'une banque canado-américaine
43:55vend les précieuses eaux de vie
43:57qu'avait gardé son père
43:58en véritable trésor
43:59de la famille
44:00et se rend plusieurs fois
44:01au Canada
44:02notamment à Montréal
44:03pour y écouler
44:04la production charentaise
44:09plusieurs livraisons
44:10du fameux vin brûlé
44:11seront également effectuées
44:13directement à Saint-Pierre-et-Miquelon
44:17sauvées par cet apport
44:18d'argent frais
44:19les Cognac Monet
44:20s'en sort
44:21le futur père de l'Europe
44:23confie alors
44:24l'affaire familiale
44:25à ses cousins
44:29Cognac
44:30Armagnac
44:31Grand Vin
44:32tous ces produits
44:33du terroir aquitain
44:34transitent par le port
44:35de Bordeaux
44:36qui bénéficient
44:37de cet appel d'air
44:43premier port d'armement
44:45au début du siècle
44:45il connaît
44:46une nouvelle renaissance
44:50des centaines de navires
44:51se dirigent
44:52chaque année
44:52vers Saint-Pierre-et-Miquelon
44:53pour y acheminer
44:54les commandes américaines
44:57les retombées économiques
44:59sont importantes
44:59pour la ville
45:00qui n'avait pas connu
45:01une telle effervescence
45:02depuis la grande guerre
45:17Côté américain
45:18on n'en peut plus
45:23En 1927
45:24exaspérés par l'attitude
45:25des autorités françaises
45:27les Etats-Unis
45:28veulent couper les sources
45:29du trafic en Europe
45:32Le chef du service
45:33de la prohibition
45:34le général Andrew
45:35se rend en personne
45:37à Paris
45:37pour convaincre
45:38le gouvernement
45:39de mettre un terme
45:39à l'importation
45:40d'alcool à Saint-Pierre
45:43Les rencontres
45:44sont courtoises
45:45et aimables
45:45Les petits plats
45:47sont mis dans les grands
45:48On sert même
45:49des dîners sans alcool
45:50Toutefois
45:50les autorités françaises
45:52le renvoient
45:53de service en service
45:54et minimisent
45:55le rôle de leur colonie
46:00Officiellement
46:01les deux alliés
46:02restent en bon terme
46:05Mais les patrouilleurs
46:06américains
46:06augmentent leur pression
46:07dans les eaux territoriales
46:08françaises
46:09autour de Saint-Pierre
46:20Un coup de tonnerre
46:21va cependant annoncer
46:22le début de la fin
46:23pour ce business
46:24bien rodé
46:26Le jeudi 24 octobre
46:281929
46:28la bourse de New York
46:30s'effondre
46:31et plonge
46:32les Etats-Unis
46:32et le monde
46:33dans la Grande Dépression
46:35la plus grave
46:36crise économique
46:37de l'histoire
46:41Conséquence immédiate
46:43le chômage
46:44frappe de plein fouet
46:46des millions d'Américains
46:47qui basculent alors
46:48dans la misère
46:54Même si les saisies
46:55d'alcool
46:56se font plus nombreuses
46:57l'opinion publique
46:58américaine
46:59supporte de moins en moins
47:00l'hypocrisie
47:01des élites
47:02qui défendent
47:03la prohibition
47:03et boivent un verre
47:05une fois arrivées
47:05chez eux
47:17C'est le cas
47:17de Pauline Morton Sabine
47:19qui en 12 ans
47:21a changé d'avis
47:22sur les bienfaits
47:22de la prohibition
47:24Brouillée avec le parti républicain
47:26qui veut renforcer
47:27les lois anti-alcool
47:28elle crée
47:29l'organisation féminine
47:31pour la réforme
47:32de la prohibition
47:36Elle organise
47:37des meetings
47:38et des manifestations
47:39dans tout le pays
47:42A la tête
47:42d'un million et demi
47:43d'adhérentes
47:44elle change
47:45le regard
47:46de l'opinion publique
47:47américaine
47:49J'ai compris ceci
47:51que mes garçons
47:52boivent ou non
47:53est de ma responsabilité
47:54et non de celle
47:55du gouvernement
47:57Dire aux citoyens
47:58ce qu'ils doivent
47:59ou ne doivent pas faire
48:00dans leur conduite personnelle
48:01est une chose
48:02que le gouvernement
48:02ne devrait pas avoir
48:03à juger
48:05Les manifestations
48:06pour abolir
48:07la prohibition
48:08sont de plus en plus
48:09nombreuses
48:11Les riches familles
48:12qui ont soutenu
48:13l'anti-Saloon League
48:14changent de camp
48:15elles aussi
48:16En décembre 1932
48:18le démocrate
48:19Franklin Delano Roosevelt
48:21est élu président
48:29A peine arrivé au pouvoir
