00:13Bonjour Jean-Jacques, quand on voit le décor, ça rappelle quelques souvenirs ?
00:17Ça me rappelle quand je venais avec mon petit Vaurien, j'arrivais de l'île de Ré et j'arrivais
00:22par ici, ici,
00:24où on se donnait rendez-vous avec tous les copains qui avaient aussi des petits Vauriens.
00:29Un Vaurien, c'est un bateau alors ? C'est pas vous le Vaurien.
00:33Et puis de là, on repartait après sur Oléron. Et puis une fois Oléron, on revenait directement à l'île
00:41de Ré.
00:41Et là, on est à La Rochelle et là, le public va te retrouver Jean-Jacques.
00:47Ben oui, mais je te cache pas que j'ai un trac à couper au couteau.
00:54Encore maintenant le trac ?
00:55Ah oui, de plus en plus.
00:57C'est vrai ?
00:58Mais ça marche avec l'âge aussi.
01:00Oui. Mais le trac de quoi ? De se dire, est-ce que ce public va... Comment on va lui
01:05parler ? Comment on va partager les chansons ?
01:07Parce que je le connais pas bien maintenant. Tous les amis que j'avais ici, la plupart sont plus là.
01:13Beaucoup sont morts. Beaucoup sont... Et je sais pas trop à qui je vais m'adresser.
01:18Oui, mais moi, je me dis ici, il y a eu des hommages à des gens que tu as tellement
01:22aimés. Par exemple à Charles Trenet.
01:24Ben oui.
01:24Et c'est Charles Trenet qui t'a fait pratiquement débuter.
01:26Qui m'a fait débuter.
01:27C'est vrai ?
01:29C'est vrai ?
01:29Oui. Et du reste, dans mon tour de chant, je chante deux chansons de lui, toujours, depuis toujours.
01:38Parce que je trouve que le temps passe, c'est vrai.
01:43Mais je trouve que Trenet a quand même été, et toujours, le chef de file de, moi, ce que j
01:50'appelle la vraie belle chanson française.
01:52Oui, oui. Par exemple, une chanson de Trenet que tu chantes, ça serait laquelle ?
01:56Un jour, le diable fit une java, qui avait tout l'air d'une mazurka.
02:01Pals à trois temps, il ne savait pas ce qu'il venait de composer là.
02:05Ah, aussitôt la terre entière, par cet air fut enchanté, aux dancings au cimetière, tout le monde la chantait.
02:13Puis un jour, tout devint tranquille, on n'entendit plus de java.
02:17Dans les chants et dans les villes, savez-vous pourquoi ?
02:19Parce que le diable s'aperçut qu'il ne touchait pas de droit d'auteur.
02:24Tout ça, c'était de l'argent de foutu, puisqu'il n'était même pas éditeur.
02:28Extraordinaire.
02:29Allez, remportons notre petite musique et retournons au francophonie.
02:32Voilà, c'est Jean-Jacques Debout qui chante Trenet.
02:35Alors, tu pourrais aussi chanter, parce qu'il y a des gens qui ont canté dans tes débuts,
02:39par exemple, Zizi Jean-Mère, Patachou.
02:41Ah, ben, j'ai écrit pour eux.
02:42Oui.
02:43J'ai écrit pour Yves Montand, j'ai écrit pour Juliette Gréco, j'ai écrit pour pas mal de gens.
02:49Oui, oui, mais c'est vrai, alors Patachou te fait rentrer un peu dans les cabarets.
02:54Dans son cabaret.
02:55Oui.
02:55Oui, et c'est là où je démarre avec ma chanson « Les boutons dorés ».
03:00C'était 58 et le succès du disque est arrivé en même temps que Serge Gainsbourg avec
03:09« Le poinçonneur des Lilas ».
03:11Oui.
03:11Et avec Serge, on a fait pendant trois ans pratiquement les mêmes cabarets.
03:16C'était lesquels ?
03:17Et alors, on a fait le Collège Jean, on a fait la Ville d'Hadès, on a chanté ensemble
03:23aussi chez ma cousine.
