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  • il y a 21 heures
Invité sur TV5 Monde, le photographe Hugues Vassal partage ses souvenirs de Johnny Hallyday aux côtés d’autres grandes figures comme Édith Piaf et Michel Sardou. Une interview centrée sur les coulisses et l’intimité des stars à travers son regard de témoin privilégié.

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Transcription
00:00– C'est à l'immense photographe Hugues Vassal, fondateur de l'agence Gamma,
00:07où le rejoindront Raymond Depardon et Caron, évidemment, immense.
00:12– Grand photographe qui a malheureusement disparu au Cambodge,
00:15mais qui a été l'un des plus grands photographes de guerre des années 1967-68.
00:21– Vous fondez cette agence, je le disais, Hugues Vassal,
00:23c'est la première agence indépendante de photographes en France.
00:25– Oui, parce que les photographes étaient exploités,
00:28il fallait qu'on trouve un système et nous avons trouvé le système Gamma
00:32du partage, association Capital Travail.
00:35Le Capital touche son argent, le photographe touche son argent et le touche vraiment.
00:39– Et ça va vous conduire en Chine, ça va vous conduire en Afrique,
00:42tous les grands événements du monde.
00:43– Oui, mais tout ça, ça revient à Edith Piaf qui est ma fondatrice à moi,
00:48qui me découvre, me donne le show business et tout d'un coup je me dis,
00:52le show business c'est fini, j'en ai assez, je veux aller en Chine,
00:55je veux aller à la cour impériale d'Iran, je veux aller en Afrique du Sud faire l'apartheid
00:59et là, tout d'un coup, quelque part, humainement, je me révèle.
01:03– Oui, oui, et là, tout a commencé comme ça, c'est un magnifique livre
01:07qui s'appelle Dans l'intimité des stars de la chanson,
01:09donc qui est publié à l'archipel, qui raconte, et vous le disiez, Hugues Vassal,
01:12que tout démarre avec Edith Piaf.
01:13– Mais oui, parce que je suis pauvre, je ne mange pas, je ne mange qu'un sandwich à midi,
01:18toute la rédaction est partie, se baffer dans les halles, dans les bistrots,
01:22coup de téléphone de Piaf, je change d'amant, envoyez-moi un photographe,
01:26je change à Dijon ce soir.
01:27– Elle vous appelait pour vous dire, je change d'amant, vous donnez faire des photos.
01:29– Non, elle appelle le rédacteur en chef, moi, je ne suis rien, je fais les chiens écrasés.
01:33– C'était quoi, c'était ici Paris, c'était quoi ?
01:35– France Dimanche, Pierre Lazareff, France Dimanche, France Soir, elle, un grand journal,
01:40mais j'étais le dernier des derniers.
01:42Et alors, coup de téléphone, il n'y a personne, le photographe des stars ne peut pas partir,
01:46il ne reste que le minable qui fait les non-parus,
01:49et on me dit, Hugues, il faut te débrouiller, tu prends le dernier train, c'était le Mistral.
01:53Elle chante ce soir à Dijon, et demain matin, on veut l'ancien et le nouveau.
01:57– Voilà, alors vous photographiez donc le nouvel amant ?
01:59– Alors, j'arrive et Piaf me dit, tu me rends service,
02:02tu diras à celui, mon guitariste, qui me lâche le bolet,
02:05et puis tu diras à Félix Martin, qui vienne dîner ce soir,
02:09puis tes mecs, je vais te faire grossir, il viendra avec nous.
02:11Je fais mes photos, à la fin du repas, il me dit, tu me plais, tu seras mon photographe.
02:16– Incroyable.
02:16– Les photographes de Piaf, c'est pas d'état d'âme, tu ne me regardes pas,
02:20pas d'autorisation, tu fais ce que tu veux.
02:21– C'est ça qui va créer le autre style de photo,
02:23c'est-à-dire, il n'y a rien de fabriqué, c'est vrai.
02:26– Tout est naturel, les malheurs, les joies, avec Piaf,
02:31les malheurs, les malheurs, les joies, les succès,
02:34les Olympias, les petits cinémas de quartier, les répétitions,
02:38toutes ces ambiances extraordinaires.
02:40– On voit les photos passer, en même temps, elle était comment, Edith ?
02:42Comme on le croit aujourd'hui ?
02:44– Elle était grande professionnelle, intuitive,
02:49parfois très méchante, et aussi très généreuse,
02:53elle avait un cœur d'or.
02:54Et c'était pour moi une femme qui était habitée,
02:57il y avait deux femmes.
02:58Moi, je n'ai pas aimé celle au-dessous de la ceinture,
03:01et j'ai par hasard… – C'est-à-dire, c'est l'au-dessus de la ceinture ?
03:04– C'est-à-dire, il fallait aller dans son lit,
03:06j'aurais pu aller dans son lit, il a tout fait.
03:08Elle m'a proposé le kit des amants, le fameux kit.
03:11Ah ben, une belle monte, quartier…
03:13– Ah bon, elle offrait un kit pour chacun de ses amants ?
03:15– Ah ben, oui, naturellement.
03:17Et en plus, elle m'avait offert, elle m'avait offert de…
03:19Tu me feras une levée de torchon, c'est-à-dire,
03:22je voulais me donner trois chansons dans un spectacle
03:25que je n'avais jamais chanté,
03:26et tu feras la première partie.
03:28– Carrément.
03:29– Le levée de torchon, j'avais dit non, je suis photographe et tout.
03:31– Donc vous n'avez pas eu le kit des amants,
03:33par contre, Moustaki l'a eu…
03:34– Ah ben non, elle était jaloux de Moustaki quand elle me l'a présenté.
03:37Elle me l'a présenté, c'était drôle,
03:39parce qu'en général, elle était dépenaillée
03:41quand elle était chez elle au 67 bis,
03:43mais quand il a fallu présenter Moustaki,
03:46c'était une princesse naturelle,
03:48je vais te présenter mon homme.
03:49Et alors, là, il tricotait.
03:51Et quand Piaf se mettait à tricoter,
03:52ça veut dire qu'il y avait un véritable amant.
03:54Mais j'ajouterais qu'en 7 ans, jusqu'à la fin de Piaf,
03:58je n'ai jamais vu un tricot terminé.
04:02C'était Piaf.
04:03Mais Piaf, ça a fait toute ma vie,
04:05mais ça m'a donné du courage pour tout.
04:07J'ai appris de cette femme, le courage, l'intuition.
04:10– Oui, parce que vous l'avez vue malade,
04:12vous l'avez vue jusqu'à la fin.
04:14– Je l'ai vue mourir, je l'ai vue mourir,
04:15je l'ai fait sur son lit de mort, à sa demande.
04:17– C'est-à-dire, à sa demande.
