00:00Salut, bonjour Françoise. Bonjour mon cher Benjamin.
00:02Bon, la présidentielle qui occupe déjà tous les esprits.
00:05Et François Ruffin, tenez, qui n'en finit pas de se justifier sur sa bande dessinée,
00:08qui a fait polémique, il a intérêt, selon vous, à justifier,
00:11car on a vu des présidentielles perdues pour moins que ça, François.
00:14Oui, alors Benjamin, écoutez, c'est férié aujourd'hui, enfin, pour la plupart des gens,
00:17donc on fait un petit historique.
00:20La présidentielle, vous savez, c'est une course de tous les dangers.
00:22Vous faites jeu égal avec votre adversaire et, patatras,
00:26vous glissez parce que vous avez fait la boulette,
00:28le mot qu'il ne fallait pas prononcer, l'attitude qu'il ne fallait pas avoir.
00:33La vie politique française, eh bien, elle est pleine de ces accidents.
00:36Souvenez-vous, nous sommes en mars 2002.
00:39Vous êtes à peine né, hein ?
00:41Lionel Jospin est dans l'avion qui le ramène de la Réunion.
00:43Vous voyez, il rentre de son meeting de campagne et il se lâche.
00:46Il est 4h du matin, il se lâche sur Jacques Chirac,
00:49qu'il trouve vieux, usé, vieilli, fatigué.
00:52Cette phrase fait la une des journaux le lendemain
00:54et Jacques Chirac, très opportunément, dénonce,
00:57dit-il, un délit de sale gueule.
00:59A l'époque, les deux candidats sont à stricte égalité,
01:01mais Jospin est absolument sûr de gagner, péché d'orgueil.
01:05Eh bien, cette phrase, Benjamin, elle marque,
01:07vous le voyez tout de suite dans les sondages,
01:09la descente inexorable du candidat socialiste avant le premier tour.
01:13La bravitude, vous vous souvenez ?
01:15Moi, oui, très bien, parce que j'y étais, hein,
01:17sur la grande muraille avec tous les journalistes.
01:19C'était en janvier 2007,
01:21quand Ségolène Royal, qui cherche ses mots dans un froid glacial,
01:24sort ce néologisme qui va faire le tour du monde et de la France.
01:27La bravitude est moquée avant de devenir culte,
01:30déclinée sous toutes ses formes,
01:32la coolitude, la franchitude.
01:34Mais, mais, le mal est fait pour la candidate socialiste,
01:37qui fait quasiment jeu égal avec Nicolas Sarkozy,
01:40mais se met à décrocher,
01:42car elle tombe dans la ridiculitude.
01:44Oui, mais il y a des cas inverses, Françoise,
01:47où une phrase, bah, peut tout changer ?
01:49Oui, absolument.
01:49Nous sommes le 17 février 1995,
01:52Porte de Versailles,
01:53meeting incandescent.
01:55Jacques Chirac, vous voyez,
01:56il n'est même pas l'outsider,
01:58tellement Édouard Balladur domine le match
02:00et le devance de plus de 20 points.
02:02A l'époque, Nicolas Sarkozy,
02:03directeur de campagne,
02:04ricane en disant,
02:05pfff, il n'y aura même pas de deuxième tour.
02:07Il est directeur de campagne d'Édouard Balladur.
02:09Mais, c'est sans compter sur l'art politique de Jacques Chirac
02:12qui a repéré un thème majeur
02:15abandonné par la droite libérale,
02:17la fracture sociale.
02:18Deux mots qui vont permettre une remontada inimaginable,
02:22la plus belle de l'histoire de la cinquième.
02:24La formule fait mouche,
02:26les journalistes s'en emparent,
02:27on connaît la suite.
02:28Chirac gagne contre toute attente la présidentielle.
02:31Tout comme Ségolène Royal, d'ailleurs, la même,
02:33qui écrase ses concurrents,
02:34Fabius DSK dans la primaire interne,
02:36avec une expression qui est toujours autant d'actualité,
02:39vous savez laquelle,
02:40l'ordre juste.
02:41Et puis, il y a les formules,
02:42les bons mots qui claquent et impriment une marque indélébile et positive.
02:46Débat sur TF1 en 2017,
02:48entre tous les candidats,
02:50tout le monde parle, s'engueule,
02:52et Jean-Luc Mélenchon secoue gentiment ses adversaires
02:55en leur disant,
02:55« Oh là, vous allez arrêter avec vos pudeurs de gazelle ! »
02:59Cette phrase sera plébiscitée dans l'opinion.
03:02Ça lui permet de doubler le candidat socialiste
03:04et de laisser Benoît Hamas à 7%
03:06alors que lui frise la barre du second tour.
03:09Mais ces phrases n'est pas que de la com',
03:10parce qu'à vous entendre,
03:11j'ai l'impression qu'une campagne se joue juste
03:13sur de la communication.
03:14Eh bien, mais non, pas du tout !
03:15Mais du tout, la communication, c'est de la zoubia.
03:17On peut quand même se le dire, vous et moi, ce matin.
03:19La com', c'est du vent,
03:20c'est des jolies photos,
03:21c'est des phrases bien léchées.
03:22Dites-moi ce qui reste de Gabriel Attal,
03:23sa déclaration de candidature.
03:25Ça, c'est de la communication
03:26qui est complètement évanescente
03:28et qui ne repose sur rien.
03:29Pourquoi ces phrases provoquent de tels changements ?
03:32Car elles ont du sens,
03:33elles touchent au cœur,
03:34comme la fracture sociale
03:35qui est véritablement un concept
03:37ou l'ordre juste.
03:38Ou bien, elles abîment l'image d'un candidat
03:40comme la bravitude
03:41qui souligne la trop grande originalité
03:44de Ségolène Royal
03:45pour l'exercice présidentiel.
03:47Ou bien, vieux usés, vieillis, fatigués,
03:49la caractéristique méprisante
03:51qu'on voyait à peine
03:52mais qui existait pourtant
03:53de Lionel Jospin
03:54pour Jacques Chirac.
03:55Dans une campagne,
03:56tout imprime, puissance 10,
03:57mais surtout pas la communication.
03:59Ce qui imprime,
04:00ce qui fait sens,
04:01c'est ce qu'on appelle
04:02les convertisseurs d'opinion,
04:04ce qui touche au cœur du pays,
04:07au cœur des gens
04:07et que parfois,
04:08on ne soupçonne même pas.
04:10C'est vertigineux,
04:11c'est une aventure intense,
04:12unique et dingue.
04:13Et moi, je comprends
04:14pourquoi tant et tant de gens
04:15veulent concourir.
04:16Merci.
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