03:25Et là, il était comment, Gainsbourg, à ce moment-là ?
03:27Bon, il pouvait pas se coucher.
03:30On faisait tous les bars de Pigalle jusqu'à 7-8 heures du matin.
03:36Je lui disais « Viens, on rentre, Serge, il faut que je rentre ».
03:38Il me disait « Non, mais non, on a le temps, on a le temps, on a le temps ».
03:41Après, on allait manger aux Champs-Elysées, dans un truc où il y avait le pianiste noir
03:47qui s'appelait Joe Turner, qui avait été le premier pianiste de Frank Sinatra.
03:54Oui, quand même.
03:56Alors, avec Serge, quand je rencontrais, on disparaissait trois jours, plus personne
04:02savait où on était.
04:04Tu as connu quand même de Sacré-Lasca, à l'école, copain de Jacques Messrine.
04:09Parce que je servais la messe avec lui.
04:12On m'avait choisi pour servir la messe avec lui.
04:15À faire la messe avec Messrine.
04:17Oui, tu sais, il y avait des enfants de chœur à l'époque.
04:21C'était pas un enfant de chœur après.
04:23Non, mais alors il me disait toujours « Tu verras, un jour, on parlera de moi ».
04:27Et comme quand on allait à Paris le week-end, sa grand-mère nous donnait des places
04:34pour aller voir les films de série X à Pigalle, puisqu'elle était gardienne à Pigalle.
04:43Et il me disait « Tu verras, un jour, on parlera ».
04:45Mais moi, je pensais qu'il voulait être acteur de cinéma, puisqu'il me disait toujours
04:48« On va parler de moi ».
04:49Mais je pensais pas que lui, il pensait à autre chose.
04:53Alors évidemment, les boutons dorés, cette chanson qui parlait des orphelins.
04:57Oui, ben oui.
04:59Un petit, qu'est-ce qu'elle avait, un petit père ?
05:00C'est l'histoire de juillis, un peu.
05:03Parce qu'à juillis, quand je suis arrivé, j'avais 7 ans.
05:07Et le général de Gaulle avait demandé à tous les collèges de France d'accueillir
05:11des orphelins de guerre.
05:13Parce qu'il n'y en avait pas assez d'orphelinats.
05:15Et alors là, Jacques Mérine, que j'appelais Jackie, il est devenu le chef de bande de
05:22tous les orphelins.
05:24Il leur achetait des chaussures quand ils avaient les semelles qui prenaient l'eau.
05:28Et il demandait à sa mère de l'argent pour eux.
05:31Et il était adoré.
05:33Il faut savoir que c'était quelqu'un qui était adoré par tous ces pauvres gosses.
05:37Oui, en casquette à boutons dorés.
05:40En casquette à galons dorés.
05:42Tout au long des jeudis sans fin, voyaient passer les orphelins.
05:46Voilà.
05:46Et puis alors, une rencontre assez rapidement, c'est Johnny.
05:50Ah oui.
05:50Parce que tu vas lui écrire « D'où viens-tu, Johnny ? »
05:54La musique de ce film qui va se tourner en Camargue, dans lequel il y a cette chanson
06:00« Pour moi, la vie va commencer », que tu écris pour Johnny.
06:02Oui, il m'avait demandé de venir à Castelnaudary pour rencontrer Réventura,
06:08qui était le producteur du film.
06:11Et Réventura avait amené Abel Gans, qui devait faire la mise en scène.
06:16Et Johnny me dit « Mais qui c'est ce vieux-là ? Qui c'est ? »
06:19Je lui ai dit « Tu ne te rends pas compte, c'est Abel Gans. »
06:22C'est lui qui a fait le plus grand chef-d'oeuvre du cinéma français,
06:26le Napoléon d'Abel Gans.
06:28Et il me dit « Tu crois qu'il l'a connu ? »
06:32Ça, c'est Johnny.
06:33C'est Johnny.
06:34C'est Johnny qui se produisait il y a encore 3 ans, 4 ans ici,
06:37en francophonie sur la Grande Seine.
06:38Je pense à lui aujourd'hui, bien sûr, je pense à lui.