04:20– Elle était sur son lit,
04:21quand elle est morte à Nice,
04:22on l'a rapatriée,
04:23et ensuite, on l'a installée dans le fameux lit mauve
04:27sur lequel j'avais été sans rentrer dedans,
04:29mais dans lequel beaucoup de gens étaient rentrés.
04:31Et elle était là, installée,
04:32c'était Piaf,
04:34avec son nounours à côté,
04:36en plus, son lapin en plus.
04:38Oui, j'ai fait la photo,
04:39mais je n'ai pas de honte,
04:40je n'ai pas fait par scandale,
04:41je n'ai pas fait par…
04:42J'ai fait parce que je connais ma Piaf,
04:45elle le voulait.
04:46– Oui.
04:47– Elle m'a fait faire des photos,
04:49je sais, en 7 ans,
04:51sachant que c'est un livre que vous n'avez pas,
04:54que je vais vous offrir,
04:55et qui fait 5 kilos.
04:58C'est la Piaf de tous les jours,
05:00et où la Piaf se montre complètement,
05:02elle se donne complètement.
05:03– Oui, mais qu'est-ce qui a tué,
05:05dit Piaf, au fond ?
05:06– Elle a tout donné au public.
05:08C'est une humaniste,
05:09c'est une humaniste.
05:10On a parlé de Sainte-Thérèse de Lisieux,
05:12oui, c'est vrai, les petits miracles,
05:13mais Piaf, ça a été les humanistes
05:15qui lui ont appris à lire et à écrire.
05:18En 1926, elle ne savait ni lire ni écrire,
05:22et vers 1937, enfin, au moment des guerres,
05:25elle avait déjà écrit La vie en rose,
05:27elle, elle avait une intuition,
05:30elle savait lire, interpréter, comprendre,
05:33elle avait l'intelligence.
05:34– Et vous la voyez créer Miller, par exemple ?
05:36– Je la vois créer Miller,
05:38mais oui, parce que Miller, en fait,
05:40a été écrit par Georges Boustaki,
05:41mais l'inspiration vient d'Édith.
05:44– Oui.
05:45– Édith a donné l'inspiration,
05:46elle donnait souvent les inspirations,
05:48elle donnait les chansons.
05:49Dans la foule, elle revient d'Argentine…
05:51– Oui, oui, créer la foule,
05:53c'est une énorme chanson.
05:54– La foule, elle rentre d'Amérique du Sud
05:57avec une mélodie, une mélodie argentine,
06:01enfin, je veux dire, vraiment espagnole,
06:03très riche, très vivante,
06:05elle donne ça à Rive Gauche,
06:06et Rive Gauche fait la foule.
06:07Et j'ai vécu la création de la foule
06:11aux 67 bis, répétition par répétition.
06:14Alors là, c'est une piaf professionnelle,
06:16ce n'est pas une piaf qui picole, qui machin.
06:19– Oui, parce qu'il y avait cette piaf-là aussi.
06:21– Oui, mais la piaf savait que,
06:23depuis la mort de son mentor,
06:27qui l'avait aidé dans le tout début,
06:30dans son cabaret, le Gernis, le plaît,
06:33elle savait que c'était une femme à scandale.
06:36Et donc, elle s'est dit, le scandale, ça marche,
06:39le camp public, ça marche,
06:40France Dimanche, à 1,2 million de lecteurs, ça marche,
06:43je ne veux pas de l'Observateur, je ne veux pas de l'Express,
06:45je ne veux pas du monde diplomatique,
06:47je veux France Dimanche.
06:49Donc, quand elle faisait un scandale,
06:51elle en faisait 10, elle en inventait 9,
06:54elle en avait un.
06:55On a dit qu'elle buvait beaucoup,
06:57elle ne pouvait pas tellement boire,
06:59elle ne pouvait pas…
07:00Mais quand même, c'est une frêle femme,
07:02elle était très fragile.
07:04Elle est morte d'épuisement.
07:07Mais je dirais,
07:08elle est morte en se donnant au public,
07:10en se donnant à l'homme.
07:12– Jusqu'au bout, les gens,
07:12j'allais dire presque morbidement,
07:15allaient la voir en se disant,
07:16ce sera peut-être la dernière fois.
07:18– Alors, c'est ça, Piaf, son dernier Olympien avec Théo Sarrapeau,
07:23elle ne tient plus debout.
07:25Bruno Cocatrix tremble,
07:27ils vont chanter « À quoi ça sert l'amour ? »
07:29tremble, et il y a le public,
07:30le public vient pour la voir tomber.
07:33Alors, on installe le micro derrière le grand rideau à l'Olympia
07:36pour qu'elle vienne en disant,
07:38quand on va ouvrir, il y a le micro,
07:40elle peut s'accrocher.
07:41Mais Piaf, qu'est-ce qu'elle fait ?
07:43Elle va au bout de la scène,
07:46on ouvre le rideau,
07:47il y a le micro,
07:48tout le monde tremble.
07:51Piaf, titube, titube, titube, titube,
07:54elle va jusqu'au micro,
07:56alors là, c'est sans dégobéchant.
07:57Elle s'est sublimée à chaque fois.
08:00– Oui, inoubliable.
08:02Et alors, vous rencontrez Aznavour à ce moment-là ?
08:04– Quand vous êtes photographe de Piaf,
08:06vous avez les clés du paradis.
08:08Vous avez le full credit,
08:09vous avez la confiance de Piaf,
08:12vous pouvez aller aux 67 vies boulevard Lannes,
08:15vous asseoir sur les tapets usés,
08:17dans tout ce qui est imité,
08:19dans cette vie de saltimbanque,
08:20mais c'est les clés du paradis.
08:22– Alors, Aznavour, vous le rencontrez,
08:25débutant complet.
08:26– Ah ben oui,
08:27et Charles Aznavour vient,
08:28commence à avoir du succès,
08:30me montre son succès quand il est à Galouis.
08:32Alors lui, c'était le contraire,
08:34ma Rolls, mon Danois, mon chien, mon truc,
08:36mes ors, mes appareils photos, mes tapis.
08:40Mais c'était Charles.
08:42Mais Charles aussi a gagné de l'argent.
08:45Et il a un souvenir qu'il a ramé aux États-Unis.
08:48Ramé comme...
08:49Il a eu faim, c'était très difficile.
08:51Et il se paye le Carnegie Hall.
08:53Il se paye.
08:54Avec l'argent de la mama,
08:56il se paye le Carnegie Hall.
08:58Il faut le faire, il faut le remplir.
08:59Il le fait, il remplit Standing Ovation.
09:02Et là, Charles nous dit, à la fin du spectacle,
09:05nous, on croyait qu'on allait faire la fête champagne,
09:07les fêtes, la grande virée.
