00:00Les mots politiques ont un impact extrêmement fort et je pense que certaines personnalités
00:06politiques le sous-estiment et ils ne devraient pas.
00:08Vous avez assez de cette bande de racailles, on va vous en débarrasser.
00:12Il est pratiquement 17h, très heureux de vous retrouver sur France Info.
00:15Quelle image tu veux perdre toi ?
00:16Évidemment la dalle d'Argenteuil et la Lée Normande, le quartier de mon enfance.
00:19Tu es venu avec un objet ?
00:21Je suis venu avec une caméra mini-DV avec laquelle j'ai filmé au quotidien mon quartier,
00:26mes pôles d'enfance.
00:27Mon grand frère m'avait offert une caméra numérique.
00:29Dès le départ c'était de la grosse curiosité dans le quartier, tout le monde voulait filmer.
00:33Ce que je faisais c'était de filmer tout ce qu'on faisait au quotidien.
00:35On s'ennuyait, on jouait au foot, nos clips de rap, nos fausses émissions de télé,
00:39les contrôles de police aussi.
00:40C'était une façon pour moi d'enregistrer, d'immortaliser notre intimité à Argenteuil.
00:44Il y avait cette rumeur dans le journal Le Parisien, sur la Une d'ailleurs,
00:47un petit encart comme ça qui disait que le ministre de l'Intérieur de l'époque,
00:50Nicolas Sarkozy, allait venir sur la dalle d'Argenteuil.
00:52Je l'ai suivi lors de sa déambulation sur la dalle d'Argenteuil et arrivé au pied de cet immeuble,
00:56une habitante interpelle et à ce moment-là, il lance cette fameuse phrase.
00:59Vous avez assez de cette bande de racailles, on va vous en débarrasser.
01:03La ministre d'État, le Premier Philippe de France, utilise cette insulte-là.
01:07Forcément, ça provoque énormément d'émotions.
01:09Les gens se sont sentis insultés et humiliés.
01:12Les mots politiques ont un impact extrêmement fort.
01:15Et je pense que certaines personnalités politiques le sous-estiment.
01:17Ils ne devraient pas.
01:18J'étais devant lui à ce moment-là, je me sentais concerné, je me sentais visé,
01:21même si je n'étais pas un délinquant, que j'étais jeune étudiant.
01:23C'est super de lutter contre la sécurité,
01:25mais vous ne pensez pas que les jeunes vont se sentir un petit peu de tout le monde dans le même sac ?
01:28Je réponds clairement à ce moment-là.
01:30Je parle des foyaux.
01:31Et un foyau, quel que soit son âge, c'est un foyau.
01:34Je ne savais pas que 20, 20 ans, 25 ans après, que ça allait servir pour un documentaire.
01:39Je me sentais redevable, vis-à-vis de mon quartier d'enfance,
01:42de revenir raconter leur histoire, ce qu'ils sont devenus mes potes d'enfance.
01:45On avait tous des rêves à l'époque.
01:46Et c'était voulu de nous salir.
01:48Nous, c'est senti humilié.
01:49Et cette étiquette, elle nous a collé à la peau.
01:51Leurs rêves se sont transformés au service des autres.
01:53Les potes d'enfance se sont sacrifiés pour combler un vide immense
01:57qui est censé combler l'État et les services publics.
02:00C'est aussi une manière pour moi de le rendre hommage.
02:02Mais ce que je veux surtout raconter dans ce film,
02:04c'est que la réussite, ça ne veut pas dire partir d'où l'on vient
02:08et quitter le Val d'Argenteuil.
02:10Réussir, c'est aussi rester dans son quartier.
02:12C'est rester debout, rester digne, rester au service des autres.
02:16On n'est pas des racailles.
02:16Le documentaire sort ce dimanche sur France 5 à 23h20
02:20et sur France.tv aussi.
02:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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