06:42Et puis, il venait souvent à l'île de Ré quand j'avais ma maison.
06:44Il est venu passer…
06:46Il n'y avait qu'un an quasiment, c'est ça ?
06:48Oh, plus ! Plus !
06:49Mais plus !
06:50Et puis, il a même vécu à Paris à la maison.
06:53Mais on venait… J'avais une maison à Saint-Martin-dré.
06:56On venait passer tous les Noëls pendant 5-6 ans, on est venu ici.
07:01Je lui avais même trouvé une maison que je lui avais fait acheter.
07:04Et il n'y est jamais venu.
07:06C'est vrai, alors évidemment, il faut parler de cette rencontre avec Chantal Goyard,
07:11qui était comédienne pour Godard.
07:14Oui, oui.
07:15Et ça fait plus de 50 ans, l'histoire entre vous, bien sûr.
07:19Alors, on dit qu'elle, elle vit le jour et toi, tu vis la nuit.
07:23C'est vrai, ça ?
07:24Plus maintenant.
07:25Plus maintenant ?
07:26Non.
07:27Et là, elle revient au Palais des Congrès, dans mon spectacle,
07:30Le Soulier qui vole.
07:31Elle revient à partir du mois d'octobre, pour trois représentations.
07:41Oui.
07:42Mais tu lui as écrit des chansons que la France entière chante encore,
07:46Le Chasseur, Bécassine, et puis bon, des chansons pour les enfants,
07:52des grandes comédies musicales.
07:54Et ça, c'était un bonheur.
07:56Et là, je suis content parce qu'elle va aller faire 10 représentations en Chine.
08:00avec mon spectacle.
08:02Oui, formidable.
08:03Alors que tout le monde me disait, oh, dans un an, la petite Chantal Goya,
08:06on ne la reverra plus.
08:08Et ça fait 50 ans bientôt que ça dure.
08:10Ça dure et ça continue.
08:12Alors, si on revient en arrière, tu écris pour Sylvie Vartan,
08:15mais ça, c'est important.
08:16Oui, oui, comme un garçon, j'ai les cheveux.
08:18Comme un garçon ?
08:19Je porte un blouson.
08:21Oui.
08:21Un édial, un gros 7 ans.
08:22Il y en a un autre, ça s'appelle « Tous mes copains ».
08:24Je crois que c'est la première.
08:25C'est la première qui a marché.
08:26Tous mes copains, quand je les vois passer.
08:30Ça, c'était...
08:31Quand j'ai appris que ça marchait, je n'en revenais pas
08:33parce que moi, je lui avais écrit ça, disons, d'une façon un peu naïve.
08:40Je ne pensais pas que ça pouvait prendre des proportions comme ça.
08:43Oui.
08:43Je chante pour Soigny.
08:45Oui.
08:45Alors ça, c'était au cours d'un numéro 1 de Marietti et Gilbert Carpentier.
08:49Quel souvenir, ça, Jean-Jacques.
08:50Tous ses numéros 1.
08:51Ils travaillaient pendant 11 ans pour eux.
08:53Oui.
08:54Incroyable souvenir.
08:55Les numéros 1, c'était de la télévision complètement folle.
08:58Oui, oui.
08:58Comment ça se passait ?
09:00Préparer des shows, des déguisements avec...
09:03On allait la semaine chez Marietti et Gilbert
09:07et on imaginait les numéros 1 avec André Flédéric,
09:12qui était le réalisateur.
09:14Et on marquait nos idées, on marquait tout.
09:18Et puis Marietti, elle ficelait tout.
09:21Et puis, trois jours après,
09:23on commençait à aller filmer au plateau 17,
09:27début de Chaumont.
09:29Et c'est comme ça que se faisaient les numéros 1.
09:32parce qu'à l'époque,
09:33toutes les vedettes de la chanson
09:36qui participaient au numéro 1
09:37étaient tous copains.
09:39Il n'y avait pas d'agent qui disait
09:40« Ah ben non, tu n'iras pas »
09:43parce que je ne sais pas comment...
09:44Il n'y avait pas de...