09:09C'est un énorme succès.
09:11Et là, il nous dit,
09:12je vais vous emmener manger
09:14le meilleur pastrami de New York.
09:17On prend les taxis jaunes,
09:18on va dans la 42e pourrie,
09:20on voit un bistrot pourri,
09:22on rentre dans le bistrot pourri,
09:24il commande les pastrami.
09:25Il dit, vous allez voir, c'est les meilleurs pastrami.
09:27C'était les pastrami des temps difficiles qu'il avait vécu.
09:31Il voulait nous montrer ce qu'il avait vécu
09:34après le succès qu'il avait eu là.
09:36Ça, c'est Charles.
09:37– Oui, un autre personnage inoubliable.
09:39– En fantastique.
09:39– Johnny, qui finalement est ami avec Charles Aznavou
09:43depuis le début.
09:43– Mais Charles Aznavou, c'est justement…
09:44– Parce que c'est un destin aussi, Johnny.
09:45– Je ne sais pas si ça se passe comme ça maintenant.
09:48Mais Charles voit que Johnny a un énorme succès.
09:51Mais Johnny, lui, ne chante que des remakes
09:54de chansons d'Elvis Presley.
09:55et lui dit, écoute, ta carrière, si tu veux la faire,
09:59il te faut une chanson.
10:00Et il lui écrit sa première chanson.
10:03Il l'aide, il le parraine.
10:04– Oui, et alors, Johnny, des souvenirs à Correa.
10:07Parce que vous allez vivre avec Johnny
10:09toute l'histoire avec Sylvie Vartan.
10:11– Je vais surtout vivre les débuts de Johnny.
10:14Comment cette star, on casse les cinémas,
10:18on casse les machins.
10:19Il devient, c'est lui le premier du rock
10:22que fait de la chanson des Yéyés.
10:24Il domine tout le monde.
10:25Mais il est vierge, en fait.
10:27Il vient encore, il est à la Trinité.
10:29Il vit simplement, il vit dans un petit hôtel.
10:31Il est déjà star, mais il est simple.
10:35Et j'ai pu vivre, moi, les cinq vraies années
10:38d'un homme qui va devenir énorme, immense,
10:41sans qu'il soit gêné par un attaché de presse,
10:44quelqu'un qui va le maquiller.
10:45– Vous le photographiez dans sa vérité, librement.
10:47– Johnny, c'était comme pour Piaf.
10:50Tu fais ce que tu veux.
10:51Je faisais partie de l'équipe.
10:53Alors, il dit, ce n'est pas question de mon oreille.
10:56Non, c'est Johnny, je suis comme je suis.
10:58Alors, je vois la rencontre avec Sylvie,
11:01cette rencontre merveilleuse, ces petits amours,
11:03les premiers amours, les flirts,
11:05les trucs simples, on couche ensemble,
11:07et on sait, puis on va se fiancer, puis on va se marier.
11:09Alors, il y a un mariage, après, ça devient un truc énorme.
11:12Puis après, on se bat un peu, on va se divorcer, tout ça.
11:16Mais on les voit vivre, par exemple,
11:17quand Johnny et Sylvie vont à la Royal Performance à Londres,
11:22saluer la reine-mère d'Angleterre,
11:23la reine d'Angleterre,
11:25comme beaucoup d'artistes du monde entier,
11:27c'est une grande soirée.
11:29J'ai un souvenir de Sylvie faisant la révérence
11:32dans Hyde Park à Johnny,
11:34apprenant la révérence à la reine,
11:35parce qu'il fallait, les femmes devaient faire une révérence à la reine.
11:38C'est de l'insimplicité.
11:39Ils vivent dans des tapis qu'ils n'avaient jamais connus,
11:41ils sont contents, ils sont simples.
11:43– Des gamins, quoi !
11:44– Des gamins, des gamins, et c'est merveilleux.
11:47Et alors, il va y avoir un très beau livre là-dessus,
11:49parce que ça a permis,
11:51je ne parle pas du talent d'un égo photographe,
11:54je m'en fous.
11:55Ce qui est important, c'est que je les vois vivre,
11:58je les vois s'aimer.
11:59– Mais c'est le vrai Johnny, loin du Johnny,
12:01peut-être qu'on l'en décrit aujourd'hui.
12:02– Absolument, ça va être une découverte, vous allez voir.
12:06Un gamin, Johnny, quand il arrive à la clinique,
12:09il n'était pas là le jour où Sylvie est née à la clinique,
12:12David Hénère, la clinique du Belvédère.
12:15Moi, j'y étais avec la famille, on était peu nombreux,
12:19il y avait Carlos, on n'était pas nombreux.
12:22Et puis Johnny est arrivé le lendemain.
12:25Alors, bon, évidemment, on croyait qu'il allait faire tout casser encore.
12:29En tout cas, c'est un gamin avec les larmes aux yeux
12:32qui était allé ouvrir la porte pour voir son fils David.
12:35C'était…
12:37Voilà ce que je veux dire, je suis photographe,
12:39je l'ai photographié, c'est inoubliable.
12:41– Inoubliable.
12:42Alors, c'est Hugo Offray qui fait la préface de votre bouquin.
12:45Alors, lui, vous l'avez connu encore plus tôt.
12:46– Ah ben, moi, j'avais 7 ans, il en avait 9 et nous avons fait…
12:49– 9 ans.
12:50– 9 ans et nous avons été dans un collège militaire
12:53où on marchait au pas, on était enfermés à clé à la Tric,
12:57dans le sud de la France, à la Tric.
12:59Mais lui, il était heureux parce qu'il était demi-pensionnaire.
13:01Moi, j'étais pensionnaire, mais quand même,
13:03ça a été mon grand frère qui m'a défendu.
13:05Et ce qui est très drôle, c'est qu'on s'est revus il n'y a pas longtemps
13:08à Sores, dans le Tarn, et on a été dans la cour de récréation,
13:12nous étions, et j'ai retrouvé mon platane.
13:16Mais le platane, il était comme moi.
13:18– Il avait grossi.
13:19– Mais c'était merveilleux, ce platane vivait.
13:22On avait l'impression qu'il nous parlait.
13:24– Oui, tellement d'artistes.
13:25Alors, dans ce livre, il y en a d'autres.
13:26Évidemment, il y a François Zardy, je vois Michel Simon,
13:29un monstre sacré du cinéma.
13:31– Quand je m'ennuyais à France Dimanche,
13:34parce que je n'avais rien à faire, je disais,
13:36je vais aller voir Michel Simon.
13:38Et alors, Michel Simon, il y avait les animaux,
13:40et il y avait une maison, et dans la maison,
13:43une autre maison pour ces animaux.
13:45pour ces animaux.