48:30le nouveau congrès
48:32vide de leur substance
48:33les lois anti-alcool
48:35Un an plus tard
48:36l'Utah
48:37et le dernier état
48:38a voté
48:39la fin de la prohibition
48:41Le président Roosevelt
48:43soulagé
48:44est ravi
48:44de tourner la page
48:45et déclare à la presse
48:47Ce dont l'Amérique
48:48a besoin maintenant
48:49c'est d'un verre
48:53En France
48:54l'ambiance
48:55n'est plus à la fête
48:57Le rideau est tombé
48:58sur les années folles
48:59qui sont belles
49:00et bien terminées
49:01et le nouveau chancelier
49:03allemand
49:03arrivé au pouvoir
49:04au début de l'année 1933
49:06inquiète au plus haut point
49:07les démocraties européennes
49:16Dans le port de Saint-Pierre
49:18les bateaux du trafic
49:19se font de plus en plus rares
49:22Il faut se débarrasser
49:24au plus vite
49:24des stocks d'alcool
49:25alors que les prix
49:26s'effondrent
49:27Les sociétés d'import-export
49:29ferment
49:29les unes après les autres
49:31et les recettes douanières
49:32fondent
49:33comme neige au soleil
49:35Pour compenser
49:36ces pertes financières
49:37le gouverneur
49:39de l'archipel
49:39augmente les impôts
49:41Une émeute éclate
49:43à Saint-Pierre
49:46Les meneurs
49:47sont conduits
49:48en prison
49:48mais la foule furieuse
49:50démolit la porte
49:51et les en fait sortir
49:54Pour calmer les esprits
49:56le gouvernement
49:57envoie des fusillés marins
49:58rétablir l'ordre
50:05Progressivement
50:06les petites mains
50:08de la contrebande
50:08se retrouvent au chômage
50:10Les Saint-Pierre
50:12dont l'avenir
50:13s'annonce bien sombre
50:14referment avec amertume
50:16la parenthèse enchantée
50:24En ce 5 décembre 1933
50:26jour officiel
50:28de la fin de la prohibition
50:29les camionnettes
50:31du trafic
50:32drapeaux américains
50:33et français en berne
50:34défilent dans les rues
50:35de Saint-Pierre
50:36dans un ultime
50:38baroud d'honneur
50:41C'est le retour
50:42à la caisse départ
50:43pour Saint-Pierre et Miquelon
50:45L'île au Champagne
50:47redevient l'île
50:47de la pêche à la morue
51:13La France
51:14qui a su profiter de la situation
51:17lâche sa colonie
51:19Le gouvernement
51:20cède enfin à Washington
51:22Un consul américain
51:23est nommé sur l'archipel
51:27Immédiatement
51:28ce dernier s'emploie
51:29à dresser la liste
51:30des Saint-Pierre
51:31ayant participé
51:32au trafic d'alcool
51:33Le nom d'Henri Morazé
51:35y figure en bonne place
51:36et les Etats-Unis
51:37garderont toujours à l'œil
51:39ce petit caillou
51:40dans leur précaré
51:47Cette parenthèse rocambolesque
51:49aura permis d'installer
51:50durablement les vins
51:51et les spiritueux français
51:52sur le marché américain
51:54Leur renommée acquise
51:55durant cette période
51:56perdure encore aujourd'hui
52:00Les Etats-Unis
52:01sont le premier
52:02débouché des vins français
52:03et représentent
52:04plusieurs milliards
52:04d'euros d'exportation
52:07Toutefois
52:07les gouvernements
52:09américains
52:09utiliseront régulièrement
52:11comme moyen de pression
52:12envers la France
52:12des surtaxes
52:14imposées sur ce fleuron hexagonal
52:26Des années plus tard
52:27Henri Morazé
52:29devenu une véritable légende
52:31n'hésitera pas
52:32devant les caméras
52:33de télévision
52:33à raconter son histoire
52:36avec un brin de malice
52:37J'ai été chercher
52:406 000 gallons de rhum
52:42de Demorora
52:42que j'ai payé
52:4425 cents le gallon
52:45et que j'ai revendu
52:47au Canada
52:47pour 13 dollars le gallon
52:48C'est une bonne opération
52:50C'est une sacrée bonne opération
52:52Vous n'aviez pas
52:52des gardes-côtes
52:53aux fesses
52:53de temps en temps ?
52:54Oui, oui, oui
52:55mais on les payait
52:56entre nous
52:56il faut le dire
53:25Sous-titrage Société Radio-Canada
53:29Sous-titrage Société Radio-Canada
53:35Sous-titrage Société Radio-Canada
53:38Sous-titrage Société Radio-Canada
53:43Sous-titrage Société Radio-Canada
53:45Sous-titrage Société Radio-Canada
53:45Sous-titrage Société Radio
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