09:46Il n'y avait pas de tabou.
09:49Alors je faisais faire un curé à Alain Souchon,
09:52je le faisais descendre à Tours
09:53pour manger des petits fours.
09:57On faisait des fois un peu n'importe quoi,
09:59mais c'était ce qui était drôle.
10:01Mais aujourd'hui, on ne pourrait plus faire ça.
10:03Oui, oui.
10:04Moi, je pense aussi évidemment
10:05à d'autres chansons de toi.
10:07Mais je pense à Redevien Virginie,
10:09qui est une merveilleuse chanson.
10:12Ben oui, j'avais écrit Aline Maurice
10:15à côté de Johnny.
10:18On était partis à Aline Maurice
10:19passer deux, trois jours
10:20parce qu'on avait chanté à La Réunion.
10:23Et puis je lui dis, tu vois,
10:24c'est l'endroit où il y a...
10:25Là, il y avait une pierre
10:29où il y avait marqué
10:30que le Saint-Gérant avait fait naufrage
10:33et que c'est ce qui avait donné l'idée
10:35à Bernardin de Saint-Pierre
10:36d'écrire le roman Paul et Virginie.
10:39Et en fait, Bernardin de Saint-Pierre
10:41avait piqué la femme de Pierre Poivre.
10:44Et c'est Maët de Labourdonnais,
10:46qui était le gouverneur de l'île de France,
10:48ce n'était pas encore Maurice à l'époque,
10:50qu'il l'a fait mettre...
10:51qu'il l'a fait partir à l'île de Bourbon,
10:54qui est devenue après l'île de La Réunion.
10:55Et c'est là qu'il a écrit
10:56le fameux roman Paul et Virginie.
10:58Pour un jour, une nuit,
11:01redevient Virginie.
11:02Et là, ça part.
11:02Il a chanté ce soir.
11:03Et c'est une chanson.
11:04Parce qu'au fond, c'est quoi,
11:05une chanson, Jean-Jacques ?
11:06Comment ça vient, l'idée ?
11:08Une mélodie ?
11:09Comment ça...
11:09C'est quelque chose qui...
11:12C'est quelque chose
11:13qui, dans le subconscient,
11:16germe.
11:16Et sans arrêt, sans arrêt,
11:18on n'arrête pas de se la chanter.
11:20On chante d'abord le début,
11:21puis après, puis on se dit
11:22oui, mais là, il va falloir
11:23que je trouve un pont.
11:24Alors, on chante le pont,
11:26on chante...
11:27Et puis, on finit par...
11:30On finit par un jour
11:31par terminer la chanson.
11:33Et puis, on va au studio
11:34et puis on l'enregistre.
11:36Alors, des fois, ça ne marche pas.
11:38Et puis, des fois, ça marche.
11:39Celle-là, elle a marché
11:40dans le monde entier, à peu près.
11:42Jean-Jacques, c'est un bonheur
11:43de se revoir.
11:45Ici, les francopholies,
11:47rend hommage et salue
11:48l'incroyable artiste que tu es.
11:51Ce mot de cette chanson
11:52pour Johnny,
11:53c'est pour moi,
11:53la vie va commencer.
11:55J'ai l'impression que ça représente
11:56vraiment toute ta vie, ça.
11:58C'est qu'au fond,
11:58il y a un appétit de vivre.
12:00Il y a un appétit.
12:02Raymond Ventura, lui,
12:04avait dit,
12:04mais Johnny,
12:05tu tournes dans 15 jours
12:06en Camargue
12:07et il te faut une chanson.
12:09Tous les films ont une chanson.
12:11Il dit, oui, oui,
12:11je suis bien conscient.
12:13Et bien, il dit,
12:13pourquoi on ne demanderait pas
12:14à Jean-Jacques
12:15puisqu'il est là ?
12:16Et alors, dans l'hôtel de France
12:18à Castelnaudary,
12:19il y avait un petit piano.
12:22Et gentiment,
12:23la patronne m'avait permis
12:25d'en jouer un petit peu.
12:26Et j'ai écrit la chanson
12:27le soir même.