13:47Et j'ai une anecdote, je la raconte,
13:50parce que c'est Michel Simon, et on peut la raconter,
13:53même s'il est un peu leste.
13:54Les singes vivaient ensemble,
13:56et on regardait les singes vivre dans la maison,
13:58nous dans le salon, et les singes dans le salon,
14:01dans leur cage.
14:01Puis à un moment donné, il y a un grand bruit,
14:04de la cage qui bouge,
14:05et Michel Simon s'arrête.
14:08Arrêtez, arrêtez.
14:09Il la baise.
14:12Je le dis.
14:13Oui, c'est drôle.
14:15Brigitte Bardot, sans transition.
14:17Alors, Brigitte Bardot.
14:18Vous a photographié, Brigitte.
14:19J'étais un paparazzi de Brigitte Bardot,
14:21avec Gérard De Villiers.
14:22On l'a traqué au téléobjectif, à la madrague.
14:25Vous ne l'avez pas lâché.
14:26Non, je ne l'ai pas lâché.
14:28Mais aussi, elle ne nous lâchait pas,
14:30parce qu'elle nous donnait des fausses vraies nouvelles,
14:31pour qu'on aille la traquer.
14:33Et puis quand on a traqué, elle disait,
14:34oh les vilains, oh les vilains, oh les vilains.
14:37Alors, Mireille Mathieu, c'est des bons souvenirs pour vous.
14:39Des grands souvenirs.
14:40Avec Johnny Stark.
14:41Elle est gamine.
14:42Elle arrive de cette famille Nombre de l'Avignon.
14:44Elle est star, hein ?
14:46Elle est star.
14:47Mireille Mathieu, je l'ai connue au tout début,
14:50quand elle a réussi sa télé.
14:52Johnny avait voulu faire de moi son photographe.
14:55Ah oui, cette photo est ludique.
14:57D'abord, elle est unique, parce que Mireille est en maillot,
15:00et on ne l'a jamais vue.
15:00On le voit en maillot, oui.
15:02On ne la voyait jamais en maillot de bain.
15:04Là, c'est unique.
15:05Mais pour faire cette photo, c'est tout un cirque.
15:09C'était deux préjudicateurs qui faisaient disparaître ce lion,
15:13ce tigre.
15:14Et il y avait aussi un lion au spectacle de la MGM,
15:17le métro-Higold Greenmayer Hotel.
15:18C'était un spectacle somptueux.
15:20Et Johnny avait décidé, Johnny Stark,
15:23qui avait toujours décidé, sauf d'énormes.
15:24Le manager.
15:25Le manager, grand manager.
15:27Grand.
15:27Et qu'il fallait la photo de Mireille avec le tigre.
15:30Mais Mireille me connaissait.
15:32Je lui avais fait faire une fois un orc qui sortait pour acheter,
15:35pour prendre un harang.
15:37Elle s'avait mis une demi-heure,
15:38parce qu'elle pleurait tellement elle avait peur.
15:40Donc, elle me connaissait.
15:41Elle me détestait pour ça.
15:42Elle m'a dit, d'accord, je ferai la photo.
15:45Si tu te fais photographier à côté du lion et du tigre.
15:49Et le lion et du tigre étaient en colère ce jour-là.
15:51Ils avaient un problème entre eux.
15:53Ils se mettaient des beignes.
15:54Heureusement, il y avait des dompteurs.
15:56Et on était avec Stark.
15:57On avait vraiment la trouille.
15:59Mais on était obligés d'y aller parce qu'il fallait la photo.
16:01– C'est incroyable.
16:02– Voilà.
16:03– Alors, il faut dire quand même que Mireille Mathieu, c'est quoi ?
16:05Elle n'a pas eu de vie.
16:07Elle a travaillé toute sa vie.
16:08– Elle n'a pas eu de vie comme beaucoup.
16:08– Elle n'a pas eu de vie.
16:09Elle n'a pas eu d'amour.
16:10Elle n'a pas eu de…
16:11– La seule chose que je pourrais dire de triste,
16:14après je me suis rattrapé avec Gamma,
16:16mais avec Johnny Stark, j'ai vu le monde entier,
16:20en première classe, en Cadillac, 8, 12 places,
16:23les plus grands palaces, les plus grandes boîtes.
16:26Je n'ai jamais été dans un musée.
16:29Je n'ai jamais visité une ville.
16:32On sortait de l'aéroport, on allait au palace du palace,
16:35à la salle de spectacle, au studio de télévision,
16:38avec des stars.
16:40C'était somptueux.
16:41– Oui.
16:41– Mais pas de vie.
16:42Alors justement…
16:43– Et donc, elle n'avait pas de vie, Mireille ?
16:44– Aucune vie.
16:45Parce que même à Moscou, quand on était avec Michel…
16:48– Elle n'a pas eu d'amour dans sa…
16:49Elle n'a pas eu d'amant, on va dire.
16:50On n'a pas eu…
16:51– Non, non, je pense qu'elle a eu quelques difficultés dans sa vie.
16:54D'une femme qui a été blessée.
16:56– Blessée par quoi ?
16:58– Elle a été blessée.
17:00Ce sont les mystères de la vie dont on ne parle pas toujours.
17:04– Oui.
17:04– Ou qu'on veut effacer, qu'on veut chasser,
17:06mais qui sont toujours là.
17:07Et qui font que…
17:08– Elle remonte à son enfance ?
17:09– Oui, je pense.
17:11En fait, c'était la deuxième maman de 13 enfants.
17:14Il y avait une maman épuisée par les enfants.
17:16Et il y avait quelqu'un qui bossait, c'était Mireille.
17:19– Oui.
17:20– Pour ses 13 enfants, ses 13 frères, frères et sœurs.
17:23– J'ai beaucoup de tendresse pour Mireille.
17:25– Oui, oui.
17:27– Par exemple, avec Michel Delpêche,
17:29quand on a été un mois en Union soviétique
17:31avec la tournée de l'Olympia,
17:33et Michel Delpêche et Mireille Mathieu,
17:36on mettait Mireille Mathieu, après le spectacle, au lit.
17:40On l'abordait bien, avec une duègne qui la gardait bien.
17:44Et nous, on allait faire la fête à la vodka.
17:46– Avec Michel Delpêche.
17:46– Avec Michel Delpêche.
17:48– Alors, Claude François.
17:50– Claude François.
17:51– Vous avez fait des photos de Claude-Claude, tout gamin encore.
17:53– Mais avec une ambition terrible.
17:55– Oui.
17:56– Et un professionnalisme terrible.
17:58– Oui, mais pénible.
17:59– Ah, mais épouvantable.
18:01– Carrément.
18:02– Pas de cadeau.
18:03– Pas de cadeau.
18:03– Oui.