12:28Et Ray Ventura,
12:30derrière le menu,
12:32relevaient tout ce que je lui chantais.
12:33Et c'était, pour moi,
12:34la vie va commencer.
12:36Voilà, elle est née comme ça,
12:37la chanson.
12:38Qu'est-ce qu'elle disait,
12:38cette chanson ?
12:39Grâce à Johnny, quand même.
12:40Pour moi, la vie va commencer.
12:42En revenant dans ce pays,
12:44là où le soleil et le vent,
12:46là où mes amis, mes parents,
12:48avaient gardé mon cœur d'enfant.
12:50Oui.
12:50Et on imagine Johnny à cheval, là,
12:53qui serait là, à La Rochelle.
12:55Mais il venait beaucoup à La Rochelle.
12:56Il avait quoi à l'époque ?
12:57Il avait 18 ans, 17 ans ?
12:59Oui, 18 ans.
13:0017, 18 ans.
13:02Et qui chevauchait la mer
13:04en attendant la vie extraordinaire
13:05qui était devant.
13:06Et la tienne de vie aussi,
13:08Jean-Jacques.
13:08Quelle vie !
13:09On en a fait des conneries
13:10avec Johnny,
13:11si tu savais.
13:12Quelle vie !
13:13Quelle vie incroyable !
13:14Oui, c'est vrai.
13:15Aujourd'hui, je me rends compte.
13:17C'est peut-être ça qui me rend un petit peu triste.
13:19Pourquoi ?
13:20Parce que j'ai beaucoup d'amis,
13:23comme Johnny,
13:25que je sais que je ne le reverrai plus.
13:28J'avais beaucoup d'amis ici.
13:30J'étais très copain de Foulquier.
13:33J'allais à la pêche la nuit,
13:34à la Pibale,
13:35avec son père et lui.
13:37Et j'avais beaucoup d'amis
13:39que je sais bien que je ne reverrai pas.
13:40Bon, enfin, je ne suis pas là
13:41pour faire de la pleurniche.
13:45Mais disons que c'est assez éprouvant
13:47pour moi d'être là.
13:48Oui.
13:49Et en même temps,
13:50le public va te dire
13:51qu'il adore ce que tu es,
13:54ta liberté,
13:55ta franchise.
13:56J'espère.
13:58J'espère.
13:58Mais enfin,
13:59on n'est jamais sûr de rien.
14:01La pétoche,
14:02je le sens.
14:04Et comment ?
14:05Parce que les heures tournent.
14:09On va sonner les trois coups.
14:10C'est Jean-Jacques Debout
14:12qui va arriver sur scène.
14:14Je ne pensais pas qu'à 79 ans,
14:16je me retrouverais là un jour.
14:17Quand je venais sur le port
14:19de La Rochelle
14:20avec ma mère
14:21qui me tenait par la main
14:22parce qu'elle avait,
14:23comme j'aimais les bateaux,
14:25je me précipitais sur tous les bateaux.
14:27Elle avait peur que je tombe dans l'eau
14:29ou carrément sur un bateau.
14:32J'étais ami avec Maurice Delmas
14:33dont le papa avait été
14:36le maire de La Rochelle,
14:37Delmas-Vielgeux,
14:39qui avait été tué par les Allemands
14:40dans son bureau.
14:42Le père, le père.
14:43J'ai connu tout ça ici.
14:45Et là, maintenant,
14:47tu vas chanter.
14:48Voilà.
14:49Comme au premier jour.
14:50J'espère, j'espère.
14:53En pensant à qui ?
14:55En pensant à Traîné ?
14:56En pensant à...
14:57Oh, je...
14:58À Gabin.
14:59Tu as chanté Gabin.
15:00Oui.
15:00J'ai bien connu aussi.
15:03Je vais surtout penser à Johnny
15:05parce que je suis venu souvent avec lui ici.
15:08C'est moi qui lui ai fait découvrir La Rochelle.
15:11Bon, puis après, il venait aux francopholies.
15:14Mais on a passé à peu près six ans
15:18avant même qu'il y ait les francopholies.
15:21C'était l'époque où il avait fait le Johnny Circus.
15:26Tu te souviens, c'est du Johnny Circus ?
15:27Ah bah oui, bien sûr.
15:28Avec une caravane.
15:29Bah voilà.
15:30Qui se promenait partout dans l'île de Ré,
15:32près de La Rochelle,
15:33à Fouras,
15:35Châtelayon.
15:36J'ai fait des tournées avec Jacques Brel
15:38où on a chanté à Châtelayon.
15:40Pour moi, c'est beaucoup...
15:41Vous ne deviez pas vous coucher tôt
15:42avec Jacques Brel non plus.
15:44Il était pire que Johnny.
15:46Les gens croient qu'il était très raisonnable.
15:50C'était...
15:50C'était pas...
15:52C'était...
15:52Mais ils étaient belges tous les deux.
15:55C'est pour ça ?
15:56Et un jour, il m'avait dit...
15:58Il me dit, tu vois,
16:00mon cher Jean-Jacques,
16:01bien que nous soyons belges tous les deux,
16:03Johnny et moi,
16:04je pense qu'on ne fait pas tout à fait le même métier.
16:07Ah bon ?
16:08Oui.
16:08C'est-à-dire ?
16:09Bah, je ne sais pas.
16:10Alors, j'avais répété à Johnny
16:11qui m'avait dit,
16:12c'est bizarre, pourquoi il dit ça ?
16:14J'ai vu il y a trois jours,
16:15il m'a dit qu'il m'aimait beaucoup.
16:17Non, mais je lui dis...
16:18Il ne m'a pas dit qu'il ne t'aimait pas.
16:20Il m'a dit,
16:21bien que vous soyez belges tous les deux,
16:23vous ne faites pas tout à fait le même métier.
16:26Alors, il avait été le voir au Théâtre des Champs-Elysées
16:30quand il jouait l'homme de la mancha
16:32pour lui demander ce que ça voulait dire et tout.
16:34Puis, on avait été après dîner
16:37au bar des théâtres en face.
16:38Et puis, c'était...
16:41Non, mais...
16:41Parce que Brel, il n'avait pas la langue dans sa poche.
16:44Ah oui ?
16:45Il l'envoyait bien.
16:46Ah oui, il disait quoi, par exemple ?
16:48Oh, bah...
16:53Dès que quelque chose...
16:56Bah, par exemple, il avait commencé sa tournée à Nior.
17:01Et il avait dit à Roland Hubert, son producteur,
17:03il avait dit, je ne veux plus jamais revenir à Nior.
17:07Alors, Roland Hubert, il lui dit, mais pourquoi la salle était bien ?
17:11Bon, c'était pas plein, mais il y avait quand même 300 personnes.
17:14C'était sa première tournée en vedette.
17:16Je me souviens, parce que moi, j'étais en première partie.
17:21Et il a dit, non, je ne reviendrai plus jamais, jamais de ma vie chantée à Nior.
17:27Et Roland Hubert, tous les ans, il essayait de le faire revenir à Nior.
17:32Et il n'y a jamais eu moyen.
17:33Il n'y a jamais eu.
17:34Ça n'a jamais été possible.
17:36Merci beaucoup, Jean-Jacques.
17:38Qu'est-ce qu'on peut te dire ?
17:39Allez, la scène t'attend, comme au premier jour.
17:43Comme au premier jour, oui.
17:44Ici, à La Rochelle.
17:46J'espère que mon cœur ne va pas y rester.
17:48Non, tout va bien.
17:50C'est Jean-Jacques Debout.
17:51Et on a l'occasion ici de lui dire qu'on l'aime, Jean-Jacques.
17:55Merci.
17:55Merci, Jean-Jacques.
17:56Merci à vous.
17:58En tout cas, ça me fait très, très chaud au cœur d'être là aujourd'hui.
18:00Je quitte avec un petit Johnny, comme ça, pour se dire au revoir.
18:03On l'écoute.
18:05Merci, Jean-Jacques.
18:06Merci à vous.
18:07Rien ici, rien n'a changé.
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