18:04– Insupportable, c'est ce que vous diriez, Hugues ?
18:07– Pardon ?
18:07– Il était insupportable, quelque part.
18:09– Avec moi, non.
18:10Avec les autres, oui.
18:11– D'où ça venait, ça ? C'est incroyable.
18:14– Je ne sais pas comment dire.
18:16Je vais vous donner un exemple.
18:18C'est parce que je l'ai vécu avec Piaf pour le comprendre.
18:22Piaf, vous regardez.
18:23Quand elle m'a vu à Dijon la première fois,
18:26que vous avez habillé un machin, un truc,
18:28c'est pas la peine,
18:29elle va directement là où il faut aller,
18:31à l'intérieur de vous-même.
18:33Si elle vous donne 19, vous êtes viré.
18:36Il faut avoir 20 avec Piaf.
18:37Eh bien, Clo-Clo, c'était la même chose.
18:39Avec la seule différence, c'est que Piaf était une humaniste
18:43et Clo-Clo, pas.
18:44– Pas humaniste ?
18:45– Non.
18:46Professionnelle à l'américaine.
18:47– Oui.
18:48– Comme sont les Chinois maintenant.
18:49– Oui.
18:49Mike Brandt.
18:50Mike Brandt, vous l'avez moins connu,
18:52mais vous avez senti cette fêlure qui va conduire…
18:55– J'ai senti…
18:55– Qui va le conduire à se suicider.
18:56– Il y a deux personnes qui m'ont toujours un peu marqué,
18:59que j'ai vues très peu,
19:00mais que j'ai ressenties au regard,
19:02en tant que photographe,
19:04qui étaient dans la détresse,
19:05c'était lui et Joe Dassin.
19:08Joe Dassin aussi.
19:09– C'est-à-dire…
19:10– Il traînait derrière eux quelque chose.
19:14Je ne sais pas quoi,
19:15ce n'est pas le succès, non.
19:16Parce que le succès, ils ont le tout,
19:17c'est quand même plutôt agréable.
19:19Et puis bon, c'était un jeune succès,
19:22donc on ne peut pas dire qu'ils allaient à se suicider.
19:26Mais ils étaient quand même…
19:27Ils avaient derrière eux un lourd passif inconnu
19:32et qui se voyait aussi dans les photos.
19:35– Oui.
19:35– Parce que là, je fais une rencontre,
19:37c'est une rencontre de fiançailles,
19:39une rencontre de rencontre affective.
19:42Même si les photos sont belles,
19:45on sent que ça ne va pas.
19:47– Pourquoi ?
19:48– Parce qu'ils étaient pris dans…
19:49Ils prenaient des substances.
19:50Est-ce qu'on peut le dire aujourd'hui ?
19:51– Non, parce qu'ils sont pris dans des vies…
19:52– L'alcool, la drogue, c'était quoi ?
19:53– Il y a l'alcool, il y a la drogue.
19:56– Pour Mike Brandt aussi ?
19:58– Oui, je pense.
19:59Oui, oui, pour Mike Brandt, oui, oui, naturellement.
20:01Oui, oui, oui, absolument.
20:03Dassin, c'était l'alcool et la drogue.
20:05Il y a aussi un cœur fragile.
20:06Ça marche, je pense.
20:08– Et Mike Brandt ?
20:08– Mike Brandt, c'est aussi peut-être le relationnel.
20:13On ne rencontre pas toujours des gens qu'il faut.
20:15On ne rencontre pas des gens qui sont…
20:18rectilignes.
20:19– Et des photos qui sont magnifiques.
20:21Jacques Brel, inaccessible étoile.
20:24Dites-vous, vous photographiez Brel ?
20:27– J'ai fait les trois dernières grandes galas
20:30et en Belgique et en France,
20:32et en particulier en France et à l'Olympia.
20:33Ce que je retiens de Brel,
20:35parce qu'on ne peut pas dire que ce n'est pas comme Piaf,
20:377 ans, Johnny Hallyday, ou les autres, ou Mireille Mathieu.
20:41Là, c'est trois rencontres,
20:42mais trois rencontres au bar Romain,
20:44qui est derrière l'Olympia,
20:46où on s'est abreuvés de bière et de…
20:49À l'époque, je picolais comme un fou,
20:51lui aussi d'ailleurs.
20:52On fumait et on parlait de quoi ?
20:54On parlait de Dieu.
20:56– Avec Brel ?
20:57– Avec Brel.
20:57– Ah oui.
20:58– On parlait de Dieu.
20:59Et là, le grand conflit que nous avions entre nous,
21:02c'était qu'il disait, Dieu, c'est nous.
21:05Et moi, je lui disais…
21:07À voir, j'ai peut-être changé d'avis.
21:09Je lui disais, Dieu est en nous.
21:11Et ça, ça, c'était le socle de ma rencontre.
21:16C'est ça qui était riche.
21:17Je les voyais sur scène, ils chantaient sur scène,
21:20et après, ils se déboutonnaient.
21:21– Oui.
21:22– Après, ils parlaient de leurs choses à eux.
21:25Et il faut que je raconte quand même Adamo.
21:27– Oui.
21:27– Adamo, je vais chez lui.
21:29Son père est mineur.
21:30Pas de fond, mais il a été mineur dans la mine.
21:33– Oui, en Belgique.
21:34– En Belgique.
21:35Il construit une maison.
21:36Je vais le voir.
21:37Il a déjà eu un succès.
21:39Deux succès.
21:40Je vais donc un petit feature sur lui dans sa maison de ses parents.
21:44Il a déjà trois disques d'or que je photographie dans l'escalier
21:49qui mène au premier étage.
21:50Je le retrouve 30 ans après.
21:53Il chante à la ville de Blois.
21:55Il fait un gala.
21:56Je lui amène ses photos.
21:57Il y regarde.
21:58Il pleure.
21:59Et il me dit, j'ai raté ma vie.
22:01Je suis passé à côté de la vie.
22:04– C'est-à-dire ?
22:05– Je n'ai eu que des succès, des chauffeurs,
22:08des adultes.
22:09On m'a embrassé.
22:10J'ai vécu dans les palaces.
22:12Mais je ne sais pas.
22:13Il regrettait la maison de son père.
22:16Les trois étages.
22:18Avec ses petits…
22:19Prendre un café dans sa cuisine avec son cocaire.
22:21C'est ça qui l'a voulu.
22:22– Vous faites des photos incroyables de Joséphine Baker.
22:25Vous faites des photos, par exemple, des gens…
22:27Au tout début, comme Michel Sardou.
22:29Vous le photographiez.
22:30C'est quasiment un gamin encore.
22:31– C'est un gamin.
22:32– Il ne fait que débuter.
22:33Il est avec Marcel Amon sur les photos.
22:35– C'était la chance « Salut les copains » n'existait pas avec sa couleur
22:38qu'elle est avec le talent de Jean-Marie Perrier tout bouleversé.
22:43Mais à l'époque, si j'avais présenté…
22:46Alors là, je ne dis pas ça.
22:47Je dis bien le talent, en toute sincérité, de Jean-Marie Perrier.
22:51Mais si Jean-Marie Perrier avait présenté ses photos à l'époque de Pierre Lazareff,
22:55il aurait fait tout de suite un mois de fait divers.
22:59parce qu'on exigeait, Pierre Lazareff, Billy Gates, Max Corr, nos patrons,
23:05exigeaient des photos qui sont dans ce livre.
23:09C'est ça qu'il voulait.
23:10Il ne voulait pas des photos apprêtées.
23:12– Oui, regardez par exemple, je ne sais pas si on peut voir Michel Sardou,
23:14regardez l'allure.
23:17Ce n'est pas le Michel Sardou qu'on va voir après.
23:19Il est gamin.
23:20– Il est gamin, oui.
23:20– Incroyable, ces photos sont absolument sidérantes.
23:23– Mais après, ça va aller très vite.
23:24Après, il va devenir…
23:26– Mais vous saisissez déjà que vous avez affaire peut-être à une future immense star ?
23:31– Oui, oui, oui, ça oui.
23:34Mais ça, c'est des choses que j'ai apprises parce que j'ai fréquenté énormément…
23:42assidûment, j'ai regardé Piaf, j'ai regardé Alidé, j'ai regardé Stark.
23:46Stark était un grand, grand, grand manager.
23:48Il savait ça, il savait qui que quoi.
23:50On parle de Mireille Mathieu, Georgette Lemaire.
23:54On dit Johnny Stark a été un monsieur qui a volé Mireille Mathieu.
23:59Elle vit encore dans sa maison à Neuilly avec son chauffeur.
24:07Et Georgette Lemaire est dans HLM.
24:10Donc, il n'y a pas de raison.
24:11Johnny Stark, investissez toujours tout pour faire que sa vedette soit la plus grande.
24:16– Oui, on va défiler des photos de vous qui sont formidables dans ce livre,
24:19dans l'intimité des stars de la chanson publiée chez l'archipel.
24:22Puis en même temps, je voudrais que vous racontiez, alors que c'est inattendu, c'est Daniel Guichard.
24:25Vous allez avoir un accident d'avion et vous allez vous retrouver quatre jours sans manger, sans boire avec Daniel
24:33Guichard.
24:34– Dans le désert du Ténéré, entre la Libye et Agadès, le Niger, nous avons été partis faire, Daniel, que
24:43j'avais photographié,
24:44je ne l'avais pas vu depuis longtemps, je l'avais photographié à ses débuts, il m'avait dit, je
24:48faisais des photos d'animaux,
24:51j'aimerais que tu fasses des photos de la réserve d'animaux de VW au Niger, les girafes, les lions,
24:57les tigres, j'adorais ça.
24:58Et on est partis en goguette à quatre, à quatre, dans son avion, son avion, petit avion.
25:07Et entre la Libye et Agadès, on a eu un moteur en feu, et il a fallu atterrir, un moteur
25:11en feu.
25:12Le pilote était d'ailleurs hier à une rencontre.
25:16Il faut atterrir tout de suite, il faut savoir atterrir.
25:19On ne sait pas si c'est dur, si c'est du mou.
25:21Alors imaginez déjà, on sait qu'on va mourir, peut-être que même si on atterrit bien, on va piquer.
25:26On sait aussi qu'on n'a que six litres d'eau derrière, dans le coffre.
25:30Et si l'avion arrive à s'arrêter, c'est les six litres qu'il faut sortir.
25:34Ce n'est pas nous avec, mais les six litres d'eau.
25:37Et là, on a vécu cinq jours, quatre nuits et cinq jours, en plein désert, sans rien.
25:43N'avoir, si, une pomme, qu'on a partagée, du dentifrice signal à midi, et un petit verre d'eau
25:50glacé le matin.
25:51– Incroyable.
25:52– Alors, premier jour, c'est le bonheur.
25:54Après l'atterrissage, on est vivant, parce qu'on a cru qu'on a mourir.
25:57C'est l'atterrissage catastrophe.
26:00Bon, ensuite, donc c'est le bonheur.
26:02Sauf que la première nuit, il fait zéro degré dans le désert.
26:05Sauf que le lendemain, il fait 45 degrés dehors.
26:08Donc, on est déjà un peu perturbé.
26:10Et qu'on part dans le désert, donc on n'est pas parti pour aller au sport d'hiver.
26:15Donc, on n'a rien.
26:16Alors, la première nuit, on est comme des animaux serrés les uns contre les autres dans la cabine de l
26:20'avion.
26:21Après, le premier jour, on se dit, t'es le bonheur, c'est la vie, on est vivant.
26:25Puis le deuxième jour, ah oui, c'est le bonheur.
26:27Puis après, on commence à se séparer.
26:29Puis après, on mange dans le tout-et-il.
26:30Puis après, on commence à se regarder.
26:32Puis après, on commence à regarder en soi en disant, je vais peut-être y passer.
26:36Alors là, c'est le grand jugement.
26:38C'est le grand jugement.
26:39Et pour Daniel, et pour tout le monde.
26:41– C'est incroyable, cette histoire-là.
26:42Oui, parce que, alors, vous aviez passé 4 jours sans manger et sans boire.
26:47On ne veut pas dire qu'après, comment dire, boire, c'est quelque chose que vous avez pratiqué.
26:52Avec Daniel Guichard aussi, quand même.
26:54– Avec Daniel Guichard.
26:54– On peut le dire.
26:55– Oui, oui.
26:56Alors, ce qui était drôle, c'est que…
26:57– Vous ne bougez pas que de l'eau, et lui non plus.
26:59– Quand les brigades atlantiques étaient arrivées, qu'il nous a découvert, on a fait une tour, il est passé,
27:05il a donné un grand coup d'aile, il a repris un peu de hauteur pour nous envoyer un parachute.
27:09Et le parachute est arrivé, et le premier parachute qui est tombé, il est tombé de trop bas, et toute
27:16la flotte a explosé.
27:17– Alors, il nous est resté, dans le colis de nourriture de survie qu'il nous avait envoyé, il y
27:24avait des boîtes de sardines.
27:25La première chose qu'on a fait, on s'est régalé de l'huile d'olive de la boîte de
27:31sardines.
27:32Tellement on avait soif.
27:34Non, mais c'est…
27:35On en rit maintenant, les gens ont dit, oh, ils ont fait un coup de pub.
27:39– Non.
27:39– Faites-le.
27:40– Oui.
27:40– Vous prenez l'avion, passez la Libye déjà, chez Kadhafi, ce n'est pas comme ça.
27:45Vous allez ensuite dans le ténéré, et atterrissez, et on dit, on va venir vous rechercher.
27:50– Mais Luc Vassal, quand je disais, vous ne buviez pas que de l'eau après,
27:53c'est vrai que vous avez retrouvé parfois Daniel Guichard dans des positions…
27:56– Ah bah, c'est-à-dire, on s'est rattrapé après.
27:58– Non, mais…
27:59– On s'est rattrapé après.
28:02– Et vous l'avez retrouvé un jour avec ses chiens, c'est ça ?
28:04– Ah bah oui, non mais…
28:04– Qu'est-ce qui s'est passé sur la…
28:06– C'est une grande aventure.
28:07Dire qu'on n'avait plus de nouvelles, le clan de Daniel Guichard, manager compris,
28:12n'avait plus de nouvelles de lui, on le recherchait.
28:15On ne savait pas où il était, ça pouvait arriver.
28:17Et finalement, on a découvert qu'il était dans sa maison.
28:21Mais il ne répondait plus au téléphone.
28:24Et à un moment donné, on a pu avoir un contact avec lui,
28:27mais sa maison était au milieu, entourée d'un jardin.
28:31Et dans ce jardin, il avait…
28:34Il adorait ça.
28:35Il avait, je crois, un…
28:37Non, pas un, deux ou trois sulquis des chiens loups de traîneau.
28:42– Oui.
28:43– Mais en général, on leur donne de la viande tous les jours.
28:46Et là, ça faisait quatre jours qu'il n'avait pas mangé.
28:48– Oh là là !
28:49– Et il fallait atteindre…
28:50– Et où il était alors ?
28:52– Ah bah lui, il était un peu affalé, complètement démoli.
28:55– Qu'est-ce qu'il faisait ?
28:56– Et il avait bu alors ?
28:57– Ah bah, on buvait beaucoup alors.
28:59Oui, il avait bu.
29:00Quand je dis qu'il avait bu, il buvait beaucoup.
29:01Il le sait, il l'a dit, il ne boit plus, comme moi.
29:04Mais à l'époque, nous étions des outres de vodka.
29:07Donc, on appartenait plus à la vodka qu'à autre chose.
29:10Donc, il vient vers nous titubant, nous ouvre la porte.
29:13Et les chiens voulaient se jeter sur nous.
29:15Il a fallu transporter.
29:17– Et il vous aurait mangé ?
29:19– Presque.
29:19– Oui.
29:20– Mais c'était épouvantable parce que, d'abord,
29:23la survie, c'était de mettre Daniel sur un canapé,
29:27mais surtout de donner à manger aux chiens.
29:30Ils étaient faits, c'est pauvre.
29:32Ils n'avaient rien mangé ni bu, c'était épouvantable.
29:35Bon, il y a eu des aventures comme ça.
29:37– Absolument incroyable, elles sont pour partir là-dedans.
29:39– Non, mais il y a aussi une autre aventure.
29:39– Voilà, oui.
29:40– Il y a eu une autre aventure avec Johnny et Sylvie.
29:43Après, je les ai quittées parce que Gamma allait arriver.
29:46J'avais cofondé Gamma.
29:47Mais Sylvie vient rejoindre,
29:50après une tournée d'un mois et demi en Amérique du Sud,
29:52vient rejoindre son mari Johnny au Brésil.
29:55Et nous sommes en février, la période des tornades.
29:59On va faire une fête à Flamingo
30:01et on prend le tunnel de Flamingo
30:02et notre voiture commence à se soulever.
30:05Et on voit tous les gens qui sortent des voitures.
30:08C'était une tornade et la flotte qui rentrait dans le tunnel
30:11et les voitures qui devenaient des bateaux.
30:13Alors on sort en vitesse avec très peur, ça fait très peur.
30:16Parce que c'est des courants.
30:18Ça vient tout vite et puis ça monte très vite.
30:20Et là, on a vraiment failli se noyer.
30:23Et là, j'ai toute une série de photos,
30:24je ne sais pas si elle est là ou si, je crois,
30:26où c'est Johnny, sauf Sylvie, de la mort.
30:31Et je revois l'eau qui monte, qui monte, qui monte, qui monte.
30:36On ne sait pas.
30:36Et là, il y avait un immense camion avec des grandes roues qui passaient,
30:39camion de dépannage.
30:40On s'est sauté dessus.
30:43On s'en est sorti.
30:44Mais ce qui est le plus intéressant, c'est que Gamma venait de débuter.
30:49Mais Gamma, c'était le Gamma Système.
30:51De Pardon n'était pas encore star.
30:53Caron n'allait pas faire la fortune de l'agence.
30:55C'était les photos du showbiz qui faisaient la fortune.
30:58Et la première caisse qui a permis de remplir,
31:02de payer le laboratoire, les loyers, le machin,
31:04c'est Johnny et Sylvie en train de se noyer.
31:06que j'avais vendu très cher à France-Dimente.
31:08– Incroyable.
31:08Alors, on dit ça, mais on peut le dire aussi, Hugues.
31:11Après, vous avez eu des périodes de vie de creux.
31:13Vous êtes retrouvé quasiment dans la rue, à un moment, dans votre vie.
31:16– Je dois dire, exactement, en novembre, c'est pas bleu,
31:20le 13 novembre, j'étais clochard.
31:24– Carrément.
31:25– Oui, clochard.
31:25– Vous vous êtes retrouvé là, mais…
31:27– Assistance médicale gratuite, clochard, j'avais tout perdu.
31:29– Carrément.
31:30– J'ai dirigé Gamma, une mauvaise affaire trop compliquée à expliquer
31:35a fait que ça existe.
31:38Les fusibles existent.
31:39– Oui.
31:39– J'étais infusible.
31:40– L'affaire Françoise Clost.
31:41– Oui, c'est ça.
31:42– Oui.
31:43– J'ai perdu Gamma.
31:45– Oui.
31:45Mais alors, les amis, les copains, les jaunis, tout ça, ils vous ont appelés ?
31:49– Plus d'amis, non, non, non, j'ai eu des Noël solitude, la terrible.
31:53– Personne n'était là du showbiz pour vous aider ?
31:55– Personne, personne, personne.
31:58Si j'ai eu quelqu'un, quelqu'un qui a été ouvrière, tapissière,
32:03elle s'appelle Isabelle, et je l'ai épousée,
32:08parce qu'elle m'a donné les clés de sa maison,
32:10elle a vu que j'étais dans la misère, elle est tout rangée,
32:13et j'étais vraiment dans la misère, enfin, la misère,
32:15même si on veut réagir, j'avais plus rien,
32:19elle m'a dit, t'es chez toi, je l'ai épousée, et je suis heureux.
32:23– C'est magnifique.
32:24Et à côté de ça, vous avez connu la cour du Shah d'Iran,
32:28vous avez été photographe officiel à la cour en Iran.
32:30– Pas exactement, mais presque officiel, j'ai fait, évidemment,
32:35Sadat, j'ai fait Nixon, j'ai fait le 2500ème anniversaire
32:39avec tous les chefs d'État, où le Shah d'Iran faisait défiler
32:43l'armée du Savoir en mini-jupe.
32:48Devant aller, Céliacier, Pot-de-Gorni, tous les grands d'État,
32:51ils étaient en mini-jupe, ça a changé.
32:54– Oui, oui.
32:55– Alors j'ai vécu ces événements-là, mais aussi,
32:57aussi des événements merveilleux, ça fera l'objet d'un livre,
33:01Impératrice et Maman, parce que j'ai vécu l'impératrice Farah
33:05avec son premier enfant, son deuxième,
33:09la petite Léla qui gratte le nez de son père dans le jardin,
33:13je l'ai connue, les photos intimes.
33:14Mais je n'ai guère travaillé, que comme j'ai travaillé avec Piaf,
33:18en toute simplicité.
33:20On ne m'a jamais dit, c'est pas ci, c'est pas ça.
33:23Le miracle a fait que j'ai eu la confiance.
33:26– Et votre humanité apparaît aussi dans les photos
33:29dénonçant l'apartheid, lorsque vous allez là-bas,
33:32en Afrique du Sud.
33:33– Nous allons, avec l'idée de faire l'apartheid
33:36avec Floride Bonneville de Gamma.
33:37Je me souviendrai toujours, on descend de l'avion,
33:40on nous dit, vous allez repartir,
33:43vous êtes en résidence surveillée,
33:45on vous donne cinq jours, ne bougez pas une oreille,
33:48et après vous repartez.
33:49C'était une sorte de visa de complaisance.
33:52Donc le reportage est foutu, c'est vulgaire,
33:56mais enfin il est raté.
33:57Et puis un dimanche, avant qu'on reprenne l'avion,
34:00ils étaient un peu gênés, c'était Gamma,
34:03Gamma commençait à être connu,
34:04donc il ne fallait pas non plus…
34:06ils ont voulu nous faire une fleur,
34:08vous allez aller voir des danses bantous dans une mine d'or.
34:11Ouah !
34:12Le bantou en train de danser, badaboum, badaboum.
34:14Alors on va dans une mine d'or un dimanche,
34:16on entend les bantous qui dansent sur un stade,
34:20et puis là on va vers un endroit où il y a des blancs,
34:25où il y a le public.
34:27On dit non, non, vous n'allez pas là,
34:28il ne voulait pas qu'on parle aux blancs,
34:31et encore moins aux noirs.
34:34Mais ce que je ne savais pas,
34:35et ce que la photo révèle,
34:37et me révèle, quand je les vois,
34:39ils nous ont mis en face.
34:41– Oui, elle est la plus petite la photo,
34:44voilà, elle est là.
34:44– Et tout d'un coup, qu'est-ce que j'ai vu ?
34:45– On voit effectivement les noirs d'un côté,
34:48les blancs de l'autre.
34:49– Et séparés par une corde blanche.
34:50Et alors cette photo,
34:52elle est parue dans le monde diplomatique,
34:53je l'ai offert à Perez des Coelars,
34:55je dois aller en Afrique du Sud,
34:56l'offrir officiellement,
34:58très prochainement au président.
35:00C'est une photo du monde entier,
35:01et c'est mon bonheur,
35:03c'est la photo de ma carrière.
35:04Mais merci le showbiz.
35:06– Oui, mais merci le showbiz,
35:07merci Pierre, merci tout ça,
35:08mais je vais dire merci Hugues Vassal,
35:10parce que votre humanité,
35:11elle apparaît dans vos photos,
35:13qui sont uniques,
35:14elles ne ressemblent à aucun autre.
35:16C'est vous, quelque part.
35:18– Merci.
35:18– L'objectif, on vous voit à chaque fois.
35:20Vous captez cette part de vérité ?
35:22– Je crois qu'il faut donner,
35:23on vous redonne.
35:24Il ne faut pas photographier ce qu'on voit,
35:26il faut aller…
35:26Mais ça, je l'ai appris d'une manière innée,
35:28sans le vouloir,
35:29c'est Piaf qui me l'a appris.
35:31Elle avait un don.
35:32Je l'admire, je l'aime.
35:34– Vous l'aimez encore ?
35:35– Beaucoup.
35:35– C'est vrai ?
35:36Vous y pensez parfois ?
35:37– Tous les jours.
35:39Piaf fait partie de ma…
35:41Je ne dis pas mes prières,
35:42je fais partie des gens auxquels je tiens.
35:45Je tiens, je tiens Piaf, oui, Piaf.
35:48Parce que quand j'ai, dans ma misère,
35:54quand j'ai eu un besoin de m'en sortir,
35:57la personne auxquelles j'ai parlé,
36:00j'ai demandé quelque chose,
36:01je n'ai pas dit ça, machin.
36:03Non, j'ai dit, Edith, qu'est-ce qui t'arrive ?
36:05Qu'est-ce qui m'arrive ?
36:07Et alors, on peut le raconter,
36:10mais les gens, ils veulent dire,
36:10Hugues, il est fou, peut-être.
36:12Mais c'est ça qui a tout déclenché.
36:13C'est que, en deux après-midi de suite,
36:16j'ai eu une main qui m'a caressé le bras
36:19et qui m'a dit, j'étais alcoolique,
36:22j'entends bien, sieste d'alcoolique,
36:25vision, je ne sais pas, songe,
36:27peu importe, songe heureux,
36:29au lieu de délirium,
36:31cette main, plusieurs fois de suite,
36:32m'a dit, ne crains rien, je suis là.
36:34J'ai pris, dans ma tête,
36:38dans ma tête, ce songe,
36:41ce délirium heureux.
36:42Et le lendemain, j'allais voir un médecin
36:44en disant, j'arrête de boire,
36:45ça fait 37 ans que je ne bois plus
36:47une goutte d'alcool,
36:48sans médicaments, sans rien.
36:50Mais pas un dé à coudre, rien.
36:53– Merci.
36:54– Merci.
36:55– Merci à Edith, merci Hugues Vassal,
36:57dans l'intimité des stars de la chanson
36:59publiée à l'archipel.
37:00C'est un livre magnifique,
37:02voilà, qui vous ressemble.
37:03Merci, merci beaucoup Hugues.
37:04– Merci Patrick.
37:06– Sous-titrage Société Radio-Canada
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